DÉPENSES
Justice et Administration Police. financ.
fi. 123,535.20 fl. 52,482.30 Édifices et Pensions, propriétés traitements de de l’état. réforme.
fi, 65,570.— f. 141,406.02
Saba RECETTES :
CUPACA HE Hate one 2 Le an fl. 365,021.67
BORA Dos bee da Se nr 22,665.—
RE Re en EG UT LOS n 133,250. — STPONIATIIRS Mareiee Mo mU ie de n 31,875. ) DÉFENSE RTS care se done " 8,315.— fl SD Re ST Ps Lot lle " 1,595. —
Recettes des années précédentes. , 68,617.37
Culte et instruction.
fi. 95,281.02
ToraL.
fl. 539,052.02
(y compris les 20,000 fi. pour le dépenses imprévues.)
ToTaAL.
Les appointements et les frais de résidence du Gouverneur, ceux de l'armée et de la marine, nécessaires pour la défense de la colonie, sont, comme il est notoire, en vertu du Règlement administratif du 31 mai 1865 (Bulletin des lois, n°. 56) portés sur les Vlièmes et Xièmes chapitres du budget de l’état. Indépendamment des dépenses pour la station maritime qui sont portées en partie séparément sur ce budget, les dépenses mentionnées ont été évaluées dernièrement à un total de fl. 259.447.
Les chiffres indiqués plus haut prouvent que les dépenses coloniales ont augmenté indubitablement dans les vingt dernières années. C'est en partie la suite ou le résultat de l'introduction du Règlement administratif de 1865 et de celle de la nouvelle législation en 1869, en partie aussi de la circonstance que ce qui était autrefois laissé en grande partie aux soins des particuliers, est devenu à présent un objet des affaires d'état; on n’a qu'à se rappeler que les dépenses pour l’enseignement plus étendu sont portées pour la Première fois sur le budget de l'année 1886.
Toutefois les avertissements contre l'augmentation des dépenses coloniales, tant dans les rapports que dans les délibérations publiques, ne manquèrent jamais. Il y a quelques années, cé n'était pas sans raison, car la colonie, pour couvrir ses dépenses, avait besoin d'une subvention annuelle du trésor de l’état. Dans les dernières années toutefois, la colonie n’est plus un article onéreux pour le mère-patrie. Pour les années 1882 et ’83, dans la fixation du budget colonial on comptait sur une subvention du trésor de l'état, mais les recettes de ces deux années ont grandement dépassé les prévisions et il ne fut pas fait usage du subside accordé par les Etats Généraux en Hollande. Depuis, cette indépendance financière de la mèrepatrie s'est maintenue et elle est bien appréciée.
Cette situation financière favorable de la colonie dans un temps où en général la situation de Curaçao et dépendances est loin d'être favorable, doit être attribuée aux grandes sommes que la Société de phosphate d'Aruba paye à la caisse coloniale pour son droit de concession, En 1882, cette caisse reçut de ce chef plus dé fl. 200,000; en ‘83 plus de fl. 300,000, et dans les dernières années plus de fl. 150,000. L’exportation a diminué dans les derniers temps, parce qu'en Europe les prix de la chaux phosphatée ont baissé, par suite de la situation gênée de l’agriculture dans cette partie du monde et que les droits élevés de concession empêchent la vente de grandes quantités sur les marchés européens.
Mais l'exploitation des dépôts de phosphate de Curaçao et d'Aruba, serait-elle une source permanente de recettes? Serait-on
dans son droit -— ainsi demanda le membre du Conseil Colonial, M. Harry Barge, dans sa note importante jointe au rapport préa lable de la Commission des Rapporteurs du budget colonial de Curaçao pour 1886 — de crier à l’imprudence, si l'on comptait cette contribution parmi les moyens stables et si on ne la considérait pas comme un bénéfice fortuit. La destinée de tous les articles de commerce n'est-elle pas sujette à des vicissitudes par suite du malaise universel, de l’apathie économique, de l’affluence croissante de cet article sur les marchés d’autres endroits, et surtout par les nouvelles de tant de découvertes de couches riches partout ailleurs? Est-il donc impossible, que, dans un bref délai, le phosphate de St. Barbara ct d’Aruba se trouve entassé comme le sel dans les chaudières de Bonaiïre et des baïes de Curaçao?
La Commission des Rapporteurs répond à cette question: »il n'est pas admissible que cette source de recettes se tarisse entièrement, tant qu'il y aura de la chaux phosphatée dans la colonie, propre à être exportée. La diminution des droits de sortie et de concession préviendrait bien que cet article reste entassé dans St. Barbara et dans Aruba. Une source de recettes dont on peut admettre en toute sécurité qu'elle coulera encore une dizaine ou une douzaine d'années, peut bien être considérée comme une recette stable.”
Cette manière de voir fut suivie par le Gouvernement actuel, qui écrivit dans son Mémoire de réponse: » Sans doute l’article »chaux phosphatée” participe de la destinée de presque tous les autres articles de commerce, le marché de phosphate, non tant par suite de surabondance, mais plutôt par suite du bas prix des productions agricoles, est déprimé temporairement; sans doute il règne en général un malaise financier et une apathie économique; il court des bruits de la découverte de nouvelles couches riches, sans qu'on ait toutefois aucune communication sûre à l'égard de leur situation, de leur qualité et de leur aptitude à l'exploitation; cependant, fonder sur de telles données l'attente ou la crainte que dans un bref délai le phosphate de St. Barbara et d’Aruba sera entassé comme le sel dans les chaudières de Bonaire et des baies de Curaçao, cela n’est pas, en parlant avec ménagement, exempt d'exagération. La conséquence à en tirer que les deniers qui coulent dans la caisse coloniale par suite de l'exploitation du phosphate, doivent être considérés comme recettes extraordinaires ou du moins précaires, ne peut être admise sans réserve, et elle est en contradiction avec l'opinion de personnes qui connaissent à fond et de près la situation locale des couches de phosphate dans
notre colonie, et l'exploitation et le commerce de cet article”.
Indubitablement les recettes, provenant de l'exploitation du phosphate, ne peuvent être rangées, pour le présent, parmi les bénéfices fortuits; mais, d'un autre côté, on ne feraït pas preuve de sagacité politique en les considérant comme stables, quand selon le témoignage du Gouvernement même, » cette source féconde de recettes ne coulera pas continuellement, ni dans la même mesure”.
Nous aimerions mieux nommer ce que la colonie tire à présent de l'exploitation du phosphate un moyen extraordinaire de recettes, ct chercher en temps opportun les moyens de garantir l’indépendance financière pour un avenir durable, afin que celle-ci ne dépende pas du plus ou moins de bénéfices provenant de l'exploitation du phosphate.
Ni une augmentation des impôts existants, ni la création de nouveaux impôts ne sauraient produire un grand effet salutaire. Avec M. H. Barge, il faut dire qu'on ne doit pas y penser. » La baisse continuelle des droits d’entrée”’, écrit-il à bon droit, »marque suffisamment l’état actuel du commerce de Curaçao, et quant aux prévisions pour l'avenir, l'indication de ce qui en est dit dans le rapport de la Commission pour le dock, publié par la Direction, peut être jugé suffisant pour exclure l’idée qu’on pourrait se fonder avec raison sur un produit considérable de ce commerce dans l'avenir. Et si les fruits du capital, mis dans le commerce, ne donnent pas la perspective d'une plus grande matière imposable, les fruits de possessions de bien-fonds et d’hypothèques resteraient comme seules bases pour asseoir de plus hautes impositions, vu que dans Curaçao on ne peut dire qu'il y ait une quatrième manière de placer un capital. Mais là où les recettes, provenant de possessions avec et sans bâtiments et d'hypothèques sont déjà chargées de 16 ‘/,, avec un règlement sain et économique des impôts, on ne pourrait attribuer à cette base un plus grand produit”.
Le moyen pour pourvoir aux besoins du gouvernement colonial sans les subventions du trésor de l’état, se trouverait-il peut être dans la diminution des dépenses? A coup sûr le gouvernement coionial a ie devoir, dont il a pleinement conscience, de pratiquer dans son administration autant que possible l'économie, de ne
pas créer des dépenses permanentes qui ne sauraient être couvertes par des recettes stables. Cependant on a énoncé l'opinion » qu’une diminution considérable des dépenses ordinaires est impossible sans que la juste exécution du Réglement actuel sur le système du gouvernemant en souffre”. » Ce réglement n'exige-t-il pas trop? Convientil à la situation de la colonie?” c'est ce que M. Barge
a pu se demander. Il croit pouvoir répondre franchement: »tout aussi peu le règlement du gouvernement que toute notre législation qui en émane”. » C'est justement ici que le bât blesse”.
Mais faudrait-il donc une modification du système gouvernemental, tant pour la conservation de l'indépendance financière de la colonie que pour assurer son bien-être et sa prospérité?
À coup sûr, il ne faut pas recommencer la rèunion du gouvernement de Curaçao et dépendances à celui de Surinam.
En 1816, les possessions des Indes-Occidentales étaient divisées en 3 gouvernements: la colonie de Surinam sous un Gouverneur- Général ; l’île de Curaçao et dépendances, Bonaire et Aruba, sous un Gouverneur-Général et deux commandeurs; et l’île St. Eustache et dépendances (St. Martin, partie. néerl. et Saba), également sous Gouverneur et deux commandeurs. En 1828 les possessions furent placées toutes sous un seul Gouverneur-Général, résidant à Surinam, tandis que les îles; comme dépendances, étaient gouvernées par des administrateurs. Ces deux systèmes ont présenté des difficultés particulières qui ont amené en 1845 une nouvelle division en deux gouvernements, savoir: Surinam sous un Gouverneur et l’île de Curaçao et dépendances (Bonaire, Aruba, St. Martin St. Eustache et Saba) gouvernées par un administrateur, plus tard Gouverneur, avec cinq administrateurs sous ses ordres. Cette divi-
sion existe encore et a été rendue permanente par les Règlements gouvernementaux en vigueur.
Peut-elle être considérée comme répondant au but proposé? C'est à bon droit que dans l'Exposé des motifs des projets de règlements gouvermentaux (Supplément des Actes des Etats Généraux 1864/65, Annexe des Actes des Etats-Généraux, page 128) on a fait remarquer que la réunion des deux colonies sous un seul gouvernement ne produirait pas d'avantages réels, qu’elle nuirait au contraire à toutes les deux. La comparaison avec nos Indes-Orientales n’est pas ici de saison, parce que leur situation diffère sous tous les rapports. Autrefois, lors du vote du règlement gouvernemental, la difficulté d’une communication peu régulière entre Curaçao, Paramaribo et la mère-patrie se faisait sentir, mais cette difficulté se trouve à présent entièrement écartée par les moyens plus rapides de communication.
Mais à présent, tout aussi bien qu'alors, Surinam a besoin d'un gouverneur qui se voue entièrement à ses intérêts, tandis qu'à Curaçao, à cause des rapports multipliés avec des nations étrangères, un représentant du Roi est indispensable.
L'expérience a prononcé en cette matière et il serait extrème-
ment mal-à-propos de revenir sur ce qui fut essayé autrefois, mais qui se trouva être peu conforme au but.
Donc point de centralisation du gouvernement de toutes les colonies des Indes-Occidentales sous le même chef; au contraire, la division en deux gouvernements, comme elle est admise en principe dans les règlements gouvernementaux en vigueur, doit être maintenue. Mais il y a une autre chose sur laquelle il faut insister, c'est le rétablissement des droits que les colonies ont possédé durant un siècle et demi; c'est le retour aux principes vraiment libéraux qui se trouvent déposés dans les lois que les Provinces-Unies promulguèrent aussi pour les Indes-Occidentales, qui, sous la protection de ces lois, ont joui d'un degré de prospérité, dont hélas! la mémoire seule a survécu.
Ceux qui sont initiés à l’histoire de nos colonies comprendront aisément ce que nous avons en vue ici. À l'exemple de Surinam
et des puissances coloniales voisines, il faut remettre en honneur l’ancien principe, par lequel une participation réelle au règlement de leurs intérêts fut accordée aux habitants. Suivant le règlement gouvernemental en vigueur, les Etats-coloniaux tels qu'ils existent à Surinam et qui sont élus par les habitants qui payent une certaine somme d'impôts directs, sont remplacés pour la colonie
de Curaçao par un Conseil colonial comme corps représentatif, dont les membres sont nommés par le Roi sur une présentation de deux candidats faite par le Conseil.
On sait qu’ originairement on avait proposé le même système dans le premier projet de règlementation du gouvernement, tant pour Surinam que pour les îles des Indes-Occidentales. Dans le 4 3 de l'Exposé des motifs accompagnant le projet de 1851, le Gouvernement écrivait: »La proportion de la population (dans les + Indes-Occidentales) offre des garanties assez solides pour le maintien » de l'autorité légitime, qui gagne en force à mesure qu’un plus grand »nombre d'habitants sont appelés à la soutenir.” L'importance de cette dernière phrase est trop évidente pour que nous ayons besoin l'indiquer ici au lecteur.
Quatre années plus tard, en 1855, un autre projet de règlement fut présenté aux Etats-Généraux. Le Gouvernement parut persévérer dans son intention; il ne recula pas, mais entièrement dans l'esprit de la manière de voir qu'il avait embrassée en 1851 pour le bienêtre de la colonie, il écrivit, en 1855, dans le 3 3 de son Exposé. des motifs en termes plus énergiques : » La proportion de la population offre des garanties assez solides pour le maintien de l'autorité » légitime, et dans ces circonstances on peut admettre avec quelque
»sécurité que la coopération des habitants à la règlementation de leurs intérêts pourra exercer une influence salutaire sur la destinée » des îles des Indes-Occidentales.”?
À peine la population des colonies fut-elle instruite des intentions du Gouvernement, qu’elle manifesta publiquement son approbation, qui se fit bientôt connaître dans des requêtes à la Seconde Chambre des Etats-Généraux. Plus tard aussi, avant et pendant la délibération des projets de loi présentés de nouveau, mais considérablement modifiés, à la session de 1864/65, il s'éleva du sein de la population de Curaçao des voix plaidant devant nos Représentants pour l'application des mêmes principes libéraux, mis en pratique chez ses voisins, et dont l'application avait été recommandée chaleureusement en 1848 et plus tard dans plus d’une brochure. Nous rappelons ici les écrits déjà mentionnés de M. A. H. Bisschop Grevelink, dont les principes vraiment conservateurs sont presque passés en proverbe, mais à qui on ne peut refuser l'honneur d'avoir plaidé, avec toute l'énergie de son éloquence, pour le principe libéral assurant aux habitants une part réelle dans la règlementation de leurs intérêts.
Les projets de loi, réglant le gouvernement dans les Indes- Occidentales, présentés plus tard et débattus dans la session de 1864/65, étaient, comme nous l'avons indiqué déjà légèrement, considérablement modifiés. La différence principale avec les projets antérieurs de 1851 et ’55 se rapportait à la représentation, Le Gouvernement était revenu sur sa manière de voir. Seulement pour Surinam, il jugea désirable de créer un corps représentatif; toutes sortes de difficultés d'une nature locale l'empêcherent d'appliquer le même système pour les îles. Le Conseil colonial d'alors et le Gouverneur avaient été consultés sur les projets de loi présentés antérieurement; tous deux s'étaient prononcés d’une manière décidée. On ne jugeait la population pas encore mûre pour se gouverner elle-même, tandis qu’on attendait d’un conseil colonial, tel qu'on l'avait proposé, plus de salut pour la colonie qu’un gouvernement représentatif ne pourrait lui apporter. Le Gouvernement crut devoir plier devant les difficultés locales et satisfaire au désir du Conseil colonial.
»Certes”, écrit-il, ,la composition de ce Conseil, quelque important que soit ce point, n’est pas tout. Ce Conseil ne donnera plus seulement des avis à l'avenir, il agira et règnera de concert, et il le fera publiquement. L'opinion publique le jugera dans la presse libre. C'est là qu'on trouve des garanties solides. Si la tentative réussit à Surinam où les circonstances sont opportunes, et que dans la
population de Curaçao et des autres îles, il se manifeste un désir véritable d'unc participation directe à l'élection de ses représentants, il viendra un temps où ce désir sera satisfait.”
Le Gouvernement et les Etats-Généraux se montrèrent, quant à ce point cardinal, parfaitement homogènes et sanctionnèrent le règlement, en vigueur encore à présent et qui dans quelques années verra son cinquième lustre.
Y apportera-t-on à présent un changement? Il y en a qui le déconseillent, en craignant qu'il n'aura pas la moindre influence salutaire sur la prospérité de la colonie. On croit que, s’il fallait en avoir la preuve, Surinam elle-même pourrait la fournir à présent. Le corps représentatif de cette colonie, demande-t-on, a-t:l fait plus ou mieux que le corps gouvernemental —- le Conseil colonial — de la colonie de Curaçao? La situation depuis 186$ at-elle donc si considérablement changé? Les mêmes motifs qui ont amené les Etats-Généraux et le Gouvernement de la mèrepatrie à établir un autre système pour Curaçao que pour Surinam, ne sont-ils plus valables? Le Conseil colonial, composé d'habitants qui acceptent leur qualité de membre plutôt inspirés par le sentiment de devoir que par l'ambition, ne donnet-il pas assez de garanties pour la prospérité de la colonie, pour autant qu'elle peut être obtenue par des lois et des ordonnances?
Nous ne voulons pas nier l'importance de ces questions, qui, si on leur donne une réponse affirmative, devraient faire maintenir l'état actuel. La preuve qu'on veut tirer de Surinam, n'est pas recevable à nos yeux. Les situations et les intérêts y diffèrent beaucoup de ceux du Gouvernement de Curaçao et dépendances; la population de la colonie de Curaçao a de tout autres idées que celle de la colonie Surinam, et celui qui se donne la peine de se tenir au courant de l'opinion publique, devra reconnaître que le voisinage des républiques du Vénézuela, de la Colombie, de St. Domingue, etc. a exercé une influence forte et salutaire sur l'esprit du peuple, et que la classe aisée n’y est pas inférieure à celle de l'Europe. Et celui qui a, sans prévention, fait connaissance avec les requêtes respectables, qui lors du vote du règlement gouvernemental actuel furent présentées aux Etats-Genéraux par les citoyens de Curaçao, doit rendre hommage à l'esprit du peuple, au patriotisme et à la connaissance des intérêts publics, qui y dominent et qui offrent assez de garanties pour que l'électeur, dans son élection, et l'élu, dans ses fonctions, mettent le bien public au-dessus de toutes choses. Nous ne pouvons donc nous
expliquer pourquoi on a refusé aux habitants de Curaçao, qui ne
sont pas moins développés que ceux de Surinam, ce qu'on a accordé à Surinam, — une représentation par la population. Sans doute, le Conseil colonial, dans sa composition d’autrefois et d'à présent, a manifesté une activité fructueuse, il donne des garanties qu’on veille au bien-être et à la prospérité de la colonie, mais il n’en reste pas moins corps gouvernemental, à la composition duquel la coopération des habitants est restée étrangère. L'institution et son maintien sont un pas en arrière; l'abandon d'un système dont le Gouvernement disait en 1851: que l'autorité gagne en force, à mesure que les habitants établis sont appelés à la soutenir; d'un système dont le Gouvernement en 1885 admettait avec sécurité, qu'il aurait une influence salutaire sur le sort des colonies des Indes-Oceidentales; Ya condamnation enfin es anciens principes de 1682, qui, selon la déclaration du Gouvernement lui-même, contenait wx système, étroitement lié à la prospérité de la colonie. Les principes de 1682 sont déposés dans la charte de cette année. »Chacun des habitants, — y lisons-nous — ,,des provinces mentionnées (les Provinces-Unies) aura le privilége de prendre possession de terrains, dans les colonies susdites, de les cultiver à
son propre avantage et selon son bon plaisir, d'y faire le négoce,
d'en retourner avec sa cargaison où bon lui semblera.
» À tous les colons et habitants sont octroyées pour le temps de dix années consécutives, indistinctement, exemption et immunité de toutes charges.
» Tous ceux qui s’établiront par la suite dans les susdites colonies, auront pour les mêmes dix années, la même liberté et exemption.,
» Les dites dix années étant écoulées, on n'aura pas le droit de lever d’autres charges ou impôts que ceux de 50 livres de sucre pour tout habitant, tant blanc que nègre, pour capitation annuelle, et 2'/, pourcent de la valeur de toutes les marchandises qui seront envoyées dans ces pays, sauf le cas de nécessité, et en même temps du libre consentement du Gouverneur et du Conseil politique, qui sera formé à cet effet par les colons eux-mêmes et formé des meilleurs d’entre eux.
»La Compagnie ne pourra procéder rigoureusement pour la rentrée de ses dettes.
» Chacun a le privilége de s'établir pour sa personne, sa famille et ses biens dans la susdite colonie, mais il a aussi la permission d’en sortir en tout temps avec ses esclaves,bêtes et autres biens meubles.
»Et afin que les colons et les planteurs, de même que les habitants de ces pays, faisant le commerce avec eux, soient parfaitement sûrs que les susdits priviléges seront effectivement exécutés,
le Gouverneur et le Conseil politique, qui seront institués ci-après, seront tenus, selon leur serment, de veiller à ce que point d'infractions ne soient commises à cet égard.
» Les Conseillers susdits seront choisis parmi les plus notables, les plus sages et les plus modérés parmi les colons, par la majorité des voix de tous les colons.
»Dans les délibérations du susdit Conseil politique il sera voté par majorité des voix et le dit Gouverneur n'aura qu'une voix, mais en cas de partage il sera décidé conformément à l'avis du Gouverneur.’
Voilà les principes qui servaient de point de départ à nos ancêtres. Et il faut reconnaître en opposition flagrante avec le gouvernement colonial actuel, qu'ils n’ont pas craint d'ériger en loi le principe de représentation: qu'ils ont recommandé avec une libéralité réelle, le vrai moyen de protection et d’ encouragement des interêts des colons. Les institutions libérales du législateur de 1682 ont fait prospérer dans la Guyane l’agriculture, et dans les îles peu fertiles des Indes-Occidentales le commerce, tous deux à un degré qui excita l'admiration et l'envie du voisin. Liberté de venir ou de sortir, de négocier, de défricher des terrains, exemption d'impôts pour dix années avec la certitude que, ce temps étant écoulé, il ne sera levé qu’une somme insignifiante sous forme d'impôts. C'étaient là les vrais moyens de favoriser la colonisation ; la population s’ätcrut par conséquent chaque année, sans que le Gouvernement eût à s'occuper de la direction des associations; les déserts se changèrent en champs fertiles, des rochers nus en riches dépôts, et au lieu d’avoir besoin de subventions de la mèrepatrie, les colonies ne contribuèrent pas peu à augmenter la richesse nationale.
Le système de 1682 avait l'influence la plus favorable sur l’état de la colonie, et ce n’est pas la modification, mais le changement entier de cette forme de gouvernement depuis 1815, qui est un signe notable du temps et qui a contribué puissamment à la décadence des possessions néerlandaises dans les Indes-Occidentales. Un retour vers les anciens principes sous forme d'épreuve — il va sans dire en tenant compte des circonstances nouvelles — nous semble une exigence juste, conformément à l'avis du Gouvernement, qui écrivit en 1851 dans son Exposé des motifs, qu'il voulait faire revivre les anciennes institutions, tandis qu'il fit la déclaration remarquable, dans son Exposé de 1855, qu'il juge utile, ex projetant un nouveau règlement gouvernemental, de revenir aux instututions sous le régime desquelles ces possessions ont joui de Drospérité et de bien-être.
Si, en consultant l'histoire, on ne peut trouver de fondement suffisant pour maintenir le système actuel, il y a d’autres choses encore auxquelles il faut faire attention pour augmenter le bienêtre de la colonie. Nous voulons dire: 1°. entretenir des relations cordiales avec les Gouvernements voisins; 2° entreprendre des travaux publics utiles; 3°. encourager, dans l'esprit des principes de 1682, diverses branches de commerce et d'industrie, et l’exploitation des sources existantes de l’industrie; et 4°. profiter, plus que cela n'a été le cas jusqu'ici, des circonstances climatologiques favorables de la colonie.
Le premier point est d'une nature délicate. La source principale de la prospérité est le commerce, qui, dans les derniers temps, est resté dans un état languissant. »Un seul regard sur les chiffres du produit des droits d'entrée,” écrit à bon droit la Commission pour le dock dans son rapport (inséré dans le journal de Curaçao du 30 janvier 1885, n°. 4), »nous fait voir quels pas de géant le mouvement commercial fait en arrière. En 1874 ce produit de 1 %, d'entrée monta à fl. 75,057, en 1879 à fl. 50,744; et en 1883, pour 1'/,% d'entrée à fl. 41,519, équivalant à un produit d'environ fl 33,500 de droits d'entrée à 1 %.”
Plusieurs circonstances ont donné naissance à cet état déplorable des choses ou l'ont maintenu jusqu'ici. La susdite Commission pour le dock démontre comment, par les circonstances modifiées, le commerce de Curaçao a perdu sa raison d’être. »Ce que l'île produit pour l'exportation”, écrit-elle, »est à peine digne de mention. L'importation pour la propre consommation n’est pas suffisante pour justifier l'existence de Curaçao comme place de commerce, et, en outre, par la dimunition croissante de la prospérité, cette importation diminue continuellement. C'est seulement comme entrepôt pour le commerce européen et américain, tant pour celui des états du nord-est de l'Amérique au Sud et des îles, que surtout pour celui, du Vénézuela et de la Colombie, que Curaçao peut prendre une position favorable dans le monde commercial. Il n’est pas nécessaire de répéter ici que, par suite des relations augmentées et accélérées par la vapeur et l’électricité, le commerce intermédiaire disparaît partout de plus en plus. C'est le cas ici dans une mesure plus qu’ ordinaire. Quand, lors des révolutions qui se succedèrent presque sans interruption dans le Vénézuela, le commerce européen et américain ne pouvait accorder de crédit à cette contrée, quand le manque de sécurité judiciaire y empêchait l'établissement de maisons de commerce européennes ou américaines, Curaçao, par sa position et la connaissance que ses marchands avaient des conditions sociales
de l'Amérique du Sud, était l'endroit par excellence pour un commerce intermédiaire. Mais quand, dans cette République, le gouvernement fut devenu plus fort et plus stable, la confiance dans son commerce s’accrut, de plus en plus des maisons de commerce étrangères s’y établirent, les vapeurs mouillèrent de plus en plus dans les ports du Vénézuela, les maisons de commerce de l’Europe de l'Amérique envoyèrent leurs agents directement dans ces ports, sans se borner, comme par le passé, au commerce de Curaçao comme un intermédiaire.”
La justesse de cette considération ne saurait être révoquée en doute; la Commission pour le dock croit même voir dans cette allégation »la cause principale de la décadence du commerce de Curaçao”, en opposition avec de ce qu'assure le Rapport gouvernemental de 1883, où il est dit que la cause principale de la décadence de ce commerce se trouve dans l'imposition, au Vénézuela, de 30 ‘ de droits d'entrée sur tout ce qui est originaire des Antilles.
Il serait superflu de rechercher de quel côté la balance de la vérité l'emporte. Indubitablement, on peut admettre que les temps de malaise que le commerce a dû traverser dans les derniers temps et même encore de nos jours, ne sauraient être attribués à une
seule cause. Plusieurs facteurs y ont contribué, tant le malaise universel dont se plaint tout le monde commercial, les circonstances modifiées, que le droit différentiel qui est prélevé au Vénézuela sur l'entrée des marchandises, venant des Antilles ou des Indes-Occidentales.
Inutile de s'étendre sur les suites plus on moins funestes que ces causes diverses ont eues pour le commerce de Curaçao, mais il est certain que l'élimination d'une de ces causes aurait à coup sûr de bonnes conséquences.
À présent, ce qu'il y a de plus pressé à faire, c'est d'éliminer la cause nommée en dernier lieu. Mais comment y parvenir? Les relations diplomatiques entre les Pays-Bas et le Vénézuela sont interrompues et cette circonstance qui empêche d'ouvrir des négociations entre les deux états, empêche l'abolition dudit droit différentiel.
Mais les relations diplomatiques ne peuvent-elles être reprises? La question est difficile. La Hollande ne peut pas faire le premier pas dans le sens d’une réconciliation et le Vénézuela, de son côté, ne veut pas y procéder. Trouver le moyen de rendre possible, tout en maintenant l'honneur de la Hollande, la reprise des relations diplomatiques, voilà une tâche pleinement digne de l’atten-
tion de tous ceux qui portent intérêt à Curaçao. La Hollande, comme état de l’Europe, n’a aucun intérêt au Vénézuela; au contraire, le commerce avec cet Etat est d’une grande importance pour Curaçao, et c'est en faveur de cette colonie que la Hollande doit avoir un représentant auprès du Governemennt du Vénézuela. Ce pays, riche et fertile, peut se passer de Curaçao, mais celui-ci a besoin du commerce avec le Vénézuela.
Déjà le Gouvernement d’un autre état voisin, celui des Etats- Unis de la Colombie a montré par son exemple à quoi une intelligence cordiale entre les Gouvernements peut conduire. Or, dans le Journal officiel (Diario official) n°. 7040 du 11 mai dernier, une loi 65 de 1887 a été promulgée par laquelle plusieurs exemptions sont concédées et une autorisation est accordée au Gouvernement. L'art. 6 de cette loi autorise le Gouvernement de Colombie à lever, en cas d'opportunité, sur les marchandises importées des Antilles, outre les droits stipulés par un tarif, un droit différentiel de 30 pour cent.
Comme le commerce des Antilles est restreint à Curaçao et à l'île de Cuba, les conséquences de cette autorisation, au cas où le Gouvernement trouverait bon de s'en servir, pèseraient surtout sur le commerce de ces endroits. Or, un droit différentiel de 30 °!, sur les marchandises importées de ces ports, équivaudrait à une défense qui, absolument nuisible à ces ports, nuirait en même temps au petit commerce qui se fait avec Curaçao, c’est.à-direpar ceux qui manquent de moyens et de commodités pour lier des relations directes avec les marchés de l’Europe et des Etats-Unis de l’Améri-que du Nord.
Heureusement ce coup de grâce, menaçant les marchés des Antilles, fut détourné à temps, par suite de l'attitude ferme et digne de louange du Consul général des Pays-Bas, D. Lopez Penha, Jr. Le journal de Curaçao du 22 juillet dernier put contenir le com-
muniqué officiel »que le Gouvernement de la Colombie n’a pas
»l'intention de donner suite à la loi sur l'imposition d’un droit »différentiel sur les marchandises venant des Antilles”.
Ce dernier fait démontre d’une manière éloquente quelle influence une intelligence cordiale entre le Gouvernement de Curaçao et celui des états voisins peut exercer sur la prospérité de notre colonie. Puisse une intelligence cordiale se renouveler avec le Gouvernement du Vénézuela. Puisse bientôt un traité d'amitié, de commerce et de navigation se conclure, en vertu duquel il ne pourra être prélevé de plus grands droits à l'entrée dans le territoire du Vénézuela, de quelques articles que ce soit, originaires des pays
sous la domination de S. M. le Roi des Pays-Bas, et récipro quement, que ceux qui sont payés pour de pareils articles provenant des autres pays étrangers les plus favorisés, les colonies néerlandaises hors de l'Europe étant regardées comme se trouvant sous la domination de $. M.
A la formation ou au maintien d’une entente cordiale avec les
Gouvernements voisins il faut ajouter le soin d'importer des monnaies d'argent et de fixer un tarif pour les monnaies étrangères d’or ‘); de créer des institutions et de construire des travaux, dont l’importance et la nécessité absolue sont reconnues et plaidées par le commerce et la navigation.
L'institution d’une banque de commerce à Curaçao mériterait bien d’être un objet de délibération, en ce qu'elle conduirait à simplifier l'administration actuelle, tandis que le Gouvernement lui-même peut faire servir la banque à ses intérêts.
Nous ne faisons que donner ici l'idée sans entrer dans des détails.
Quant à l'exécution des travaux publics, le Gouvernement colo nial, d'après ses propositions, paraît déjà vouloir marcher dans cette direction. A l'occasion des délibérations relatives au budget pour 1886, il déclara avoir la conviction qu'un grand intervalle sépare l'illusion d'un Singapore occidental et l'opinion que pour Curaçao des jours de prospérité ne reparaîtront plus, que Curaçao n'à pour ainsi dire plus d'avenir. » On veut aller de pair avec ceux qui veulent suivre le chemin du juste milieu: qui par l'ouverture du canal de Panama ne se promettent pas monts et merveilles, mais qui ne croient pas non plus que cet événement n'aura pas d'influence solutaire sur le commerce et la navigation de notre colonie”. Aussi, le Gouvernement ,,désire contribuer, de tout son pouvoir, à établir en temps opportun tout ce que peut assurer les avantages d’un mouvement de commerce plus vif. Si l’on voulait attendre, avant d'entreprendre des travaux nouveaux, dont l'achèvement demande des années, jusqu'à ce que leur nécessité absolue soit comprise et plaidée par le commerce et la navigation, on comprend que ce serait trop tard, et la route commerciale prendrait en attendant une autre direction, au désavantage perpétuel de notre colonie”.
1) Voir une correspondance particulière, insérée dans le ,,N. Rotterdamsche Courant” du 14 Déc. 1887 et l'étude de M. IH. J. Smidt dans la revue »De Economist”, 1885, I p. 281 et suiv.
»Personne ne peut prédire l'avenir. Quel sera le sort de nos colonies? Les attentes favorables des uns seront-elles accomplies, ou les tristes prévisions des autres seront-elles réalisées, qui nous le dira? Mais certes, la situation est critique pour la colonie, et tous ceux qui lui veulent du bien, doivent être remplis de pensées sérieuses pour la conservation de sa prospérité. Peut-être le commerce de Curaçao ne pourra-til pas se relever de l’état de décadence où il se trouve; peut-être aussi les sombres prédictions des uns seront-elles accomplies. Mais aussi longtemps qu'il n’y aura pas de certitude à cet egard et qu'il n’y aura pas de motifs fondés pour l’admettre, le Gouvernement ne s’abstiendra pas de proposer des mesures qui, si les affaires actuelles prennent une tournure quelque peu favorable, répondront aux exigences d’un commerce renaissant et pourront assurer la prospérité de la colonie. Or, ne vaut-il pas mieux faire tout le possible pour rendre le commerce florissant et la navigation animée, tâcher de recueillir autant de fruits que possible de l'ouverture du canal de Panama avec la chance de se trouver plus tard peut-être déçu et dupé, que de ne rien entreprendre d’important, d'épargner l'argent et la peine, pour s’attirer peut-être plus tard la reproche qu'on aurait pu sauver Curaçao de sa ruine, si, au lieu de rester là les bras croisés et de se livrer au découragement, on avait manifesté ses forces et son esprit entreprenant?"’
Cependant, il n'est pas nécessaire de se presser; le percement de l'isthme de Panama exigera encore beaucoup plus d'années de travail que le grand entrepreneur ne l'a cru. Mais, comme la prévision se réalisera que la route commerciale vers la côte occidentale de l'Amérique, de la Chine, etc. sera un jour abrégée, soit par le canal de Panama en cours d'exécution, soit par quelque autre chemin, Curaçao, par sa position favorable, en profitera. Et si, pour le présent, on ne doit pas y sacrifier de grandes sommes, il ne faut pas perdre de vue que les capitaux et les projets doivent être prêts pour pouvoir commencer en temps opportun.
Il faut donc apprécier le fait que le Gouvernement colonial ne
se borna pas à de paroles, mais qu’il en vint à des actes. En premier lieu il porta son attention sur le port. » La baie de St Anne’, écrit-il à bon droit,” est appelée quelquefois avec raison l'artère de la
colonie. Sans son vaste port, point de vie commerciale, point de prospérité pour Curaçao. Qu'est ce qui peut être plus à propos, plus propre au but et en tout temps plus facile à justifier que de mettre et de tenir ce port en bon état”. Par suite du percement de l’isthme de Panama, non seulement plus de vaisseaux, mais aussi de
plus grands vaisseaux pourraient mouiller dans le port. Non seulement par sa position favorable et sa sécurité, le port de Curaçao offre des avantages à la navigation plus grands que ceux de la plupart des Antilles, mais il est protégé par le pavillon hollandais et assure par là à tous le droit et la liberté, l’ordre et la sécurité.
Dans la conviction qu’on ne peut entreprendre tout à la fois et qu'il faut commencer par le plus urgent, des propositions furent faites ct approuvées pour élargir le port et son embouchure.
Si ce travail était indubitablement »de première urgence”, le Gouvernement colonial comprit à bon droit que par là le premier pas serait fait dans la direction désirée. ,,Si l'on pouvait”, ajoute-t-il à ses propositions, ,,par la suite du temps joindre quelque chose à ces avantages et inviter la navigation à se diriger de ce côté, il faudrait favoriser l'établissement d'une union par le moyen d’une ligne télégraphique avec le monde commercial, la construction de magasins de charbons et d'un bassin de radoub.”
La question de la construction d'un bassin a été amplement discutée; des projets en furent dressés; l'ingénieur M. C. J. van Doorn a été chargé par le Gouvernement colonial d'examiner les endroits du port pouvant être pris en considération pour la construction d’un pareil bassin.
Dans /'Opmerker (l'Observateur), organe de la Société ,,Architectura et Amicitia”, journal pour les arts plastiques et les sciences techniques du 27 septembre 1884, il a paru un article, signé V. D. Dans son rapport au Gouvernement colonial le dit ingénieur recommande le terrain dans le Schottegat près de la poudrière (qui serait alors déplacée) comme le meilleur endroit; les dépenses pour la construction de ce bassin sont évaluées à environ un million
e florins. Une commission fut nommée en 1884 par le Gouverneur pour lui faire un rapport. Ce rapport de la Commission, dont MM. A. Jezurun et Harry Barge firent partie, a été publié dans le Journal de Curaçao du 30 janvier 1885, n°. 4. Il y est dit qu'il n'y a aucun doute qu'un bassin de radoub attirerait toujours des navires, ranimerait le mouvement commercial et profiterait ainsi au bien public, mais que comme placement lucratif d'argent, la commission ne peut le recommander. ,,Avec les sombres perspectives”, écritelle, ,,qui sous tous les rapports existent dans notre colonie, tant pour le commerce que pour le mouvement commercial, tout ce qui peut tant soit peu améliorer les chances de l'avenir est une action d'utilité publique. Si l'on juge qu’un bassin est une des conditions d'un meilleur avenir, la construction est une affaire d'utilité pu-
blique par excellence, mais l'exécution par le Gouvernement, soit avec exploitation gouvernementale, soit avec une exploitation con cédée à des particuliers, est selon nous le seul moyen d'atteindre
ce but.”
Il y a déjà plus de trois ans que la Commission a rédigé ce rapport important et appuyé par des motifs. Les projets étaient là, mais l'exécution se fait attendre jusqu'ici. La question semble permise, si on est bien généralement convaincu de la haute importance d’un bassin de radoub. La rapidité qu’on a su imprimer aux vaisseaux à vapeur, a diminué les distances. Les cas d’avaries si grandes, qu'on se verrait forcé d'entrer dans le dock, se présenteront rarement. On préférera peut-être faire voile vers un des ports voisins de l'Amérique du Nord.
Quoiqu'il en soit, comme le percement de Panama est encore un événement lointain, une grande hâte n’est pas nécessaire. La question d’un bassin, de dépôts de charbon, de débarcadères spacieux et sûrs, le projet et l'exécution de ce qui peut attirer la navigation vers le beau port de Curaçao — pour tout cela on pourra demander la sympathie d’un gouvernement colonial éclairé.
Remarquons ici que déjà d’autres travaux publics sont entrepris et exécutés par le Gouvernement.
Jusqu'ici le port de Curaçao était presque exclu du monde commercial, il n'offrait pas l’occasion d’être en relation par voie télégraphique avec le mouvement commercial de toute la terre, mais le discours d'ouverture, prononcé par le Gouverneur dans la dernière session du Conseil, a fait connaître que la pespective d'être relié télégraphignement avec d'autres pays s’est réalisée, pour autant que la concession, accordée à cet effet au Comte d'Oksza, a été acceptée et que le capital de garantie, stipulé pour l'exécution, a été versé par lui.
Dans ce même discours il a été aussi question d’un autre travail. Le curage de l'embouchure du ,,Spaansche water” a été terminé; l'entrée du canal est devenue de 2 mètres plus profonde que suivant le plan originaire. Des vaisseaux de guerre et d'autres, d'un tonnage et d’un tirant d'eau tels que l’ ,,Atjeh” et ,,Koningin imma der Nederlanden”’ peuvent à présent entrer dans le canal, quand, durant les mois où les vents du Sud et du Sud-ouest rendent la baie de Curaçao dangereuse, une quarantaine est jugée nécessaire.
Celui qui porte quelque intérêt à notre colonie, ne peut s'empêcher faire observer avec quelle précision ce comminiqué officiel fut caractérisé, dans le ,,Vaderland” du 15 juin dernier, comme
“totalement inexact”, par un écrivain, qui a été employé à relever trigonométriquement la dite embouchure, le port, ,,le spaansche water” et la baie de Curaçao. Cette exploration aurait été faite par ordre du Commandant de l’ »Atjeh”’, stationné alors dans les eaux de Curaçao, principalement par suite du résultat qu'une cnquête rapide avait produit et qui avait démontré, avant que l'Atjeh eut pu fournir la preuve de pouvoir entrer dans le port, que l'extrémité du port se trouvait barrée par un récif étendu de COraux, sans qu'on pût toutefois constater si l'embouchure avait été suffisamment élargie en septembre 1886. La suite en aurait été que l’Atjeh n'est pas entré dans le port et que l'eau navigable n'est pas relevée trigonométriquement.
»Ces relevés, dont des copies ont été envoyées au Gouvernement de Curaçao”, ainsi écrit X, expert comme il semble, dans le » Vaderland”, ,,démontrèrent clairement que sans une multitude de bouées cette eau n'était nullement propre à la navigation; que, dans l'état actuel (novembre 1886), après l'éloignement de ce récif, elle serait seulement navigable pour de petits vaisseaux, parce que le ,,Spaansche water” n'offre qu'un espace restreint pour tourner
à l'ancre, ou, après qu'un navire est entré dans le port, pour
manoeuvrer convenablement en le quittant sous vapeur. Même après les susdites améliorations, il ne peut être question du port pour des vaisseaux d'un tonnage et un tirant d'eau tel que le type ,,Atjeh”.
»En même temps, on eut lieu de croire provisoirement que l’étroite embouchure du port s'ensablait peu-à-peu, et on prépara les moyens de l'examiner, comme le temps manquait pour prouver cette supposition.
»Le port de quarantaine qu'on donne pour entièrement achevé et praticable, paraît donc demander encore plusieurs mois de travail; et même alors ce port est seulement propre à recevoir des vaisseaux de guerre du tonnage de nos vapeurs à helice de 4% classe, mais les vaisseaux marchands à vapeur qui visitent Curaçao et qui tous sont plus grands et qui tirent plus d’eau, n'entreront jamais dans ce port de quarantaine”.
Cette dénégation de la vérité officielle fut à son tour contredite par le commissaire du port, lamaneur à Curaçao, M. P. de Gorter; selon lui le communiqué officiel s'appuie sur la situation réelle du canal; il se déclare disposé, le cas échéant, à conduire dans le port et à en faire sortir le vapeur »Koningin Emma der Nederlanden” sans aucun dommage, et à lui indiquer, dans toutes les circonstances, un moullage sûr. ,,Cette déclaration” — écrit le dit
employé — ,,est fondée sur une enquête personnelle de l'embouchure du canal et sur la justesse, que j'ai lieu d'admettre, des lamanages qui sont indiqués sur la carte. dressée par les officiers du vapeur Atjeh” et envoyée par le Commandant de ce navire au Gouverneur de la Colonie” (Voir le » Vaderland’’ du 28 et du 29 août derniers.)
Cette réponse de M. de Gorter ne resta pas sans réplique; dans le ,,Vaderland” du 11 et du 12 Septembre derniers, X revint à la charge et maintint ses Communications précédentes.
Nous nous réjouissons de ces dénégations. L'affaire mérite bien nn examen approfondi pour que la pleine lumière se fasse à ce sujet. Si le Gouvernement colonial n'est pas bien informé sur cette affaire, nous aurions peur des suites fâcheuses que la foi absolue dans les communiqués officiels aurait inévitablement pour les vaisseaux de notre Marine, qui, ayant des malades à bord, entreraient dans les passes soi-disant sûres de la baie de Curaçao et du »Spaansche water.”
Quant au port de quarantaine, on a discuté la question de savoir si l'endroit pour un établissement de cette nature était bien choisi, Comme il est situé directement au-dessus du vent de la ville, le vent de la baie de Curaçao et du »Spaansche water’ souffle sans interruption dans cette direction, et, par conséquent, on ne saurait choisir de meilleur endroit Pour introduire et transporter des maladies épidémiques dans Willemstad. Nous espérons que l'œil de ceux qui n’ont pas de connaissances techniques, en parcourant la carte de l'ile, s'y sera trompé. Certes, ce travail qui a entrainé tant de frais, n'aura été entrepris qu'après avoir entendu l'avis du Conseil médical.
Nous avons mentionné en troisième lieu l'encouragement à donner à diverses branches du commerce et de l'industrie ou de l'exploitation des sources d'industrie existantes.
Il va sans dire que nous ne perdons pas de vue ici les principes libéraux de 1682. Le seul encouragement que le Gouvernement puisse ou doive accorder à quelque branche d'industrie, c'est de briser les obstacles qui l’entravent, de lui donner toute liberté possible d'agir. Toute autre manière de s'immiscer de la part du Gouvernement reste sans résultat et amène une dissipation des deniers de l'état, ou bien le résultat est nuisible, comme dans le cas de l'établissement de Compagnies, sociétés et autres réunions jouissant de monopoles.
»Le véritable encouragement”, dit M. Benjamin Constant, »pour tous les genres de travail. c'est le besoin qu'on en a. La liberté
seule est suffisante pour les maintenir tous dans une salutaire et exacte proportion. Il est fort inutile que l'autorité se mèle d’encourager ce qui est nécessaire. Il lui suffit de ne pas l’entraver.”
Dans la colonie de Curaçao, comme partout ailleurs, le vrai moyen de développer la prospérité publique se trouvera bien dans ce que nous venons de citer. Mais, il est regrettable que la colonie n'ait pas beaucoup de sources d'industrie. Curaçao a la liberté du commerce, nous n'avons pas de manufactures indigènes; il n’est donc pas question de protection de la part de l'autorité. Et pourtant le Gouvernement de la mère-patrie peut rendre un grand service à la colonie, en encourageant une des branches, peu nombreuses. d'industrie. Curaçao, Bonaire et St. Martin sont riches en sel. Quant à Curaçao, ,,la production du sel”, écrit le professeur Martin, le voyageur le plus récent dans la colonie, qui à lieu dans les endroits isolés des lacs intérieurs par l'évaporation, est d'une grande importance, et quelquefois elle forme le revenu principal d'une plantation, de sorte qu'on parle de plantations de sel, et que le planteur cesse d'être planteur.”
Les chiffres des droits de sortie sont là pour le prouver.
Les exportations pendant le période de 1877—86 ont donné le résultats suivant:
pour Curaçao. pour Bonaire. pour St, Martin.