‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 31 sur 96 · L UTOPIE DE M. WILSON · texte numérisé non relu

L UTOPIE DE M. WILSON

paré la guerre et se sont mis en mesure de soutenir un conflit et une rivalité sans pitié... Je propose donc que dorénavant toutes les nations évitent les complications d'alliance qui pourraient les entraîner à des rivalités de pouvoir, les envelopper dans un filet d'intrigues et de compétitions égoïstes, et par des influences de l'extérieur les détourner de leurs propres affaires : il ne saurait exister de complications d'alliances dans un loyal accord des Puissances. Quand nous sommes tous unis pour agir dans le même sentiment et en vue du même but, nous agissons dans l'intérêt général et nous restons libres de nos propres actes sous la protection de tous » .

Rien de plus beau que l'idéal que M. le Président Wilson fit luire dans ce discours aux yeux de l'univers écrasé par les compétitions, les rivalités, l'égoïsme en un mot, qui règne plus que jamais sur la terre. M. Wilson et avec lui toutes les nations avaient devant les yeux les actes que se sont permis l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, les Etats-Unis eux-mêmes, en ces dernières années. Il n'est aucune grande nation qui n'ait un grave abus de pouvoir à se reprocher, lorsqu'elle entendait M. Wilson les inviter toutes à la concorde et à la paix.

C'est P Amérique du Nord, le pa}s de la fameuse Cour suprême, qui prend Cuba et les Philippines aux Espagnols, après une guerre sauvage déclarée sous un prétexte faux : l'attentat du Maine.

C'est PAngleterre qui attaque injustement les Boers et les dépossède, au grand scandale — passif — du monde entier.

C'est la Russie qui manque à ses engagements envers la Chine et prend la Mandchourie ; puis le Japon, qui, après s'être indigné de ce procédé, le pratique au détriment de la Corée.

C'est la France — la France, hélas ! jadis parangon de loyauté et d'honneur, — qui livre Tripoli aux Italiens après avoir garanti l'intégrité de l'empire ottoman, et à l'Angleterre l'Egypte, qui comptait sur nous pour garder son indépendance.

L'affaire marocaine, dont il est inutile de rappeler les pénibles phases, découle de ces lâchetés. On sait la conduite de PAllemagne en cette affaire : elle est loin d'être honorable.

C'est PAuTRiCHE-HoNGRiE qui prend la Bosnie-Herzégovine simplement parce qu'elle en a envie, et qui s'arrange ensuite avec les Jeunes-Turcs à bas prix d'argent.

Cette liste de petites ou de grandes infamies d'Etat pourrait être allongée et dire la conduite de l'Angleterre et de la Russie en Perse, de l'Espagne au Maroc.

128 l'œuvre de napoléon m.

En octobre 1907, M. le comte Czernin, ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, a prononcé à Budapest un discours où il s'est montré préoccupé lui aussi, de mettre fin à l'anarchie internationale et d'en trouver les moyens.

« Je tiens, dit-il, à faire connaître au public comment le gouvernement impérial et royal entrevoit le développement futur du droit international, qui a été complètement détruit en Europe.

» Il faudra bien, ajoute-t-U, placer l'Europe après cette guerre sur une nouvelle base du droit international, offrant des garanties de durée. Je crois que cette base doit reposer sur quatre points essentiels : Elle doit d'abord offrir des garanties contre toute guerre de revanche. Nous voulons léguer à nos petits-fils la certitude que les terreurs d'une époque semblable leur soient épargnées ; aucune modification du pouvoir des Etats belligérants ne saurait atteindre ce but. il n'y aura qu'un chemin qui puisse y conduire : le désarmement international et mondial et l'acceptation de l'arbitrage.

» Il est superflu de remarquer que le principe du désarmement ne peut être appliqué envers un seul Etat ou envers un seul groupement de puissances et qu'il doit embrasser la terre et l'air d'une façon égale. La guerre comme moyen politique doit être combattue ; un désarmement égal, successif et général de tous les Etats du monde entier doit se faire sur la base et sous le contrôle international, et la force armée doit être réduite au strict nécessaire. Je sais bien que ce but est extrêmement difficile, long, bien pénible et bien épineux. Mais je suis quand même convaincu qu'il faut le faire et qu'il sera fait, peu importe que cela plaise aux uns ou aux autres...

Si l'on ne supprimait pas le libre concours des armements, les charges deviendraient, après la guerre, tout simplement insupportables pour tous les Etats. Cette guerre a démontré que l'on serait obligé de compter avec un surcroît considérable des armements d'autrefois. Le libre concours des armements admis, les Etats seraient forcés de décupler leurs efforts pour se maintenir au niveau de leurs voisins. Ils seraient obligés d'avoir dix fois plus d'artillerie, d'usines à munitions, de navires, de sous-marins qu'auparavant, et aussi incomparablement plus de soldats. Le budget militaire de toutes les grandes puissances devrait s'élever à plusieurs milliards. Cela est impossible. Si on ajoutait ces dépenses à celles des Etats belligérants, après toutes les charges qui traîneront, après la conclusion de la paix, cela signifierait, je le répète, la ruine des peuples...

» Il n'y a qu'une seule issue à cette impasse : le désarmement international, total et universel... Cela n'est possible que sur une base internationale. Chaque état devra renoncer à une part de son indépendance pour assurer la poix mondiale ».

Fort bien. Mais à condition que quelqu'un obtienne et d'une manière durable ce renoncement de chacun et de tous. Qui pourra le faire accepter et tenir?

L'égoïsme national a allumé toutes les guerres de ce siècle et du précédent ; rien donc de plus désirable que l'abandon proposé par M. Wilson et M. Czernin de cet égoïsme. Mais coin-

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