‹ Les possessions neerlandaises dans les AntillesChapitre 6 sur 7 · VV · texte numérisé non relu

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Si cet article, guand il est originaire d'une colonie néerlandaisse, n'était pas sujet dans la Hollande à des droits et à des accises, tout comme s’il était d’origine étrangère, l'industrie du sel pourrait prendre un grand essor dans la colonie, et les vaisseaux naviguant entre les ports hollandais et la colonie, pourraient aisément prendre cargaison de retour.

Nous avons déjà parlé en passant d'une antre industrie, qui à

fait prospérer la colonie et le fait encore: nous voulons dire

l'exploitation de la chaux phosphatée.

Nous ne pouvons pas nous refuser d'insérer ici ce que nous

trouvons dans un article: » Les intérêts commerciaux de la Société pour l'exploitation du phosphate d’Aruba», publié dans l'>Amsterdamsche Courant» du 1" avril 1884, n°. 70.

»Parmi les entreprises importantes d’'Aruba, sur lesquelles les regards des négociants hollandais doivent se fixer, se trouve en premier lieu l'exploitation de la chaux phosphatée. Aucun étranger ne visite l’île à présent, sans faire, si son temps le lui permet, une tournée à Seroe Colorado pour y faire une inspection des travaux.

»Le long du chemin récemment construit depuis Oranjestad jusqu'à Savonet, il arrive, soit à cheval, soit en voiture, en relativement peu de temps au lieu de sa destination où l'attendent pour le dédommager de la fatigue d’un trajet de 3 heures, un accueil amical et une vue des plus importantes.

»A propos de Seroe Colorado, on peut poser les questions : Qu'est-ce ce lieu était autrefois? Qu'est-il à présent?

» Celui qui a fait, il y a quelques années, le trajet de Curaçao à Aruba, se souvient, après une nuit agitée, que la côte d'Aruba apparaît à l'horizon à la pointe du jour. En arrivant, il se trouva au coin sud-est de l’île. Qu'est-ce qui s’offrait alors à ses yeux? L'endroit le plus misérable au monde; des terrains rocailleux, nus, unis, noirs, creusés, et plus loin, une montagne fort nue et escarpée. C'était Seroe Colorado et ses environs immédiats, Cette première impression d'Aruba était loin d’être encourageante, le voyageur se sentait accablé en voyant un terrain désolé, où ni homme, ni animal, ni végétal ne pouvaient vivre ou prospérer, mais que la mer agitée ourlait d'une bande d'écume blanchitre.

»Retournez à présent à Aruba, visitez cette île jadis si désolée et inhospitalière et voyez ce que l'industrie et la persévérance peuvent effectuer. Cet endroit est non-seulement habité, mais cette population est aussi fort industrielle, il y a là vie et mouvement. Dans le lointain se montre au regard un groupe de maisons et de dépôts, tous en bois; dans la direction de la baie de St. Nicolas où quelques trois-mâts sont mouillés, vous voyez arriver le train à toute vitesse; au débarcadère et sur le terrain de l'exploitation, partout. règne la plus grande activité. Vraiment, il ne fallait pas seulement de l'argent, mais aussi un grand esprit entreprenant et beaucoup d'énergie pour transformer un terrain si aride et si avare pour en faire ce qu'il est dans son état

actuel. Alors que la plupart des grandes entreprises ne réus-

sissent pas du tout dans les Indes-Occidentales, ou bien, une fois fondées perissent bientôt, faute d'une bonne intelligence, l'exploitation

du phosphate d'Aruba fait exception et d'une manière bien honorable et éclatante.

» Une esquisse si rapide ne permet pas d'indiquer tout ce que la Société de l'exploitation a effectué tant à Seroe Colorado que dans la baie de St. Nicolas. On peut se faire une idée de l’activité à Seroe Colorado en apprenant que 300 hommes, terme moyen, y trouvent à s'occuper, que deux remarqueurs et trois locomotives y fonctionnent et qu'un navire de 300 tonneaux peut être chargé à plein au môle de la baie de St. Nicolas. Dans une année (octobre 1882—nctobre 1883) 72 navires chargés de chaux phosphatée partirent d’Aruba pour l'Europe; il n'est donc pas étonnant qu'après cette date un dividende assez rond fût payé aux actionnaires, à leur grand contentement.

» Mais comment était le sort des ouvriers? Etaient-ils contents aussi? Oui, et pour preuve de cela, il faut dire qu'on n’a jamais fait de grève à Seroe Colorado et que, quand il y avait demande d'ouvriers pour ailleurs, aucun Arubien n’a quitté le sol natal. Et pourquoi seraient-ils mécontents? N'étaient-ils pas traités par la direction avec la plus grande bienveillance? Ne recevaient-ils pas chaque semaine le salaire auquel ils avaient droit? Ne leur fournissait-on pas les vivres nécessaires presque au prix coûtant, et en cas de maladies, n'étaient-ils pas soignés convenablement aux frais de la Société d'exploitation, à Seroe Colorado ou ailleurs?

Il est arrivé des sinistres et pourquoi pas? Les indigènes ne reculent pas aisément les uns devant les autres, et les trains pas non plus, il y a eu des collisions et Pluton triompha. Que fit la Direction? Les blessés furent transportés dans le plus bref délai possible à Orangestad ou à Curaçao, et par ce prompt secours on réussit à les guérir presque tous. À la différence des habitants de Curaçao et de Bonaire, qui durent travailler à l'étranger dans un

climat humide, et qui y succombèrent, faute des soins nécessaires au corps et à l'esprit, les Arubiens, malgré toutes les misères de 1883, restaient conservés à leur famille et, même à l'occasion des plus grands désastres, ils ne manquèrent pas de secours corporels ou spirituels.

» Quand, en 1883, le scorbut apparut à Savonet, les ouvriers de la Société reçurent non-seulement les remèdes nécessaires, mais aussi des aliments spéciaux qui pouvaient contribuer à leur rétablissement, et il faut attribuer à ces bons soins le fait que personne n'a succombé à cette maladie.

» RépétonS ce que je viens de dire: La Société de l'exploitation du phosphate à Aruba a bien mérité de cette île qui lui doit

beaucoup, et par conséquent il ne se trouvera personne à Aruba, aimant son sol et ses habitants, qui ne fasse des vœux pour le bien-être actuel et futur de cette Société.

»Les droits énormes de concession que la Société doit payer au Gouvernement de Curaçao, porteront le coup de mort à cette vache à lait, si utile et si nécessaire à la colonie.

»Or, on se trouve obligé de chercher seulement le meilleur et le plus riche minéral phosphaté pour faire quelques bénéfices et pour faire tête à la concurrence terrible. qui menace la Société de la part de l'entreprise de St. Barbara. L'entreprise d’Aruba est à présent occupée à tuer la poule aux œufs d’or.

» Un ou deux œufs paraîtront bien, mais la source de prospérité qui promettait tant et rendait superflue la subvention de la mèrepatrie à la colonie, cessera d'exister dans un bref délai.

Si le Gouvernement des Pays-Bas a le bon sens de diminuer à temps les droits énormes de concession, pour mettre la Société de phosphate d'Aruba à même d'exporter le minéral d’un moindre aloi, en ce cas seulement on pourra faire de cette Société une

source de recettes durable et peut-être inépuisable.

»Si on ne rend pas possible au plus-tôt l'exportation de phosphate d’un moindre aloi, en diminuant les droits, les mines seront englouties par la partie du phosphate, restée sans service et mise de côté, pour perdre dans peu d'années tout-à fait la propriété d'être exploitées.

»Les actes brutaux, déloyaux et illicites d'opposition de la part des intéréssés dans la Société de phosphate de St. Barbara devraient prouver évidemment au Gouvernement des Pays-Bas la grande nécessité d’une diminution immédiate des droits de concession de l'exploitation de cet article d'Aruba, ces droits nuisant nonseulement à l’entreprise d’'Aruba, mais procurant de très grands avantages à celle de St. Barbara qui lui fait une concurrence si redoutable.”

Dans cette question nous ne nous mettons d’aucun parti, mais nous croyons avec l'auteur de cet article qu’en vue des intérêts véritables et bien-compris de la colonie et des avantages qui en résultent pour la mère-patrie et son commerce, l’état des Sociétés de phosphate mérite, tant quant à leurs droits qu'à leurs devoirs, l'attention sérieuse du Gouvernement. Pour bien juger les résultats de l'exploitation du phosphate les chiffres ci-dessous, empruntés aux rapports officiels des six dernières années, font preuve.

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