L. Veuillot
Dépenses énormes. Résultats nuls. — Catastrophes. — Grèves, révoltes soutenues par le Gouvernement. — Autres sinistres. — Espions. — Quels ministres !
L'affaire Dreyfus a retenu notre regard sur l'armée de terre, la marine avait aussi à souffrir, quoique d'autre façon, marine marchande aussi bien que marine militaire, l'une et l'autre important également à la grandeur du pays.
De 1871 à 1909, la marine nous a coûté très exactement neuf milliards douze millions deux cent quatorze mille et un fr. ; c'est du moins le chiffre qu'accusent les rapports officiels de la rue Royale et du Palais Bourbon. « Nous avons dépensé dix milliards, a dit M. Brousse à la tribune, reprenant les conclusions du rapport fait par la commission, et aujourd'hui nous n'avons pas de marine, » De fait, après un pareil effort, la France est tombée au sixième rang des puissances navales du globe.
Grèves, catastrophes et incurie, sinon trahison, nous ont amené là. Nous en avons parlé, rappelons-les en quelques mots.
En août 1900 le cuirassé d'escadre « Brennus » coule sur
la côte du Portugal. En octobre, même année, le transport u Caravane » est coulé au large de Tagamusta. En 1902, les inscrits maritimes de Marseille abandonnent le travail ; les mutineries des artilleurs de Poitiers et des soldats du Train de Nantes trahissent le même esprit d'indiscpline.
En février 1903, le contre-torpilleur « Espingole » coule près de Saint-Tropez.
En 1904, le transport ce Vienne » coule ; et le croiseur « Léon Gambetta » brise ses hélices et déchire sa coque. Bien plus déplorables que ces désastres furent les actes d'indiscipline. Le 23 avril, les officiers et mécaniciens de la marine marchande de Marseille abandonnent leur poste.
Les officiers des ports de Bordeaux, du Havre et de Dunkerque s 'étant solidarisés avec leurs collègues, les inscrits durent céder 1, malgré le soutien qu'ils recevaient de M. Combes. Mais presqu 'aussitôt éclata à Marseille une grève de dockers, suivie d'une nouvelle grève des inscrits. Au lieu de réprimer les désordres, M. Trouillot s'en prit aux Compagnies. A Brest, les révoltés, encouragés par la municipalité collectiviste, terrorisaient la ville. Les ouvriers des arsenaux entrèrent à leur tour dans le mouvement. Le 8 septembre, ils organisèrent une réunion où fut agitée la question de la grève générale. L'amiral Mallarmé, préfet maritime, ayant blâmé leur attitude, fut l'objet de violentes manifestations. Il voulut traduire le meneur Goude devant un conseil d'enquête, mais le ministre, M. Pelletan, s'y opposa et mit l'amiral en congé pour trois mois. Cet acte redoubla l'audace des émeutiers. Le 23 novembre, la grève fut déclarée dans les arsenaux de Lorient et de Brest. A Rochefort, Pelletan permit aux ouvriers syndiqués de l'arsenal de chanter l'Internationale en son honneur et d'attaquer violemment la « hiérarchie galonnée ».
En 1905, le jour où l'antimilitariste Pen^am a été acquitté par la Cour d'Assises de Quimper, les ouvriers de l'arsenal de Toulon se sont réunis, au nombre de quatre mille, pour discuter les théories du citoyen Hervé ; et ils ont déclaré dans un ordre du jour qu'ils se solidarisaient avec les signataires de l'affiche aux conscrits. Or, dans ce manifeste, les antipatriotes, non
i. Leur insolence était devenue telle qu'ils exigeaient et parfois obtenaient
le débarquement de leurs officiers.