‹ Les possédées de Loudun et Urbain GrandierChapitre 2 sur 9 · CALOMNIE EST RÉFUTÉE PAR LE SEUL EXPOSÉ DES · texte numérisé non relu

CALOMNIE EST RÉFUTÉE PAR LE SEUL EXPOSÉ DES

FAITS, quelque défigurés qu'ils soient dans les récits des exorcistes et dans tous les mémoires qui traitent de l'affaire d'Urbain Grandier (2). »

Comme le docteur Bertrand, le savant manigraphe défend les Ursulines contre les imputations odieuses des écrivains protestants. Mais il n'est plus d'accord avec lui, quand il s'agit d'indiquer le genre de maladie dont elles étaient atteintes. Le premier nous parle d'extase naturelle et le second de monomanie eonvulsive. Lequel des deux a raison ? Beaucoup de gens penseront, comme nous, qu'ils ont tort l'un et l'autre.

Faisons remarquer encore que le docteur Bertrand ne met en doute ni l'exactitude, ni la bonne foi des exorcistes et des témoins, tandis que le docteur Calmeil les accuse d'avoir défiguré les faits dans leurs récits et les mémoires qui traitent de l'affaire.

L'accusation est d'autant plus regrettable qu'elle

(1) Docteur Bertrand, De l'Extase, p. 346.

(2) Calmeil, De la Folie, p. 8.

ne s'appuie sur rien. Ajoutons que le docteur Calmeil la formule, après avoir proclamé la bonne foi de ceux qu'il met en cause. Comment expliquer une pareille contradiction chez un homme de cette valeur ?

a Ne serait-ce pas, écrit M. de Mirville, parce que ces quelques inexactitudes gêneraient tant soit peu vos théories, et qu'après avoir blâmé cette méthode chez les autres, vous n'accepteriez, à votre tour, que des faits qui vous paraîtraient acceptables ? Il n'y a pas de milieu cependant ; quand il s'agit de faits qui durèrent six ans, à la clarté du soleil et en présence de plusieurs milliers de témoins, il faut supposer ou l'artifice dans leur production, comme l'ont fait les protestants, ou la sincérité des juges et la fidélité des rédacteurs. Or, puisque vous déclarez souverainement absurde la supposition d'artifice, acceptez bravement, comme votre célèbre confrère, la fidélité d'un compte rendu signé par cette masse de témoins réhabilités par vous-même (1). »

Disons, à la décharge du docteur Calmeil, qu'après avoir écrit que les exorcistes avaient défiguré les faits, il les rapporte lui-même sans leur faire subir de sérieuses modifications. Il se contente de passer sous silence ceux qui le gênent le plus dans l'exposé de ses théories.

Ne pouvant donner des phénomènes qu'il énumère une explication vraiment acceptable, il laisse tomber de sa plume cette réflexion beaucoup trop dédaigneuse pour être la fidèle expression de sa pensée : « Aujourd'hui la puissance magnétique détermine une partie des effets dont on prétendait alors rendre le démon responsable (2). »

(1) Mirville, Des esprits et de leurs manifestations fluidiques, p. 132.

(2) Calmeil, ibid.

« A merveille, riposte M. de Mirville ; mais auparavant il eût fallu nous dire ce que c'est que la puissance magnétique^ car nous ne sortons pas des pétitions de principes (1), »

D'aucuns prétendent qu'entre une intervention diabolique et le magnétisme, auquel, soit dit en passant, le docteur Calmeil ne croyait guère, quoiqu'il s'en servît, en la circonstance, comme d'un argument à l'appui de sa thèse, il y a un lien de parenté plus étroit qu'on ne le pense.

Une parenthèse en deux parties. — Les Esprits, les Pères et les docteurs. — Le Rituel. Les faits. Le Diable existe.

Bon nombre de ceux qui raisonnent sur le magnétisme manquent de certaines notions pour le faire en pleine connaissance de cause. Ils oublient généralement — si jamais ils l'ont su — ce que l'Eglise nous enseigne sur les êtres invisibles qui nous environnent et à l'influence desquels il nous est difficile d'échapper.

Le docteur Brière de Boismont a dit que les « idées folles voltigent autour de nous, semblables à ces insectes qu'on voit tourbillonner par milliers, dans une belle soirée d'été (2). »

Des idées folles supposent la raison, mais une raison dont l'équilibre est momentanément rompu ou en danger de se rompre par le fait de mystérieuses influences.

De là à penser avec saint Augustin que « les démons sont tombés des plus hautes demeures du ciel

(1) De Mirville, ibid.

(2) Brière de Boismont, Des hallucinations

dans les bas-fonds de notre ténébreuse atmosphère » (1), il n'y a qu'un pas.

« Ces esprits, écrit saint Hilaire, sont si nombreux et si forts, que sans la grâce de Dieu, que sans les anges préposés au soutien de notre faiblesse, rien en nous ne pourrait résister à cette formidable conjuration de ruines et de haines (2). »

« Revêtez-vous des armes que Dieu vous donne, lisons-nous dans TEpître de saint Paul auxEphésieus, afin de triompher des embûches et des artifices du démon. Vous avez à combattre non pas contre les hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances infernales, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice t'épandus dans l'air (3). »

Saint Pierre n'est pas moins explicite :

« Soyez sobres et veillez, dit-il, car le démon tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant quel est celui qu'il pourra dévorer (4). »

Bossuet, qui n'a jamais passé, que nous sachions, pour un esprit faible, s'exprime ainsi dans son premier sermon sur les démons :

« Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons démons, outre le témoignage éclatant des Ecritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance, ce sont les effets extraordinaires et prodigieux qui ne pourraient être rapportés qu'à quelques mauvais principes, et à quelque secrète vertu, dont l'opération fut maligne et pernicieuse. Et cela se confirme encore par cette noire

(1) Enchiridion, ch. xxvni.

(2) Saint Hilaire, In psalm, ch. xvi. — Id. In psalm, ch. xi. (3 Saint Paul, Epître aux Ephésiens, ch. vL

(4) Saint Pierre, 1" Epître, ch. v, v. 8.

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