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Lamorieière gagna Ancône et s'y renferma avec les survivants. Les Piémontais en vinrent faire le siège avec l'armée de terre et la flotte. Après quatre jours de résistance, Lamorieière dit : « Je pourrais tenir encore si j'avais la moindre chance d'être secouru. Mais en l'état actuel une plus longue résistance serait un suicide. » La ville se rendit et le glorieux vaincu alla remettre au Saint-Père son commandement.
Sept jours avant la bataille de Castelfidardo, le 11 septembre, M. de Cavour avait dit à la Chambre des députés : « Quelle est notre idée? C'est de faire que la Ville éternelle devienne la splendide capitale du royaume italien. » Le 28 septembre, le Pape, dans le consistoire secret, protesta contre l'invasion des Piémontais, et se plaignit de ne pas voir l'effet des promesses que lui avait faites « l'un des plus puissants princes de l'Europe ».
Toujours avec la même duplicité, Napoléon III ordonna à M. Thouvenel d'écrire à M. de Talleyrand :
« L'Empereur a décidé que vous quitteriez immédiatement Turin, afin de témoigner ainsi de sa ferme volonté de décliner toute solidarité avec des actes que ses conseils, dictés par l'intérêt de l'Italie n'ont malheureusement pu faire prévaloir. » Quels conseils? Y en eut-il un autre que le « Faites vite »? La brouille fut d'ailleurs de peu de durée.
Disons encore, pour achever de montrer la perfidie, les mensonges et les infamies qui caractérisent le brigandage de Castelfidardo, que dans la proclamation adressée aux troupes qu'il menait au combat, Cialdini avait dit :
« Soldats ! Je vous conduis contre une bande d'ivrognes étrangers que la soif de l'or, l'ardeur du pillage, ont amenés dans notre pays. Combattez, anéantissez inexorablement ces sicaires vendus 3... »
3. Carletti, l'un des principaux agents secrets de Cavour, chef de sa police politique chargée de préparer les événements, a écrit ses Mémoires que le gouvernement de Cavour et Cie fit disparaître, mais dont une partie importante a été réimprimée par le Contemporaneo , de Florence.
« ...J'avais amené de Turin à Rome deux agents fort adroits, Biambilla et Bondinelli, que je parvins à faire entrer dans l'armée pontificale. Au moyen d'un système cryptographique convenu, ils devaient nous tenir au courant de ce qui se passait à Rome. Un peu plus tard, et à diverses reprises, je fis entrer un certain nombre de carabiniers piémontais dans l'armée que créait alors le général de Lamorieière. Ils nous furent d'un grand secours à la bataille de Castelfidardo... Quelques jours après (mon retour de Rome),
La « bande d'ivrognes étrangers », « les sicaires vendus », c'étaient les catholiques français qui, sous les ordres de Lamoricière, Pimodan et Charette, se groupaient autour du Saint- Siège menacé par la révolution, prêts à sacrifier leur vie pour la défense de l'Eglise et de la Papauté.
je fus envoyé à Ancône pour engager d'autres carabiniers dans l'armée du Pape, où nous en avions déjà un certain nombre ; ce à quoi je réussis. Les instructions qu'avaient nos agents (dans l'armée pontificale) portaient sur trois points principaux :
» i° En garnison, provoquer le plus grand nombre de désertions possible, à prix d'argent (ils avaient à cet effet caisse ouverte chez les consuls piémontais); 2° en campagne et au combat, crier : Sauve qui peut! 30 se débarrasser