‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 47 sur 96 · DÉSORGANISATION · texte numérisé non relu

DÉSORGANISATION

« épurer » les diverses administrations. L'armée ne fut pas épargnée, les généraux Ducrot, commandant le VIIIe corps d'armée et de Geslin, commandant la place de Paris, furent relevés de leurs fonctions. Le ministre des Affaires étrangères, Waddington, débuta par un acte de servilité envers l'Allemagne : M. de Gontaut-Biron, qui défendait avec une habileté et une dignité parfaites les intérêts de la France à Berlin, fut sacrifié, Bismarck écrivit aussitôt à Henckel : « Les changements dans le personnel diplomatique de la France m'ont causé une joie extraordinaire ».

Bientôt on revint à la charge près du Maréchal, on soumit à sa signature un décret relevant de leurs fonctions, cinq commandants de corps d'armée : de Lartigue, Bataille, Bourbaki, de Montaudon, du Barail. Cette fois, Mac-Mahon se révolta et dit : « Si, depuis un an, j'ai consenti à avaler tant de couleuvres, c'est uniquement pour protéger l'armée ; si je l'abandonnais aujourd'hui, si je faisais une chose que je considère comme attentatoire à ses intérêts et à ceux du pays, je me croirais déshonoré : je n'oserais même plus embrasser mes enfants ». Deux jours après, les ministres ayant maintenu leur résolution, Mac-Mahon remit sa lettre de démission de la présidence à M. Dufaure. Quand Waddington succéda à Dufaure, il fit subir à Bertiaux, ancien ministre de la Guerre et au duc d'Aumale, commandant du VIF corps à Besançon, le même sort qu'aux commandants d'armée ci-dessus nommés. Vint le premier ministère de Freycinet. Il épure à tour de bras : quarante-huit colonels, soixante-et-un chefs de bataillon et quatorze chefs d'escadron de territoriale sont révoqués avec M. Carayon-Latour. Puis il retire au général de Cissey le commandement du XIe corps d'armée et même le met en disponibilité. Campenon, soldat loyal, qui avait été ministre de la Guerre dans le grand ministère, effara l'extrême-gauche en appelant Canrobert et Gallifet au Conseil supérieur de la Guerre et en nommant Miribel chef de l 'Etat-major général. Mais d'autre part, le ministre de la Marine eut soin d'écrire aux amiraux : « Ne vous dissimulez pas que vous avez besoin de gagner ma confiance ». Déjà la délation était au service des ministres. Avant que ne fussent collationnées les fiches des officiers, en 1882, le cabinet Duclerc les inaugura au ministère des Finances. Labuze, sous-

secrétaire au Trésor de l'Etat, envoya une circulaire « très confidentielle » aux préfets, pour leur demander des renseignements, non moins confidentiels sur le personnel des finances. lue notice individuelle devait être établie pour chaque agent, donnant des explications détaillées sur « leur attitude politique, leurs relations de famille et leurs fréquentations habituelles ». Ce système de fiches fut ensuite appliqué à la magistrature, au clergé, et enfin à l'armée. C'est là qu'il fit le plus de mal.

En attendant, les révocations continuaient. A l'avènement du deuxième ministère Ferry, l' Officiel publia des décrets mettant en non-activité par retrait d'emploi le duc d'Aumale, qui avait déjà été mis en disponibilité, le duc de Chartres, colonel du 12e chasseurs à Rouen, et le duc d'Alençon, capitaine au 14e d'artillerie à Vincennes.

Le troisième ministère Freycinet mit le général Boulanger à la Guerre, il avait promis à Clemenceau, qui l'avait porté au pouvoir, de « . républicaniser l'armée ». Il débuta par déplacer une brigade de cavalerie du IXe corps, dont quelques officiers avaient, prétendait-on, manifesté des sentiments « réactionnaires ». Le général Schmitz, commandant du IXe corps, ayant désavoué cette mesure, fut mis hors des cadres.

Il y avait en tout cela non seulement de l'imprévoyance, mais de manifestes injustices. Les procédés dont lui et tant d'autres avaient eu à souffrir décidèrent le duc d'Aumale à écrire au Président de la République : « Vous touchez à la charte de l'armée; sans tenir compte des titres conquis à la guerre ou garantis par la loi, vos ministres vont frapper jusque dans le cadre de réserve des armées de terre et de mer, des hommes sans reproche, honorés par un dévouement légendaire à la patrie... Il m'appartient de vous rappeler que les grades militaires sont au-dessus de votre atteinte, et je reste le général Henri d'Orléans ».

Vint alors le grand scandale du trafic des croix d'honneur par Wilson, gendre de Grévy et son commensal à l'Elysée. Chassé du pouvoir, Grévy osa dire dans son message : « Mon devoir et mon droit seraient de résister. La sagesse et le patriotisme me commandent de céder ».

L'affaire Dreyfus fut suivie de nouvelles exécutions : le gêné-

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