‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 89 sur 96 · L. Veuillot · texte numérisé non relu

L. Veuillot

Les protestants sont installés partout, malgré leur petit nombre. — Constatation faite et joie manifestée à Berlin et au Palais Bourbon. — Accaparement de l'Instruction publique en vue de protestantiser l'âme française. — Le triumvirat Buisson, Steeg, Pecaut. — A l'enseignement supérieur. — La pensée dernière de ceux qui travaillent à protestantiser la France. Eugène Sue et Edgard Quinet. — Avis aux protestants conservateurs et français.

Que la République ait voulu protestantiser la France, les faits déjà rapportés le montrent à l'évidence. D'ailleurs nos gouvernants n'ont pas craint de le déclarer ouvertement. Jules Ferry, inaugurant en 1879 la Faculté de théologie protestante transférée de Strasbourg à Paris, dit dans son discours la raison de cette sympathie réciproque et de cette entente. « La religion réformée, dit-il, est la sœur aînée de la Révolution française, car la Réforme a porté la révolution dans l'Eglise, comme les ancêtres de 1789 l'ont portée dans l'Etat.» Protestantisme, Révo-

lution et Franc-Maçonnerie travaillent à une même œuvre, aussi il n'est pas étonnant de voir la même sympathie et la même entente exister, être également avouée entre le gouvernement de la République, les temples et les Loges.

En 1879, le président de la République reçut officiellement à Orléans les délégués des Loges. Il les remercia non moins officiellement « des services qu'ils rendent à la République ». Quinze jours après, les Maçons allèrent saluer M. Carnot à Toulouse. Ils recueillirent de sa bouche des paroles dont la cordialité contrastait avec la sécheresse voulue des réponses aux évêques. Dans le même temps un tribunal, celui d'Auxerre, condamnait à deux cents francs de dommages-intérêts un excellent journal, la Bourgogne, pour avoir publié la liste des Francs- Maçons eux-mêmes et conformément à leurs provocations.

Bien des paroles de ce genre pourraient être rappelées. Il est plus instructif d'entendre ce que disaient les protestants d'Allemagne qui avaient l'oreille ouverte sur ce qui se passait au delà du Rhin ; nous disons les protestants d'Allemagne, car plus que d'autres ils avaient intérêt à savoir, eux qui se préparaient à nous envahir.

Dans un ouvrage publié à Berlin, vers ce temps, le professeur Ehrhardt a établi le bilan du protestantisme à la fin du XIXe siècle. Venant à la France, il dit :

« Les protestants savent assurément ce que le système actuel, le gouvernement républicain est pour eux; mais lui aussi sait bien ce qu'ils sont pour lui...

» L'influence des protestants est très considérable dans les cercles financiers. Importante aussi leur affiuence dans les fonctions publiques, surtout depuis la troisième République. Dans la justice et l'administration, niais particulièrement dans Vinstruction et Varmée, on les trouve en grand nombre et dans des situations influentes...

» Il est un point, étroitement lié à la politique, et d'une importance certainement décisive pour les progrès du protestantisme, c'est l'organisation de l'instruction publique...

» A ce point de vue, il faut attacher une grande importance à la sollicitude dont le gouvernement fait preuve depuis quelques années pour l'éducation du sexe féminin de toutes les classes. Les écoles neutres de filles et les lycées de jeunes filles affranchissent beaucoup d'esprits féminins de la tyrannie de l'Eglise et lui arrachent ainsi un de ses soutiens les plus solides. Cet affranchissement, il est vrai, ne profite directement au protestantisme que dans des cas très isolés1, mais son action indirecte n'est certainement pas à dédaigner ».

i. Cette observation est juste. Les Français qui se détachent de l Eglise catholique ne vont guère au protestantisme, mais à la libre-pensée.

Le même professeur berlinois faisait enfin remarquer que, dans l'administration, la République a livré aux protestants les préfectures, les sous-préfectures, les directions et les bureaux des ministères, les portefeuilles ministériels eux-mêmes : MM. Jauréguiberry, de Freycinet, Wadington, Ribot, Berthelot, ont été ministres pour préparer les voies au protestantisme .

De fait, M.Jules Ferry, qui a fait la proscription des religieux, était marié à une protestante ; M. Floquet était marié à une protestante; M. de Freycinet est protestant; M. Ribot, qui a fait le droit d'accroissement, est marié à une protestante ; M. Ricard, le garde des sceaux que l'on sait, est protestant; M. Trarieux^ qui a peuplé de Huguenots les tribunaux de son ressort, est protestant. Trente noms de ministres, qui se sont successivement attachés à poursuivre l'œuvre de passion religieuse, de sectarisme et d'hostilité systématique, pourraient suivre ici avec la même qualification.

L'Assistance publique, qu'on avait tant hâte d'arracher aux catholiques, devint un fief des calvinistes. C'est le fief de la dynastie des Monod, dont l'un des membres, nommé préfet du Calvados, ne trouva rien de plus patriotique à y faire que de déboulonner la statue de Louis XIV sur la place de Caen.

Si de la France nous nous transportons aux colonies, nous trouvons un autre Monod qui se plaisait à proclamer qu'il était fort heureux que l'influence anglaise ait prévalu sur la nôtre à Madagascar. A cet effet, M. Berthelot, protestant, et M. Guieysse, protestant, furent portés, l'un aux Affaires étrangères, l'autre aux Colonies, et immédiatement M. Laroche, protestant, ainsi que quatre vice-résidents, également protestants, furent nommés, bientôt accompagnés et entourés de pasteurs.

Mais revenons à ce sur quoi le Prussien appelle l'attention : le gouvernement faisant les affaires du protestantisme et les protestants faisant les affaires de la République.

Il ajoute à ce qu'il a déjà dit que l'influence des protestants est très considérable dans les cercles financiers. A l'appui d<> ce qu'il dit, remarquons que M. Siegfried, protestant, étant rapporteur du budget des colonies, a fait connaître l'organisation de l'un de ces cercles financiers des sociétés dites Coligny.

« Ces compagnies sont PRIVILÉGIÉES.

» Elles sont à charte et administrent A leur gré une très vaste étendue de territoire.

» Elles PASSENT DES TRAITÉS POLITIQUES OU COMMERCIAUX

avec les chefs indigènes.

» Elles ont leurs troupes, leurs mieices et leurs flottes. » Elles agrandissent leur domaine, au besoin par la force.

» Elles RENDENT LA JUSTICE.

» Elles réglementent le commerce.

» Elles PERÇOIVENT DES TAXES ET DES IMPOTS. ))

Ce sont, en un mot, comme le dit M. Siegfried, des « substi- » tut s de VEtat, capables de mener à bien une œuvre que l'Etat » ne peut et ne doit pas entreprendre 2.»

M. Ehrhardt signale encore l'influence des protestants dans les fonctions publiques, dans la justice et l'administration, mais particulièrement dans l'instruction et l'armée où on les trouve, dit-il, en grand nombre, ainsi que dans toutes les situations influentes ».

Cet envahissement, cette occupation, par des représentants du protestantisme, des premiers postes dans l'armée, dans l'enseignement et dans les administrations civiles, fut un jour dénoncé à la Chambre des députés par M. d'Hugues.

« Au même moment, dit-il, nous avons vu le général qui est à la tête de l'Ecole polytechnique, le commandant de l'Ecole d'application et le commandant des forces militaires de Paris être tous trois des protestants. Dans les Ambassades, à la Mairie, dans les Colonies, aux Cultes, dans les Préfectures 3, tout le haut personnel est protestant- Les protestants repré-

2. M. Georges Thiébaut a publié une lettre émanée d'une société protestante de colonisation, siégeant à Versailles, lettre adressée à un habitant d'Oran :

Monsieur, — Vous nous avez été indiqué comme demandant une concession à Terga (Algérie) et en même temps il nous a été rapporté que vous étiez protestant.

Si c'est le cas, veuillez nous le faire savoir, car, comme M. le Gouverneur général a bien voulu décider que les deux tiers des concessions de lerga seraient réservés aux protestants patronnés par notre Société, nous serions tout disposés à vous comprendre dans la liste de nos protégés, si vous êtes en effet protestant ou disposé à faire suivre à vos enfants, quand ils seront grands, l'instruction du pasteur.

Dans l'attente de vous lire, etc.

Signé : Eugène Rkveili.aud, Secrétaire général de la Société CoU^ny.

M. Eugène Réveillaud n'est pas un mythe, il écrit au journal protestant le Siçfticil

3. Il v avait à ce moment vingt-cinq préfets protestants, alors qu'en bonne justice, "nous devions en avoir à peine deux, et quarante-srpt sous-pretets, qui, par le jeu de l'avancement, devaient devenir préfets un jour.

sentent le quarante-deuxième — d'après leurs propres chiffres — de la population totale de la France, et Onésime Reclus dit « pas même le soixantième » ; dans certaines administrations ils sont en nombre infini. Je citerai entre autres le département du Gard qui est aux trois quarts catholique, et dont la magistrature est aux trois quarts protestante. Ce département à lui seul, a fourni plus de cent magistrats protestants, et vous trouvez partout, messieurs, cette invasion protestante. Les protestants qui ne sont qu'un quarante-deuxième de la population de la France, ont donné à cette Chambre plus de soixante représentants, c'est-à-dire au moins le dixième. »

Cette constatation, faite en face du Gouvernement et du Parlement, qui ne purent répliquer, montre à quel point les observations dont le Prussien Ehrhardt se gaudissait, étaient fondées. Il est une chose que M. d'Hugues n'a point pensé à signaler à la Chambre, — ce qui n'a point échappé à l'attention de M.Erhardt — : « l'influence des protestants dans les cercles financiers », dont nous venons de parler.

Mais revenons à l'accaparement des fonctions publiques par les hommes de la Réforme.

Le géographe Onésime Reclus, quoique protestant, protestant, il est vrai, fort dégagé de toute foi religieuse, publia le 1er décembre 1911, dans la Revue (ancienne Revue des Revues) du juif, dit Finot (Finkelhauss) , un article intitulé: Protestants en France. Il commence par noter que la France a « élevé des autels à la majorité ». Elle a fait du suffrage universel, de la moitié plus un, son maître et son Dieu. Et cependant « en divisant le nombre des Français par celui des protestants » (650.000 dit-il) 4, on trouve qu'ils ne font pas même le soixantième de la nation.

4. L 'agenda protestant de 1903 donne aussi ce chiffre de 650.000 protestants, en chiffres ronds : 560.000 réformés (ou calvinistes), 80.000 luthériens, 10.000 indépendants.

Le recensement qui fut fait en 1806, au moment où Portalis complétait la loi de Germinal, donne le chiffre de 479.312 protestants pour le territoire de l'ancienne France, auxquels venaient s'ajouter les protestants de Montbéliard et de l'Alsace.

Aujourd'hui MM. Da vaine et Dupin de Saint-André ont précisé de la façon la plus approchante de la réalité. Population protestante totale, France et Algérie: 639.825. Savoir: Culte réformé: 572.625. Culte luthérien: 80.000 environ. Cultes indépendants, de dix à douze mille.

D'autres statistiques donnent le chiffre de 578.625; 580.000; 650.000. Ces chiffres, pris à des sources diverses, ne sont pas bien distants les uns des autres. On compte 582 paroisses et 700 pasteurs environ. Ces chiffres démontrent une fixité singulière dans la population protestante en France. L'accroissèment, en effet, qu'on peut signaler des chiffres de 1806 ■< ceus 'I' 1894. correspond exactement à celui de la population française dans son ensemble, c'est-à-dire qu'il est uniquement dû à la natalité. Si de. conquêtes ont été

« Etant donné leur nombre, dit M. Onésime Reclus, les huguenots, c'est-à-dire en allemand, Eidgenossen, les compagnons, les confédérés du serment, ne devraient donc avoir qu'un ministre, un député, un sénateur, un juge de paix, un fonctionnaire, un préfet, un sous-préfet, un trésorierpayeur général, ainsi de suite, sur soixante et au delà : soit un cinquième de ministre, dix députés au plus, cinq sénateurs, un préfet et demi, six sous-préfets, quarante-huit à quarante-neuf juges de paix. En stricte justice ils ne compteraient qu'infinitésimalement dans l'infinie machinerie de l'Etat, au lieu d'en être presque le rouage essentiel. La même anomalie avantage encore plus les israélites. Ils n'auraient droit qu'à un trentième de ministre, à un député et demi, à moins d'un sénateur et à moins de huit juges de paix. Menus bureaucrates, majestueux « ronds-de-cuir », distributeurs de la justice, mandataires du peuple souverain, administrateurs et délégués sont, pour ainsi dire, choisis en raison inverse de l'extraordinaire infériorité numérique des gens de la religion prétendue « réformée » et des fils du patriarche Abraham d'Ur en Chaldée5. »

A l'appui de ce que vient de dire M. Onésime Reclus nous pourrions présenter nombre d'observations et de réclamations recueillies dans des journaux et des revues de toute nuance. Bornons-nous à ces courtes citations.

faites par conversions elles ont été plus que compensées par les pertes subies. »

Comment ces 650.000 huguenots se distribuent-ils sur notre territoire? Les 80.000 luthériens avoisinent l'Alsace, vers Montbéliard. Les autres se distribuent ainsi: 120.000 dans le Gard, 45.000 dans l'Ardèche, 7.500 dans la Haute- Loire, 13.000 dans l'Hérault, 17.000 dans le Tarn, 36.000 dans la Drôme, c'est-à-dire la moitié autour des Cévennes. Leur capitale est Nîmes, quoique ce aux quatre cinquièmes catholique » ; mais ils y dominent à tout point de vue.

Ils sont 120.000 dans la région de Montauban ; 40.000 entre Niort et Poitiers; 15.000 autour de Marseille, 11.500 autour du Havre, 12.000 dans le Nord ; 80 dans les Basses-Alpes, 70 dans l'Indre, 20 dans la Corrèze, 17 dans le Cantal, etc. ; 40.000 enfin à Paris. « Excepté là où ils l'emportent en nombre, dans le voisinage de Nîmes, dans certains cantons de la Gardonnenque, de la Cévenne, du Vivarais, sur le haut de la Sèvre-Niortaise... ils dépérissent et disparaissent silencieusement. » Ils ne" semblent plus avoir, d'après M. Reclus, que <c ce que le populaire appelle sang de navet ». Telle paroissc qui, vers 1820, comptait 1.200 âmes, n'en a plus que 600, « par la stérilité volontaire ». Dans ces si belles vallées du Sud-Ouest, pour une naissance, ils enregistrent trois ou même quatre décès. « On l'ignore généralement, les calvinistes sont maintenant les derniers parmi les évocateurs de la vie française : ils sont trop riches. »

5. Pour ces 650.000 protestants, l'Etat reconnaissait avant la séparation des Eglises 782 pasteurs pour l'Eglise réformée, 84 pour la confession d'Augsbourg et 123 pour les Eglises diverses. A côté des deux principales confessions, il existe en effet en France différents groupes : V Union des Eglises évangéhques, qui ne compte que 37 églises ; — les Minorités évangéliques synodales, qui ont 12 églises ; — les Minorités libérales avec 3 églises ; — six Eglises indépendantes sur le littoral méditerranéen ; — le Méthodisme ou Eglise Wesleyenne, issu de la réforme anglaise ; — le Baptisme, qui en a 28 ; et les Frères Moraves. ,.

Paris renferme 40.000 protestants de toutes catégories. Ils ont 44 édifices destinés à leurs cultes divers. C'est donc un temple par millier de protestants. Qu'on mette en regard le petit nombre des églises catholiques.

La Semaine religieuse de Viviers a fait un jour cette remarque pour son diocèse :

« Le recensement de 1881 portait à 45.889 le nombre des protestants dans le département de l'Ardèche, soit le huitième à peine de la population totale. Or nous avons :

» 1° Notre sénateur protestant ; 2° notre député protestant ; 3° notre conseiller général protestant ; 4° le président de notre Chambre de commerce protestant ; 5° notre maire protestant ; 6° notre bibliothécaire protestant ; 7° notre agent-voyer protestant ; 8° notre architecte protestant ; 9° le directeur de nos écoles laïques protestant ; 10° notre délégué au conseil départemental pour l'instruction primaire protestant; 11° le président du sou des écoles laïques protestant ; 12° le Vénérable de la Loge des Francs-Maçons protestant ; 13,J notre inspecteur d'agriculture protestant ; 14° notre commission cantonale pour l'instruction primaire presque toute protestante; 15° notre commission départementale d'après la loi du 29 octobre qui a trois protestants sur quatre membres ; 16° notre commission pour les exemptions des soutiens de famille qui a trois protestants sur quatre membres; etc., etc. »

Un journal du Gard, La Fraternelle, faisait observer dans le même temps, que dans ce département où les catholiques forment les trois quarts de la population, les trois quarts des fonctionnaires sont protestants, au lieu d'un quart, en bonne justice. Il ajoutait, à propos d'une expropriation qui venait d'avoir lieu à Arlais : « Peut-on admettre que le hasard fasse que les jurys soient toujours, constamment, en grande majorité composés de protestants? Dans le cas dont il s'agit, sur douze jurés, onze étaient protestants, un seul était catholique. »

Le Prussien Ehrhardt et le Français d'Hugues ont eu à cœur, dans des sentiments tout opposés, de signaler tout particulièrement à leurs compatriotes respectifs ce fait que « renseignement français tout entier est entre les mains des protestants ». Ce sont les paroles de M. d'Hugues ; et voici celles de M. Ehrhardt : « Il est un point étroitement lié à la politique et d'une importance certainement décisive pour les progrès du protestantisme, c'est l'organisation de l'instruction publique '. »

« Je ne veux pas de personnalités à cette tribune, dit M. d'Hugues, je

6. Ce n'est point de nos jouis que les protestants onl commencé à comprendre l'importance que l'enseignement pouvait avoir pour les progrès du protestanl isme.

Déjà de son temps et sous la Restauration, M. de Bonald appelait l'attention de la France sur ce fait: « Les jeunes gens du Midi de la France qui se destinent au ministère de la parole de la religion protestante, vont faire l<-ni études â Lausanne, où ils sont instruits et entretenus gratuitement. Il découvrt depuis quelques années que l'Angleterre faisait en grand seci frais de < ette éducation »

ne citerai aucun nom, mais il est facile de se rendre compte que les protestants se trouvent partout à la tête de l'enseignement.

» Le directeur de notre enseignement supérieur est un protestant. ^ » Il en est de même des directeurs de l'enseignement secondaire et de l'enseignement primaire.

» Les bibliothèques scolaires ont à leur tête des protestants.

» Les écoles normales sont dirigées par des protestants; à l'école normale supérieure., le directeur est protestant,* à l'école supérieure de Sèvres, la directrice est protestante. L'école des langues orientales, qui forme nos agents consulaires, a des professeurs qui sont presque ' tous protestants. L'école des sciences politiques a des professeurs protestants. »

L'accaparement par les protestants de l'instruction publique à tous ses degrés et dans toutes ses formes a trop d'importance pour que nous ne nous y arrêtions pas quelque peu. Les protestants ont été incontestablement les meneurs de la campagne entreprise pour s'emparer, par l'école laïque, de l'âme française, de l'intelligence française et les Allemands y ont applaudi, parce que rien ne pourrait mieux préparer la conquête définitive de nos provinces que la mentalité protestante de ses habitants, si le gouvernement parvenait à l'y faire régner. Aussi M. Ehrhardt s'est-il particulièrement félicité que la direction des écoles de filles fût confiée à des protestants, parce que c'est la mère qui forme la mentalité de l'enfant. « A ce point de vue, dit-il, il faut attacher une grande importance à la sollicitude dont le gouvernement fait preuve depuis quelques années pour l'éducation du sexe féminin de toutes les classes. Les écoles neutres de filles et les lycées de jeunes filles affranchissent beaucoup d'esprits français de la tyrannie de l'Eglise et lui arrachent ainsi un de ses soutiens les plus solides. Cet affranchissement, il est vrai, ne profite directement au protestantisme que dans des cas très isolés, mais son action indirecte n'est certainement pas à dédaigner. » Ainsi parle le Prussien qui sait que le patriotisme français a ses fondements les plus anciens et les plus solides dans le catholicisme.

Dans la séance du 22 janvier 1901, le F. \ Bourgeois affirma de nouveau ce qu'il avait dit à la séance du 15, à savoir, que ce que ses amis avaient poursuivi jusque-là, et ce qu'ils voulaient poursuivre encore et toujours c'était de « remplacer l'esprit de l'Eglise, c'est-à-dire du catholicisme, par l'esprit de la Réforme», ce Ces mots, observa M. Lasies, planent sur le débat, ils le dominent, et je veux les aborder en face, parce que c'est toute

la question dégagée des subterfuges de langage et des hypocrisies de discussion. »

La loi du 23 mars 1882, établissant en France l'enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque, avait en réalité pour but, comme M. Goyau l'a démontré avec vigueur, de façonner l'âme française selon les vœux du protestantisme. Aussi, dès que la loi eut été votée, on alla chercher dans le canton de Neufchatel un professeur et deux pasteurs calvinistes pour empoisonner à la protestante l'âme de nos enfants : Buisson, Steeg et Prévost. Us s'y employèrent avec le zèle que leur sectarisme leur inspirait.

Nos gouvernants n'apportèrent pas moins de sollicitude, d'empressement et d'action persévérante et énergique à prussianiser l'enseignement supérieur. M. J. Ferry, après avoir supprimé la Faculté de théologie catholique à la Sorbonne, eut soin de sauver la Faculté de théologie protestante et de la transférer de Strasbourg à Paris. Elle fut placée à la tête du corps universitaire. M. Sabatier en fut le doyen, MM. Stapfer, Bonnet- - Maury, Ménégoz, Jean Ré ville en furent les profeseurs. Ceux qui suivent le mouvement des idées savent ce que représentent ces noms. En même temps il institua à l'Ecole pratique des Hautes Etudes une section des sciences religieuses dont les chaires furent livrées à d'anciens ministres protestants, et il donna l'ordre d'établir des cours d'histoire des Religions destinés à rabaisser la religion catholique et à la mettre au rang des grossiers fétichismes. Cet enseignement fut répandu jusque dans les campagnes par les écoles primaires.

On n'eut plus à la Sorbonne, qui doit être le boulevard de l'esprit français, d'estime que pour la philosophie allemande et de louanges que pour Kant, l'esprit le plus anti-français qui se peut concevoir. Il régna en maître dans tout notre enseignement et toute la jeunesse fut nourrie de ce poison ; si bien qu'à Berlin, l'un des plus illustres professeurs de l'Allemagne, dans la salle des conférences la plus vaste de cette ville, put s'en glorifier et voyant l'envahissement de l'esprit kantien, de l'esprit protestant, à sonapogée, formula ce vœu et cette espérance : « La pensée allemande doit être l'âme du monde. »

De fait, Kant avait envahi la philosophie française, comme les hordes du Kaiser, le territoire. Le cachet allemand était imprimé sur pas mal de thèses en Sorbonne et bien des œuvres

philosophiques ou littéraires n'avaient plus de français que le nom.

Léon Daudet, dans son livre Hors du joug allemand, montre qu'entre 1880 et 1895, lors de la formation intellectuelle de sa génération, ses camarades et lui étaient engoués pour la métaphysique et la science allemande. Cet engouement existait déjà avant la guerre de 1870 : Michelet, Quinet, Renan en avaient fait l'apothéose 7. La victoire de l'Allemagne à nos dépens n'interrompit point, au contraire, cette conquête intellectuelle de la jeunesse en France; « le venin, profondément glissé dans nos veines, continua, dit M. Léon Daudet, d'y progresser, plutôt augmenté par le prestige de leur succès que diminué par la rancune de notre abaissement. Plus on étudie le mouvement intellectuel chez les Français, depuis quarante ans surtout, je dis le mouvement intellectuel officiel, celui de l'Université, de l'enseignement supérieur, de l'enseignement secondaire, et même de l'enseignement donné dans les écoles primaires dites neutres, plus on est effrayé de voir combien la pensée française s'enlisait dans la pensée allemande, dans la pensée protestante, et préparait les esprits à l'envahissement de la France par l'Allemagne 8.»

Le 8 septembre 1899, Léon XIII dit aux évêques de France : « sa profonde douleur d'apprendre que, depuis quelques années, des catholiques ont cru pouvoir se mettre à la remorque d'une

7. Faut-il remonter plus haut encore pour voir l'enseignement philosophique en France incliner vers le subjectivisme ? Descartes avait subi des influences protestantes en Allemagne et en Hollande, il est même probable que près d'Ulm il avait été initié à la société secrète des Rose-Croix.

En juin 1850, Napoléon III présentait la France et la Prusse comme deux sœurs, a N'ont-elles pas, disait-il, même culture ( !), même idéal ( ! !) de libéralisme éclairé, même intérêt économique à unir les nations et les races ? »

« Même culture, même idéal. » La culture de la France remonte au Ve siècle, et dès lors son idéal fut tout chrétien, profondément chrétien. Les tribus prussiennes opposaient encore au XIIe siècle une résistance opiniâtre à tous les essais d'évangélisation et ce n'est qu'au début du XIIIe siècle, après la fondation du célèbre monastère d'Oliva que les Cisterciens purent prendre pied chez eux. Au XVIe siècle, ils se débarrassèrent de la foi el de la morale de l'Eglise pour prendre celles de Luther.

8. Maximilien Ffarden a proclamé dans la Zukunft que les Universités de son pays sont aussi responsables que le Kaiser de l'agression qui a nus le trouble dans le monde entier. M. François Picavet fit observer à ce propos dans les Débats, ce que valent les directions allemandes pour noire discipline intellectuelle et morale. « Nous avons souvent constaté, dit-il, que certains

offraient des erreurs oir avec l'impartialité historique, des déformations de la' pensée, des essais d'annexions intellectuelles, préparant des annexions territoriales ou économiques, qui dénotaieni une tendance à assurer la domination universelle de 1 Allemagne. »

-des maîtres que l'Allemagne mettait au premier plan volontaires ou dues à des procédés qui n'avaient rien à \

philosophie d'importation étrangère et d'origine protestante... Et cela dans un pays justement célèbre par son amour pour la clarté des idées et celle du langage. » Le Pape ajoutait : « Nous savons, Vénérables Frères, à quel point vous partagez là-dessus nos justes préoccupations, et nous comptons que vous redoublerez de vigilance pour écarter de l'enseignement de vos séminaires cette fallacieuse et dangereuse philosophie. »

Lorsque Pie X publia son Encyclique sur le modernisme, le Dr Mansback ne craignit pas de dire au congrès catholique allemand tenu à Dusseldorf : « C'est d'Allemagne que les germes du modernisme se sont répandus dans les autres pays. La source dont ils émanent est chez nous très abondante. »

Une autre source du modernisme, source plus ancienne que la philosophie de Kant, et d'où celle-ci est d'ailleurs sortie, c'est la pensée juive et le Talmud son principe générateur. Aussi les protestants n'ont-ils pas été seuls à être chargés de déformer l'âme française, chrétienne et catholique. Les Juifs ont été appelés à apporter leur concours à cette œuvre antipatriotique au suprême degré. Voici comme indice ce dont les journaux informèrent le public en 1908 :

« Il existe depuis de longues années un cours d'épigraphie et d'antiquités sémitiques et une chaire de langue et de littérature hébraïques au Collège de France, et, à la Sorhonne proprement dite, deux cours : l'un d'histoire de la littérature israélite professé trois fois par semaine, à la Faculté des lettres, par M. Lorts, l'autre de langue sémitique, professé par M. Mayer- Lambert à l'Ecole des Hautes-Etudes. Voilà, semblait-il, de quoi satisfaire les exigences les plus impérieuses : la langue et la littérature juives avaient leur part, une part très large, dans l'enseignement. Si c'était nécessaire, c'était suffisant aussi. Les Juifs n'en ont pas pensé ainsi, non plus que leurs serviteurs, les dirigeants de la République et de son Université. Ils envahissent maintenant les « cours libres », destinés à l'enseignement de matières qui ne trouvent pas de place dans les programmes officiels, tout en présentant quelque intérêt. C'est ainsi que M. Nahum Slousch fera, tous les jeudis à onze heures, un cours de langue hébraïque, et M. Louis-Germain Lévy un cours de littérature hébraïque et une explication des principaux passages «le La Genèse tous les vendredis à deux heures et demie, dans l'amphithéâtre Quinet.

» Cette fois, c'est excessif, disait-on. L'autorisation de faire un cours libre, c'est-à-dire de profiter des locaux et de la publicité de la Sorbonne, est sollicitée par de nombreux professeurs, autrement désignés que ces Hébreux à cette faveur, et proposant de traiter des sujets d'un intérêt plus immédiat, plus réel et plus négligé par l'enseignement officiel. Ils ne sont point écoutés. »

Il y a bien des manières d'envahir un pays. (Vile qui fait

impression sur la masse, c'est celle que nous venons de subir, l'invasion proprement dite, l'invasion brutale. Il en est une autre dont les suites sont plus funestes et plus prolongées. Les Grecs, vaincus par Rome, se sont infiltrés dans le monde romain, l'ont gangrené et par là ont rendu possible le triomphe des barbares, leurs invasions et leur établissement sur les ruines de l'empire romain. Il est difficile d'assigner la cause et le commencement précis des révolutions qui se produisent chez les peuples, parce que ce commencement doit être pris dans un mouvement dans les idées, ce qui ne se fait point en un jour. Ce n'est qu'à la longue et à la fin d'un processus long et obscur que l'on peut constater qu'un nouveau mode de penser s'est emparé de la majorité des esprits, qu'ils se meuvent dans une atmosphère intellectuelle autre que celle qu'avaient connue leurs pères. Juifs et protestants arrivent d'autant plus facilement chez nous à produire cette révolution intellectuelle qu'on leur donne toute facilité pour s'installer sur notre, sol et même pour s'y faire naturaliser.

« Il faut craindre, disait déjà M. de Bonald, Pafïluence des étrangers en France. Tout esprit national, première défense d'un Etat, se perd au contact des moeurs étrangères... Toute introduction d'étrangers qui, par leur constitution morale ou physique, peuvent détériorer les mœurs d'une nation et même en altérer la race, doit être restreinte dans d'étroites limites si elle ne peut être empêchée 9 . »

C'est ce que nos gouvernants ne veulent point comprendre. Ils favorisent l'établissement des étrangers chez nous, et leur confèrent la naturalisation avec le même empressement, on pourrait dire le même zèle qu'ils apportent à introduire dans l'esprit des vrais Français la mentalité juive ou protestante.

Junius, dans VEcho de Paris, a constaté qu'en 1911 on a naturalisé français près de vingt-quatre mille étrangers. De trente-huit mille qu'ils étaient en 1896,ils arrivèrent à cent vingt mille. Combien étaient-ils lors de la déclaration de la guerre ? Combien de centaines de mille résident chez nous, tout en conservant leur nationalité propre, prêts à demander la nationalité française dès que leur intérêt ou celui de leur pays leur con-

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