LE SAGE
Le sage guérit de l'ambition par l'ambition (1) même ;
tend à de si grandes choses (2), qu'il ne peut se borer à ce qu'on appelle des trésors, des postes, la foi'me et la faveur : il ne voit rien dans de si foibles avan- -ges qui soit assez bon et assez solide pour remplir son Eur, et pour mériter ses soins (3) et ses désirs ; il a même 3Soin d'efTorts pour ne les pas trop dédaigner. Le seul ien capable de le tenter est cette sorte de gloire qui déçoit naître de la vertu toute pure et toute simple; mais ■s hommes ne l'accordent guère, et il s'en passe (4).
(5) Honnête homme, homme du monde.
(6) Assortie, convenable (à celui qui la porte).
(1) Le sage — il va sans dire que c'est La Bruyère lui-même — lérit de l'ambition vulgaire, celle qui poursuit les biens matériels, ir une ambition plus tiaute, dont l'objet est purement moral.
(2) De si grandes ctioses : surtout la vertu, le perfectionnement intinuel de l'âme.
(3) Ses soins : ses préoccupations.
(4) Il s'en passe, avec plus d'amertume que de résignation ; le tdain de La Bruyère semble, ici, un peu affecté.