LES INSOLENTS
Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose. Ils sont piquants et amers; leur style est mêlé de fiel et d'absinthe : la raillerie, Tinjure, l'insulte leur découlent des lèvres comme leur salive. Il leur seroit utile d'être nés muets ou stupides : ce qu'ils ont de vivacité et d'esprit leur nuit davantage que (1) ne fait à cjuelques autres leur sottise. Ils ne se contentent pas toujours de répliquer avec aigreur, ils attaquent souvent avec insolence ; ils frappent sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur les présents, sur les absents; ils heurtent de front et de côté, comme des béliers : demandet-on à des béliers qu'ils n'aient pas de cornes ? De même n'espère-t-on pas de réformer (2) par cette peinture des natui'els si durs, si farouches, si indociles. Ce que l'on .peut faire de mieux, d'aussi loin qu'on les découvre, est de les fuir de toute sa force et sans regarder derrière soi.
occupés. — D"après une clef, c'est l'abbé de Rébé que désigne La Bruyère : d'après d'autres. M. de Harlay, premier président, plein de gravité extérieure, mais d'une con<luito cynique. (2) Vous expédient : se débarrassent de vous.
(1) Davantage que passerait aujourd'hui pour une faute de français ; il faudrait : plus que.
(2) Entre tous ces portraits de La Bruyère, il y en a bien peu qui aient corrigé les originau.x ; le peintre ne se faisait aucune illusion.
oO LA BRUYÈKE — PORTRAITS