‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 75 sur 96 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Prospérité morale en terre catholique et en terre protestante.

Si la maison d'Israël dit: Vos iniquités et mes péchés sont sans nom; comment pourrons-nous venir? Dis-leur: je vis, moi, dit le Seigneur Dieu ; je ne veux pas la mort de Vimpie, mais que l'impie se détourne de sa voie et qu'il vive. Détournez-vous de vos voies très mauvaises, et alors pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël ? Voilà que moimême je rechercherai mes brebis et que je les visiterai.

EzÉCHIEL, XXIV, 12.

Les principes professés par le protestantisme contraires au progrès moral et religieux. — Aveux de Luther, d'Erasme, etc. — Abandon de ces principes par les ministres.

Mais venons au point le plus digne de considération, celui de l'état religieux des peuples protestants.

Ce point de vue appelle une observation préalable : l'homme ne conforme point toujours sa conduite à la doctrine qu'il professe. Dans telle religion, l'homme est souvent meilleur que ses principes; dans telle autre, il n'est jamais aussi bon. De là de nombreuses inconséquences qui trompent les yeux peu attentifs 1. H y a beaucoup de catholiques qui se tiennent fort éloignés de la morale que l'Eglise leur dit de pratiquer, et il y a bien des protestants qui ne se conduisent nullement d'après les deux principes que Luther a donnés comme base à la morale

i. M. de Bonald a fait observer que l'on remarque les vertus chez les peuples vicieux, et les vices chez les peuples vertueux ; « de là, dit-il, des éloges si exagérés des vertus des païens et une censure si arrière des vices des chrétiens ».

394 l'œuvre du protestantisme.

chrétienne : le manque de liberté pour Vàme humaine et V inutilité des bonnes œuvres pour le salut. Si les protestants avaient continué de s'inspirer de cette doctrine, comme ils le firent aux premiers jours, les pays protestants offriraient le plus dégradant et le plus honteux spectacle qui puisse être.

D'autre part, le catholicisme ne peut être rendu responsable des abaissements dont nous avons à gémir. Il ne porterait cette responsabilité que si ses principes étaient la loi de notre gouvernement. Loin de s'en inspirer, nos gouvernants n'ont cessé, depuis plus d'un siècle, de leur faire la guerre la plus acharnée : tout l'attirail de nos lois est tourné contre l'Eglise, toute notre législation et toute notre administration font le siège des mœurs chrétiennes. Ce n'est donc point parce qu'elle est catholique que la France baisse, elle baisse dans la mesure où elle cesse de l'être. Ce n'est d'ailleurs point à un moment donné que l'on peut comparer deux peuples; il faut prendre l'ensemble de leur histoire. Quel peuple a un passé plus glorieux que la France? La France tint, dans le monde, la première place sous Clovis, sous Charlemagne, sous saint Louis, sous Louis XIV ; et ce n'est point un sophisme de dire que ce passé doit être attribué à l'influence que le catholicisme exerçait alors sur elle. Au dire du protestant Gibbons, la France a été faite par les évêques, comme les abeilles font une ruche. Toutes «es institutions depuis la loi salique, jusqu'aux cartulaires de Charlemagne et aux réformes tentées par Louis XVI ; toutes ses mœurs, aussi bien celles de la Chevalerie que celles que les Livres de raison nous révèlent dans l'intérieur des familles les plus humbles ; toute son influence au dehors, « cette magistrature » qu'elle a exercée durant tant de siècles sur toutes les nations; tout cela est le fruit propre de son esprit catholique. Si, après avoir répudié cet esprit, elle arrive à se demander avec, effroi où elle en est, est-il juste d'imputer cette déchéance au principe qui l'avait faite si grande et qu'elle n'a point su conserver?

Le Réformateur fut amené à reconnaître lui-même, de son vivant, les tristes effets de sa doctrine sur les populations <|iii l'embrassèrent. A plusieurs reprises, il déclara les luthériens « sept fois plus mauvais qu'auparavant ». « Avec cette doctrine,

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