Les Morts reviennent-ils? 1 vol
237. — La Franc-Maçonnerie, secte Juive, née du Talmud. Ses ongi/n^s, ses progrès, son rôle politique, sa haine de l' Eglise - . . . . 1 vol .
Godard (Charles). — 105. L'Occultisme contemporain. Ses doctrines et ses divers systèmes, 3° éd. 1 vol.
— 193. — Les Sciences physionomiques, leur passé, leur présent, 2" éd 1 vol .
Hélot (Charles) — 204-205. L'Hypnose chez les possédés, 2' éd 1 vol .
— 81. Le Diable dans l'Hypnotisme, 3' éd . 1 vol.
— 35. L'Hypnotisme franc et l'Hypnotisme vrai, 4' éd 1 vol .
Imbert-Gourbrvre (D'). — 65. L'Hypnotisme et la Stigmatisation, 3° éd 1 vol.
Jeanniard do Dot (A.). — 16. Où en est l'Hypnotisme, son histoire, sa. nature et ses dangers, 6' éd.. 1 vol.
— 17. Où en est le Spiritisme, sa nature et ses dangers, 5° éd 1 vol .
— 39. L'Hypnotisme et la Science catholique, 3*éd 1 vol.
— 50. L'Hypnotisme transcendant en face de la philosophie chrétienne, 4" éd 1 vol.
LoDiEL (R. P.). — 159. Les Phénomènes télépathiques et le secret de l'Au-delà, 3* éd 1 vol.
Matignon (P. A.). — 198. L'Evocation des Morts, 3- éd 1 vol.
Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre de Loudun. — Jugements portés sur lui par les historiens.
Le 18 août 1634, un prêtre, que ses malheurs et les égarements de sa vie ont rendu tristement célèbre, expirait sur un bûcher en la ville de Loudun, au diocèse de Poitiers.
Quel était son crime ?
Voici textuellement ce que portait l'arrêt de condamnation :
« Avons déclaré et déclarons Urbain Grandier dûment atteint et convaincu du crime de magie, maléfice, et possessions arrivées par son fait, es personnes d'aucunes religieuses Ursulines de cette ville de Loudun et autres séculières, ensemble ses autres cas et crimes résultant d'icelui, pour réparation desquels avons icelui Grandier condamné et condamnons à faire amende honorable, nu-tête, la corde au cou, tenant à la main une torche ardente du poids de deux livres, devant la principale porte de l'église de Saint- Pierre du Marché, et devant celle de Sainte-Ursule de ladite ville ; et là, à genoux, demander pardon à Dieu, au roi et à la justice ; et ce fait, être conduit à la place pubhque de Sainte-Croix, pour y être attaché à un poteau sur un bûcher, qui, pour cet effet, sera dressé audit lieu, et y être son corps brûlé tout vif avec les pactes et caractères magiques restant au greffe, ensemble le Uvre manuscrit composé par lui contre le célibat des prêtres, et les cendres jetées au ■vent. Avons déclaré et déclarons tous et chacun de ses biens confisqués au roi, sur iceux préalablement
pris la somme de cent cinquante livres, pour être employée à l'achat d'une lame de cuivre, sur laquelle sera gravé le présent arrêt par extrait, et icelle apposée dans un lieu éminent de la dite église des Ursulines, pour y demeurer à perpétuité. Et auparavant que d'être procédé à l'exécution du présent arrêt, ordonnons que le dit Grandier sera appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, sur le chef de ses complices, et exécuté le IS aoùc 1634. »
Le document qu'on vient de lire a soulevé et soulève encore dans la presse des polémiques irritantes.
Les protestants et les libres penseurs s'en sont fait une arme contre l'Eglise, comu.e si elle avait ellemême institué le tribunal devant lequel comparut l'accusé.
Qu'était-ce qu'Urbain Grandier ? Les Ursuliues étaient-elles réellement possédées, et cette possession doit-elle être considérée comme le résultat de pratiques magiques? Urbain Grandier avait-il commis les crimes pour lesquels il fut condamné au feu ? Autant de questions que nous aurons à examiner dans cette étude.
Urbain Grandier naquit au Mans, disent les uns, à la Rovère, affirment les autres. Quelques-uns opinent pour Sablé, où son père exerçait les fonctions de notaire royal.
Il fit la plus grande partie de ses études à Bordeaux, au collège des Pères Jésuites. Ses succès classiques lui valurent, dans la suite, la protection de ses anciens maîtres, qui usèrent de leur influence pour le faire nommer curé de Saint-Pierre de Loudun. Il obtint, en outre, une prébende au chapitre de Sainte- Croix, dans la même ville.
Cela dit, nous laisserons la parole aux écrivains qui ont pris sa défense et se sont attachés à le justifier du fait de sorcellerie pour lequel il fut condamné à mort.
« Le clergé de Loudun, écrit Louis Figuier, ne vit pas sans quelque jalousie secrète un prêtre investi de deux bénéfices dans une ville à laquelle il était étranger par sa naissance. »
C'est là une supposition purement gratuite et sana valeur historique,
« On enviait la position de Grandier, d'autant plus, poursuit le même auteur, qu'il y faisait honneur par des mérites divers. Bon prédicateur, écrivain facile et même élégant pour cette époque, mais surtout bel esprit et homme du monde, plus qu'il ne convenait à un ecclésiastique, il avait, comme couronnement de tous ces dons, les avantages d'un extérieur séduisant. Non seulement il était beau et le savait, mais il ne repoussait ni la beauté, ni les jouissances qui l'accompagnent. Son esprit était plein d'orgueil (1). »
Aubin, auteur de V Histoire des Diables de Loudun^ écrit de son côté : « Ce n'était pa«î seulement des rivaux qu'il avait à craindre, c'étaient des pères et des maris, outrés et furieux de la mauvaise réputation que ses fréquentes visites attiraient sur leurs familles (2). »
Nous ferons observer en passant qu'Aubin écrivit son livre cinquante- neuf ans après l'événement, et que, tenant pour non avenus les procès-verbaux certifiés sincères par des hommes dont la bonne foi et les lumières ne peuvent être mises en doute, il traita l'histoire des possédées de Loudun avec le sans-gêne dont ses coreligionnaires sont coutumiers, quand il s'agit de faits qui intéressent l'Eglise catholique.
« Quant à ses rivaux , poursuit de son côté Louis Figuier, Grandier provoquait leurs attaques plutôt qu'il ne les attendait. Cet homme, doux et civU à l'égard de ses amis, montrait contre ses adver-
(1) Louis Figuier, Histoire du Meroeilleux, t. I, p. 97 et suiv,
(2) Hisioire des Diables de Loudun, Amsterdam, 1693.
6 LES POSSEDEES DE LOUDCN
saires une fierté hautaine. Jaloux de son rang, il ne rabattait jamais rien de ses prétentions ; il défendait ses intérêis et repoussait les injures avec une violence qui laissait dans les esprits des blessures profondes (1). »
L'auteur cite quelques faits à l'appui de son dire. Les voici textuellement reproduits :
« Dès l'année 1620, dans une affaire portée devant l'official de Poitiers, il avait obtenu contre un prêtre nommé Mounier une sentence qu'il fit exécuter avec la dernière rigueur. Quelque temps après, nouveau procès contre les chanoines de Sainie-Croix, ses collègues, au sujet dune maison qu'il ne craignait pas de disputer au Chapitre. Le solliciteur de ce procès pour les chanoines, et par conséquent l'adversaire de Grandier, était Mignon, maintenant directeur des Ursulines. Ce fut Grandier qui l'emporta, et il insulta avec tant de fierté la partie vaincue, que Mignon en conserva une rancune profonde et vivace (2) . »
Comme on le voit, Urbain Grandier était un plaideur passionné et souvent heureux. Il aurait dû, semble-t-il, se montrer généreux dans la victoire, faisant ainsi preuve d'habileté. Mais sa mauvaise nature le pou-sait, au contraire, à user de procédés humiliants à l'égard de ceux qu'il avait battus.
Parmi les personnages avec lesquels il eut encore maille à partir figurent deux oncles de Mignon, Barot et Trinquant. Le p emier était président des Elus de la ville, et le second, procureur du Roi.
Il fut enfin mêlé à une aventure scandaleuse où il eut pour rival le procureur Menuau, parent, lui aussi, de l'inévitable confesseur des Ursuhnes.
La plupart des historiens prétendent que les mem-
(1) Louis Figuier, ibid.
(2) Louis Figuier, ibid»
ET CRBAIN GRANDIER 7
bres influents de cette famille fomentèrent sourdement la plainte qui fut portée contre le curé de Saint-Pierre devant l'official de Poitiers, plainte où on l'accusait, entre autres choses, de ne jamais dire son bréviaire, — ce qui était, semble-t-il. difficile à prouver, — et d'avoir débauché plusieurs femmes ou jeunes filles. On allait jusqu'à affirmer qu'il avait Commis un de ces actes dans son église.
Urbain Grandier fut décrété d'^ prise de corps et enfermé dans la prison de l'évêché.
Faisons observer, à sa décharge, que les dénonciateur? ne donnaient pas les noms des personnes que le prévenu aurait séduites, et que ni maris, ni pères, ni tuteurs ne se portèrent parties plaignantes.
Le juge dut donc considérer cumme non avenue, faute de preuves, l'accusation d'immoralité, ce qui ne i'empécha pas de condamner Urbain Grandier à jeûner trois mois au pain et a l'eau, et de l'interdire a diviras dans le diucèse de Poitiers pendant cinq ans.
Le curé en appela à l'archevêque de Bordeaux. De leur côté, s^s ennemis le déférèrent au Parlement de Paris comme d'abus, dans l'espoir de le ruiner et de le réduire à l'impuissance. Mais Grandier n'était pas homme à se laisser intimider. Il fit plaider sa cause, et le Parlement renvoya l'affaire devant le présidial de Poitiers pour être jugée en dernier ressort.
« Or , dans l'instruction à laquelle procéda le lieutenant criminel de cette \i\\e, plusieurs témoins avouèrent qu'ils avaient été influencés par les ennemi- de l'accusé ; un des délateurs se désista de son action, et deux prêtres de Loudun, dont l'un envoya même son désaveu par écrit, déclarèrent qu'on leur avait fait dire dans leurs dépositions des choses auxquelles ils n'avaient jamais s^ngé (1). »
(1) Louis Figuier, ihid.
Grandier eut gain de cause.
D'autre part, Mgr de Sourdis, archev^nue de Bordeaux, frappé de l'animosité que ses ennemis mettaient à le poursuivre, rendit en sa faveur une sentence d'absolution, dé larant nul le jugement de l'officialité de Poitiers. Cela fait, il lui cunseilla de quitter Loudun, sage conseil que Grandier refusa de suivre. Il poussa même l'imprudence jusqu'à. rentrer chez lui en triomphateur, une branche d'olivier à la main.
Cette bravade devait lui coûter cher.
Non content de reprendre pos>:ession de ses bénéfices, il exigea de ses adversaires la restitution des fruits perçus en son absence et réparation des dommages causés.
Le docteur Bertrand, dans son livre sur VExtase, parle de Grandier de la façon la moins flatteuse. Que le curé de Saint-Pieire fût un prêtre peu édifiant, nous le croyons sans peine ; lui-même en a fait l'aveu avant de mourir, mais de là à admettre qu'il se rendit coupable de toutes les infamies qu'on lui a reprochées, il y a loin.
« Plus d'une raison, écrit Bertrand, à propos des possessions de Loudun, devait fixer l'attention des religieuses (Ursulines) sur ce prêtre, qui, depuis quelque temps, faisait j^rand bruit dans la ville. C'était, en effet, un homme d'un esprit cultivé, d'un extérieur agréable, et plus porté à la galanterie qu'il n'aurait été convenable à sa profession. Les aventures scandaleuses qu'on lui imputait faisaieutlesujct des conversations...., et quoique absous d'un interdit prononcé par son évêque, ce curé n'en était pas moins un scau'îale pour la plus grande partie des habitants de Loudun (1). »
Le docteur Calmeil, ancien médecin de l'Asile de
(1) Bertrand, De l'Extase, p. 339.
Charcnton, nous dit, de son côté , que Grandier « était un homme distingué par l'esprit, le talent, les avantages physiques ; éclat des manières, mœuis faciles et galantes , procès scandaleux , inimitiés passionnées, alternatives de revers et de fortune, neu. n'avait manqué à l'existence tour à tour enviée ou tourmentée de cet homme véritablement superbe (1). »
Maintenant que nous connaissons le personnage,
— autant du moins qu'il est possible de le cunnaîvre,
— vo^'ons à la suite de quels événements il tut mclé à l'affaire des possessions.
Les Ursulines de Loudun au tribunal de la Scionce.
Fondé en Italie vers la fin du xvi^ siècle, l'Institut des Ursulines ne tarda pas à pénétrer en France.
Une maison de l'Ordre s'établit à Loudun.
M'"^ Jeanne de Bel fiel, de la famille du baron de Cose, était à la tête de la communauté. On y remarquait, en outre, comme simples religieuses, M™» Claire de Sazilly, parente de Richelieu, les deux dames de Barbézieux, de la maison de Nogaret, les deux dames d'Escoubleau, de la maison de Sourdis, etc.
« Ces dames, fait observer le docteur Calmeil, ne le cédaient à aucune personne de leur sexe par la culture de l'esprit, la politesse des manières, le suin qui avait présidé à leur éducation. Toutes se vouaient, en se conformant aux règles de leur ordre, à l'instruction des jeunes filles qui leur étaient confiées à titre de pensionnaires ou d'externes (2). »
(1) Calmeil, De la Folie, t. II, p. 32.
(2) Calmeil, De la Folie, p. 8.
Les Ursulines avaient eu d'abord comme aumômer un prêtre du nom de Moussaut.
On a écrit qu'à sa mort, Urbain Grandier avait exprimé le désir de lui succéder, sans résilier pour cela ses fonctions de curé de Saint-Pierre, et qu'on lui préféra l'abbé Mignon, chanoine de Sainte-Croix et son ennemi personnel.
Quoi qu'il en soit, au printemps de 1632, on parla vaguement de faits extraordinaires dont le couvent des Ursulines était, disait-on, le théâtre.
« Les religieuses se plaignaient d'être obsédées, la nuit, par des spectres. Un de ces fantômes avait parlé à une jeune sœur en termes obscènes. D'autres avaient reçu des coups dans l'obscurité et en montraient les marques. Tous ces désordres, causés probablement par de simples accès de somnambulisme survenus à l'une des religieuses, fait observer Louis Figuier que l'idée d'une intervention supranaturelle horripile, étaient attribués par elles à un revenant {!). »
Mis au courant de ce qui se passait. Mignon trouva que la chose était grave.
Quelques écrivains ont traité ce prêtre d'halluciné. A les en croire, il avait une tendance à voir une intervention diabolique dans tous les événements dont l'explication lui échappait.
Sans être un prêtre éminent, Mignon valait mieux que la réputation qu'on s'est plu à lui faire. Ceux qui nous le représentent comme un être borné et supers- ,titieux calomnient sa mémoire.
Après un examen f^érieux des faits, il demanda à l'ordinaire l'autorisation de procéder à des exorcismes.
N'ayant obtenu aucun résultat, il fît appel à un prêtre de ses amis, l'abbé Barré, curé de Saint- Ci) Louis Figuier, Histoire du Merveilleux, t. I, p. 87.
Jacques de Chinon. Pierre Barré était quelque peu entiché de diablerie. Il n'hésita donc \^.ias à prêter son concours à Mignon.
Pour donner plus de solennité à son entrée à Loudun, il se fit accompagner processionnellement par ses paroissiens.
Aidés de quelques Carmes, Mignon et Barré exorcisèrent d'abord secrètement les religieuses possédées.
Mais l'arrivée du curé de Saint-Jacques avait trop fait de bruit pour que la population restât longtemps ignorante de l'état dans lequel se trouvaient les Ursulines. Les exorcistes durent donc, au bout de quelques jours, aviser les magistrats de la ville.
Guillaume de Cérizai de la Guérinière, bailli du Loudunois, et Louis Chauvet, heutenant civil, se rendirent au couvent.
Barré vint les recevoir à la grille et leur fit un récit succinct des phénomènes qu'il avait constatés.
« Nos religieuses, dit-il, ont été obsédées, pendant huit à dix jours, de spectres et de visions épouvantables. La supérieure et deux sœurs ont été visiblement possédées jusqu'à ce que, par mon ministère, celui du chanoine Mignon et de quelques Carmes, le démon ait été expulsé de leur corps. Mais, dans la nuit d'hier, la supérieure et une sœur laie ont été tourmentées de nouveau. Interrogés pendant les premiers jours, les démons sont restés muets ; mais ils viennent enfin de parler. Ils déclarent que le mal est arrivé par deux pactes, dont l'un a pour marque trois épines, et l'autre un bouquet de roses. Le démon qui possède la supérieure s'appelle Astaroth et se dit l'ennemi de Dieu ; celui de la sœur laie s'appelle Sabulon (1). »
(1) Louis Figuier, Histoire du Meroeilleua:, t. I, p. 87
Mais avant d'aller plus loin, entrons dans quelques explications qui nous semblent nécessaires.
L'auteur de V Histoire des diables de Loudun, le protestant Aubin, a prétendu que les Ursulines faisaient partie d'un complot tramé par les ennemis d'Urbain Grandier, et qu'à l'instiuation de Mignon, leur aumônier, elles avaient oué le rôle de possédées et accusé le curé de Saint-Pierre d'être l'auteur de leur possession.
L'accusation ne tient pas debout.
On a dit é^alemont que Grandier, en jetant un sort aux Ursulines, avait voulu se venger d'elles, parce qu'elles avaient refusé de l'agréer comme directeur.
Cette assertion paraît tout aussi inexacte que la précédente. Lors de la confrontation du curé de Saint- Pierre avec les rel'gieuses, ces dernières déclarèrent ne l'avoir jamais vu jusque là. D'autre part, le Père Tranquille, un des exorcistes, a affirmé dans ses écrits que Grandierne s'était jamais occupé des affaires des Ursulines.
Quant à la comédie qu'auraient jouée ces religieuses, voici ce qu'en a écrit le docteur Bertrand, un bon juge s'il en fût :
« Il n'y eut pas sur l'affaire de Grandier la même unanimité d'opinion dans le public que parmi les juges... Tandis que les catholiques voulaient à tout prix voir des miracles dans ce que faisaient les religieuses, les protestants, qui n'étaient pas comme eux témoins de tous les exorcismes, prétendaient que tout ce qui se passait n'était qu'un jeu pour faire périr le malheureux Grandier, que les juges étaient gagnés, que les exorcistes étaient des scélérats et que les religieuses ne faisaient que répéter en public une comédie qu'on leur avait fait étudier longtemps à l'avance. Cette dernière opinion est celle qu'on a conservée sur cette malheureuse
affaire, surtout depuis la publication de Vlllsloire des diables de Loudiin... J'ai dit plus haut quelle confiance on peut accorder à cet historien qui écrivit près d'un siècle après l'événement, et je crois avoir prouvé combien ses conjectures hasardées, sans preuves, sont absurdes. Que Laubardemont soit entré dans un complut infâme pour faire périr un innorent, je le veux bien. Que les douze juges fussent aussi daiis le complot, je l'accorderai encore, quoiqu'il soit bien difficile de concevoir comment douze juges (choisis paraii les grands hommes de bien de la province) auraient pu se rendre coupables d'une pareille horreur ; mais que les religieuses soient entrées dans ce complot, c'est ce que ma raison se refuse à croire. Jamais on ne me persuadera que, dans une communauté peu nombreuse, on ait trouvé huit femmes, huit jeunes filles aussi endurcies dans le crime... »
Le docteur Bertrand démontre ensuite l'impossibilité de cette comédie sacrilège en se plaçant à un autre point de vue.
« Il aurait fallu, dit-il, que de longue main elles eussent étudié la langue latine pour répondre aux questions qui leur étaient posées dans cette langue. Il aurait fallu qu'elles se lussent étudiées longtemps à l'avance à feindre ces épouvantables convulsions... que les plus habiles saltimbanques ne sauraient imiter... Or, imagine-t-on rien de plus horrible que l'infernal rassemblement de huit femmes s'exerçant en secret à la plus épouvantable comédie V Pourquoi ? Pour conduire à une mort cruelle un malheureux prêtre innocent qu'elles n'avaient aucun intérêt à faire périr... Une pareille horreur ne se conçoit pas dans la nature... On répugnerait à la supposer dans un seul homme mù par le plus grand intérêt, — comment l'imagine-t-on dans huit femmes, huit jeunes filles ?... Il résulte pour moi,
de l'ensemble de ces considérations, une preuve morale si forte que mon esprit se refuse absolument à aller contre ce qu'elle établit (1). »
Le même auteur reconnaît, en outre, avec sa bonne foi habituelle, que ces malades — c'est ainsi qu'il qualifie les religieuses soumises aux exorcismes — réunissaient en elles tout ce qui, d'après les théologiens, caractérise la possession diabolique.
Le docteur Calmeil ne raisonne pas autrement que son docte confrère.
« Les écrivains protestants, dit-il, ont soutenu que ces religieuses s'entendaient avec les ennemis d'un homme dont on avait décidé la perte, et qu'elles n'avaient jamais éprouvé les symptômes d'une véritable monomanie convulsive. Cette