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CHAPITRE XLV

Dangers que le protestantisme a fait encourir à notre nationalité.

Lorsque Luther se prétendit chargé d'une mission, il disait la vérité, mais une vérité terrible que lui-même ne comprenait pas. Les péchés des peuples comblent parfois la patience du Très-Haut. Le bruit des scandales monte jusqu'au ciel et demande vengeance. L'Eternel lance sur la terre un regard de feu; alors il naît un fils de perdition qui couvre la terre de désolation et de deuil. L'urne des calamités que le Dieu des vengeances tient en réserve s'ouvre et se répand sur la terre. Un incompréhensible vertige s'empare des têtes ; les peuples ont des yeux et ne voient point, ont des oreilles et n'entendent point, au milieu de leur délire, les plus affreux principes leur paraissent des chemins couverts de fleurs. Balmès.

Les avertissements du général Ducrot et du colonel Stoffel aux approches de 1870. — L'accueil fait par les protestants de quelques-unes de nos provinces à nos premières défaites. — L'indication donnée au roi de Prusse par le Temps sur notre marche vers Sedan. — Paroles de M. de Giers après la guerre.

— Les protestants d'origine française officiers dans l'Etat-major allemand. — L'allemand Ehrhardt reconnaît que les tendances protestantes de notre République sont favorables à l'Allemagne.

— L'avant-guerre allemande sur tous nos points stratégiques.

— L'alliance des deux grandes puissances protestantes contre la France depuis cent trente ans. — Comment et pourquoi brisée aujourd'hui.

Ce que l'histoire rapporte du triste rôle joué en France au XVIe siècle par Coligny et séi huguenots, se vérifie-t-il encore de nos jours ? La question est délicate. Nous serions désolés que

la réponse pût blesser les Français qui sont Français plutôt qu'ils ne sont protestants.

Disons d'abord ce qui s'est passé en 1870-1871. Le général Ducrot, alors commandant la division militaire de Strasbourg, fit des Rapports, adressés les uns au ministère de la Guerre par voie hiérarchique, les autres directement au cabinet des Tuileries. Ils ont été retrouvés après le 4 septembre. Ils signalaient les actives menées des agents prussiens près de certains protestants d'Alsace. Il s'agissait de faciliter l'occupation de ce pays par les troupes allemandes, son annexion étant considérée comme l'enjeu territorial de la campagne qui se préparait dès ce moment. Le général Ducrot indique que parmi les protestants ceux qui ne se montraient point hostiles à la France au point de vouloir l'annexion de leur pays à la Prusse, rêvaient d'une autonomie de l'Alsace. On sait qu'actuellement ce même vœu est formulé par les fils de ceux qui le faisaient en 1870. Mais, ajoutait le général, le plus grand nombre est malheureusement de cœur et d'esprit avec les Prussiens.

Pendant la guerre, le général Ducrot a confirmé au général Trochu les renseignements donnés à Napoléon III avant l'ouverture des hostilités. Ces rapports étaient confirmés par ceux de notre attaché militaire à Berlin, qui était alors le colonel Stoffel. Qu'il y ait eu des protestants repoussant cette disposition si affligeante de leurs coreligionnaires, notre cœur de Français s'empresse de l'admettre.

La nouvelle des premières victoires prussiennes fut accueillie assez différemment par les catholiques et par les protestants. La preuve s'en trouve dans une correspondance de province publiée dans le numéro du 20 août du Figaro. Il y est dit que dans certains départements, comme le Gard, par exemple, les victoires des armes prussiennes étaient, sans trop de peine, considérées comme des victoires protestantes, comme des victoires libératrices. Et, dans les temples de l'Eglise dite réformée, des prêches se tenaient sur cet objet et des vœux étaient exprimés.

On sait d'ailleurs qu'un journal protestant des plus autorisés, le Temps, indiqua, involontairement sans doute, au roi de Prusse la marche de l'armée de Mac-Mahon qui tentait d'opérer Bfl jonction avec celle de Metz. Comment ce journal fut-il informé

de ce mouvement que le gouvernement français tenait secret ? Comment le numéro du journal qui contenait cette information tomba-t-il entre les mains du roi de Prusse qui en profita pour nous acculer dans l'entonnoir de Sedan ? Nous n'accusons point les directeurs du Temps. Il a suffi de trois hommes placés aux bons endroits et agissant de connivence : un à l' Etat-major français, un dans les bureaux du journal, un auprès de Guillaume ou de Bismarck.

Au camp de Châlons, Mac-Mahon hésitait : se repliera-t-il sur Paris, ou ira-t-il rejoindre l'armée de Metz ? Le 22, au matin, il reçoit une dépêche de Bazaine, généralissime, qui lui demande de forcer les lignes prussiennes pour gagner Montmédy. Mac-Mahon se décide alors à rejoindre Bazaine et l'informe aussitôt de cette résolution. Le 24, au matin, le maréchal de Moltke est averti du mouvement de l'armée de Châlons. L 'Etat-major prussien ordonne à l'armée du prince royal, qui marchait sur Paris, de revenir au Nord pour prendre Mac-Mahon en flanc. Le maréchal Bazaine reste immobile à Metz et Mac-Mahon se trouve seul, ayant en face de lui la première et la deuxième armées allemandes, et, en flanc droit, la troisième, celle du prince royal. C'est la bataille de Sedan.

On sait les paroles de M. de Giers, ambassadeur de Russie à Stockholm au lendemain de la guerre de 1870 : « Ce fut, dit-il, une guerre d'aveugles à voyants. » « J'étais alors accrédité à Berne, il y avait dans la ville une agence parfaitement organisée et fonctionnant avec une précision toute prussienne, pour informer de la répartition des troupes françaises, leur déplacement, la quantité de munitions et de vivres, etc. Ces renseignements arrivaient avec une rapidité prodigieuse, par dépêches chiffrées, à l'agence prussienne de Berne. » Hâtons-nous de déclarer que M. de Giers ne dit pas que ces mauvais Français étaient des protestants, bien qu'ils se fussent mis au service de la protestante Allemagne.

Au surplus, il est permis de remarquer qu'il y a en Prusse des familles d'origine française qui, au XVIP siècle, ont quitté leur patrie pour se transplanter en terre protestante. Ne restet-il aucune relation ou au moins n'y a-t-il pas sympathie entre elles et leur parenté restée sur le sol français ?

Lorsque Guillaume II accorda diverses faveurs aux officiers

de son Etat-major pour les récompenser du travail accompli pendant la campagne de 1870-1871, des protestants de France s'empressèrent de relever chez nous les noms de ceux de ces officiers ayant encore de la parenté en France. Puis un travail, publié dans V Illustration, permit d'établir que l 'Etat-major général des armées d'invasion de 1870 à 1871 ne comptait pas moins de quatre-vingt-six officiers descendant de familles qui s'étaient exilées lors de la révocation de l'Edit de Nantes, ce qui donna occasion de rappeler une parole dite autrefois : « Ces protestants, qui dès qu'ils furent au delà de la frontière, pointèrent sans vergogne des canons prussiens contre leur patrie, avaient été déjà des ennemis ou des traîtres à l'intérieur. » Et cette autre parole dite par Bossuet aux protestants de France dans la conclusion du cinquième Avertissement qu'il leur adressa:

« Les réfugiés ne cessent de soulever de tout leur pouvoir les Puissances de l'Europe (contre la France) et ne méditent rien moins que sa ruine totale. »

Cet état d'esprit s'est manifesté de nouveau après la grande guerre.

Un correspondant du Temps, à Berlin, M. Gentizon, a constaté en 1919 que ceux des descendants de huguenots qui se firent un nom au cours de la dernière guerre se trouvent tous du côté des pangermanistes et du parti militaire. L'amiral Capelle, ministre de la Marine, est Valter ego de von Tirpitz qu'il seconda activement dans la guerre sous-marine. Le commandant Arnaud de la Perrière tint, pendant de longs mois, le record du nombre de bâtiments coulés. Le général de La Chevallerie commandait un corps de troupe sur le front français. « La haine farouche et l'esprit de vengeance qui animaient contre nous, en 1870, le général prussien de Verdy de Vernois, ont été hérités intégralement, sinon augmentés, par les générations suivantes. Tels sont les sentiments qui sont restés de tradition dans la communauté protestante du Refuge de Berlin. »

Dans les derniers jours d'août de cette même année, l'agence Radio a publié une note adressée par la Communauté protestante de Berlin à M. Poincaré :

« Les descendants des Huguenots, chassés de France, en 1685, après la révocation de l'Edit de Nantes, ressentent doublement aujourd'hui les malheurs qui frappent l'Allomag-ne et les Hohenzollcrn. Etablis depuis

deux cent trente-quatre ans en Allemagne, nous avons trouvé dans ce pays notre seconde patrie, grâce à la tolérance des Hohenzollern depuis le Grand Electeur jusqu'à Guillaume IJ...

» La France a-t-elle réparé ses torts envers nous autres huguenots ? Nous a-t-elle indemnisés pour les biens qu'elle nous confisqua, pour les églises et les maisons qu'elle^ détruisit i ? Nous attendons à cette heure de réparation que la France démocratique répare ses torts envers nous en épargnant les Hohenzollern, nos bienfaiteurs...

» Nous comptons absolument que notre requête sera exaucée et nous en appelons aux sentiments d'honneur et de chevalerie de la nation française...

» Nous prions Votre Excellence de communiquer notre demande à toutes les Puissances alliées et associées. »

La réponse à ces insolences fut faite, hâtons-nous de le dire, par des protestants français, fidèles à la France. Elle fut également adressée à M. Poincaré et publiée par le Temps :

« Les protestants français ont lu avec une véritable stupéfaction la protestation de la communauté protestante du Refuge de Berlin.

» Les signataires de ce document, invoquant leur qualité de descendants des huguenots chassés de France par la persécution de Louis XIV, élèvent la voix en faveur de Guillaume II pour essayer de le soustraire au verdict des nations civilisées. Ils parlent avec reconnaissance de la générosité du Hohenzollern qui leur a donné asile sur ses terres ; mais l'Histoire impartiale sait bien quels profits immédiats cette générosité procurait au prince qui repeuplait ainsi ses provinces dévastées par la guerre de Trente ans, faisait défricher par les proscrits ses landes désertes et créait de toutes pièces, à l'aide de ces malheureux, son industrie et son commerce...

» Et qui sont ceux qui veulent se servir de l'aïeul qui a été leur bienfaiteur pour sauver le LIohenzollern d'aujourd'hui, dont ils se sont rendus les complices par l'acceptation de tous ses actes ? La loi du 9 décembre 1790 rendit aux descendants des réfugiés, à condition de revenir en France, d'y fixer leur demeure et d'y prêter le serment civique, tous les droits attachés à la qualité de Français. Beaucoup de familles protestantes, nobles et bourgeoises, réclamèrent alors le bénéfice de cette loi, et de nos jours encore, il n'est pas rare d'en voir qui suivent cet exemple.

» Il est étrange que les signataires de ce document ne se souviennent de ce qui fut jadis leur patrie que pour défendre celui qui l'a mise à feu et à sang. Ils rappellent ce que Louis XIV a fait contre les huguenots, leurs biens et leurs lieux de culte. Quand donc les a-t-on entendus protester, soit contre les horribles dévastations qui ont détruit pêle-mêle, dans le nord et l'est de la France, les temples comme les cathédrales, soit contre les déportations qui ont traité des vieillards, des femmes et des jeunes filles suivant les méthodes de Babylone et de Ninive... ? »

ce Le Président de la Fédération protestante de France . E. Gruner. »

i. La communauté protestante de Berlin ne veut point qu elle attire par ses propos l'attention sur les trente mille églises que les huguenots, ayant de s'exiler à Berlin, détruisirent en France par la hache et la torchr. Voltaire, lui-même, dans son Siècle de Louis XIV, a fait cette constatation : « Il n\ a point de pays où la religion de Calvin et de Luther ait passé sans excitei des révolutions et des guerres. » En France ils ont suscité une dizaine <!»■ guerres civiles.

Heureux serions-nous, heureux seraient tous les vrais patriotes si ces sentiments étaient partagés par tous ceux qui, en France,, restent attachés à la Réforme.

Les débats qui ont eu lieu à la Chambre des députés sur l'initiative de M. de Mahy, ont montré qu'il n'en est point ainsi. Nous avons dit ce que les ministres protestants anglais et allemands ont pu faire avant la guerre dans nos colonies et dans nos provinces pour convertir les populations au protestantisme,, et cela sous le regard bienveillant de nos gouvernants qui les préparaient ainsi à accueillir sympathiquement les envahisseurs qui viendraient peu après, conduits par celui qui se posait en pape de la religion réformée.

Pendant la grande guerre, le prosélytisme des huguenots se montra non moins actif. Un correspondant de la Croix, M. L. Cristiani, a donné à ce sujet des renseignements qui sont à ajouter à ceux donnés au chapitre précédent :

I. Au Midi. — « La première ou deuxième année de la guerre, des messieurs anglais ou américains passaient de maison en maison et donnaient de petits évangiles. » C'étaient d'assez jolies éditions illustrées, où le côté humain, pittoresque et sensible, était particulièrement mis eh relief. Certains catholiques emportaient, à l'église, de très bonne foi, ces livres composés d'extraits de nos Saintes Ecritures ! Ils ont eu l'art en certains endroits de faire vendre leur marchandise par des papetiers forains qui, à côté de chapelets et paroissiens catholiques, écoulaient des bibles protestantes d'Oswald ou de Segond.

A Oloron, les soldats convalescents, revenant de Pau à l'ambulance locale, avaient souvent leurs poches bourrées de brochures ou feuilles protestantes données dans la rue.

Dans le Lot, un curé me signale qu'il a reçu, au cours de la guerre, la visite d'un jeune homme bien mis, qui colportait des livres protestants, imprimés pour la plupart à l'étranger. C'est le même fait que j'ai signalé, dans mon article du 23 septembre, pour la région lyonnaise.

En mars 1918, une forte distribution d'évangiles fut faite par les protestants, dans la ville de Bé/iers et ses environs.

Nul doute que le même procédé n'ait été employé dans beaucoup d'autres villes ou campagnes du midi de la France.

II. Ouest et Nord. — Les renseignements qui me sont parvenus jusqu'ici sont un peu moins nombreux et précis que ceux que je viens de résumer sommairement.

Cependant, dans la Sarthe, il y a eu au début de cette année de grandes distributions d'évangiles. Plus d'un enfant catholique a dû en apporter à l'église, pour assister à la messe du dimanche. Beata simplicitas! J'ai sous les yeux une de ces petites éditions. C'est l'Evangile de saint Marc « illustré d'après des dessins originaux faits en Palestine », et publié par la Société biblique d'Ecosse, à Glasgow et Edimbourg. D'autres petites brochures étaient répandues en même temps, oc à la manière de prospectus », dans la rue, à Béthime, il y a quelques mois. Celle qui m'a été adressée

contient une mauvaise petite histoire : Conversion d'un cocher. Cette narration est suivie d'une discussion biblique sur ce sujet : La mort sur le front peut-elle sauver ? \Une enquête biblique.] Cela commence en ces termes : Il y en a qui disent que la mort, du soldat sur le champ de bataille est expiatoire, qu'elle obtient le pardon, qu'elle gagne le paradis. » C'est d'après les plus injustes traditions du vieux calvinisme qu'elle est exposée.

De Melun, on m'envoie aussi deux brochures imprimées à Londres : l'une contient l'histoire de l'enfant prodigue, interprétée dans le sens protestant, l'autre une prétendue anecdote de guerre, sous ce titre : « Jean, un jeune héros français. » L'une et l'autre ont pour but de démontrer que Jésus-Christ seul est sauveur, — manière sournoise d'exclure l'Eglise et ses sacrements qui sont les moyens choisis par le Christ pour transmettre le salut à tous les hommes. Pour allécher les soldats à qui l'on donne ces brochures, on leur promet, de Bristol (Angleterre), l'envoi d'une pochette dite « du poilu », en excellent caoutchouc, contenant quatre ou cinq enveloppes avec papier à lettres, et l'un des quatre Evangiles, sans compter des tracts, hymnes protestants, etc.

De l'Aisne on m'écrit également qu'en juin 1917, alors que nos malheureux concitoyens des pays envahis étaient rapatriés par la Suisse, on leur distribuait, dès leur arrivée à Schaffhouse, quantité de petits évangiles, traduction Segond.

Enfin, l'on me fournit, de Colmar, les renseignements que voici sur le zèle apostolique d'une certaine secte « très portée au prosélytisme ». Il s'agit de la secte des « Adventistes », ainsi nommée parce que « leur dogme principal est la croyance à la proximité de la fin du monde et de l'avènement de Jésus-Christ ». « On les nomme aussi les « Sabbatistes », parce qu'ils préconisent le sabbat comme jour du Seigneur. » La brochure que mon honorable correspondant ve^it bien joindre à sa lettre est du même genre que celles qu'on vendait à Lyon. Mais elle est en allemand. Elle a pour titre « Enfants de la Lumière », 465e mille. On y soutient que la Bible peut être comprise de tous, que Dieu ne l'aurait pas donnée aux hommes sans cela. Et, partant de ce principe, on essaye de démontrer que l'avènement de Jésus-Christ est proche. Cette brochure est éditée à Hambourg. »

Américains, Anglais, Allemands, se sont également montrés empressés à profiter de l'occasion que la guerre leur offrait, ce qui confirme la pensée de ceux qui considèrent la guerre actuelle comme guerre de religion, continuant et donnant une ampleur mondiale aux guerres des XVIe et XVIIe siècles : celle-ci ayant le même but sous un masque plus épais.

L'archevêque de New- York a flétri dans un meeting monstre ceux qui ont voulu profiter des malheurs de la France pour marchander l'âme de ses enfants.

c< La patrie, a dit Portalis, en présentant le concordat au Corps législatif, n'est pas un être abstrait. La patrie n'est quelque chose de réel qu'autant qu'elle se compose de toutes les institutions qui peuvent la rendre chère. » En tête de oes

institutions, il faut placer la, religion. Après elle viennent les ancêtres, la famille, la propriété. C'est ce qui constitue la nation, ce qui lui donne une âme et c'est cette âme qui allume dans les cœurs le patriotisme. Or, le protestantisme a brisé l'unité de foi et les protestants, toutes réserves faites, n'ont cessé de combattre la religion traditionnelle des Français ; ils ont par cela même porté au patriotisme un coup des plus sensibles. Les faits publics de ces dernières années achèvent de montrer que chez certains la haine de l'Eglise conduit à la haine de la France. De là les sympathies de ce qui est vraiment protestant pour l'adversaire ou même l'ennemi et aussi pour les révolutionnaires.

Que les protestants croyants sincères, qui tiennent aux lambeaux des traditions chrétiennes que leurs familles ont su conserver, songent à ce qui les attend, à ce que leur réservent les procédés de leurs coreligionnaires contre nous. La Révolution sait qu'une fois l'Eglise romaine renversée, elle ne trouvera plus d'obstacle dans le libéralisme effaré, ni dans le protestantisme pulvérisé. Elle régnera, elle veut régner sur les ruines de toute religion et de toute nation.

Depuis le XVIe siècle, les nations protestantes n'ont jamais dissimulé leur but commun : érraser la Puissance française afin d'assurer aux Puissances protestantes une prépondérance définitive dans les affaires des deux mondes. Bismarck l'a équivalemment affirmé au cours de la session législative de 1889. Il a montré que cette conspiration datait de loin en rappelant la coalition de l'Angleterre et de l'Allemagne contractée contre nous en 1757. Le grand Prussien, de la tribune du Reichstag, fit connaître un traité secret conclu entre ces deux pays contre la France catholique. « L'Angleterre et l'Allemagne, dit-il, marchent depuis cent trente-deux ans la main dans la main ». Et il ajouta : « Il n'y a aucune raison pour que l'ancien pacte soit rompu ». Cent trente-deux ans nous ramènent à l'année 1757.

A ce moment, la France, définitivement délivrée de 1' « encerclement » hispano-autrichien qui depuis Charles-Quint tendait à l'enserrer, songeait à se rapprocher de l'Autriche. Devant ce danger aperçu, le protestantisme dressa l'oreille. Les deux grandes Puissances crurent utile de renouer les liens <|iii

les unissaient et signèrent le 11 janvier le traité auquel M. de Bismarck fit allusion.

Dans ce pacte il est dit : « Sa Majesté le roi de Prusse et Sa Majesté britannique... ont cru qu'il était à propos pour contrebalancer «cette grande ligue (l'alliance des deux Puissances catholiques France et Autriche), de renouer par un nouveau traité les engagements qui subsistaient déjà entre les cours de Berlin et de Londres.

» C'est pourquoi les susdites Majestés sont convenues de faire les plus grands efforts pour soutenir la religion protestante.

» Sa Majesté britannique s'engage à payer chaque année un millier de livres sterling « pour agir efficacement contre l'ennemi et le mettre à la raison » ; et Sa Majesté prussienne « à faire les plus grands efforts pour forcer la cour de Vienne à faire la paix,, afin d'agir avec toutes ses forces contre la France ».

Cette alliance subsiste encore, a dit M. de Bismarck en 1889. On peut dire qu'elle n'a jamais cessé d'être, de poursuivre son but, et de s'efforcer, souvent avec le concours d'autres nations, de nous « mettre à la raison », pour parler comme le pacte de 1757.

L'Allemagne et l'Angleterre sont en lutte aujourd'hui. C'était, pour l'une comme pour l'autre, un duel inévitable. L'Angleterre est venue aujourd'hui combattre l'Allemagne sur notre territoire et nous lui en sommes infiniment reconnaissants, mais nous avons dû rappeler ses agissements dans nos colonies, en Algérie et jusque dans nos provinces, avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre où nous nous sommes battus pour ses intérêts. Ses armes étaient unies aux nôtres, notre sang coulait et se confondait avec le sien ; et dans le même temps ses prédicants travaillaient à pervertir nos âmes. Jamais la Grande Bretagne n'a définitivement renoncé à espérer ce que la guerre de cent ans a fait luire à ses yeux.

L'Angleterre, l'Allemagne, l'Amérique réussiront-elles un jour à nous entraîner dans leur prétendue Réforme? La France n'a point cessé d'avoir dans l'esprit la vérité qu'Augustin Thierry a ainsi exprimée : *

« Je vois par l'histoire la nécessité manifeste d'une autorité divine et visible pour le développement de la vie du genre humain. Or, tout ce qui est en dehors de l'Eglise cathoîiaue est sans autorité. Donc. l'Eglise catho-

lique est l'autorité que je cherche et je m'y soumets : Je crois ce qu'elle m'enseigne 2. »

Cette réponse sera toujours celle du peuple de France. C'était la conviction que Louis Veuillot, au lendemain du désastre de 1870-1871, portait en son cœur et qu'il faisait partager :

« La France infidèle est flagellée et abaissée et ne veut pas encore se repentir. La France de l'Eucharistie priera, se relèvera et grandira. Dans l'Europe submergée du flot de l'hérésie, elle sera la terre où la colombe de l'arche trouvera le premier rameau qui annoncera que Dieu se réconcilie. Ce rameau était resté vert sous les eaux du déluge : ainsi la miséricorde subsiste jusque dans la colère du Coeur de Dieu, ainsi l'espérance reste vivante aux cœurs nourris du pain eucharistique. Ils recommenceront la France du Christ miséricordieux et vainqueur. Alors on verra dans le monde des événements plus grands et des changements plus merveilleux que ceux qui s'accomplissent aujourd'hui, car la mort n'est qu'un fait de l'homme, mais le miracle est un fait de Dieu... »

Non, « la France n'acceptera pas d'être un demi-peuple, un reste qui attend la mort (ce à quoi elle serait bientôt réduite si elle se mettait à la remorque des nations infidèles au Christ et à son Eglise). Demain comme hier, elle sèmera du blé, elle fera du fer et des hommes, et elle vivra, parce qu'il faut que la vérité et la justice possèdent dans ce monde ce bras et ce fer. »

Serait-ce une témérité trop grande que de croire et de dire que tels sont les pensées et les desseins de la Providence sur notre patrie? Saint Remy n'a-t-il point dit à Clovis ce qui a été dit à David, de David et de sa postérité ?

J'établirai sa postérité pour une durée éternelle et son trône aura les jours des cieux.

Si ses fils abandonnent ma loi, ne marchent point dans la voie de mon jugement,

S'ils profanent mes commandements et ne gardent pas mes ordres,

Alors de ma verge je châtierai leur rébellion et de mes coups leurs péchés;

Mais je ne leur retirerai pas pour cela ma faveur, et ne mentirai pas à ma fidélité ;

Je ne violerai pas mon alliance et ne changerai pas la parole de mes lèvres ;

Augustin Thierry, Ses derniers jours, racontés par le R. P. Gratry.

J'en ai fait l'immuable serment par ma sainteté, je ne mentirai pas à David :

Sa race est éternelle, et son trône restera devant moi autant que le soleil 3.

Depuis le beau jour où la France apparut première née de l'Eglise, la main de saint Remy sur la tête, l'épée de Clovis à la main, rien n'a donné à craindre que le pacte divin entre elle et le Christ soit définitivement rompu. La France ne s'est point livrée à l'hérésie qui a envahi une si grande partie de l'Europe et du nouveau monde, et Dieu a manifesté dans cette guerre même, où elle était condamnée par ses ennemis à disparaître, qu'il n'a point cessé de la porter en son cœur.

Ps. LXXXVTN.

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