CHAPITRE XV
Le Patriotisme.
Si un homme méprise les autels, la sainteté de la foi conjugale, la décence, la probité, et s'écrie: « Patrie! patrie! » n'ayez pas confiance en lui. C'est un hypocrite, un faux patriote; c'est un mauvais citoyen. Le seul bon patriote est l'homme vertueux, l'homme qui comprend et qui aime tous ses devoirs et se fait une étude de les remplir. Silvio Pellico.
Patriotisme et religion. — C'est sur la France que se porte l'effort principal de la secte judéo-maçonnique. — Nos gouvernants s'en sont faits les auxiliaires. — D'abord ils crièrent « revanche ». — Les moyens, hommes et argent, leur en furent donnés. — Les chefs militaires en firent bon emploi. — M. Delcassé finit par déclarer « Nous allons à une défaite. »
Dans le premier livre de cet ouvrage, nous avons vu la conduite de la République au point de vue religieux . Elle a fait tout ce qui était en elle pour anéantir le catholicisme en France. Nous devons voir maintenant ce qu'elle a fait au point de vue patriotique.
Durant quarante ans, de 1874 à 1914, gouvernement et parlement n'ont cessé de braver Dieu par leurs actes et leurs blasphèmes. Durant ce même temps, ils se sont montrés aussi insensés et aussi criminels à l'égard de la Patrie qu'ils l'étaient à l'égard de l'Eglise.
« Jamais, dit M. Deschamps, dans aucun temps les notions de nation et de patrie, de nationalité et de patriotisme, n'ont
été plus souvent acclamées, plus emphatiquement célébrées, que depuis près d'un siècle, sous l'influence maçonnique; et jamais pourtant les hommes des sociétés secrètes et de la Révolution n'ont travaillé plus efficacement à détruire dans tout ce qui les constitue, les grandes choses que ces noms représentent. Jamais la moquerie à l'égard des peuples n'a été plus sanglante, ni plus effrontée » ; et il montre la secte judéo-maçonnique s 'acharnant à détruire les éléments constitutifs des nationalités : la religion, la morale, la famille et la propriété.
Cela ne fut point fait à l'aveugle. Les sociétés secrètes nous ont révélé leur but final : rassembler en un corps universel toutes les familles humaines ; réunir le monde entier en un vaste empire sous la direction des Loges. Les recueils des actes de la secte, comme les ouvrages publiés par les Hauts-maçons nous font lire à chaque page : Renverser toutes les barrières — abolir toutes les nationalités, en commençant par les plus petites, pour ne faire qu'uN seul Etat ; — effacer toute idée de nationalité ; — rendre commune à tous la terre entière qui appartient à tous — briser tous les traités par force ou par ruse ; — préparer par une vaste démocratie dont les races diverses, abruties par tous les genres d'immoralité, seront classées par départements administrés par un suprême dictateur, tel est le but que les sociétés secrètes ont souvent avoué en termes plus ou moins clairs. Ces idées et ces vœux sont partout accompagnés de cris de haine à l'Eglise.
M. Anatole Leroy-Beaulieu,dans la préface du livre contenant le discours qu'il prononça à la séance d'inauguration du congrès des œuvres d'Economie sociale en 1903, dit : ce A beaucoup d'entre eux il ne semble point répugner de se faire, par haine de l'Eglise, les complices des adversaires de la France ». Il parlait du détriment apporté à notre pays par la fermeture des noviciats des religieux qui ne pourraient plus former de missionnaires ; et il rapportait cette parole d'un député dite à lui-même : « Que nous importe, à nous, l'influence de la France au loin, si cette influence ne s'exerce pas dans le sens de la Révolution! » Les députés et les sénateurs qui, en présence de la formidable organisation de l'armée allemande, ne voyaient rien de plus urgent, rien de plus nécessaire que de détruire radicalement la foi chrétienne dans le cœur des Français, et
d'empêcher nos missionnaires de l'établir ou de la maintenir dans nos colonies, disaient tous, sinon de bouche, au moins par leurs actes : « Que nous importe à nous si l'Allemagne envahit la France, la morcelé ou même la fait disparaître de la carte de l'Europe, si cette France veut malgré nous rester chrétienne ! » Ce qui n'empêche point ces hommes de se dire à l'occasion, « patriotes »... Sous le règne de leurs ancêtres de 93, J. de Maistre annonçait aux Français que « la guerre faite à la Religion causerait la ruine du patriotisme dans les cœurs ». En cela encore, il était prophète.
C'est l'Eglise qui a façonné la France comme les abeilles façonnent une ruche, et c'est l'Eglise qui a mis au cœur des Français l'amour de son œuvre. Aussi de Maistre ajoutait : « Si l'on y réfléchit on trouvera que, surtout pour les Français, ces deux choses, la Religion et le patriotisme, se confondent 1.
i. La justesse de l'observation faite ici par J. de Maistre et plus naut par Silvio Pellico n'a jamais été mieux vérifiée que dans les années qui ont précédé et suivi la guerre de 1914. Sur les législatures de 1902, 1906, 1920 et surtout sur celle de 1914 a pesé terriblement l'influence allemande, préparant la guerre, puis se servant des ministres, des sénateurs, des députés et de leurs hommes pour entraver nos généraux et nous amener à conclure une paix honteuse. Les tribunaux militaires ont appelé à leur banc des multitudes, hommes et femmes, qui furent condamnés à mort, ou aux travaux forcés ou à d'autres peines infamantes, tous pris du même côté, du côté de la librepensée.
C'est au lendemain des élections Caillaux-Malvy, en 1914, que Guillaume II jugeait qu'il pouvait opérer à coup sûr. S'il s'est trompé, ce n'est point la faute de Malvy, ministre ou chef du ministère la plus grande partie des années de guerre. La Haute Cour a pu le déclarer « coupable d'avoir, dans l'exercice de ses fonctions de ministre de l'Intérieur, de ici 4 à ici?, méconnu, violé et trahi les devoirs de sa charge. »
Il est difficile de chiffrer les morts en surcroît que nous a valus pendant les trente-huit premiers mois de la guerre cette politique « d'intelligence avec l'ennemi », comme l'a définie le lieutenant Bruyant, chef de la police du Grand-Quartier Général.
Déjà en 1S99, l'Allemagne avait obtenu la suppression du bureau de renseignements au Ministère de la Guerre. Cette suppression l'avait rendue maîtresse chez nous des nombreux postes industriels, commerciaux, financiers et même politiques qui préparèrent les voies à l'invasion. A partir de 1904, le gouvernement allemand croyait avoir déjà chez nous assez de ces postes et assez d'auxiliaires pour se tenir sûr de remporter une victoire décisive en quatre semaines.
Pendant la guerre, les ministres donnèrent plusieurs fois aux généraux des ordres qui nous furent bien funestes. En même temps les généraux allemands étaient informés de tout ce qui pouvait les aider à triompher de nous. Il fut établi qu'en 1917, Malvy, siégeant au comité de guerre, communiquait au gouvernement allemand, par l'intermédiaire de ses amis du Bonnet rouge, tous les plans de l'offensive prochaine. Du 16 juillet au 4 octobre 1918, il parut évident que la victoire venait à nous et cela grâce au nettoyage de la trahison qun M. Clemenceau fit commencer par l'arrestation de M. Caillaux.
On ne voit le patriotisme briller que dans les siècles de croyance, et toujours il décline et meurt avec elle. L'homicide égoïsme pousse sans relâche l'esprit public, chez les peuples qui ont abandonné la foi, et le fait reculer devant lui,, comme ces glaces énormes des Hautes- Alpes qu'on voit avec effroi s'avancer insensiblement sur le domaine de la vie et courber devant elles les végétaux utiles 2 .
Que l'on considère un à un les actes des sectaires qui nous gouvernent et que l'on dise s'ils peuvent s'interpréter autrement que par l 'égoïsme dans leur conduite personnelle et dans l'administration de l'Etat, par la volonté de transformer la société, c'est-à-dire de la conduire au trépas.
Les fils de la France chrétienne, ceux que le malheur des temps tient éloignés de l'Eglise sans être affiliés à la secte, aussi bien que ceux qui font profession de l'aimer et de lui obéir, montrent tous qu'ils ont au cœur un véritable amour pour la France. Ils viennent de le montrer aujourd'hui comme ils l'ont toujours fait, en lui sacrifiant leurs biens et leur vie.
« Neuf Français sur dix se persuadent., dit M. Léon Gautier, dans son beau livre « La Chevalerie », que la France n'est aimée que depuis cent ans. » M. Deroulède croit même candidement être l'inventeur de cet amour et c'est pour propager ce fruit de son cœur qu'il a fondé la Ligue des patriotes.
Dans la Chanson de Roland qui fut composée entre 1066 et 1095, le pays aimé par le neveu de Chariemagne, c'est notre France du nord avec ses frontières naturelles du côté de Vest et ayant pour tributaire toute la France du midi. Le pays qu'aimait Roland est donc celui que nous aimons, et la France pour laquelle il est mort est cette même France pour laquelle meurent nos soldats de 1884. Telle est la patrie que nos poètes ont célébrée, telle est celle que le Code de la chevalerie ordonne à nos héros de chérir jusqu'à la mort ; telle est celle qu'ils ont aimée. « Cinq cent cinquante ans avant Malherbe, dit Onésime Reclus, Douce France et Terre Major étaient célébrées dans les quatre mille vers de la Chanson de Roland, poème français qui sort d'une âme épique et tragique... Le même cri d'amour, d'enthousiasme et d'orgueil, traverse nos autres poèmes de chevalerie... Pour ces interminables conteurs... la patrie est toujours Douce France, le plus gai pays, et Terre Major, le plus grand royaume. » Dé nos jours, huit cents ans après la Chanson de Roland, la France, hélas! n'a plus droit au second de ces noms, elle n'est plus le grand royaume, la terre major: est-elle encore le gai pays, la douce France, depuis que les républicains en ont fait le lieu des plus dures et des plus honteuses servitudes ?
La France, c'est, dans nos vieux poèmes, cette terre incom-