NOTRE MARINE
contents d'inviter les jeunes soldats à déserter, en cas de guerre, les adjuraient de tirer sur les officiers.
Les officiers de marine qui dirigeaient les différents services des arsenaux de Toulon et de Brest se trouvèrent désormais en présence d'un personnel qui, sous la protection du pouvoir luimême, conspirait ouvertement contre l'armée et prêchait l'assassinat des chefs.
En 1905, tandis que le croiseur « Sully » se perdait dans la baie d'Along et que le sous-marin «Farfadet» coulait en Tunisie, nos cinq ports militaires, Brest, Toulon, Cherbourg,, Lorient, Rochefort décidaient de cesser le travail de défense nationale. Les ouvriers des arsenaux se mettaient en grève, et les établissements de constructions navales à Bordeaux, Nantes, le Havre, la Ciotat, la Seyne, Ruelle prenaient la résolution de faire cause commune avec les arsenaux.
Quels rapports existent ou peuvent être soupçonnés entre ces accidents, ces catastrophes d'une part et cette indiscipline de l'autre? On peut se le demander.
Nous sommes restés à l'année 1904 dans le relevé de nos pertes de bâtiments, prenons-en la suite.
Du 25 janvier 1905 au 6 avril 1907, quarante-trois accidents ont été enregistrés dans la marine. Inutile de continuer à donner les noms des navires et des lieux. La série continua par l'incendie à Toulon des magasins de la flotte, qu'avaient précédé les incendies des cales du « Vauban » et de ce VAlgésiras ». Vint la perte du « Chanzy », complétant la série « Vienne », « Sully », « Farfadet », «Jean-Bart », et s'ajoutant aux avaries constatées sur le «Jules Ferry », le « Chamon », et plusieurs demi-douzaines de bâtiments, sans compter l'affreuse catastrophe de « Vléna ».
Passons à l'année 1911. Elle fut marquée par l'explosion du cuirassé « Liberté », qui occasionna de sérieuses avaries à la « République », à la « Vérité » et à la « Démocratie ». Quelques jours auparavant, au cours des manœuvres qui suivirent la revue de Toulon, le « Saint-Louis » avait éventré un de ses frères d'escadre, puis c'était la « Gloire» qui faisait d'autres victimes.
Chez toutes les nations, il y a des accidents, même des mal-
heurs, mais où trouver une autre marine où se rencontre cette succession effroyable de catastrophes?
("est la seconde fois que la marine française est démantelée de cette façon. A la veille de la prise de la Bastille, ce fut en faveur de l'Angleterre ; il paraît que cette fois ce fut au profit de l'Allemagne.
Déjà, en 1892, un journal qui n'est pas hostile à nos gouvernants, disait :
Je ne veux pas revenir sur les douloureux incidents de ces derniers temps, mais enfin il a été démontré que l'administration de la marine, alors qu'il y avait urgence à transporter au Dahomey des troupes du Sénégal, avait été obligée d'emprunter un paquebot de Bordeaux. Le désordre est invraisemblable. Avez-vous lu ces jours derniers l'histoire de cet espion qui entrait dans les bureaux de la rue Royale comme dans un moulin ; qu'il ouvrait à sa fantaisie les tiroirs contenant les documents les plus confidentiels, que tous les soirs, il faisait sa rafle, sans que personne s'en aperçut ? S'il n'avait pas été dénoncé par un de ses camarades, il continuerait encore ».
« On a beaucoup parlé de l'administration de M. Pelletan et de son coadjuteur M. Tissier, écrivit l'amiral Bienaimé clans l'Eclair ; on est assez unanime qu'il n'en fut pas de plus néfaste par ses conséquences sur l'ensemble de notre puissance navale. Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'elle nous a coûté 80 millions, 774.000 francs, — au bas mot. Je dis « au bas mot », car il y a des dépenses qui ne se chiffrent pas mais qui comptent : les pensions des nombreux officiers qui ont fui la marine où ils n'avaient plus le droit de faire leur, devoir, celle des veuves et des orphelins des victimes, les voyages de noces et de retour de noces de la famille ministérielle sur les bâtiments de l'Etat, et d'autres encore, hélas ! »
Marine et armée de terre étaient donc également « chambardées ». C'était bien mettre la France, pour le présent, dans l'impossibilité de se défendre, de quelque côté que vînt l'attaque. Mais, vaincus, les Français pouvaient se relever. La tendance propre à toutes les races, et même à tous les êtres vivants, à reproduire la qualité de leurs ascendants pouvait faire craindre qu'un jour ou l'autre, l'ardeur guerrière des Francs ne se réveillât et ne leur fît reprendre le rang qu'ils avaient occupé dans le monde. Pour obvier à cela, la secte introduisit dans l'éducation « 1,'anti-militarisme » et « l 'anti-patriotisme », mots aussi contraires au génie de la langue française que la chose qu'ils expriment est opposée à notre tempérament et à nos traditions.