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LE DEVELOPPEMENT DE SAINT-NAZAIRE

Pour se sauver, Nantes devait forcer l'accès à la mer, puis rendre vie à la Loire. Et il apparaît ainsi que la création et les progrès de Saint-Nazaire ne pouvaient pas être responsables du déclin de Nantes. Si Saint-Nazaire n'avait pas existé, Nantes n'y aurait guère gagné. Par Saint-Nazaire au moins se maintenait la direction du trafic vers la Loire. La Basse- Loire n'était pas abandonnée.

Les travaux. — Saint-Nazaire se développait, favorisant la grande navigation transatlantique. De 1862 à 1881, on creusait un nouveau bassin à flot, le bassin de Penhoet, qui ajoutait 22 hectares aux 12 du bassin de Saint-Nazaire. De 1881 à 1894, des dragages, d'autres travaux amélioraient les passes, approfondissaient les bassins. Les navires trouvaient ainsi, à Saint-Nazaire, profondeur, espace, abri. Ceux même qui calaient 5 et 6 mètres pouvaient accoster au moins à chaque marée.

Mouvement du port. — Aussi le mouvement du port avait-il progressé rapidement, 120.000 tonnes en 1857, 890.000 en 1888, bientôt plus de 1. 000. 000 de tonnes.

La Navigation. — La Compagnie Générale Transatlantique. — Faut-il y voir le déplacement de l'ancien tonnage de la Basse-Loire ? Ce serait admettre que les circonstances économiques n'ont pas changé. S'il est vrai que la Loire maritime ne pouvait plus être remontée par les gros « cargos », il est vrai aussi que des éléments nouveaux entraient en ligne de compte. Les relations transatlantiques s'étaient fort développées et la navigation à vapeur, vite perfectionnée, entraînait un mouvement de passagers que l'époque des voiliers ne pouvait pas connaître. A ces besoins nouveaux avait répondu la création de la Compagnie Transatlantique. La « Compagnie Marziou » première concessionnaire de la ligne des Antilles (27 février i858) n'avait pas pu exploiter son domaine et avait cédé ses droits à la Société Péreire (19 octobre 1860), fondatrice de la Compagnie Générale

Transatlantique (19 février 1862). C'est le i4 avril 1862 que le « Louisiane », navire en fer de 5oo chevauxvapeurs, quitte Saint-Nazaire pour atteindre Fort-de- France en i3 jours ; c'est le premier voyage. Depuis, les progrès avaient été rapides. C'était la c< Compagnie » surtout qui alimentait le trafic de Saint-Nazaire, étant concessionnaire (1862) de la ligne des Antilles et du Mexique. Arrivés à Penhoët, les voyageurs pouvaient passer directement du bateau au chemin de fer et arriver à Paris, en moins de 9 heures dès avant 1870. Dès 1857, comme on l'a vu, Saint- Nazaire était relié à Paris par voie ferrée.

Les chantiers de constructions navales. — La Compagnie générale transatlantique s'avisa bientôt de faire construire ses paquebots à Saint-Nazaire même. Facilité de construction des cales, fonds suffisants pour le lancement, travail aisé en bassin, les conditions étaient favorables. Les « chantiers de l'Atlantique » accrurent l'activité du port. Bientôt les « Chantiers de la Loire » s'établirent, tout proche. Saint- Nazaire devint ainsi l'un des principaux centres de constructions navales en France. C'est-à-dire que, dès le début, Saint-Nazaire prit le rôle qui lui revient nécessairement, celui d'un grand port de longscourriers, celui d'un grand chantier de constructions. Et une ville nouvelle s'étendit au-delà des bassins, géométriquement dessinée.

Les forges de Trignac. — Mais si Saint-Nazaire prétendait rivaliser avec les ports qui, grâce à l'industrie locale, alimentent un fort trafic, il risquait de s'égarer. Que les capitaux, les traditions, les usines

nantais vinssent s'établir plus près de l'Océan, rêve chimérique. On ne voit guère pareils déplacements. D'autre part Saint-Nazaire manquait d'eau, n'avait à proximité ni houille ni fer, devait tout créer ! Sans doute les forges de Trignac constituent un foyer industriel. Elles ne réussirent pas sans peine à vivre. Fondées en 1879 pour exploiter le minerai de fer de Segré, à portée de la houille anglaise, elles durent s'éteindre peu après, les minerais angevins coûtant plus cher, à cause du transport par voie ferrée, que les minerais espagnols amenés par mer. Elles ont repris en 1890 et sont devenues prospères. Elles peuvent apporter, notamment, aux constructions navales, un secours précieux. Mais elles ne suffisent pas à créer un centre industriel de première importance. Rien ici qui se compare à l'industrie nantaise.

Si le port de Saint-Nazaire a développé son trafic, ce n'est pas l'industrie nantaise qui put y apporter quelques entrave. Si le port de Nantes décline, le développement de Saint-Nazaire n'en est point cause.

Des deux côtés on s'en rendit bien compte. Par la création du « Canal maritime », Nantes, débloquée, va retrouver un regain de vie prospère. Et le progrès de Nantes ne nuira point au progrès de Saint- Nazaire.

Chacun ayant vite pris conscience de son rôle particulier, les deux villes-sœurs oublièrent rapidement leur défiance réciproque et les deux ports ne tardèrent point à associer leurs efforts. De sorte qu'après une

NANTES ET SA1NT-NAZAIRE 3g

période de crise, les deux ports ont pris rang parmi les dix principaux ports de France, ceux qu'on a coutume d'appeler les grands ports et leur vie est plus liée chaque jour.

Cette courte période de défiance ne mériterait guère de retenir l'attention si elle n'avait pas eu pour effet de surexciter les énergies, si elle n'apprenait pas, aussi, comment des gens de bonne foi, trompés par des apparences simplistes, savent reconnaître rapidement leur erreur et transformer une inimitié superficielle en une profonde et féconde solidarité.

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