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CHAPITRE IV

De Crimée en Italie.

Mgr Pie, au lendemain du Congrès qui introduisit la question romaine, écrivit : « Jamais les grands intérêts du monde chrétien n'ont été plus en cause qu'en ce moment. Nous allons savoir si Dieu réserve encore au règne de son Fils sur la terre une période de gloire et d'éclat avant le triomphe de Vantéchrist. »

La*pensée secrète de Napoléon III lui échappa devant Mgr Pie. — Signification de la lettre à Edgard Ney. — Promesse d'une guerre à l'Autriche. — Les antécédents de Napoléon III. — Il s'est lié à Pietro Orsini à Césène. — Dans une loge dépendante de la Haute- Vente, chargée d'affranchir le monde du joug pontifical, Louis Napoléon prête serment. — Orsini est chargé de le rappeler à son serment. — L'attentat du 7 janvier 1858. — Lettres d'Orsini à Napoléon III. — Son dernier cri sur l'échafaud.

La guerre d'Italie, ainsi amorcée, eut lieu quatre ans plus tard et donna entrée aux brigandages de Victor-Emmanuel et de Garibaldi.

Napoléon III fut un jour amené, un peu malgré lui, à manifester la pensée secrète qui l'avait guidé dans toute cette affaire. C'est ce que raconte Monseigneur Baunard dans son histoire du cardinal Pie.

Quelque temps après que Napoléon III eut adressé à l'ambassadeur d'Autriche, en janvier 1859, les paroles qui provoquèrent la guerre d'Italie, l'évêque de Poitiers fut reçu en audience. L'Empereur lui dit : « La France n'a pas à entre-

tenir à Rome une armée d'occupation pour y consacrer des abus ». « Il se glisse des abus partout, répliqua l'évêque ; et quel gouvernement peut se flatter d'y échapper? Mais j'ose affirmer qu'il n'en existe nulle part de moins nombreux que dans la ville et les Etats gouvernés par le Pape. Qu'a fait notre glorieuse expédition de Crimée? N'est-ce pas plutôt à Constantinople et en Turquie qu'à Rome que la France alla pour maintenir des abus 1 ? »

La conduite de Napoléon pendant tout son règne paraît inexplicable. Pour en donner la compréhension, il faut remonter aux origines et exposer les faits.

Nous venons de rappeler la Lettre de Napoléon III à Edgar Ney, en 1849. Déjà il y avait manifesté l'intention de mettre fin aux abus du gouvernement pontifical. Pour comprendre la portée de cette lettre, il est nécessaire de rappeler les événements qui la précédèrent. Napoléon III n'avait encore que vingt-trois ans et déjà il s'élevait avec énergie contre les vices et les abus du gouvernement temporel des Papes. Il ne se contenta pas de les condamner, il prit les armes pour les détruire. C'était en 1831. Il se jette en Romagne avec son frère aîné pour marcher sur Rome à la tête des insurgés. A la suite de la révolution du 24 février à Paris, l'Europe entière fut agitée, à Vienne et à Berlin, à Dresde et à Francfort..., à Naples, à Turin, à Florence, à Milan et à Parme ; l'Italie plus encore que le reste de l'Europe. Le Piémont déclara la guerre à l'Autriche et ses afïidés voulurent forcer le Pape à faire cause commune avec lui. Sur le refus de Pie IX, le conseil des députés prétendit se transformer en Assemblée Constituante. Le 24 novembre, Pie IX dut quitter Rome et se réfugier à Gaëte, où le roi de Naples lui donna une hospitalité royale.

i. Ces abus sont : i. la polygamie ; i. l'esclavage ; 3. la conversion par la force à la loi de Mahomet ; 4. le mépris des « infidèles » et par conséquent l'inégalité des droits, civils et politiques; 5. le rachat annuel de la vie exigé de tout sujet qui ne professe pas la loi de l'Islam ; 6. la mort de tout apostat de l'Islam, comme aussi de tout homme convaincu d'avoir mal parlé du Prophète ; 7. la nécessité de faire mourir les enfants de sang royal pour ne pas compromettre la succession. L'Empereur des Français, en travaillant au maintien de ces abus, n'a été fidèle ni à sa raison d'être, ni au sentiment de la nation généreuse et chrétienne qui lui avait confié ses intérêts et son bonheur.

Le général Cavaignac; chef du ministère provisoire, écrivit au Pape une lettre disant :

La nation française, profondément affligée des chagrins dont Votre Sainteté a été assaillie dans les derniers jours, a été aussi profondément touchée du sentiment de confiance paternelle qui portait Votre Sainteté à lui demander momentanément une hospitalité qu'elle sera heureuse et fière de Vous assurer et qu'elle saura rendre digne d'elle et de Votre Sainteté.

Ces événements causèrent en France une grande émotion La vieille France de Charlemagne n'était pas morte. Déjà en 1847, en prévoyant que le gouvernement du Pape Pie IX serait menacé dans son existence, M. Guizot avait fait adopter par le Conseil la résolution de le défendre efficacement. Cinq mille hommes furent mis en mesure de s'embarquer à Toulon et à Port- Vendre, et le Pape en était informé le 27 septembre 1847, puis le 27 janvier 1848 par M. de Rossi. « Au premier signal, était-il dit, nos troupes s'embarqueront pour Civita Vecchia. Ne laissez au Pape aucun doute que nous le soutiendrons efficacement, lui, son gouvernement et sa souveraineté, son indépendance et sa dignité. » Le 15 novembre 1848, le chef du ministère de Pie IX, M. de Rossi fut poignardé par un des sicaires de Mazzini2. Le

2. M. de Rossi avait déployé la plus grande activité pour préparer un programme de gouvernement et restaurer le pouvoir désorganisé ou affaibli, affirmant en toute occasion son respect de la constitution et sa volonté de rétablir l'ordre, rendant la confiance et l'énergie à ses subordonnés, venant au secours du Trésor par une avance obtenue du clergé, réformant les abus administratifs, ramenant la sécurité, réprimant les désordres, choisissant pour lui confier la réorganisation de l'armée un vieux soldat de l'Empire, le général Zucchi, qu'il fit venir de Suisse, et qui n'était suspect de tendances ni piémontaises ni autrichiennes, et négociant enfin avec les divers gouvernements de la Péninsule pour l'établissement d'une confédération italienne où aucun des Etats ne serait subordonné. Il avait, en un mot, tout fait pour avoir le droit d'espérer qu'une majorité se rallierait autour de son nom et de son programme quand il se présenterait devant les Chambres le 15 novembre, jour de leur rentrée.

A midi le Pape lui-même l'avait averti des bruits terribles qui couraient, et lui donnant sa bénédiction, avait donné l'ordre formel de prendre toutes les précautions possibles parce que sa vie était menacée : « Ils n'oseront pas », répondit-il, et il sortit. Comme il allait quitter le Vatican, un prélat l'aborda, lui fit part des confidences sinistres qu'il venait de recevoir, et le supplia, lui aussi, de ne pas se rendre à la séance d'ouverture du Parlement : « J'irai où m'appelle le devoir, répliqua-t-il, la cause du Pape est celle de Dieu » ; et montant en voiture avec le sous-secrétaire d'Etat des Finances Righetti, il se fit conduire au palais des députés.

Comme il en approchait, un coup de sifflet se fit entendre, et on vit un homme courir en avant comme pour annoncer son arrivée. Le cocher, surpris, avait arrêté ses chevaux, il reçut l'ordre d'avancer, et poursuivit. La garde civique occupait la place du palais, mais non la cour intérieure. La voiture s'était à peine engagée .sous le portique qu'un groupe nombreux l'entoura,

lendemain, Pie IX, assiégé dans son palais, exprima confidentiellement au duc d'Harcourt son désir de se rendre en France. Il put s'évader et se réfugier dans les Etats du roi de Naples. Le 27 novembre, l'Assemblée constituante française flétrit la conduite du parti révolutionnaire à Rome, et le chef du pouvoir exécutif, le général Cavaignac, déclare! à la tribune que le ministre de la guerre, le général Lamoricière, avait télégraphié au commandant de la 7e division militaire d'embarquer à Toulon et à Marseille les différentes fractions de la brigade formée dans la prévision d'une descente prochaine en Italie. Des applaudissements unanimes saluèrent cette déclaration, et un ordre du jour, voté par 480 voix contre 63, déclara que « l'Assemblée Constituante approuvait les mesures prises par le gouvernement pour assurer la liberté du Saint-Père ». C'est que, depuis les origines de la monarchie, nulle cause n'est plus française que celle-là.

Louis-Napoléon, par ses antécédents, avait assez montré qu'il ne partageait pas ces sentiments, mais il était candidat à la Présidence et il savait que les électeurs dont il espérait le suffrage et qui, effectivement, le lui donnèrent, étaient partisans de la rentrée de Pie IX à Rome. Il écrivit donc, quelques jours avant l'élection du 10 décembre, au Nonce du Pape à Paris : « La souveraineté du chef vénérable de l'Eglise est entièrement liée à l'éclat du catholicisme comme à la liberté et à l'indépendance de l'Italie. » Cette manifestation d'une pensée que les actes qui suivirent devaient montrer si peu sincère, ne fut pas sans influence sur l'élection du prétendant à la Présidence, puis à l'Empire.

Le 9 février 1849, l'Assemblée constituante romaine décréta: ce La Papauté est de fait et de droit déchue du gouvernement temporel de l'Etat romain ». Le 17 avril les représentants de la France près de l'Autriche et de l'Angleterre furent chargés

la retraite était désormais impossible. Au milieu d'un silence glacial Righetti descendit d'abord, puis Rossi ; à la vue du premier ministre éclatèrent des cris de mort, des sifflets et des huées. Un regard ferme jeté sur cette foule hostile, Rossi montait les premières marches du péristyle lorsqu'il se sentit frappé à l'épaule d'un coup de canne, il se retourna, et au même instant un stylet s'enfonça dans sa gorge; le coup était mortel, l'artère carotide était tranchée, Rossi put encore franchir quelques degrés et s'affaissa ; transporté dans un appartement, il eut à peine le temps de recevoir l'absolution, et expira.

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de déclarer : « Le gouvernement de la République a résolu d'envoyer à Civita-Vecchia un corps de troupes. »

M. Dufaure, ministre de l'Intérieur, avait soumis à l'Assemblée la mesure prise par le ministère, en la motivant ainsi :

« Il importe à la France comme à toutes les nations chrétiennes d'assurer, non seulement la sûreté personnelle, mais la liberté morale, la liberté d'action du Souverain Pontife. C'est à ce but, selon nous, que l'Assemblée doit tendre. » L'Assemblée approuva à la majorité de 480 voix contre 63.

Le 30 du même mois, le général Oudinot arrivait sous les murs de Rome avec l'armée française. Sur ces entrefaites, un parent des Bonaparte, M. Ferdinand de Lesseps, arrivait de France à Rome pour traiter avec ceux qui s'étaient emparés du pouvoir, et il finit par convenir avec les triumvirs que les troupes françaises ne pénétreraient pas dans la cité pontificale, mais qu'elles auraient seulement des cantonnements extérieurs à quinze ou vingt kilomètres de Rome et qu'elles se borneraient à défendre Rome d'une attaque étrangère, celle des Autrichiens par exemple. C'était reconnaître la république romaine et mettre les forces de la France à sa disposition. Le général Oudinot repoussa avec indignation cette convention signée du triumvirat et de Lesseps. M. de Lesseps fut rappelé et le général Oudinot reçut l'ordre d'entrer à Rome de vive force. Le 21 juin il pénétra dans l'enceinte de Rome par deux brèches. Aussitôt il proclama la restauration de la royauté pontificale. Mais Louis- Napoléon, qui avait sans doute donné ses instructions à son cousin M. de Lesseps, maintenant pourvu de la présidence de la République, s'empressa d'écrire :

La République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne... Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel du Pape : Amnistie générale, sécularisation de l'administration, code de Napoléon 3, et gouvernement libéral... Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissèrent partout comme trace de leur passage la destruction des abus de la féodalité et les germes de la liberté. Il ne sera pas dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d'autres résultats.

Cette lettre était inconstitutionnelle au premier chef, puisque c'est par l'intermédiaire d'un simple aide de camp que le chef

3. Voir Lubienski, Guerres et révolutions d'Italie, chap. XII et XIII. Le Moniteur du 23 août 1849 exposa ces faits en s'efforçant de les justifier.

de l'Etat faisait connaître sa pensée, et guère moins impolitique, puisqu'elle plaçait le Pape en face d'un ultimatum auquel il lui était presque impossible de céder. Ajoutons qu'elle donnait ce spectacle singulier d'un chef d'Etat voulant imposer au Pape une amnistie qu'il n'accordait pas chez lui aux transportés de juin, et un gouvernement libéral quand il devait lui-même, deux ans plus tard, fonder « le despotisme » par un coup d'Etat. Elle portait d'ailleurs la joie au cœur des révolutionnaires, toujours ennemis de la Papauté, en montrant, comme disait Mazzini, « la discorde entre le protecteur et le protégé », et il fallut à Gaëte toute la dextérité de nos négociateurs pour en adoucir l'effet, à Paris toute la prudence des chefs parlementaires et des ministres pour éviter, malgré les efforts de la Montagne, une discussion qui menaçait d'être irritante et de créer un conflit aigu entre le président de la République et la majorité de l'Assemblée.

Rien en tout cela n'avait pu étonner Monseigneur Pie, alors Vicaire à la cathédrale de Chartres. Lors de l'élection de Louis- Napoléon comme président de la République, il avait écrit à son évêque : « Je crois, quant à moi, que le triomphe de Napoléon nous mènera à la plus mauvaise phase de la Révolution.»

Il se rencontrait dans cette appréciation avec Donoso Cortès, qui écrivait de Paris, où il était ambassadeur d'Espagne, au comte Backzinski, le 1er décembre 1851, la veille même du coup d'Etat, ces paroles prophétiques :

Pour se maintenir, Louis-Napoléon sera forcé de donner des gages à la Révolution... Il est dans sa destinée de succomber misérablement dans un autre Waterloo, ou plutôt dans une nouvelle bataille de Novare. Ensuite viendra une succession d'événements qu'on n'a jamais imaginés et le triomphe définitif de la Révolution, à moins que Dieu, qui nous a habitués aux miracles, n'y mette fin d'une façon ou d'une autre, mais miraculeusement. (Dépêches et Correspondances politiques 1848-1853) 4.

Le 2 décembre 1851, avait eu lieu le coup d'Etat, ratifié le

4. Le 25 mai de l'année précédente, le roi de Sardaigne, Charles-Albert, avait été complètement défait à Novare par l'armée autrichienne et cette défaite avait amené son abdication.

Vingt-deux ans plus tard, Louis-Napoléon fut complètement défait à Sedan par l'armée allemande et cette défaite amena son abdication. Et maintenant nous assistons à des événements qu'on n'aurait jamais pu imaginer et dont nous ne pourrons sortir que par un miracle : miracle qui se fera par nos prières si elles sont telles qu'elles puissent contrebalancer les iniquités qui nous mènent au triomphe définitif de la Révolution.

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20 du même mois par un plébiscite, et bientôt un autre plébiscite avait fait empereur Louis-Napoléon, qui s'empressa de faire la guerre de Crimée et qui, à l'issue du congrès qui suivit cette guerre, reçut Cavour aux Tuileries, et lui dit : « Je ne puis, en ce moment, entrer en conflit avec l'Autriche; mais tranquillisez-vous, j'ai le pressentiment que la paix actuelle ne durera pas longtemps. »

C'est un mois après avoir prononcé ces paroles et s'être ainsi montré résolu à entrer au plus tôt en campagne contre l' Autriche, afin de laisser le champ libre à ceux qui voulaient unifier l'Italie et détrôner le Pape, que Napoléon III se rendit avec l'Impératrice en Bretagne, et n'épargna rien pour donner à l'excursion un caractère pieux. Tout en faisant sa dévotion à îa grande édification des catholiques de France, l'Empereur mûrissait ses « pressentiments ». Ils ne tardèrent point à produire, comme fruits, des faits gros des événements qui suivirent et de ceux dont nous sommes témoins.

Le 9 octobre 1852, Louis-Napoléon avait dit à Bordeaux cette parole qui lui valut tant d'adhésions : « La France semble vouloir revenir à l'Empire... L'Empire, c'est la paix. » Hélas! ce fut la guerre ; une guerre sans cesse renouvelée : guerre à la Russie, guerre à l'Autriche, guerre au Mexique, déclaration de guerre à la Prusse qui devait amener l'invasion de la France, le siège de Paris, la perte de nos provinces, et par suite, les hécatombes et les ruines de 1914, 1915, 1916,, 1917, 1918. Nous sommes encore, après plus de soixante ans, dans l'engrenage de cette succession de calamités, prévues par Mgr Pie, et par Donoso Cortès avec une telle lucidité ; nous sommes toujours dans l'attente, ou du triomphe définitif de la Révolution, ou du miracle qui nous en délivrera.

On se demande comment Napoléon III fut entraîné dans cette voie si contraire à ses intérêts et à la dynastie qu'il pensait fonder, si funeste à la France qui s'était jetée sans réserve dans ses bras. Le passé du prince donne la clef de cette énigme.

Louis-Napoléon avait eu pour ami dans sa jeunesse un nommé Piétro Orsini. Celui-ci l'avait conduit à la Vente de Césène, présidée par son père. Les ventes étaient les loges de la secte maçonnique qui avait pris nom «carbonarisme». Louis-Napo-

léon s'y affilia, il avait alors 23 ans. C'est là qu'il prit pour idéal de sa vie, et peut-être qu'il accepta comme condition de la puissance impériale qu'on s'efforcerait de lui procurer de ce rendre les peuples à eux-mêmes 5 », ce qu'il traduisit par « principe des nationalités » lorsqu'il se vit en possession de la souveraineté en France.

Les Ventes de la « charbonnerie » italienne avaient pour sommet la Haute- Vente, loge composée de quarante membres, parmi lesquels des patriciens romains, des ambassadeurs tou attachés d'ambassade auprès du Saint-Siège et des Juifs. Les « Instructions secrètes » qui leur avaient été données, lors de son institution par le pouvoir occulte, vers 1818, débutaient ainsi : « Il est une pensée qui a toujours profondément préoccupé les hommes qui aspirent à la régénération universelle : c'est la pensée que, de l'affranchissement de l'Italie, doit sortir, un jour, l'affranchissement du monde entier. » Lisez : l'affranchissement du joug divin : affranchissement que la conjuration judéo-maçonnique espère obtenir et qu'elle obtiendra, si Dieu n'intervient miraculeusement, comme le dit Donoso Cortès dans les paroles rappelées ci-dessus et de Pie IX dans celles-ci : « Aucune force humaine ne peut lutter contre ce monstre (judéo-maçonnique) : seul, le Tout-Puissant a pu chasser du ciel les anges rebelles, seul, il peut maintenant faire disparaître de terre leurs suppôts. »

Devenu Empereur, Louis-Napoléon donna des gages aux catholiques, gages plus spécieux que réels. Il sentait la force et la durée qu'ils pouvaient donner à la nouvelle dynastie. Mais il était prisonnier. On lui rappela les serments prononcés à la Vente de Césène, et comme il ne se hâtait point de les mettre à exécution, son ami Piétro Orsini fut chargé par la loge des Vengeurs de les lui rappeler tragiquement. Quarante assassins fuient désignés, les uns pour l'accompagner, les autres pour prendre la suite, s'il y avait lieu, du mandat qui lui était donné.

L'Italien Piétro Orsini, originaire des Etats romains, habitait en Angleterre depuis 1856. Il était âgé de 39 ans. Dès sa jeunesse, il s'était associé à toutes les entreprises de la démagogie

5. t( Rendre les peuples à eux-mêmes », c'est encore ce que le Président Wilson est venu chanter au Congrès de la Paix, à la France et à tous les peuples; prophète des temps nouveaux, de ceux que prépare la « synagogue de Satan ».

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la plus exaltée. En 1845, il avait été condamné aux galères à vie, pour conspiration contre le gouvernement pontifical. L'année suivante, il avait été amnistié. En 1848, il devint membre de la Convention romaine. Après la rentrée de Pie IX dans ses Etats, il erra à travers l'Europe, avec de faux passeports et nouant des trames de côté et d'autres. En Autriche, accusé de conspiration contre l'Empereur, il fut enfermé à la citadelle de Mantoue. Avec la complicité d'une femme il s'évada lorsqu'il allait être mis à mort.

Réfugié en Angleterre, il y rencontra un de ses compatriotes, Piéri, condamné pour vol par les tribunaux de sa patrie. Orsini lui dit que, pour amener une révolution en Italie, le plus sûr moyen serait d'en amener une en France, et l'infaillible moyen de provoquer la révolution en France, ce serait de tuer l'Empereur. Il s'adjoignit ensuite un Français nommé Bernard, grand agitateur de réunions publiques en 1848, puis le Napolitain Gomez ; et plus tard Charles de Rudéo, Vénitien de noble naissance, poussé au crime par l'extrême misère.

Orsini fît fabriquer six bombes cylindriques en fonte, hautes de neuf centimètres, d'un diamètre de sept, d'une capacité de cent vingt centimètres cubes, chargées aux deux tiers de fulminate de mercure, et plus épaisses à leur base inférieure, percée de vingt-cinq cheminées garnies de capsules, de manière à ce qu'elle retombât toujours sur le sol et qu'une ou plusieurs capsules s'enflammassent nécessairement par le choc.

Puis, muni d'un faux passeport, le 12 décembre 1857, il partit pour Paris. Le 7 janvier 1858, un complice débarquerait à Calais et le rejoindrait à Paris le 10.

Le soir du 14 janvier l'Empereur et l'Impératrice devaient se rendre à l'Opéra. Les conjurés se mêlèrent à la foule qui attendait les souverains. Piéri fut reconnu par la police et arrêté. On trouva sur lui une bombe, un revolver à six coups et un poignard.

Huit heures et demie venaient de sonner quand l'escorte arriva. Lorsque la voiture impériale s'engagea dans le passage réservé, une explosion comparable à un coup de canon retentit, suivie d'une seconde, puis d'une troisième à dix secondes d'intervalle. La voiture de l'Empereur était criblée, Leurs Majestés en descendirent sains et saufs. Cent cinc|uante-six personne*

avaient été atteintes portant cinq cent onze blessures, huit succombèrent. Piéri, arrêté avant les explosions, avoua qu'il logeait à l'Hôtel de France et Champagne en compagnie d'un autre individu; c'était Rudéo qui fut saisi dans son lit où il s'était jeté tout habillé après avoir lancé sa bombe. Gomez, après avoir jeté la sienne, s'était abrité dans un estaminet où il fut pris. Sur sa dénonciation, on s'empara d'Orsini.

Le 25 février les quatre scélérats comparurent devant leurs juges. Jules Favre défendit Orsini. Il osa lire une lettre qu'Orsini avait écrite à l'Empereur et qui était une adjuration patriotique en faveur de l'Italie. Il demandait que l'Empereur n'intervînt pas contre l'indépendance de son pays et surtout empêchât les interventions étrangères. Il finissait en ces termes : « J'adjure Votre Majesté de rendre à l'Italie l'indépendance que ses enfants ont perdue en 1849 par la faute même des Français. Qu'Elle se rappelle que tant que l'Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l'Europe et celle de Votre Majesté ne seront qu'une chimère. »

Rentré dans sa prison après sa condamnation à mort, Orsini écrivit à Cavour, puis adressa une nouvelle lettre à l'Empereur. La Gazette officielle du Piémont publia les deux lettres, disant qu'elle les recevait d'une source autorisée et les historiens modernes de l'Italie affirment que cette source n'était autre que le cabinet impérial.

Le crime était trop grand et avait fait trop de victimes pour permettre la clémence : Orsini, Piéri et de Rudéo furent condamnés à mort, Gomez aux travaux forcés à perpétuité. Il y eut commutation de peine pour Rudéo. Orsini, sur l'échafaud, cria : Vive l'Italie ! « Ce cri suprême, dit M. de la Gorce, retentit jusque dans le palais de celui que l'assassin avait voulu frapper. »

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