‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 63 sur 96 · La Croix du 25 septembre · texte numérisé non relu

La Croix du 25 septembre

battons pour défendre nos propres libertés contre une oppression qui serait intolérable. »

L'Allemagne, elle, ne pouvait tenir ce langage. Nous nous souvenons que déjà en 1884, M. Déroulède étant venu à Lille pour y fonder la Ligue des Patriotes, avait donné à l'Hippodrome une conférence qui fut suivie d'entretiens dans les écoles primaires et supérieures et dans les ateliers. Partout, il montrait une carte en usage dans les écoles de l'Allemagne et sur laquelle la Flandre était portée comme province de l'empire allemand. Fière de ses soixante-cinq millions d'habitants, de son armée de quatre millions de soldats, de sa marine, de son commerce formidable qui, en 1910, a dépassé vingt milliards de francs, de sa bourse, qui, dans sa pensée, doit faire de Berlin et de Francfort les grands marchés de l'Europe à côté de Londres et de Paris, l'Allemagne se croyait et se disait placée au milieu du vieux monde pour le dominer. Les quatre-vingt-quinze millions de Germains épars dans les deux mondes lui faisaient ambitionner la domination universelle. L'ingérence politique, économique des Germains était devenue peu à peu mondiale. Cela ne suffisait point ; il fallait à l'Allemagne plus qu'une influence, il lui fallait une domination réelle et effective ; son orgueil allait jusque-là, ne voulait pas moins.

Il a subi, dès le premier jour, une cruelle déception. L'âme de la France, que l'Allemagne croyait morte, jugulée sous l'étreinte de son gouvernement et de la secte internationale, s'est subitement relevée comme elle l'avait fait dans toutes les grandes crises de son histoire. Par ironie ou trahison, le Percin des fiches avait reçu le commandement des troupes du Nord pour barrer le passage au torrent qui s'était jeté sur le corps de la Belgique ; et l'on avait laissé truquer le fort de Maubeuge, plusieurs années d'avance, par les Allemands ou leurs complices, qui, un peu partout, en France, avaient frayé les voies à l'agresseur4. La

4. Peu avant la guerre, la Semaine religieuse de Cambrai disait : « Les Allemands en France. — Tout le monde connaît maintenant, grâce à VAction française, ce fait inquiétant entre tous que les Allemands se sont installés en France aux points les plus importants. Principalement :

— Fn Normandie, où ils tiennent Cherbourg, où, demain, ils auront le port de Diélette et le port de Caen, où leurs enclaves sont déjà nombreuses.

— Dans la vallée de l'Oise, où leurs établissements, usines, hangars, dépôts ne se comptent plus.

— Dans la région du Nord, à Douai et environs, notamment.

Somme fut le point de jonction des deux masses allemandes qui s'avançaient par Lille et par Valenciennes. Elles croyaient arriver à Paris sans coup férir. Dieu ne le permit point. Son intervention dans la bataille de la Marne fut reconnue par ceux de nos chefs qui en sortirent victorieux.

« Dieu est avec nous », disait peu de jours après, un billet de Junius. ce Dès le début, tout a été préparé, contre toute vraisemblance, à l'intérieur et à l'extérieur, pour le salut de ce pays. Malgré les fautes, nos armées ont tenu; malgré la retraite si pernicieuse pour l'esprit de nos troupes, elles ont manœuvré, attendu, et repris l'offensive; malgré la fatigue, elles poursuivent à présent l'ennemi. Des nations qui auraient pu nous combattre sont demeurées neutres. Les calomnies n'ont pas empêché le monde d'apercevoir la justice de notre cause. La mer a été libre pour nous dès le premier jour. La mer a été calme et s'est prêtée à d'immenses mouvements de transport. Les pires désordres, qu'on pouvait aussi redouter, ne se sont pas produits, et sont restés à l'état de menaces et d'indices.

» Ceux qui réfléchiront, plus tard, sur l'histoire que nous vivons, ne la trouveront guère moins merveilleuse que celle de Jeanne d'Arc. Les mêmes causes ont agi : de longues souffrances, de longues prières, un élan de sacrifice et de foi revivifiée Nous sommes témoins d'une restauration de l'esprit chevaleresque, c'est-à-dire français, préparée obscurément et dans de dures épreuves. Elle apparaît magnifiquement à cette heure; elle donne la certitude que le rôle de la France n'est point achevé. Chaque jour nous en apporte des preuves nouvelles. »

— Dans la région de l'Est, Lorraine et Champagne.

— Dans les environs immédiats, dans la grande banlieue et la banlieue de Paris.

— Sur les bords de la Méditerranée, parages de Toulon, d'Hyères et de Nice.

Dans l'Est, aux points stratégiques les plus importants, des agriculteurs, qui ont surtout l'allure militaire, ont acheté des fermes admirablement placées pour leur permettre, au jour de la mobilisation, d'intervenir et de l'enrayer en détruisant des ouvrages d'art sur les lignes de chemins de fer ou en encombrant, dans les gares, les quais de débarquement, de manière à les rendre inutilisables.

A Bruxelles, disait la Gazette de France, on est de plus' en plus préoccupé des agissements allemands à la frontière belge.

Des renseignements venus de cette région apprennent que l'Allemagne vient d'ouvrir à l'exDloitation une série nouvelle de tronçons de chemins de fer qui prolongent la ligne de Berlin-Cassel vers le fameux camp d'Elsenborn et la route de Malmédv-Stavelot.

^ Les quais de débarquement de ces tronçons sont si considérables, si vastes, si disproportionnés aux besoins purement économiques d'une région peu industrielle, qu'il faut bien y voir les rameaux du système des voies stratégiques destinées à la traversée militaire du territoire belge, en vue d'une offensive allemande en France.

1 1 y a longtemps que le développement anormal du réseau stratégique de l'F'fH avait instruit le gouvernement belge.

Les nouvelles voies de transport ouvertes de l'Est vers l'Ouest achèvent de dissiper les derniers doutes sur les intentions du grand état-major allemand.

L'avènement du protestantisme marque une nouvelle phase dans le combat inauguré au commencement du monde.

Au sentiment de beaucoup d'interprètes, cette phase était prédite dans l'Apocalypse au chapitre IX. ce Je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre, et on lui donna la clef du puits de l'abîme. Elle ouvrit le puits de l'abîme et il s'éleva une fumée comme celle d'une grande fournaise ; et le soleil et l'air furent obscurcis par la fumée du puits. »

Commentant ce passage, Bossuet dit :

ce Voici quelque chose de plus terrible que ce qu'on a vu jusqu'ici : Venfer va s'ouvrir, et le démon va paraître pour la première fois, suivi de combattants de la plus étrange figure que saint Jean ait marqués dans tout ce livre. »

Bossuet voit dans l'étoile qui tombe un faux docteur. La chute de Luther fut la chute d'une étoile fort brillante. La clef du puits de l'abîme lui fut donnée: l'enfer ne s'ouvre pas tout seul, c'est toujours quelques faux docteurs qui en font l'ouverture. Le tourbillon de fumée noir et épais sorti de Venfer, est l'image la plus naturelle qu'on puisse donner d'une grande et dangereuse hérésie. Le soleil en fut obscurci, c'est-àdire que la foi en la divinité de Notre-Seiqneur Jésus-Christ et bientôt la foi en Dieu lui-même subirent une éclipse en un grand nombre d'âmes.

La Révolution est la suite et le développement du protestantisme, de ses doctrines et du trouble qu'elles ont apporté dans le monde, trouble manifesté de nos jours par la guerre mondiale et par la menace du bolchévisme qui oppresse toxites les nations.

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