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LES EFFORTS DE NANTES

L'opposition contre Saint-Nazaire. — Que Nantes prît ombrage de Saint-Nazaire, c'était dans l'ordre naturel des choses, surtout à une époque où sa vie

se trouvait en butte à des difficultés nouvelles et redoutables. Il n'y a aucun intérêt, aujourd'hui, à masquer cette lutte qui ne tarda point à se transformer en accord.

Les Nantais s'efforcèrent de s'opposer aux projets qui profitaient à Saint-Nazaire. Si la Compagnie d'Orléans vit sa ligne arrêtée à la prairie de Mauves, c'est parce qu'on pensait en empêcher le prolongement jusqu'à Saint-Nazaire. Lorsque l'on entreprit le premier bassin à flot, Nantes voulait qu'on interdît de construire des magasins, des entrepôts sur les terrepleins voisins, afin de borner le rôle de Saint-Nazaire à celui d'un port de relâche. A toute occasion, les protestations ne manquaient point.

Les travaux dans la Loire maritime. — Mais il y avait mieux à faire qu'à se lamenter ou à protester. A Nantes, on le comprit bien. Il fallait lutter positivement, chez soi, pour maintenir sa place.

La grande affaire, c'était évidemment de permettre accès à la navigation maritime. On essaya encore des digues longitudinales pour obliger le fleuve à creuser davantage et empêcher les divagations. C'est ainsi que de i85g à 1869 on les construisit, on les continua de Nantes jusqu'à La Martinière. Les résultats, cette fois, ne furent pas négligeables puisqu'on obtint une augmentation de mouillage de un mètre sur les hautsfonds et qu'on eut ainsi, en haute marée il est vrai, k m. 3o d'eau, c'est-à-dire le mouillage qu'on se propose actuellement d'obtenir sur la Basse-Seine. Malheureusement on dut reconnaître bientôt qu'il fallait plus ; des atterrissements se formaient en aval, entre La Martinière et Paimbœuf, diminuant la valeur des

travaux exécutés. Un ingénieur remarquable, Léchalas, préconisait, dès 1869, des dragages en pleine Loire. Mais il ne réussit guère à faire partager sa foi et orf ne lui rendra pleine justice que plus tard, lorsque, grâce à des moyens mécaniques puissants, on pourra constater la vérité de ses indications. Toutefois, les dragages furent repris, surtout après 1877, et permirent d'avoir un chenal de k m. 5o de profondeur sur 60 mètres de largeur environ. Ce n'était guère suffisant, le tonnage des navires augmentant plus vite que l'approfondissement des chenaux. Il aurait fallu, d'ailleurs, associer aux dragages les travaux de correction des rives. On l'ignorait alors. Aussi, en 1879, un navire calant à m. 5o doit-il renoncer à parvenir jusqu'à Nantes, sauf exception ; a fortiori les grands steamers modernes. De sorte que, malgré tous les efforts, la navigation maritime délaissait peu à peu le port de Nantes.

Travaux d'aménagement du port. — On avait bien essayé, pourtant, d'aménager aussi le port lui-même au gré des exigences nouvelles. Aux cales de jadis s'étaient substitués des quais verticaux avec des terrepleins pour la manutention et le dépôt des marchandises. Le u quai de la Fosse » fut refait de 1873 à 1881 ; le quai « Ernest Renaud » élargi de 1881 à 1886, le quai « d'Aiguillon » établi de 1881 à 1880 ; en tout un kilomètre de développement linéaire. Travaux bien nécessaires, mais qui ne pouvaient profiter alors qu'à des navires de moins de 5oo tonneaux de jauge. On signale, comme un véritable événement, en 1881, l'accostage du « Misti » qui jaugeait 45o tonneaux et avait 4 m. 60 de tirant d'eau. Aux voiliers

élégants s'ajoutaient de plus en plus les vapeurs trapus et les chantiers nantais construisaient bon nombre de navires à vapeur. Mais tous navires de tonnage relativement faible. Et le contraste s'accusait chaque jour davantage entre les quais de Saint-Nazaire, bordés de longs et hauts paquebots et ceux de Nantes où s'amarraient seulement des navires de peu de capacité.

Déclin de la navigation fluviale. — Par surcroît, la Loire, en amont, est de plus en plus désertée. Si, en 1866 encore, le trafic, de la Maine à Nantes atteint 3oo.ooo tonnes, il devient insignifiant entre 1880 et 1890, définitivement ruiné semble-t-il. La Loire est abandonnée.

L'Industrie. — L'industrie nantaise, cependant, demeure active et même se développe, industrie métallurgique, engrais, conserves alimentaires. Mais il arrive que la Toie ferrée ne suffit pas et surtout que, seule maîtresse des transports, elle exige des prix forts. Il faudrait l'appoint du fleuve et celui-ci n'est plus fréquenté.

Le Commerce. — Les opérations faites à la succursale de la Banque de France qui se chiffraient, en 1880, par 189 millions de francs, en augmentation de 84 millions sur le compte de 1868, tombent, en 1890, à i45 millions. Témoignage évident d'un fléchissement, d'une inquiétude qui s'aggrave.

Mouvement du port. — Aussi le mouvement du port décline-t-il. De 48o.ooo tonnes en 1879, ^ passa

à 55o.ooo en 1881, mais le voici réduit à 354ooo en 1886. Tonnage marchandises. Le tonnage de jauge se maintient péniblement autour de i.5oo.ooo tonneaux, mais même ainsi la décadence apparaît. Au reste, le trafic d'une denrée aussi importante que le sucre manifeste bien la situation angoissante du port .En 1875, Nantes reçoit 60.000 tonnes de sucre, en expédie 11.000 ; vers i885, on ne trouve plus que 22.000 tonnes à l'entrée, à peine 1.000 à la sortie.

Situation alarmante. Tandis que d'autres ports français jouissaient d'un mouvement sans cesse en progrès, Nantes ne progresse plus, Nantes diminue. Il lutte, mais il a perdu, de beaucoup, le rang qu'il tenait jadis dans la vie maritime de la France. La prospérité industrielle ne saurait faire illusion ; le port végète. Bloqué à l'aval, bloqué à l'amont, Nantes se débat contre la menace d'étouffement dont il souffre. Et il est peu de spectacles aussi poignants, vraiment, que celui de ce port qui se sent pris à la gorge et qui, sans perdre espoir, cherche à se dégager, avec une énergie tenace.

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