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CHAPITRE XVII

Ce que la République a fait d'abord.

Quel spectacle nous donne le gouvernement républicain ? Jamais sous aucun régime on n'a vu une politique aussi personnelle s'étaler au grand jour avec moins de pudeur qu'aujourd'hui. Ah! non certes on ne vit plus d'illusions; on se repaît de bonnes et palpables réalités. Ce temple de la République ressemble fort à une grande foire où l'on vend, où l'on achète, où Von joue, où l'on s'amuse, où Von jouit, comme sous l'Empire, en bien plus nombreuse compagnie.

Vacherot.

La Revanche... Il n'en faut plus parler. — La politique coloniale. — Approuvée par Bismarck. — Déplorée par Mac-Mahon. — L'heure n'était point venue de coloniser. — Opposition entre les intérêts de l'Angleterre et les nôtres.

Lorsque les républicains eurent tiré du sentiment patriotique ce qui pouvait servir à leur popularité et leur permettre de poser les bases du plus important de leurs projets, l'école obligatoire laïque, ils cessèrent de jouer l'air de la revanche. « Il faut y songer toujours et n'en parler jamais », dit Gambetta. Non seulement la secte n'en parla plus, mais bientôt elle fit ouvertement le sacrifice définitif de nos provinces enlevées. Une planche de convocation de la R.:. L.:. Je Globe, Orient de Vincennes, porta à l'ordre du jour du 3 septembre 1886, l'annonce d'une conférence du F.:. Trollet sur ce les motifs devant faire désirer à la France (à la Franc-Maçonnerie surtout) que l' Alsace-Lorraine demeure allemande ». Sur quatre cent neuf loges

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de Francs-Maçons que l'on comptait en France, six seulement protestèrent J.

Après la démission de Mac-Mahon, le ministère Jules Ferry,. au lieu de s'appliquer à améliorer, d'après les leçons que l'expérience donnait, la constitution nouvelle de l'armée et de se tenir prêt à tout événement, inaugura la politique coloniale, dont lui et ses successeurs firent une politique franchement anti-catholique. Il entrait par là dans les vues de Bismarck, il les secondait. Bismarck voyait avec inquiétude la réorganisation de notre armée ; l'esprit de revanche qu'il sentait progresser en France, l'irritait et le troublait. Son fils écrivait de sa part à Henckel une lettre datée de Varzin, le 30 octobre 1877, où il était dit : « Entreprendre une guerre, là ne serait pas le difficile. C'est une autre affaire de savoir comment elle finirait. La fortune des armes est changeante, et les militaires les plus clairvoyants se trompent parfois dans leurs combinaisons et leurs hypothèses ».

Le Pall Mail Gazette, qui connaissait cette situation d'esprit, traduisait ainsi le sentiment de la cour de Berlin 'r « Il est avantageux pour l'Allemagne d'encourager la France à s'enfoncer plus avant dans la conquête africaine ».

Ces encouragements, elle les donna, et nos gouvernants les accueillirent comme une marque de bienveillance à leur égard, comme un moyen de se donner du crédit en France, et aussi de pouvoir, comme nous ne le verrons que trop, se servir de cette politique de colonisation pour donner une nouvelle issue à leur haine de l'Eglise, en portant jusqu'en Asie la guerre qu'ils inauguraient en France contre le catholicisme.

i. Les loges, qui n'ont pas voulu dire que la Maçonnerie, chez nous, était prussienne de cœur, sont les suivantes :

L'Alsace-Lorraine, de Paris.

Le Temple des amis de l'honneur français, de Paris.

La Réunion des amis choisis, de Marseille.

Les Amis philanthropes et directs, de Versailles.

Les Vrais amis fidèles, de Cette.

Les Enfants de Gergovie, de Clermont-Ferrand.

En regard de cette manière de penser et de vouloir des Loges mettons celle des émigrés si indignement calomniés par les Francs-Maçons et leurs imbéciles échos. Quand les représentants de l'Autriche et de la Prusse parlèrent au prince de Condé de pousser la guerre plus vivement contre la République, s'ils acceptent la cession de l'Alsace à l'Allemagne, ce chef debannis répondit : « Je ne connais pas un émigré qui ne préférerait un exil Perpétuel à l'amoindrissement de sa patrie. » Cette parole est rnpporréc par M. Lenotre, l'un des plus savants historiens de la Révolution.

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Nous ne blâmons pas la politique coloniale comme telle ; nous disons seulement que ce n'était point l'heure d'une telle entreprise, et qu'en tous cas, elle devait être faite dans un esprit tout autre qu'elle ne le fut.

D'abord l'heure n'était pas venue. Nous avions avant tout à reprendre notre place en Europe. Puis, avant de songer à coloniser, nous avions le devoir de mettre notre marine en état de défendre contre toute convoitise les colonies que nos armes pourraient acquérir.

La monarchie avait entrepris un premier développement colonial ; mais elle avait en même temps donné un grand développement à notre marine. La renaissance coloniale devait être subordonnée à une renaissance maritime. La République a amené les îles et les presqu'îles et agrandi les colonies anciennes comme le Sénégal ; la Tunisie s'est ajoutée à l'Algérie, le groupe de l'Union de Mayotte et de Nossi-Bé s'est accru de Madagascar. Jamais notre matériel de mer n'a eu le nombre suffisant et la qualité convenable pour la défense de ce vaste empire. C'était un empire ouvert, offert aux cupidités du plus fort2. Ni les deux rois de France qui organisèrent de 1763 à 1783 la revanche de la guerre de Sept Ans, ni le gouvernement de la Restauration qui nous donna Alger, n'étaient tombés dans cette absurdité.

« La France a droit de chercher au dehors l'élément qui manque à son activité, disait Louis Veuillot en 1858, lors de l'expédition de Canton. Les changements que les agrandissements de l'Angleterre, de la Russie, (aujourd'hui il ajouterait de l'Allemagne) , font subir à l'équilibre européen, nous obligent d'avoir Madagascar dans l'Océan indien, la Cochinchine dans la mer de Chine, et la Corée dans la mer du Nord de l'extrême Asie, en reliant ces grandes colonies par des postes militaires qui les unifient aux nouveaux établissements français dans l'océan Pacifique ». Il ajoutait: « Nous dire de rester en Europe, c'est nous exclure même de l'Europe, aujourd'hui que les distances, déjà si accourcies, vont, en quelque sorte, disparaître et que les affaires de l'Europe sont dans le monde entier. Si, grâce à Dieu, nous n'avons pas su exploiter les peuples (comme l'Angleterre a exploité les Indes et d'autres peuples) , nous ne pouvons oublier tant de colonies florissantes, œuvres du courage, de la sagesse et

2. La France a actuellement des dépendances en Asie, en Afrique, en Amérique et en Océanie avec une population totale d'environ quarante-quatre millions.

L'Allemagne comptait soixante-dix millions, et ses colonies en 1914 : douze millions. Le royaume-uni de la Grande-Bretagne et l'Irlande a une population d'environ quarante-cinq millions. C'est le noyau de l'empire britannique qui couvre environ un quart de la surface du globe et comprend quatre cent vingt millions d'habitants.

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,1,. l'humanité de nos pères, que la force étrangère, profitant de nos divi* sinus, nous a seule arrachées. Si nous ne possédons pas les moyens du ; négoce, qui empêche que nous les acquérions ? Jusqu'à l'époque de la première révolution, la marine française fut au moins l'égale des plus puissantes. Elle a péri par la folie et l'impiété de nos discordes, mais le vœu le plus ardent de la France a été de la relever, et dans ce but quatre milliards onl été votés et payés depuis le patriotique appel du baron Portai, ministre de la Marine sous la Restauration. Quoi! des ports sur deux mers, des populations maritimes si intelligentes et si vaillantes, des officiers si hardis, des ingénieurs si savants, de si brillants souvenirs, de si amères défaites, et enfin tant de facilité ou plutôt tant d'empressement dans la nation à multiplier les sacrifices nécessaires, et nous serions condamnés à n'avoir qu'une marine de second rang! La France subit cette situation, elle ne l'accepte pas; elle la subit avec un malaise qui bientôt se change en souffrance et en délire, parce qu'un instinct suprême lui crie qu'elle pourrait en être délivrée.

A ce sentiment de juste amour-propre, ou plutôt d'honneur, qui, bien au-dessus de tout avantage matériel, la presse de ne point rester inactive dans les transformations prochaines et dans le futur partage de l'Asie, il s'en ajoute un autre, d'un ordre infiniment plus noble et qui est la prescience quasi-divine du grand intérêt de l'avenir. Ce sentiment est nouveau; il est né, il a grandi à l'insu des hommes d'Etat, et nous craignons que la plupart d'entre eux ne l'ignorent. C'est ce le sentiment catholique », ce sentiment qui a fait naître en France au XIXe siècle, l'œuvre de la Propagation de la Foi, et qui a fait sortir de chez nous tant de missionnaires et tant de martyrs aussi généreux, aussi glorieux que ceux des premiers siècles.

ce Notons en passant, dit encore L. Veuillot, un de ces moyens dont la sagesse divine se sert pour jouer et pour déjouer la sagesse humaine : se doutait-on, il y a quarante ans, que cette petite bourgeoise de Lyon, en fondant la collecte de la Propagation de la Foi, imposait à la France une obligation prochaine de prendre, malgré ses langueurs, une part considérable aux événements encore insoupçonnés qui couvaient en Asie ?...

» Il faut d'ailleurs avouer que cet intérêt religieux, si grand moralement et politiquement, ne peut être protégé par la France sans léser un intérêt exclusivement anglais, mais considérable, (le commerce de l'opium qui rapportait tous les ans à Albion quelques centaines de millions, en tuant des millions d'hommes), ce L'Angleterre, conclut L. Veuillot, ne peut pas s'exposer au progrès de l'Eglise catholique qui excommunie les fumeurs d'opium; donc l'intérêt religieux, que la France doit protéger, est une raison de plus à l'intérêt anglais pour écarter la France ».

Le libre commerce de l'opium n'a plus peut-être de nos jours un intérêt aussi puissant qu'à cette époque ; mais reste toujours et plus que jamais l'intérêt toujours grandissant de pays à conquérir pour s'en faire les pourvoyeurs et les exploiteurs plus ou moins exclusifs.

A ces observations, L. Veuillot ajoutait celle-ci un an plus tard :

« Cette grande et belle contrée de la Cochinchine et du Tonkin, que Dieu semble enfin vouloir donnera l'Evangile en y faisant entrer la France,

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a été de nos jours la plus arrosée du sang chrétien, volontairement offert pour y planter la croix, sciemment répandu pour le proscrire. Il n'y a pas de lieu en ce siècle où le nom du Christ ait excité de plus infernales fureurs, où ce nom ait été honoré par un pareil nombre de martyrs... Les véritables conquérants de la Cochinchine sont les missionnaires. Eux seuls, par leur persévérance, ont engagé la France dans cette entreprise qu'eux seuls jadis avaient conçue et suggérée... Les spectacles de la civilisation feraient croire que l'esprit du christianisme est affaibli, mais on se rassure à voir quels hommes s'élancent du sein de la civilisation pour courir à la conquête des âmes. Les temps héroïques n'offrent rien de plus beau ». 3

Hélas ! au lieu de seconder nos missionnaires, nos gouvernants les ont persécutés ; au lieu de protéger dans ces contrées le culte catholique, ce que tout conseillait à la France, ses intérêts, son histoire, sa mission, nos gouvernants favorisèrent autant qu'ils purent les prédicants anglais et même persécutèrent les missionnaires catholiques et leurs néophytes. C'est ce que démontreront les faits exposés dans les chapitres suivants. Ici encore nous verrons la France sacrifiée à la secte des conjurés pour l'anéantissement de l'œuvre du Christ.

Ce que l'Angleterre avait l'intention de faire sous le Second Empire, elle le tenta sous la troisième République, et ce ne fut point de la faute de celle-ci, si elle ne réussit point dans son dessein.

3. Louis Veuillot a ainsi exposé, dès 1858, le secret de la politique de l'Angleterre à l'égard de la France, principalement en Asie.

(( Là, dit-il, se prépare un avenir dont l'Angleterre veut se rendre maîtresse absolue, persuadée qu'elle y trouvera non pas seulement le maintien, mais l'accroissement illimité de sa fortune. Pour l'Angleterre, c'est peu de se maintenir, elle est obligée de croître. L'ambition et l'orgueil lui ont créé des besoins qui s'augmentent à mesure qu'il lui est donné de les assouvir ; elle ne craint pas de les irriter, pour se mettre dans la nécessité de les assouvir toujours plus amplement. Il lui faut donc de nouveaux peuples, de nouveaux mondes à dévorer. L'Asie est la proie qu'elle se réserve. Elle rêve de recommencer l'Inde dans la Chine ; elle y compte ; ses plans, dès longtemps formés, sont en bonne voie d'exécution. Elle les suivra avec cette ténacité qui ne recule devant l'emploi d'aucun moyen.

» Cependant, un rival se dresse devant l'Angleterre, aussi puissant qu'elle, aussi ambitieux, quoique d'une ambition plus haute, non moins persévérant, et capable d'une politique non moins rusée ; ce rival est la Russie. La Russie veut, dès à présent, partager la proie en attendant de la saisir toute entière. L'Angleterre, bien qu'affermie dans son orgueil, redoute cette compétition. Un troisième co-partageant de ces immensités que l'Occident se voit en quelque sorte forcé d'envahir serait de trop. L'Angleterre n'entend pas que la France intervienne en Asie, à moins que ce ne soit dans une position subordonnée, uniquement comme aide et vassale de la puissance britannique, pour concourir à ses desseins, c'est-à-dire pour servir ses intérêts. »

Notes complémentaires.

Le Naval Arsenal a donné, en 1919, un tableau comparatif de la puissance des forces navales des divers Etats avant et après la grande guerre. On y voit combien la République s'est aventurée en se lançant dans la politique coloniale, alors qu'elle devait craindre la rivalité de l'Angleterre et de l'Allemagne bien plus puissantes qu'elle sur mer. L'une et l'autre la laissèrent... mais purent bien penser qu'elle travaillait pour l'une ou pour l'autre, selon que l'une ou l'autre serait victorieuse dans le conflit inévitable auquel elles se préparaient.

Angleterre 988 1.046

Allemagne 688

Autriche 80

Italie 160 161

France 396 235

Russie . 323

Etats-Unis 339 841

Japon 184 358

Total 3.158 2.641

Ce qui frappe, c'est l'accroissement du simple au double de la flotte japonaise, accroissement plus considérable encore poulies Etats-Unis, qui ont voulu rivaliser sur mer avec l'Angleterre et qui se sont arrêtés devant l'incertitude qui pèse, dans toutes les Amirautés, sur le type du navire de surface de demain.

Ce même tableau montre qu'aujourd'hui notre marine de guerre n'a plus aucune importance mondiale.

Qu'en résultera-t-il ? Dans l'état actuel des choses, il n'y a point à s'abandonner à une trop grande crainte. L'avenir s'oriente plus que jamais vers le sous-marin et l'avion. D'aucuns croient que le navire de demain doit être submersible; l'Angleterre a déjà tâtonné, en pleine guerre, dans cette voie, elle a

construit des submersibles de grand tonnage, très puissants... elle s'est arrêtée. Elle attend... Plusieurs, et non des moindres, voient la solution de toute la puissance militaire d'un pays, sur terre comme sur mer, dans quoi?... dans l'air! L'avion est l'arbitre de demain, l'avion planant, en masse innombrable, sur les villes, sur les camps, sur les flots... l'avion maître du monde. Quelle sera la situation navale mondiale dans... dix ans?

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