‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 34 sur 96 · J. de Maistre. Etudes sur la souveraineté · texte numérisé non relu

J. de Maistre. Etudes sur la souveraineté

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parable, a la plus vaillante du monde », et « qui est belle au ird autanl que plaisante au cœur ».

L'amour de celle patrie éclate à toutes les pages de nos \ ieux poèmes^

Roland, à chacun de ses grands coups d'épée, se demande : « Qu'en dira la France? » et l'honneur de sa famille le préoccupe bien moins que celui de son pays. S'il se refuse énergiquement à sonner du cor pour appeler son oncle à son secours, s'il commet cette admirable imprudence dont la sagesse d'Olivier cherche en vain à le dissuader, c'est uniquement à cause de sa patrie : ce A Dieu ne plaise, s'écrie-t-il à deux reprises, que la douce France soit abaissée à cause de moi ! A Dieu ne plaise, à ses saints et à ses anges, que France perde pour moi son honneur! » Et il se lance éperdu dans la mêlée.

Roland n'est pas le seul qui soit brûlé de ce beau feu d'amour pour la patrie. Tous les Français de nos anciens poèmes sont, sous ce rapport, autant de Charlemagne et de Roland.

L'amour du pays se confondait dans les cœurs avec l'amour de Dieu, le plus puissant des amours, et il en prenait une énergie inconnue dans toute histoire autre que la nôtre, parce que nulle autre nation lie fut imprégnée autant que la nôtre de l'esprit du christianisme. Aussi, dans une lettre où il prédisait, en 1842, le règne de l'athéisme, Mgr Pie, alors l'abbé Pie, pouvait, rappelant cette parole de François Ier : « La France ne connaît point de maîtres », la faire suivre de celle-ci : a Ah ! elle en connaîtra, et peut-être d'assez noirs, d'assez perdus de conscience et d'honneur pour trafiquer de la gloire de leur patrie, pour la trahir, pour la vendre et la précipiter dans l'abîme 3. »

Ces temps. sont arrivés. Les hommes de la secte ont régné et gouverné pendant quarante ans, et l'on a pu constater avec M. de Marcère que si l'effort maçonnique de désorganisation sociale s'est porté particulièrement sur la France, il a été secondé tout particulièrement par nos gouvernants.

Un journaliste de Lyon exprimait, en même temps que M. de Marcère, la même pensée en ces termes:

3. Histoire du cardinal Pie, par Mgr Baunard, I, 142. Les procès pour cause de trahison et d'entente avec l'ennemi qui furent si nombreux en 1919, sont venus confirmer cette lamentable prévision.

« J'ai toujours pensé, et l'observation quotidienne ne fait que confirmer ma conviction intime, j'ai toujours eu sur la secte cosmopolite qui nous gouverne aujourd'hui le soupçon suivant : l'un des buts secondaires mais essentiels de la franc-maçonnerie, dont le but principal et premier est la destruction de l'Eglise catholique, ne serait-il pas de détruire la France, la fille aînée de l'Eglise catholique ? Mes soupçons deviennent de jour en jour des convictions plus profondes, des certitudes plus inébranlables. La secte agit du moins, en tout et par tout, comme si elle avait juré d'anéantir la France. »

« Elle s'attaque à la France d'abord, écrivit M. le Comte de Castellane, député, ayant la même conviction, parce que celle-ci est la plus vieille, et fut jusqu'ici la plus solide nation du monde, celle que ses rivales appellent « la grande nation », c'est-à-dire la nation par excellence; ensuite parce qu'elle est le premier des pays catholiques : non seulement la religion catholique y a façonné l'esprit national, mais nos destinées politiques ont été liées séculairement au sort de l'Eglise, qui nous « supportait » et que nous ce supportions » dans le monde. »

« Le pays choisi par eux pour cette expérience, lisait-on dans la « Revue des Deux-Mondes » en 1889, est celui où les catholiques forment une population plus nombreuse et moins divisée, où le catholicisme, aussi ancien que la nation, a pénétré dès les origines, dominé l'histoire, formé les moeurs, inspiré le génie. Ils veulent cette lutte après une révolution qui a réformé les anciens abus de l'Eglise, dépouillé le sacerdoce de ses richesses, de son autorité politique, près de cent ans après un traité qui a mis le clergé dans la dépendance du pouvoir civil, donné les charges ecclésiastiques à des hommes nés du peuple, formé des prêtres réguliers de mœurs, charitables, dévoués à leur patrie. Ils ont commencé les hostilités le jour où, dans la nation mutilée par la guerre étrangère, toute discorde devenait sacrilège, où dans les provinces perdues le clergé catholique demeurait l'âme de la protestation contre la conquête et de la fidélité à la patrie... Ils continuent par leurs lois, le mal que l'envahisseur avait commencé par ses armes. Leur crime est d'enlever durant la paix à leur patrie, les forces que la guerre même avait respectées. Ces hommes, conscients ou non, sont les ennemis de la France. »

Oui. Ennemis de la France, ceux qui ont fait un effort si puissant et si prolongé pour assurer sa perversion ou sa disparition. Ils n'ont pas seulement employé à cette infâme besogne la démoralisation sous toutes ses formes ; mais l'amoindrissement systématique de nos armées de terre et de mer, l'affaiblissement de l'esprit militaire et de la discipline ; en même temps que se mulipliaient les grèves et leurs désastreuses conséquences, la ruine de nos industries. Ennemis de la France ceux qui ont employé ses armes à la conquête de pays qu'ils voulaient soustraire à l'Eglise, et, par suite, les livrer à l'Allemand Luther et à l'Anglais Henri VIII.

Reprendre ces faits un à un, c'est le douloureux chemin qui se présente devant nous et que nous aurons à parcourir.

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