PROSPÉRITÉ MATÉRIELLE EN TERRE CATHOLIQUE ET PROTEST
religion qu'elles peuvent attribuer cet avantage? Interrogeons les faits et recherchons les causes.
Observons d'abord que la prospérité moderne de bien des pays date, non de l'avènement du protestantisme, mais du jour où ils découvrirent qu'ils avaient des mines de charbon et qu'ils les mirent en exploitation. Ajoutons que le changement de la route des Indes transporta sur les rivages de l'Atlantique et des mers du Nord le commerce qui avait auparavant la Méditerranée pour grande route ; et enfin que si l'Angleterre a pu prendre à la fin du XVIe siècle une avance de quarante ans au point de vue manufacturier et commercial, c'est que la France était à ce moment ruinée par les guerres de religion que le protestantisme avait suscitées.
Nous voulons bien que le vrai catholique ne mette pas dans la poursuite de la fortune l'ardeur qu'y met le protestant, ou plutôt le non-catholique. L'âpreté au gain est tempérée chez lui par la pensée de son salut éternel. C'est son honneur et sa sagesse : la guerre actuelle jette sur ce point comme sur d'autres des lueurs qui ne seront point perdues pour tous. D'autre part, bien des économistes ont reconnu que la religion bien comprise <et fidèlement pratiquée aide puissamment à la prospérité des familles, et conséquemment à la prospérité des nations, parce qu'elle rend l'homme plus appliqué à ses devoirs. Si cela est, cette influence est nécessairement plus grande là où la religion est plus pure. Si l'Espagne et le Portugal furent un jour florissants et puissants entre toutes les nations, ce jour était celui de leur pleine adhésion au catholicisme. Les jours de leur décadence vinrent, comme pour l'Autriche et pour la France, lorsqu'elles se laissèrent envahir par la libre-pensée, fille du protestantisme.
La prospérité matérielle dont jouit l'Angleterre depuis la fin du XVIIIe siècle, comme celle dont a joui l'Allemagne depuis 1871, sont-elles, d'ailleurs, un vrai avantage pour la population? Elle cache de bien grandes misères. Voit-on plus de malheureux mourant de froid et de faim en Italie et en Espagne, qu'à Londres, dans cette richissime capitale de l'anglicanisme?
Un ministre protestant, M. Navelle, dans son ouvrage De la charité légale et de ses effets (en Angleterre, en Suède et Norvège, en Danemark, dans les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Ecosse,
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la Suisse et les Etats-Unis) , a démontré, avec une rare sincérité,, que les nations protestantes sont les pays où il y a le plus de malheureux.
Un autre ministre anglican, M. Allier, voyageant en France,, a vu et publié qu'en aucun autre pays, maintenant encore, la misère ne recevait nulle part plus de soulagement. Il a été tellement surpris de la supériorité de nos institutions charitables, du dévouement de nos Sœurs et de nos Frères hospitaliers, de nos sociétés de Saint- Vincent-de-Paul, de Saint-François-Régis, de Saint-François-Xavier, etc., qu'il consigna son étonnement dans son Journal en France. Il fit plus ; il prouva son admiration en abjurant le protestantisme et en embrassant la foi dont il avait reconnu les merveilles. Or, ces institutions sont le fruit de l'esprit catholique, comme leur absence est l'effet de l'égoïsme fomenté chez les nations protestantes par leurs doctrines religieuses.