‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 11 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La brochure : « Le Pape et le Congrès ».

A Rome, un pauvre franciscain, me montrant les fenêtres du Vatican, où brillait une faible lumière me dit: (1857) « On veut encore chasser d'ici le Pape. S'il part, il reviendra, ou le Vatican croulera et broiera le monde. Les pierres du Vatican détruit rouleront par la terre, renversant les trônes, les maisons et les tombeaux. De ses débris, Dieu lapidera la race humaine. Quand cette demeure périra, il n'y aura plus de demeures, et il faudra la rebâtir ici ou périr ».

Il y a vingt ans (13 mai 1877), que cette parole m'a été dite, et je l'écrivis sous le règne de Napoléon qui pensait à démolir le Vatican. L. Veuillot.

Le ministre des Affaires étrangères en Angleterre couvre de sa protection le mouvement révolutionnaire. — Silence imposé à l'épiscopat français. — Protestations envoyées à Pie IX de tous les pays. — Paroles du cardinal Gousset. — Nouvelle brochure Le Pape et le congrès. — John Russell en dit : ce Elle fait perdre au Pape la moitié de ses domaines.»— Paroles de Pie IX.

Le 2 octobre, l'Angleterre prit ouvertement parti pour la révolution italienne. Lord John Russell, ministre des Affaires étrangères, protesta dans un discours à Aberdeen contre toute intervention étrangère qui empêcherait les Italiens de choisir le gouvernement qui leur convient l.

i. Le ministère anglais avait alors pour premier lord, lord Palmerston, connu comme l'un des principaux agents de la révolution sur le continent et l'un des chefs de la Franc-Maçonnerie ; lord Russell, ministre des Affaires étrangères, s'était montré aussi révolutionnaire que son collègue et ami. Gladstone, chancelier de l'échiquier, professait une hostilité particulière contre le royaume de Naples. La secte avait pris ses mesures partout, en France, en Angleterre, en Italie, pour assurer le détrônement du Pape.

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L'émotion était grande dans le monde catholique. Les évêques publiaient des lettres pastorales accompagnées de mandements prescrivant des prières publiques ; les fidèles envoyaient des adresses au Saint-Père. Ces déclarations épiscopales et ces protestations laïques se produisaient non seulement en France, mais en Italie, en Irlande, en Espagne, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Amérique. Le Saint- Père les fit publier en volumes. Le gouvernement n'en autorisa point l'introduction en France; en même temps il invita les journaux à ne plus reproduire les lettres des évêques tant français qu'étrangers. Les journaux catholiques durent se borner à mentionner le fait de leur publication.

En tous pays et dans toutes les classes de la société on voyait de plus en plus clairement que la guerre d'Italie avait ouvert la porte à la Révolution, qui se préparait à renverser la Chaire de Saint Pierre.

L'usurpation partielle ou totale des Etats du Saint-Siège, avait écrit le cardinal Gousset, est une rapine sacrilège, qui a pour but de changer et de bouleverser la condition providentielle de l'Eglise. Privée de son domaine temporel, FEglise, il est vrai, ne cesserait pas d'exister...; mais depuis qu'elle a sauvé la société européenne, instruit et civilisé les peuples modernes, elle a droit d'avoir sa place au milieu d'eux ; elle a besoin d'un centre permanent, siège de son pouvoir spirituel, qui corresponde avec toutes les parties du monde, dans l'intérêt de la discipline, de l'unité du bon gouvernement des âmes ; il est nécessaire que son chef soit entouré d'un conseil éminent, servi par une administration proportionnée au nombre et à la diversité des affaires ; il faut, enfin et par-dessus tout, que ce chef soit libre et indépendant, que sa voix n'obéisse qu'à l'inspiration de la vérité, au zèle du bien, au devoir de sa charge pastorale, et qu'elle ne soit pas soupçonnée de céder à d'autres influences. Mais si la majesté de la religion, outragée dans la personne du souverain Pontife, était réduite à se retirer dans l'exil ou à déposer sa couronne aux pieds de ses sujets révoltés, où trouverait-elle toutes ces conditions du gouvernement spirituel, de qui recevrait-elle l'assistance et la sécurité ? à quel prix lui seraient-elles garanties et conservées, sous la tutelle d'un état quelconque, qui n'aurait jamais été le sien, ou qui cesserait de l'être ? Garderait-elle, du moins, la liberté de son ministère et son autorité sur les consciences ? Hélas ! dans ce siècle où les lois civiles sont fréquemment en désaccord avec les lois divines et canoniques, elle serait infailliblement soumise à des mesures oppressives. Si, au contraire, la bonne harmonie régnait entre elle et le pouvoir séculier, elle devrait être sans cesse en garde contre ses suggestions ; elle aurait à craindre qu'il fît de son concours un levier politique, soit à l'intérieur, auprès de ses sujets, soit à l'extérieur, auprès des autres nations. Incapable de condescendre à un tel abus, elle ne pourrait néanmoins éviter d'en être accusée... Faut-il s'étonner que le génie chrétien de Constantin, de Pépin, de Charlemagne a voulu doter l'Eglise romaine d'un domaine temporel ? 11 a eu en vue de la préserver de cette

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tutelle dangereuse et des liens de cette servitude ; de donner aux successeurs de saint Pierre une existence indépendante ; de lui assurer le respect des souverains eux-mêmes et la confiance de l'Eglise universelle.

Paroles très sensées. Mais que pouvaient-elles contre le partipris? Le 22 décembre parut la brochure intitulée Le Pape et le Congrès, écrite — comme celle qui l'avait précédée sous ce titre Napoléon III et Vltalie, — par M. de la Guéronnière et inspirée par l'Empereur. « Ce n'est pas moi qui ai écrit Le Pape et le Congrès, dit l'Empereur aux personnages de la Cour qui l'interrogeaient, mais j'en approuve toutes les idées. » Elle avait soin de déclarer le pouvoir temporel, non seulement désirable, mais nécessaire. Puis elle ajoutait : « Plus le territoire sera petit, plus le souverain sera grand. » On laisserait donc déposséder le Pape, mais dans son intérêt et pour le mieux honorer dans l'avenir. Réduit à la ville de Rome et à la campagne voisine, le Pape serait moins un souverain qu'un père et ses sujets seraient moins une nation qu'une famille. Toute la vie de la cité se concentrerait dans le municipe. Le Pape resterait souverain, par les honneurs qu'on lui rendrait et par la liste civile que les Puissances catholiques lui feraient. La conclusion était que le Pape devait renoncer aux Romagnes. Les arguments employés justifiaient la spoliation du reste de ses Etats.

Dans une dépêche du 24 décembre 1860, lord John Russell dit peu après : « Par le temps qui court les brochures sont des événements, et nous ne pouvons pas oublier que la brochure intitulée Le Pape et le Congrès a eu pour conséquence de faire perdre au Pape plus de la moitié de ses domaines et d'empêcher la réunion d'un congrès européen. »

A l'occasion du premier jour de Pan 18G0, le Pape reçut le général de Goyon et les officiers du corps d'occupation. Il demanda à Dieu, en termes émus, « de bénir l'armée qui le protégeait, toute l'armée française, toute la nation française. En nous prosternant aux pieds du Très-Haut, nous le prions dans l'humilité de notre cœur de faire descendre ses lumières sur le chef de cette armée et de cette nation, afin qu'il puisse marcher sûrement dans une route difficile et reconnaître la fausseté de certains principes qui ont été produits ces jours derniers dans un opuscule qu'il faut appeler un monument insigne d'hypocrisie et un tissu ignoble de contradictions. »

Pie IX ajouta qu'il avait entre les mains des pièces émanées de Sa Majesté impériale qui étaient ce la condamnation de ces principes ».

Le 11 janvier, le Moniteur publia une lettre de l'Empereur au Pape, où il rappelait à Sa Sainteté le conseil qu'il lui avait donné auparavant au sujet des provinces rebelles. Le 19, le Pape fit savoir sa pensée dans une encyclique où il dit :

ce ... Sans aucun retard nous nous sommes hâté de répondre au même Empereur ; et dans la liberté apostolique de notre âme, nous lui avons déclaré clairement et ouvertement que nous ne pouvions adhérer à son conseil parce qu'il porte avec lui d'insurmontables difficultés... Nous avons déclaré que nous ne pouvions pas céder ce qui n'est point à nous, et que nous comprenions parfaitement que la victoire qui serait accordée aux révoltés de l'Emilie serait un stimulant à commettre les mêmes attentats pour les perturbateurs indigènes et étrangers des autres provinces, lorsqu'ils verraient l'heureux succès des rebelles. Nous avons fait connaître au même Empereur que nous ne pouvions pas abdiquer notre droit de souveraineté sur les susdites provinces de notre domaine pontifical, sans violer les serments qui nous lient, sans exciter des plaintes et des soulèvements dans nos autres Etats, sans faire tort à tous les catholiques, enfin sans affaiblir les droits, non seulement des princes de l'Italie, qui ont été dépouillés injustement de leurs domaines, mais encore de tous les princes de l'univers chrétien, qui ne pouvaient voir avec indifférence l'introduction de certains principes très pernicieux. Nous n'avons pas omis d'observer que Sa Majesté n'ignore pas par quels hommes et avec quel argent et quels secours les récents attentats de rébellion ont été exécutés et accomplis à Bologne, à Ravenne et dans d'autres villes ».

Cette phrase reçut un commentaire officiel. Le marquis de Pépoli, parent de l'Empereur et ministre de Victor-Emmanuel, déclara en pleine Chambre des députés que Bologne n'aurait pu être arrachée au gouvernement pontifical si Victor-Emmanuel n'avait fourni l'argent. Et M. de Pépoli fit connaître les chiffres.

L'Univers, qui publia l'Encyclique, fut aussitôt supprimé. Bientôt après, La Bretagne subit le même sort.

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