L. Veuillot
Sinistre perspective de guerres incessantes. — Message du Président des États-Unis. — Il exprime les inquiétudes de tous les peuples. — Il voudrait les éteindre. — Comment ? ■ — Ce qu'il propose ne peut atteindre ce but. — Il jetterait dans de nouvelles guerres. — Il n'y a d'autre moyen efficace de paix que d'avoir de nouveau recours à la Puissance morale instituée par N. S. Jésus-Christ.
Trois ambitions, l'ambition italienne, l'ambition germanique et l'ambition judéo-maçonnique ont été mises en branle par l'œuvre de Napoléon III, et dès lors une ère indéfinie de guerres et de guerres de plus en plus générales et de plus en plus destructives s'est ouverte devant nous. Le monde en est dans l'effroi et se demande : comment sortir d'une telle confusion, d'un tel égarement? comment rentrer dans l'ordre1?
i. On pouvait lire en octobre 1917 dans l'Indépendance Helvétique de Genève : « Les fouettri rs de peuples font marcher l'univers. » Ils ont dit à la France :
(( Marche, marche, c'est pour V Alsace-Lorraine ; il faut à tout prix re-
l'utopie de m. wilson. 125
Le Président des Etats-Unis s'est fait l'interprète de cette inquiétude auprès des représentants de son pays et par eux auprès des nations neutres ou belligérantes.
En janvier 191 7. après que la proposition faite par Guillaume II d'une conférence en vue de la paix eut été re jetée par les Puissances adverses, M. Wilson fit savoir au Sénat qu'il désirait présenter en personne une communication à ce sujet. Un télégramme de Washington dit, le lendemain, que le secrétaire de M. Wilson communiqua, par ordre, ce document à tous les
prendre les provinces perdues et réparer la honte de la défaite de 1870. Vive la revanche ! »
Ils ont dit à l'Italie :
<c Marche, marche pour prendre le Trentin, Trieste, la Dahnatie, et obtenir la suprématie dans •l'Adriatique. »
Ils ont dit à la Russie :
« Marche, marche vers Constantinople, la Mésopotamie, la Perse; il faut se débarrasser des Turcs. »
Ils ont dit à l'Angleterre :
ce Marche, marche pour écraser par la force une rivale dangereuse dont tu n'auras pas raison sur le terrain pacifique. »
Ils ont dit à la Roumanie :
« Marche, marche, tu pourras faire une promenade militaire en Autriche, t' emparer de Siebenburgen et du reste par surcroît. »
Ils ont dit à la Serbie :
(( Marche, marche pour la plus grande Serbie, tu auras ta part dans la curée de l'Autriche. »
Ils ont dit au Japon :
(( Marche, marche pour prendre Kiao-Tscheou aux Allemands et mettre la main sur leur commerce en Asie. »
Ils ont dit à l'Amérique :
« Marche, marche pour t'emparer des bateaux allemands qui sont dans tes ports et du commerce allemand en Amérique. » . Tous ont répondu :
Nous marchons.
Qui sont ces fouetteurs de peuples? L 'Indépendance Helvétique ne dit point qui elle a en vue. Elle se contente d'ajouter à la suite de ce qui est dit aux empereurs, rois et présidents ce qui est dit aux peuples :
(( Pour les peuples on a changé la formule en l'habillant d'un idéal humanitaire :
« Nous marchons pour le Droit, la Justice, la Civilisation, la protection des faibles. »
Depuis trois ans les peuples marchent, se saignent à blanc, se ruinent, ils crient assez î Mais les tyrans répondent :
(( Nous commençons seulement notre ouvrage, il nous faut faire encore des sacrifices, beaucoup de sacrifices, l'Allemagne n'est pas exterminée.
» Peuple, tu n'as pas le droit d'en avoir assez ; si tu fais mine de découragement, nos propres mitrailleuses faucheront les rangs de tes mécontents, de tes révoltés contre la guerre.
» Peuple, nous avons besoin de ton sang pour servir notre cause, continue à saigner jusqu'à la dernière goutte pour nos intérêts. »
Il n'y a qu'une puissance qui puisse parler ainsi aux rois et aux peuples, celle qui les domine tous.
126 l'œuvre de napoléon III.
gouvernements étrangers. Il est assez long, nous en extrayons ce qui peut se rapporter au sujet que nous traitons ici.
Le président Wilson expose les conditions qui, selon lui, sont nécessaires pour que la paix à venir soit durable. Il parle du désarmement, de la liberté des mers, et autres vœux semblables, depuis longtemps exprimés et même défendus et quelques-uns votés dans les conférences de La Haye, mais qui jusqu'ici n'ont abouti à rien. Malgré les pacifistes, leurs congrès et leurs conventions nous sommes toujours dans cette situation sinistre où il n'y a plus ni conscience, ni morale, ni droit, ni traités assurant le repos des peuples. M. Wilson dit comment il conçoit que cet état pourrait cesser, comment les conventions et traités pourraient désormais avoir un effet sérieux et durable. « Dans toute discussion de la paix qui mettra fin à cette guerre, on reconnaît que cette paix doit être suivie de quelque union des Puissances bien définie qui rendra virtuellement impossible que pareille catastrophe nous accable de nouveau. Voilà ce. que doit admettre tout homme aimant l'humanité et tout homme bien pensant. » « Il est du devoir des Etats-Unis, continue M. Wilson, d'ajouter leur autorité et leur pouvoir à l'autorité et à la force des autres nations pour obtenir ce résultat et garantir la paix et la justice dans le monde... de façon que l'on voie le petit marcher côte à cote avec le grand et le puissant... La convention et les règlements qui doivent établir cette paix et cette justice ne sauraient être maintenant longuement différés si la paix doit apporter dans ses ailes la cicatrisation bienfaisante et une réelle durée. »
Pour obtenir ce bienfait, cette paix durable, M. le Président Wilson propose « une union des Puissances bien définie et résolue dans un esprit de conciliation 7*éelle, par des concessions et des sacrifices mutuels. »
« Il doit y avoir, dit-il, non pas un équilibre de Puissances ; non pas des rivalités organisées, mais une paix organisée... L'égalité des nations, sur laquelle doit reposer la paix pour être durable, doit impliquer l'égalité des droits ; les garanties échangées ne doivent ni reconnaître, ni impliquer une différence entre les nations grandes ou petites, entre celles qui sont puissantes et celles qui sont faibles. Le droit doit être basé sur la force collective et non sur la force individuelle des nations, de l'accord desquelles la paix dépendra ».
« Les hommes d'Etat de l'univers et les nations devront adapter et accommoder leur politique à cette paix, de même que d'anciens ont pré-