L. Veuillot
Les guerres s'appellent et se suivent. — Dernière cause de la guerre actuelle : la guerre des Balkans. — Elle a été précédée des assauts donnés à la barbarie musulmane en 1830, 1821, 1798, 1683, 1571 ; auparavant par les Croisades, en 732 par Charles Martel. — Les prophéties de Daniel et de S. Jean. — Justifiées jusqu'ici par l'histoire. — A quand le terme des choses prédites ?
Ce n'est point un fait ordinaire que celui auquel nous venons d'assister et qui glace d'effroi tous les cœurs : guerre unique
dans les annales du monde, et par le nombre des hommes en présence, et par la puissance des instruments de mort qu'il leur est donné de manier et qui mirent à feu et à sang l'Europe entière, sur le sol de laquelle les populations d'Amérique et de l'Asie sont venues aussi souffrir et mourir.
Le coup de pistolet d'un bandit a fait entrer en campagne l'Autriche contre la Serbie, puis l'Autriche et l'Allemagne contre la Russie, ce qui amena d'autres déclarations de guerre, de l'Allemagne à la France, de l'Angleterre à l'Allemagne, de la France et de l' Angleterre à l'Autriche, etc. L'Italie est alors entrée dans la mêlée et d'autres encore, même les Etats-Unis, y ont été entraînés.
Une telle conflagration ne se conçoit pas comme un fait accidentel qui surgit spontanément, pareil au champignon vénéneux, dans le champ des destinées humaines. Il faut que des causes profondes l'aient appelée, qu'elle ait ses racines dans l'histoire des siècles précédents.
Ce sont ces causes que nous devons rechercher, si nous voulons connaître le Pourquoi historique de la guerre actuelle.
La première cause qui se présente à l'esprit, c'est celle qui arma le revolver régicide ; c'est l'éternelle question d'Orient : le Turc hors de l'Europe et le partage de sa succession entre les Puissances chrétiennes.
De fait, cette guerre a été précédée de celle des Etats balkans auxquels s'intéressèrent toutes les Puissances européennes. Celleci les amena, après l'assassinat du prince héritier de l'empire autrichien et l'envoi de l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie, à entrer l'une après l'autre dans la mêlée. Cet assaut sera-t-il le dernier donné à la barbarie ottomane, ravageant le monde depuis le commencement du VII0 siècle, et campée en Europe depuis la prise de Constant inopie ?
De combien d'autres il a été précédé! La conquête d'Alger en 1830 ; l'intervention, en 1821, de la France, de l'Angleterre et de la Russie en faveur de l'indépendance de la Grèce ; l'expédition française en Egypte en 1798 ; la victoire de Sobieski et de Charles de Lorraine sous les murs de Vienne en 1683 ; la victoire de Lépante en 1571 , par Juan d'Autriche, commandant les forces de Venise, de l'Espagne et du Pape. Auparavant, les
Croisades, d'Urbain II à Boniface VIII, avaient mis tout le inonde chrétien en mouvement pour la délivrance des Lieux- Saints, et elles avaient prévenu et empêché l'invasion musulmane au cœur de FEurope. Antérieurement encore, Charles Martel, au VIIIe siècle, avait arrêté à Poitiers les Sarrasins qui venaient de passer les Pyrénées, et s'avançaient le long du Rhône et de la Saône, sous la conduite d'Abdérame, avec leurs femmes et leurs enfants, bien décidés à s'établir sur notre sol. Déjà ils avaient pris Avignon, Viviers, Valence, Vienne, Lyon, Maçon. Châlons, Besançon, Beaume, Dijon et Auxerre ; ils assiégeaient Sens ; Abdérame,en personne, attaquait l'Aquitaine et s'avançait jusqu'à Poitiers où il brûlait l'église de Saint- Hilaire, menaçant de faire subir le même sort à Saint-Martin de Tours. Les Français, commandés par Charles Martel, lui livrèrent bataille, en octobre 732, entre Tours et Poitiers. Trois cent soixante-quinze mille Sarrasins furent tués avec Abdérame, tandis que les Français ne perdaient que mille cinq cents des leurs.
Poursuivant leurs exploits, les Français continuèrent à chasser les Musulmans de place en place jusqu'aux Pyrénées, allant les atteindre même au delà, et prenant part en 1002 à cette bataille de Loria qui marqua la chute de la domination des Arabes en Espagne.
Est-ce que la guerre actuelle mettra fin à cette Puissance formidable qui de l'Arabie s'étendit en Asie et sur les rivages de la Méditerranée, des bords de l'Inde aux rivages de l'Atlantique?
Des raisons graves permettent de l'espérer; et cela eût été sans doute, si l'assemblée œcuménique de Versailles qui régla les conditions de la paix eût été animée d'un meilleur esprit. Mais Dieu n'a point dit son dernier mot.
On peut dire que l'Islamisme tient l'un des premiers rangs dans l'histoire du genre humain.
Daniel fut inspiré de Dieu pour voir et exposer dans une série de visions les destinées fragiles des empires qui allaient se succéder et les rapports qu'ils devaient avoir avec le royaume de Dieu que le Messie était appelé à fonder.
La vision des quatre animaux symbolise quatre empires, les monarchies babylonienne, médo-perse, grecque, romaine. Ces
10 i. — l'œuvre de NAPOLÉON III.
quatre empires sont figurés dans une autre vision par les différents métaux dont est composée une istatue colossale qui représente ta puissance du monde, considérée au point de vue de son opposition au royaume de Dieu, puissance une dans les différentes phases de son développement historique, comme était une la statue dans la diversité de ses métaux. « Une pierre détachée de la montagne », emblème du Messie, descendue du ciel, la brise et s'établit sur les ruines de ces empires successifs.
Dans la première vision., la quatrième bête, terrible, effrayante et extraordinairement forte, est le symbole de la quatrième monarchie universelle, l'empire des Romains, succédant à celui des Grecs, qui lui-même avait pris la place de celui des Perses, comme ceux-ci avaient succédé aux Assyriens. La bête représentant l'empire de Rome avait, dans la vision de Daniel, comme dans celle de saint Jean, dix cornes. La corne, qui est la grande arme offensive des ruminants, a été considérée par les anciens comme le symbole de la domination aussi bien par les profanes (Horace, Ode III, xv, 18), que par les auteurs sacrés {Zacharie, Daniel, saint Jean).
« Les dix cornes que tu as vues, dit à saint Jean l'ange qui l'inspirait, sont dix rois qui n'ont pas encore reçu la royauté, qui recevront un pouvoir de roi pour une heure1 avec la bête. Ceux-ci ont un seul et même dessein et ils mettent au service de la bête leur puissance et leur autorité. »
Une dizaine de peuples barbares, conduits par des chefs qui n'avaient pas encore reçu la royauté, vinrent en effet se mettre, à la fin de l'empire romain, a sa solde.
« Mais bientôt, continue saint Jean, les dix cornes que tu as vues sur la bête, haïront elles-mêmes la prostituée (Rome païenne) ; elles la rendront désolée et nue ; elles dévoreront ses chairs et les consumeront par le feu. »
En 410, les Goths venus d'Illyrie avec Alaric s'emparèrent de Rome et la livrèrent au pillage et au feu. En 452, les Huns d'Attila marchent à leur tour sur Rome et dévorent ses chairs, c'est-à-dire ses provinces ; le pape saint Léon l'arrête. En 476, Odoacre renverse le dernier empereur Romulus-Au-
i. Pour une heure, c'est-à-dire, pour un temps relativement court ; ou : pour une même heure, C 'est-à-dire, pendant une même période historique.
guste et fonde le royaume ostrogoth d'Italie. Puis viennent les hommes à longue barbe, Longobardi ou Lombards, conduits par Alboïn ; les Wisigoths, sous Euric (483) ; les Burgondes et leur roi Gondebaud ; et les Francs conduits par les prédécesseurs de Clovis, etc. Tous se partagent l'empire.
« Ils font d'abord la guerre à l'Agneau », dit saint Jean; la plupart en effet, sont ariens et leur hérésie consiste à nier la divinité de « l'Agneau », Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais, continue saint Jean, « L'Agneau les vaincra parce qu'il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois ».
Le prophète Daniel vit quelque chose au delà encore.
ce Pendant que je considérais les dix cornes, dit-il, voici qu'une autre corne s'éleva au milieu d'elles, et trois des premières cornes furent arrachées par elle ; et cette corne avait des yeux comme des yeux d'homme et une bouche qui parlait grandiloquement ». Moi, Daniel, dit le prophète, je fus troublé en mon esprit et les visions de ma tête m'effrayèrent. »
Il demanda l'explication de cette vision. Il lui fut dit :
« Il se lèvera après eux une autre Puissance qui différera des précédentes et en abattra trois. Elle proférera des paroles contre le Très-Haut, elle opprimera les saints du Très-Haut, et formera le dessein de changer les temps et la loi ».
Du fond de l'Arabie, parmi les descendants d'Ismaël, s'est levé un homme, Mahomet. L'empire que lui et ses successeurs fondèrent, n'eut aucune ressemblance, ni pour l'origine, ni pour la manière d'être, avec les monarchies fondées par ies barbares sur les ruines de l'empire romain. L'Islam abattit trois cornes : il anéantit le royaume des Perses en Orient, puis celui des Wisigoths en Espagne, et il humilia profondément d'abord, pour le faire enrin disparaître, l'empire grec de Constantinople.
a Cette nouvelle corne a des yeux », dit Daniel. Mahomet s'est dit « Le Voyant », « Le prophète ». « Il parle pompeusement pour, sur et contre Dieu » — l'expression originale présente ces trois sens. Mahomet parla pour Dieu contre les idolâtres, il parla sur Dieu, comme en parlent les Juifs ; il parla contre Dieu, en niant la divinité de son Christ. Lui et ses successeurs firent la guerre aux saints, c'est-à-dire aux chrétiens, ils les opprimèrent en bien des pays et pour de
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longs siècles. Enfin Mahomet voulut changer le temps, en introduisant une nouvelle manière de compter les années et en substituant le vendredi au sabbat des Juifs et au Dimanche des chrétiens. Il changea la loi, en remplaçant la loi de Moïse et celle de Notre Seigneur Jésus-Christ par la sienne, l'Alcoran qui fut le fondement de la civilisation musulmane.
c< Les saints, c'est-à-dire les chrétiens, continua l'ange, donnant à Daniel les explications demandées, les saints seront livrés en ses mains jusqu'à un temps, des temps, et une moitié de temps ».
Selon la pensée de bien d'interprètes, un temps, dans le langage prophétique, c'est une série d'années égale au nombre de jours que l'année contient, soit trois cent soixante-cinq ans. Le prophète dit : un temps, des temps et une moitié de temps. Le pluriel, « des temps », paraît devoir être pris pour le premier des pluriels, c'est-à-dire Deux. L'apôtre saint Jean a en effet repris la même expression et il l'a définie quarante-deux mois. Pour accorder tant bien que mal leurs années lunaires avec les années solaires, les musulmans comptent par mois d'années ou cycles de trente ans. Sur ce pied, les quarante-deux mois que doit durer cet empire antichrétien feraient environ douze cent soixante ans, quelques-uns croient pouvoir préciser douze cent soixante-dix-huit années. Est-ce bien cette durée qui a été révélée au prophète ? Les vagues expressions qu'il emploie pourraient servir de base à d'autres calculs. Resterait à déterminer le point de départ de ces douze cent soixante ans, ou douze cent soixante-dix-huit ans, c'est-àdire le moment de l'histoire des mahométans d'où part cette durée. A quelle heure de cette histoire, l'œuvre de Mahomet a-t-elîe pu être considérée comme un empire naissant ? Ce fut certainement au cours du VIIe siècle.
Omar, successeur de Mahomet, fit la conquête de la Syrie de 634 a 636, et il s'empara de Jérusalem en 636. En 639, il conquit l'Egypte. C'est à l'une de ces trois dates qu'il faut faire commencer le règne de la Bête ; peut-être de préférence à la prise de Jérusalem qui affermit ce règne, tant au point de vue religieux qu'au point de vue politique. Le premier des trois « temps » finit vers l'an 1000. Les temos suivants, marqués par l'extension et l'apogée du règne de la Bête, finissent
vers 1731, après le traité conclu entre l'Autriche et la Turquie à la suite de la bataille de Peterwardein en 1716. C'est le point de départ de la décadence de la Turquie, et le commencement du dernier demi- temps du règne de la Bête. La fin de ce demitemps nous mènerait ^il aux années de la guerre mondiale ? Observons que vouloir préciser en ces sortes de choses conduit presque certainement à l'erreur. C'est ce qui est arrivé à Rohrbacker dans son Histoire de l'Eglise universelle. L'événement seul pourra nous fixer sur la date précise de la disparition de la puissance musulmane, et montrer la puissance de lucidité que le Saint-Esprit donna à ses prophètes, pour leur faire voir et annoncer ce qui s'accomplirait à si longue échéance, dix-neuf siècles pour saint Jean, vingt-six pour Daniel* Ce qu'ils ont prédit s'est accompli, comme se sont accomplis les oracles sur les empires précédents. Est-ce chose finie? La guerre russoturque de 1878, suivie des guerres engagées dans les Balkans et, celles-ci amenant comme cause occasionnelle une de ces guerres dont parle saint Jean à la fin de l'Apocalypse, n'a mis fin à rien. Les Allemands l'affirment 2. La dernière phase de ce cataclysme rejettera-t-elle les Turcs en Asie, dans îa limite des temps marqués par les interprétations plausibles de la prophétie de Daniel 3 ?
2. Le 20 août 1919 on pouvait lire dans le Deutsche Allgemeine Zeitung, organe officiel du Reich : « Ce traité de paix, qui ne nous a pas apporté la paix et a donné au monde la discorde, n'a terminé que la première partie de la guerre mondiale. »
Que d'autres ont proclamé la même notoriété et ont proféré les mêmes menaces !
Contentons-nous de ce témoignage :
(c Toute la presse conservatrice, également en août 1919, reproduit une lettre adressée par Sven Hedin à l'un des leaders du parti national populaire allemand. Dans cette lettre, qui fut. lue devant le congrès du parti et longuement acclamée, Sven Hedin déclare qu'il garde la foi la plus absolue dans l'avenir de l'Allemagne.
ce La guerre, écrit-il, est loin d'être finie. L'Allemagne n'est pas réellement vaincue et elle accomplira de grandes choses. C'est vers la Russie qu'elle doit trouver son avenir. Elle deviendra alors la plus grande puissance continentale que le monde ait jamais vue. »
Sven Hedin prévoit que le peuple allemand « qui est malade » se guérira sous peu, car. il aura compris ce qu'il doit à la Prusse, à l'impérialisme et à la discipline de fer qui ont fait sa grandeur. Il se tournera alors vers la réaction, et la réaction sera terrible. »
3. Le traité de Sanstefano, modifié au Congrès de Berlin, fut la conclusion de la guerre russo-turque. Mais la persuasion générale était qu'il ne terminerait rien. C'était une côte mal taillée entre les ambitions et les convoitises rivales. Dans les chancelleries on disait qu'il avait été signé à Berlin avec
14 i. — l'œuvre de napoléon III.
Les musulmans sont tellement convaincus que l'heure arrive de leur expulsion de l'Europe que les riches font construire leurs tombeaux en Asie-mineure. Ajoutons que leurs plus anciennes traditions leur disent que cet acte de lil>ération et de justice sera opéré par un roi Franc,
Il est à remarquer que dans ces derniers siècles, la question d'Orient avait pris un nouvel aspect et une nouvelle direction. Ce n'était plus le Turc, c'était ie Slave qui était devenu pour l'Europe la grande menace. Napoléon Ier en avait la prévision, ce qui lui fit dire, il y a près d'un siècle : « Dans cinquante ans, l'Europe sera républicaine ou cosaque1. L'Europe est en république plus ou moins déclarée chez les divers peuples et le cosaque n'a cessé d'ambitionner et de grandir, jusqu'à la catastrophe de ces derniers jours. Elle s'est produite à l'heure où le Moscovite, plein de l'esprit grec, esprit d'opposition et même de haine contre l'Eglise catholique, se disposant à prendre le parti et le rôle de Bysance sur le tombeau du dernier Turc. Constantinople aux Russes : ce fut, paraît-il, l'un des principaux articles de l'accord établi entre les Puissances alliées contre l'Allemagne et la Turquie. Leurs intentions, leurs conventions ne purent se réaliser. La révolution qui renversa les Romanov, les fit échouer ; ce qui écarta l'un des plus grands périls que cette guerre pouvait faire courir à la civilisation. « Le cosaque, disait Louis Veuilloi en 1876. déjà maître à lui seul de
quatre plumes de vautour ; Allemagne, Autriche, Russie, Angleterre, une plume de pigeon : Turquie, deux plumes d'oie, France et Italie.
4. L'histoire reproche justement à Napoléon 1er d'avoir voulu .asservir l'Eglise. Elle n'a peut-être point autant raison de lui reprocher la guerre qu'il fit à la Russie. Urquhart l'appelle la guerre « incomprise » et cite ce mot de Napoléon : « Mon nom sera respecté quand le midi de l'Europe sera devenu la proie des barbares du Nord. » Grande dans son but, mais gâtée par l'esprit d'ambition qui méritait un châtiment, l'expédition de la Russie fut incomprise parce qu'elle ne réussit point. Pourquoi, du moins, ne la comprit-on pas en 1821, époque ou a la question grecque » si voisine de la « question de Constantinople » commença à agiter les esprits ? Cette <( question » était bien la conséquence de la chute du rival d'Alexandre. Dans le partage projeté avec la Russie, Napoléon n'avait-il pas refusé Constantinople au Czar en disant: « Constantinople est le monde? » Napoléon tombé, la Russie ne rencontra plus jamais, dans les gouvernements, qu'une opposition sérieuse, clairvoyante, mais purement diplomatique et manquant de fermeté, celle de Metternich. Mais en dehors des gouvernements, en dehors de celui de son propre pays, Urquhart, par son amour passionné de la justice, par le puissant génie qu'il mit au service de son devoir, fut pour la Russie un adversaire autrement redoutable.
la huitième partie du globe, est à la fois Photius, Luther et Voltaire ; et en même temps il est Attila et Tamerlan ; et il a toutes les armes, toutes les sciences, toutes les corruptions ; et il aura la clef de tous les passages, qui lui donnera celle de toutes les bourses 2, c'est-à-dire à peu près celle de tous les cœurs. Le voilà prêt. Il a le pied dans Fétrier, il est à cheval. Il se rend dans son lieu dès longtemps choisi et déterminé. Il se rend à Bysance, l'autre Rome, la ville de l'anti-Pape. »
Dieu l'a arrêté au moment où il se croyait sûr de n'avoir plus qu'à fermer la main. Le Czar a été renversé de son trône, l'immense empire s'est disloqué et ses provinces se sont disjointes.
Cette révolution est l'œuvre de Dieu. Il a mis à néant le programme tracé aux Czars par Pierre le Grand. L'empire grec, ce n'était pas seulement l'hérésie, mais le sophisme, l'incrédulité, la force brutale à Constantin ople.
« Par tout cela, continue L. Veiiillot, et à cause de tout cela, l'empereur grec est l'anti-pape. C'est son titre, nous dirions volontiers sa nature, et c'est aussi le comble de sa puissance qui devient surhumaine. Il est l'orgueil et il peut en exerCer la séduction. Il est un antéchrist, et de tous les antéchrists passés, celui qui doit le plus vaincre la tentation de se croire égal à Dieu... Devant le puissant empereur des Russes, pape de l'Eglise photienne, le Pape de l'Eglise catholique se serait trouvé isolé comme il fut isolé devant Néron ».
D'un souffle, Dieu écarta ce péril et donna aux populations slaves la liberté de se jeter dans les bras de l'Eglise et du Pape, lorsque le désordre actuel aura ouvert les voies à un état de choses nouveau plus ou moins proche. Débarrassés de la folie révolutionnaire qui les a si cruellement tourmentés, les pays entre le Niémen et le lac Baïkal s'essayeront à revivre, l'Eglise bysantine aura sans doute sombré dans la catastrophe, n'étant plus soutenue par le bras puissant des czars, et alors les peuples auront la liberté de tourner leurs regards vers le Vatican.
La révolution en Russie et la rentrée en possession du tombeau de Jésus-Christ au moment où l'Eglise catholique achevait de célébrer la fête de l'Immaculée Conception de Marie, nous disent d'espérer.