‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 61 sur 96 · L. Veuillot · texte numérisé non relu

L. Veuillot

Gustave Hervé. — Les instituteurs lui donnent leur concours. — « Ne pas se rendre à l'appel de mobilisation ». « Ne pas se servir des armes ». — L' Internationale sur les lèvres des écoliers. — Bilan dressé par M. Bocquillon. — Aucune répression. — En cas de guerre, grève militaire et insurrection. — Conduite opposée des socialistes allemands. — Explication de cette divergence. — Avertissements inutiles.

En ces jours de folie, le gouvernement de la République était secondé de tous côtés dans la guerre qu'il faisait à l'armée. C'était l'Internationale qui organisait dans toutes les parties du monde la confédération des ligues du prolétariat et voulait l'armer, non pour défendre la patrie de chacun contre les ennemis du dehors, mais en chaque nation ameuter les diverses classes les unes contre les autres ; c'étaient les associations de pacifistes qui faisaient désirer, demander, exiger le désarmement universel par la propagande des idées humanitaires sorties des Loges; c'était, chose plus déplorable et grosse de conséquences plus redoutables, l'enseignement anti-patriotique et anti-militariste donné dans les écoles officielles.

Nous avons touché ce dernier point au Livre premier, il revient ici et demande à être exposé plus amplement.

Cet enseignement fut plusieurs fois dénoncé au Parlement par les sénateurs et députés français de cœur. A l'une des séances du Sénat où il en fut question, M. Barthou traita de calomniateurs? ceux qui formulaient ces accusations et jura qu'il défendrait plus que jamais les écoles de l'Etat sous ce rapport comme sous tous les autres.

M. le colonel Keller, dans sa Correspondance hebdomadaire du lendemain, répliqua :

ce Calomnies, c'est bientôt dit et je comprends d'ailleurs que nos gouvernants aient quelque difficulté à reconnaître les charges qui pèsent sur leur fille laïque. Mais il y a des faits qui durent depuis des années, qui se produisent partout et qu'il est impossible de nier.

» Qu'on se rappelle le cri d'alarme patriotique jeté en 1904 par M. Félix Comte, alors membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique, par M. Théodoric Legrand et par M. Emile Bocquillon. Le résultat fut que M. Comte, bien qu'anticlérical, fut battu aux élections suivantes pour le Conseil supérieur.

» C'était l'époque où M. Rouvier affirmait qu'il y avait 40 °/0 d'institeurs hervéistes. L'administration dut se préoccuper du mouvement, tout en le niant très haut, et elle s'efforça d'en atténuer momentanément les manifestations extérieures.

» Mais au Congrès de Chambéry, de nouveau les sympathies s'affirmèrent pour le Sou du Soldat, et, lorsque le ministère voulut réagir, il fut bien obligé de constater combien est large et profond le flot qu'il prétend contenir. Avec qui marchait alors la majorité des instituteurs ? Allait-elle aux défenseurs du patriotisme ou à ses détracteurs ? Les protestations brutales et les adhésions pleines de réserves qui accueillirent la circulaire ministérielle indiquent assez que bien peu s'indignaient contre les mauvais maîtres, que la plupart les excusaient et que beaucoup se solidarisaient avec eux.

» Cette attitude fut publique; elle fut soulignée par les bulletins des amicales, par les grandes revues qui se partagent la confiance du personnel enseignant et qui expriment sa pensée. Vraiment, il n'y a pas de négations qui puissent prévaloir contre ces actes et contre ces documents.

» Et aujourd'hui, lorsque la Patrie se réveille en face des devoirs et des sacrifices que lui commandent les menaces de l'ennemi, je le demande, de quel côté encore sont les instituteurs ?

» Lisez le Bulletin de mai du Syndicat de la Seine; — il entonne la ballade pacifiste à la suite de M. Jaurès.

» Lisez la Revue de l'Enseignement primaire du 4 mai : — elle vous dira ce que l'instituteur, dressé au libre examen, pense de la loi de trois ans « rapportée de Russie par M. Poincaré dans sa valise ».

» Lisez aussi l'Ecole émancipée du 10 mai dernier, qui « dénonce hardiment le véritable but de la campagne militariste, l'exploitation du prolétariat par des capitalistes sans scrupules », et invite ses lecteurs à dessiller les yeux des parents de leurs élèves.

» Avez-vous eu connaissance, Monsieur le Ministre de l'Instruction pu-

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blique, des délibérations et des votes du Syndicat des instituteurs "de la Seine, des Amicales des instituteurs de l'Est dans leur congrès tenu à Besançon et de certaines opinions émises par les maîtres de la Vaucluse ?

» Répondrez-vous encore une fois que ce sont là des calomnies, des exagérations, et que ces exceptions n'ont aucune portée ?

» Mais ces maîtres de Vaucluse étaient cent vingt-cinq, ces instituteurs de Paris étaient deux cents, ces Amicales de l'Est groupent de cinq à six mille membres, l'Ecole émancipée compte plus de lecteurs encore et la Revue de V Enseignement primaire en réunit trente mille. Je ne sache pas que ce soient là des chiffres négligeables. Ils ne donnent d'ailleurs que des indications partielles ; ils sont bien loin de totaliser le nombre des esprits dévoyés, tels que les élections des syndicats et des amicales permettent de le préjuger. Ce sont les deux tiers des voix qui penchent généralement vers la Confédération Générale du Travail et vers ses exécrables doctrines.

» Il est certain que la théorie du patriotisme conditionnel, que l'horreur de la discipline et du devoir militaires, que l'oubli volontaire de la gloire de nos armes, que par suite l'absence d'un enseignement préparatoire à la formation du soldat, caractérisent le plus généralement les leçons des maîtres auxquels est confiée notre jeunesse. Et c'est là le péril national que les dénégations du grand maître de l'Instruction publique ne peuvent qu'aggraver. »

Jaurès et Gustave Hervé furent les principaux instruments de la secte pour cette infâme besogne : enlever à l'âme française l'amour de la patrie.

Jaurès avait dit : ce En cas de guerre qui n'a point exclusivement pour but la défense de vos foyers contre une agression injustifiée, vous devez tourner vos armes contre vos officiers ou les jeter. »

Gustave Hervé repoussa la distinction de Jaurès entre les guerres offensives et les guerres défensives. Suivant lui, dans tous les cas, le prolétariat conscient doit refuser de servir sa patrie, parce que l'institution des nationalités est un fait malheureux pour l'humanité actuelle. Au lendemain de l'alliance franco-russe, le même Gustave Hervé, l'homme du drapeau au fumier, écrivit dans la Revue de V Enseignement primaire (N° du 21 février 1904) :

ce II faut que les instituteurs parlent. Il faut que dans les petites feuilles locales, dans les groupements politiques auxquels ils appartiennent, dans les Universités populaires et les cours du soir, ils crient à tous les échos que le traité d'alliance franco-russe est nul et non avenu tant qu'il n'aura pas été ratifié par le Parlement. Nous avons le droit et le devoir de rappeler aux réservistes qu'ils ont le droit strict de ne se rendre à aucun appel de mobilisation, tant que le Parlement n'aura pas connaissance du traité franco-russe. Les classes dirigeantes peuvent comme elles veulent déchaîner des guerres terribles : aux classes « dirigées » de ne pas les laisser faire ».

Il publia alors un Manuel d'histoire où il accusait l'armée

française de toutes sortes de crimes. Des instituteurs se chargèrent de propager ce mauvais livre. Interpellé, M. Chaumié, Ministre de l'Instruction publique, se contenta d'attester le patriotisme des membres de l'Université et M. Buisson réclama pour les instituteurs le droit de tout dire et de tout écrire ce en dehors de leurs fonctions.

En 1907, Gustave Hervé publia un autre livre, Leur patrie, où il engageait les Français à accueillir sans répulsion l'Allemand envahisseur.

« Essayons donc de voir froidement ce qu'auraient à perdre à une annexion allemande non seulement les prolétaires français, mais la masse des petits boutiquiers et paysans propriétaires ?

Risquent-ils d'être massacrés en masse ? Tout le monde sait bien que non... le temps est loin où l'on massacrait les vaincus.

Perdraient-ils leurs biens ? Ceux qui ne possèdent rien, pas même le droit au travail, n'ont rien à perdre. Quant aux petits boutiquiers, est-ce qu'un changement de patrie leur enlèverait leur lopin de terre ou leur petit fonds de commerce ?... En annexant l'Alsace, les Allemands ont-ils pris les champs, les maisons, les boutiques, les usines des Alsaciens ?...

On affole les prolétaires français à la pensée d'une annexion allemande, en leur racontant sans rire, qu'une fois sujets allemands, ils se trouveraient privés des libertés de pensée, de réunion, de presse, des libertés syndicales.

C'est une mauvaise plaisanterie.

Ils auraient à peu de chose près la même liberté de penser qu'en France; ils liraient leurs journaux socialistes comme en France ; ils iraient aux réunions électorales comme en France ;... ils apprendraient de temps à autre qu'un de leurs propagandistes a été traduit devant les tribunaux comme en France ; ils iraient à la caserne comme en France ; ils feraient grève comme en France, etc.

Le prolétariat français n'y perdrait rien, pas même Vhonneur.

De quel honneur du reste nous parle-t-on, quand on en vient nous dire que nous serions déshonorés en devenant Allemands ? qu'il y a des cas où il faut se battre pour la dignité, pour l'honneur.

Oui, quel honneur ?

L'honneur national ? Il n'y a pas d'honneur national là où il n'y a pas de sentiment national; or V esprit de classe a tué en nous tout sentiment national 1. »

Jaurès et Hervé faisaient école dans un certain public Un placard fut affiché à Angoulême. Il appelait la caserne « l'école crapuleuse du vice», il engageait les soldats à ne jamais se servir de leurs armes. Il fut dénoncé à la Chambre par M. Lasies. Une partie de la Chambre approuva l'auteur par des ce Très bien ! »

m i. Pendant la guerre, ce même Hervé se fit le rédacteur en chef d'un journal qu'il intitula La Victoire, où il tint au premier aspect un tout autre

langage.

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Cette même Revue de V Enseignement primaire publia en 1904, dans la partie destinée aux élèves, les paroles et la musique de l'Internationale , avec le fameux couplet :

S'ils s'obstinent, ces cannibales, A faire de nous des héros, Ils sauront bientôt que nos balles Sont pour nos propres généraux.

La Revue de l'Enseignement primaire comptait parmi ses abonnés quatorze mille instituteurs et donnait le ton à plus de trente mille.

Il y eut un instituteur qui eut le courage, en 1905, de dénoncer « la crise du patriotisme à l'école ».

En conclusion de son ouvrage, M. Bocquillon établit ce bilan : En 1904, la Revue de l'Enseignement primaire recommande aux instituteurs de prêcher la désertion et la guerre civile 2 ; Le Volume, dirigé par un recteur, écrit, par la plume d'un inspecteur général, que notre préparation scolaire au devoir militaire est une éducation de sauvages... M. Naquet demande aux instituteurs de saper le dogme de la patrie, même si la France doit en périr, et aucune revue pédagogique ne proteste. En cette même année se fonde une ligue internationale des instituteurs et institutrices socialistes de France ; un instituteur demande la radiation des livres qui osent parler du dogme patriotique ; un autre annonce au Ministre de l'Instruction publique que rien ne saura arrêter les quatre-vingt mille instituteurs socialistes dans la voie que leur montre M. G. Hervé ; toujours en 1904, une revue pédagogique accepte la proposition d'exclure des écoles l'enseignement moral et patriotique. Inutile de reproduire la suite de ce bilan qui se prolonge démesurément. Il se termine ainsi : « En 1904, les instituteurs patriotes qui protestent contre l 'antipatriotisme sont honnis, conspués, injuriés, calom-

2. Il y avait alors en France six revues pédagogiques laïques destinées à façonner les instituteurs, et par eux les jeunes générations, au gré des sectes maçonniques et socialistes : la Revue de l'Enseignement primaire et supérieur ; le Volume, dirigé par M. Payot, inspecteur d'Académie; VEcole laïque, éditée à Toulouse ; le Manuel général, dirigé par le jacobin Buisson, député ; le Bulletin des Instituteurs , dirigé par le citoyen Carnaud, député socialiste ; et VEcole nouvelle, de M. Devinât, directeur d'une école normale. Ce que ces organes, tous plus ou moins antireligieux et antipatriotiques, ont semé d'erreurs en tous genres est inimaginable.

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niés par la presse pédagogique et par M. Buisson, l'ancien directeur de l'enseignement primaire, l'ancien membre fondateur de la « Ligue des patriotes » !

Tout cela se passait sous les yeux de nos gouvernants et peut-être se publiait avec leurs encouragements. Ce qui le donne à penser c'est qu'aucune répression ne fut essayée.

Le corps des instituteurs mettait autant de zèle à propager le socialisme que la haine de l'armée. Il montrait ainsi que l 'anti-militarisme était l'œuvre commune où se rencontraient les pacifistes, les internationalistes et les éducateurs laïques, manœuvrant de concert sous l'œil indifférent, pour ne point dire bénin, de nos gouvernants.

La Revue de l'Enseignement primaire et supérieur offrit à ses lecteurs, en guise de prime, une brochure de propagande de M. G. Hervé : le Collectivisme. M. Hervé n'y cachait pas que le paradis sur la terre où nous achemine le collectivisme, est encore séparé de nous par un fleuve de sang qu'il faudra nécessairement et consciencieusement verser. M. Chauvelon, le rédacteur principal de la Revue de V Enseignement primaire, consacra un long article de la Revue du 19 janvier, à saluer comme un grand événement l'apparition de ce livre, vrai manifeste d'un nouveau parti socialiste, celui qui se sépare des radicaux trop timides et de toute légalité pour en venir plutôt au fait : le total renversement de la société capitaliste et cléricale et l'établissement « sans demi-mesure », c'est-à-dire par la force, du collectivisme dont il détaille les droits, les devoirs... et les mérites.

Service pour service.

La Fédération des socialistes de la Seine adopta la résolution suivante : « Le Congrès confirme à nouveau la résolution des Congrès internationaux par l'action contre le militarisme et l'impérialisme... (Il déclare) que la politique antimilitariste et uniquement défensive du parti socialiste lui commande de poursuivre à cet effet le désarmement militaire de la bourgeoisie par la suppression de l'armée permanente, et l'armement de la classe ouvrière par l'armement général du peuple. »

La Fédération des Bouches-du-Rhône se contenta de voter à l'unanimité la résolution que voici : « Considérant qu'il n'existe pas d'intérêts nationaux, mais seulement des intérêts

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de classe, le Congrès décide qu'en cas de déclaration de guerre le devoir des socialistes est de proclamer la grève militaire et l'insurrection. »

Cette guerre faite au patriotisme et à l'ordre social dans les réunions publiques, les journaux et les revues pédagogiques, inspira à V Action française, en 1913, cette protestation contre la liberté accordée par les principes de 89 à tout homme qui veut parler ou écrire, de dire tout ce qu'il veut faire entrer dans la tête de ses concitoyens.

« L'un des plus essentiels d'entre les principes sur lesquels l'orthodoxie parlementaire et démocratique est obligée de rester intransigeante, il semble bien que ce soit la liberté absolue de discussion publique, écrite et parlée, la liberté absolue de la presse et des réunions, même en ce qui touche aux nécessités primordiales, vitales de la nation. Si la Reine qui nous gouverne depuis un siècle, c'est l'Opinion, toute atteinte légale portée au ce droit » que chaque citoyen a reçu d'exercer sa part de cette souveraineté idéale, équivaut à un crime de lèse-majesté. Eh bien ! ce que doit, à partir d'aujourd'hui, se demander sérieusement, M. Poincaré, et la question qu'il devra poser à ses collaborateurs, lorsqu'ils auront en mains un rapport complet sur les incidents de Toui, n'est-ce point celle-ci ?

» ... S'il n'y a plus de délits d'opinion, je vous demande de considérer, s'il n'y aurait point contre l'Etat des crimes d'opinion dont vous auriez à vous émouvoir... En cas d'affirmative, — ~ considérant que la répression juridique des crimes en question ne nous est point permise par le moyen des tribunaux ordinaires, je vous demande d'ordonner, Messieurs, la convocation d'un tribunal exceptionnel. »

Ces paroles sont en parfait accord avec le Syllabus de Pie IX.

Tandis que les socialistes français, et parmi eux les instituteurs et leurs guides, prêchaient ainsi l'internationalisme et l 'antipatriotisme, les socialistes allemands se déclaraient prêts en cas de guerre à prendre le fusil contre la France, et résolus en temps de paix de ne rien faire qui pût affaiblir l'armée de l'Empire.

Le 26 septembre 1906, M. Bebel disait au congrès de Mannheim : « Si réellement nous voulions déchaîner la grève générale au moment d'une déclaration de guerre, on aurait tort de nous ménager. » Il avait dit précédemment : « En cas de guerre, moi et mes amis serions les premiers à prendre le fusil et à défendre la patrie jusqu'au dernier souffle. »

Toujours les socialistes allemands ont participé aux discussions militaires, et parfois dans des termes qui leur ont, en 1904, valu les félicitations du Ministre de la Guerre. D'où vient

cette différence d'attitude entre les socialistes allemands et les socialistes français, unis dans la haine du catholicisme? Les uns et les autres savent que, si la foi catholique était plus puissante, le Communisme et le Socialisme ne seraient bientôt plus considérés que comme d'obscures folies. Si les socialistes allemands sont en désaccord absolu avec les socialistes de notre pays de France sur la question de la patrie, c'est que comme tous les Allemands, les socialistes de cette région veulent que leur pays devienne, en toutes choses, la plus grande des nations, la plus grande au point de vue militaire, maritime, scientifique, industriel. Ils obéissent en cela à la direction qui leur est donnée, comme y obéissent les socialistes français. Seulement le mot d'ordre donné par cette direction dit ici : Détruisez; et là : Edifiez. Vous détruirez la France ; et vous édifierez la grandeur de l'Allemagne.

Le nationalisme est exalté en Prusse, il est conspué chez nous, jusque dans les écoles. Ces deux directions différentes tendent à aboutir à un seul et même résultat, celui que la secte avait en vue. Elle savait que la guerre était prochaine, parce qu'elle la préparait et de cette guerre elle voulait voir résulter l'anéantissement de la France et la prééminence de l'Allemagne sur toute l'Europe.

L'influence de la secte sur le corps enseignant en France était manifeste. Les instituteurs français se portaient en foule aux portes des Loges, avec prière qu'on leur ouvrît, qu'on les admît à contempler -c< la lumière »... sortie du « puits de l'abîme ».

Dans le numéro de janvier de l'année 1886, la Chaîne d'Union disait à ses F.*. : « Réjouissons-nous bien vivement lorsque nous voyons nos instituteurs venir à nous... car ils sèmeront dans les jeunes cœurs de nos enfants les saintes doctrines maçonniques qu'ils seront venus puiser dans nos temples. »

En février 1903, M. Jaurès dit dans une conversation au Palais-Bourbon, en présence d'un bon nombre de députés, que la volonté formelle de son parti est de « désorganiser l'armée et la marine françaises, dans le but avéré de mettre la France en état d'impuissance absolue de faire la guerre. De la sorte, disait-il, toute cause de conflagration européenne aura disparu,

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et le désarmement général pourra s'effectuer. Dégagée des soucis et des charges militaires, la France deviendra le champ pacifique d'expérience de la doctrine collectiviste, et, grâce à son esprit de prosélytisme, pourra la propager dans toute l'Europe, comme elle a propagé la Révolution.

« Cette déclaration est importante à retenir, dit M. de Marolles dans La Corporation. Elle explique cette désorganisation systématique de toutes nos forces militaires qui, au premier abord, paraît invraisemblable.

Tout cela se passait sous les yeux de l'Allemagne qui affirmait hautement vouloir nous faire une guerre d'extermination, L'Europe, le monde entier prêtaient l'oreille aux avertissements qui venaient de tous côtés, annonçant une prochaine conflagration de tous les peuples dont la France aurait à supporter la calamité avant et plus que les autres nations. Nos gouvernants étaient sourds. Rien ne pouvait les détourner du travail auquel ils s'étaient voués; rien, pas même l'inévitable cataclysme annoncé depuis longtemps déjà par tant de voix diverses.

En 1882, il y a par conséquent plus de trente ans, le Journal de Rome faisant dans son numéro du 1er janvier un exposé de la situation de l'Europe, disait : « L'année finit tristement. Une anxiété générale pèse sur l'Europe. » Et après avoir jeté les yeux successivement sur la Russie, l'Angleterre, la France, l'Italie, l'Autriche, elle concluait : « L'Allemagne semble tenir en ses mains les nuages amoncelés partout ; elle semble en mesure de déchaîner la tempête où bon lui semblera. »

La Civilta catolica, dans sa livraison de janvier 1885, écrivait :

ce L'année 1884 qui vient de s'écouler nous laisse dans l'épouvante. La vieille Europe est bouleversée ; aujourd'hui plus que jamais, nous voyons que depuis vingt ans, elle marche à une catastrophe, et humainement parlant, personne ne peut la sauver de la ruine. La société européenne offre le spectacle d'une société qui touche à la barbarie... Pas un Etat de l'Europe qui soit à l'abri du désordre. »

Barbarie, c'est ce que nous voyons en acte ; ruine, c'est l'état de toute l'Europe.

C'est dans de telles conditions que la secte qui a détourné les yeux de la France de la trouée des Vosges, est allée demander à Bismarck de l'aider à fonder un gouvernement républicain et qu'elle s'est entendue avec lui pour faire la guerre

à l'Eglise de ce côté du Rhin. C'est dans ces conditions que le gouvernement républicain, dès qu'il se vit établi, bouleversa d'une année à l'autre notre organisation militaire, par des lois faites en vue de mettre le sac au dos des curés, par la transformation des cadres, la révocation des officiers les plus distingués, l'espionnage érigé en institution là où l'honneur est l'âme qui fait vivre, par la révoltante direction donnée à l'affaire Dreyfus, par l'obligation faite à l'armée de se prêter à de vilaines besognes, et l'emploi de divers autres moyens destinés à l'avilir, par la poussée vers les Loges, par l 'antipatriotisme enseigné à l'école, par les changements d'orientation de notre politique avec les ministères qui se succédaient au quai d'Orsay3, par la suppression du service des renseignements à l'heure où l'Allemagne commençait chez nous ses préparatifs d'invasion, et enfin par l'imprévoyance de nos gouvernants qui ne songeaient nullement à préparer notre défense. Au procès intenté aux officiers qui ont capitulé à Maubeuge, Me Henri Robert a pu dire : « Les vrais coupables sont ceux qui n'ont rien fait pour mettre la place en état de se défendre. Les généraux de Lacroix et de Castelnau vous ont fixés à ce sujet. Avant 1914 il était entendu qu'on ne devait plus jamais avoir de guerre. Aveuglement criminel qui devait nous coûter tant de vies humaines, tant de désastres. Il a fallu le génie de nos chefs militaires pour sauver la France. Sans Galliéni, sans Maunoury, sans Joffre, Paris était livré à l'ennemi sans coup férir par les politiciens en fuite à Bordeaux. C'était à l'heure où Maubeuge sous le bombardement des 420 capitulait. Maubeuge, la place abandonnée ! En 1908,, on réduisait à cent mille francs les crédits qui lui étaient affectés et l'on votait trente-cinq mille francs pour le transfert au Panthéon des cendres de l'auteur de la Débâcle. Cela explique les causes de la dévastation de dix départements par les Allemands. »

Cette cause, M. de Bonald la voyait, il y a près d'un siècle :

« Si l'on demande quel intérêt ont nos révolutionnaires à changer ainsi la noble magistrature que la France exerçait en Europe en une école de scandale et un vaste atelier de corruption et de désordre, je répondrai que

3. La politique anti-anglaise de M. Hanotaux aboutit à Fachoda, faute de marine ; la politique anti-allemande de M. Delcassé aboutit à Tanger, faute d'armée.

D'après un compte-rendu du Matin, la République s 'est donné en quarantehuit ans (1871-1919) quatre-vingt-onze ministres de la Guerre.

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les hommes de ce parti, concitoyens de révolutionnaires du monde entier, ne sont pas de leur pays, mais de leur opinion. La révolution est leur patrie et ils sacrifient toute autre à celle-là. Mais ce qui caractérise la révolution, ses actes et ses suppôts, c'est la haine profonde qu'elle a jurée au catholicisme, dont la destruction est le but unique de sa politique. »

La France restait, malgré tout, aux yeux de l'univers le boulevard du catholicisme.

Tout avait été fait de 1914 à 1918 pour qu'elle désespérât d'elle-même et pour donner à la Prusse la confiante assurance qu'elle n'avait qu'à se présenter à nos portes, que tout croulerait chez nous, rien qu'à son aspect, vu que tout y avait été miné, que tout s'y trouvait en dissolution.

Grâce à Dieu, il n'en fut rien. Les âmes se redressèrent, des hommes surgirent, et malgré le Parlement, malgré le gouvernement, nous sortîmes triomphants, à l'étonnement, à l'émerveillement de tous les peuples.

Après la guerre, qu'elle n'avait voulu ni prévoir ni préparer, et qui nous a coûté quinze cent mille vies, sans compter l'argent et les ravages, la République a cru pouvoir se glorifier et appeler le peuple de France à « jubiler » avec elle ! Ce jubilé, elle l'a fixé au 4 septembre, jour néfaste de la révolution devant l'ennemi ; elle lui a donné pour principale attraction le transfert au Panthéon des cendres de Gambetta, « l'organisateur de la défaite », mais aussi le fondateur de la République après entente avec Bismarck.

Les vrais Français se rappelaient en ces jours de jubilation sectaire, ce que la République a fait en ces cinquante années. Elle a créé et fomenté le désordre dans les âmes, dans les familles, dans l'armée, dans les mœurs, en tout ce qui avait placé la France à la tête des nations.

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