PENDANT LA GUERRE ET APRES LA GUERRE
livre, 1 'Œuvre de la secte judéo-maçonnique, ce qui s'y disait et ce qui s'y faisait.
Les Protestants ne furent pas moins entreprenants que les Maçons : Luthériens d'Allemagne, Calvinistes de France, Anglicans de la Grande-Bretagne, et plus ardents que les autres, les Méthodistes et autres sectaires des Etats-Unis. Nous les avons vus à l'œuvre avant la guerre sur le territoire français et dans les colonies. Ils redoublèrent de zèle pendant la guerre, ce Les temps sont mûrs partout, écrivit le pasteur André Iulaquya. Ne voit-on pas les progrès de notre foi, même en Italie, en Espagne, ces remparts de la Papauté ? La situation des peuples nouveaux nés de la guerre, le morcellement de l'Autriche, dernier vestige des royaumes catholiques, l'aspiration de la démocratie vers les principes de Calvin : tout est encouragement à aller de l'avant. Donc, que le protestantisme s'affirme, il est appelé au triomphe. »
La E-rvia a publié les renseignements qui lui ont été donnés à ce sujet par son correspondant G. A. de New- York. M. Antoine Lestra s'est aussi occupé de cette question dans La documentation catholique. Nous puiserons à cette double source.
Les Américains, disons-nous, sont au premier rang parmi ceux qui veulent protestantiser la France. Au mois de juin 1919, les catholiques d'Amérique ont cru devoir informer les catholiques de France de ce à quoi le fanatisme protestant se préparait, surtout depuis la conclusion de la paix. Un télégramme, adressé par le cardinal-archevêque d'York à l'archevêque de Paris l'informa de cette guerre qui nous était déclarée et des ressources dont elle disposait.
Toutes les sectes s'étaient unies d'un commun accord pour nous livrer un assaut qui leur semblait devoir être irrésistible.
Les mesures avaient été prises avant la guerre. Un « Conseil général des Eglises du Christ » avait réuni toutes les Eglises protestantes d'Amérique en Fédération. Cette organisation s'est fortifiée pendant la guerre. Elle embrassa bientôt trente-deux confessions, et parmi elles les plus riches, et se mit en rapports étroits avec les sectes protestantes d'Europe dont les délégués officiels traversèrent maintes fois l'Atlantique pour exposer leur situation et solliciter des secours. Dans son rapport pour l'année 1919, le secrétaire du comité exécutif de la Fédération
enregistra avec satisfaction son influence grandissante auprès des agences gouvernementales : ministères de la Guerre et de la Marine, la Croix-rouge américaine, les boy-scouts, et près de cinquante organisations nationales de secours.
La Fédération des Eglises, fondée en Amérique, voulut étendre son action plus loin encore. A cet effet elle fonda F « Interchurch World Movement », pour obtenir la collaboration de toutes les Eglises protestantes de l'univers. Elle reçut avis de l'existence de vingt mille quatre cents missionnaires protestants, hommes ou femmes en pays infidèles. Cette enquête faite, F « Interchurch World Movement » entreprit de recruter de nouveaux missionnaires et d'amasser des fonds pour les tâches gigantesques que la Fédération des Eglises protestantes rêve d'entreprendre. Puis, on décida de partager les nouveaux pays à évangéliser. Le Mexique tout d'abord a été ainsi débité et livré en partage aux prédicants des diverses sectes. L' « Interchurch WTorld Movement » comprend les représentants les plus qualifiés de toutes les Eglises protestantes, clergymen et laïques ; il fourmille de financiers, de politiciens, de millionnaires, voire même de milliardaires, dont le plus connu est Rockefeller, fils, un baptiste militant, qui s'est voué corps et âme au succès de ce grand mouvement religieux. La présidence du Comité général a été confiée à un presbytérien de marque, Robert Lansing, l 'ex-ministre des Affaires étrangères de Wilson. Parmi les autres membres marquants, il faut signaler Charles Hughes, ex-candidat à la présidence de la République et le gouverneur actuel du Maine, Cari Miliken.
Au mois de janvier, 1' « Interchurch World Movement » tint, a Atlantic City, ses assises solennelles. Ce Congrès dura trois jours et fut suivi par mille sept cent trente-deux délégués appartenant à quarante-deux confessions ou organisations diverses.
Après avoir minutieusement dénombré les œuvres « évangéliques » à travers le monde et étudié leurs besoins nouveaux, la Conférence vota plusieurs résolutions pratiques. On vota la levée, en cinq ans, d'un milliard trois cent vingt millions de dollars, sans préjudice des sommes spéciales, souvent énormes, engagées par chaque secte pour sa propagande particulière. C'est le 21 avril que F « Interchurch World Movement » a
'lancé sa campagne financière. Chaque secte s'est engagée à fournir sa quote-part déterminée. La famille de Rockefeller a souscrit à elle seule six millions cinq cent mille dollars 2 . Avec un secours si puissant, les Méthodistes ont promis de « convertir » un million d'hommes en moins d'un an. Peu importent les convictions qu'ils donnent à ces « convertis » ; le principal pour eux sera d'allonger la liste de leurs adhérents pour étonner le public et bluffer.
Cependant, dans leur propre pays, aux Etats-Unis, deux cent mille églises restent closes des mois entiers par manque de pasteurs et de fidèles ; les séminaires se vident, douze mille temples sur les dix-sept mille que compte telle secte, n'ont pas de service dominical assuré ; dix pour cent des ministres dans les campagnes sont totalement dépourvus de formation et d'instruction, des milliers d'autres abandonnent le pastorat pour des positions plus lucratives.
Ces constatations désolantes devraient avertir les zélés Américains d'entourer d'abord leur « prochain » de leurs soins fraternels avant de songer à dépenser tant d'argent pour amener au protestantisme les nations latines, c'est-à-dire celles où la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est conservée la plus pure.
Le programme élaboré en Amérique par le Concile fédéral des Eglises du Christ, avec la collaboration des représentants du protestantisme français et belge, comporte en premier lieu la reconstruction des temples et des menses pastorales ruinées ou endommagées par la guerre. Ce même programme a prononcé l'achat, à Reims et dans une ou deux autres villes, de vastes terrains, en vue d'y ériger de nouveaux temples. Le Comité français a été invité à préparer sans délai le plan de ces futurs édifices et de les exposer publiquement, cet été, dans l'espoir que des touristes généreux s'offriront à les construire à leurs frais. Parmi ces édifices, les protestants méditent de bâtir à Reims une église qui devra être de style gothique comme la cathédrale et rivaliser avec elle d'esthétique.
En plus des temples et des menses à rebâtir, les protestants
2. Il faut dire que les Etats-Unis ont aussi contribué par dos sommes colossales au soulagement des misères de l'Europe pendant et après la guerre. C'est justice de reconnaître que si l'Américain sait réaliser des fortunes énormes, il a la main largement tendue pour tout ce qui sollicite sa générosité.
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — II
veulent fonder partout des maisons d 'œuvres avec salles de conférence, gymnase, chambres de bain, dispensaire, etc. Ce seront le noyau de paroisses nouvelles, centres religieux ou foyers qui seront contrôlés par le ministre le plus proche et commis à la garde directe de deux femmes, une visitatrice et une nurse. Mais cela demande le renforcement des ouvriers évangéliques tant hommes que femmes. On y avait songé et des écoles spéciales ont été ouvertes, tant à Paris qu'en province. Enfin la propagande par le livre et le journal est aussi un article important à envisager.
Pour la mise en œuvre de ce vaste programme, les Eglises protestantes d'Amérique ont promis au Comité français d'Union protestante la somme d'un million de dollars en un an. Depuis 1915 jusqu'au 1er mars 1920, les subventions officielles du Concile fédéral aux Eglises protestantes de France et de Belgique se sont élevées au chiffre total de sept cent cinquante-sept mille deux cent dix-neuf dollars. Un million de dollars au taux du change équivalent à quinze millions de francs et plus.
Les congressistes s'engagèrent à renouveler cette généreuse subvention en 1921 et en 1922.
Forts de l'approbation et de l'appui des Eglises évangéliques américaines, les protestants français se réunirent en assemblée générale à Lyon du 18 au 22 novembre 1919. Toutes les Eglises réformées de France, de Belgique, de Suisse et d'Angleterre étaient représentées. Celles d'Amérique l'étaient également par plusieurs délégués de marque, dont l'évêque méthodiste W. F. Anderson, de Cincinnati, qui apporta à l'assemblée les salutations des protestants américains, et lui remit un chèque de sept cent mille francs.
Le Dr Charles s. Macfarland y prononça le discours d'ouverture où il dit :
« De même que les soldats américains ont servi la France, il appartiendra aux chrétiens d'Amérique de servir la Fédération protestante de France... Les Eglises d'Amérique sont sûres qu'il y a dans ce pays-ci des multitudes qui, consciemment ou inconsciemment, cherchent la lumière de notre Evangile... C'est par la valeur morale des protestants français et non par le nombre qu'il faut les juger. Mais je ne puis me réconcilier à l'idée que le protestantisme français est destiné à rester \]n petit
groupe d'âmes de choix, toujours sur la défensive... Il y a en Amérique des Eglises qui ont la plus grande confiance en la France et en l'évangélisation de la France... En vérité, elles voient dans la France un très beau terrain de mission. L'Amérique peut nous aider, nous offrir ses ressources en argent et en personnel, oc en idées et en méthodes. »
L 'Assemblée organisa ses commissions, ses travaux et fixa son programme sur le modèle de la Fédération américaine.
A l' Eglise réformée évangélique fut assignée la reconstruction d'une soixantaine d'édifices, au coût de neuf cent soixante mille dollars, et le transfert à Montpellier du Séminaire de théologie protestant de Montauban, transfert décidé et approuvé par le Concile fédéral des Eglises américaines. Elle fut chargée de préparer à Paris une école d'action religieuse et sociale pour femmes ; de préparer aussi la réorganisation de l'ordre des diaconesses et de faire porter à six cents dollars par an le salaire des ministres célibataires et à huit cent quarante celui des pasteurs mariés.
Les Eglises réformées, autre branche du même tronc, ont pris à leur charge la reconstruction des églises protestantes de Lille, Roubaix, Verdun, Nancy.
Le programme d'action des Eglises évangéliques libres, a aussi été tracé.
La Société centrale évangélique a résolu de consacrer deux cent quarante mille dollars à réparer ses pertes dans les centres industriels et manufacturiers du Nord ; elle se propose également d'adopter plusieurs temples protestants abandonnés et d'ouvrir des écoles pour la formation de ses ministres.
La Mission Populaire Evangélique Macall, après avoir relevé ses ruines à Saint-Quentin, Fives-Lille, etc., a l'intention de développer ses établissements de Rouen, Amiens, Marseille; d'organiser des dispensaires, de créer un bureau de publications, destiné à approvisionner de revues, de journaux et de tracts toutes les églises protestantes de France; très riche et très appuyée par ses bienfaiteurs américains, elle cherche en outre à atteindre les enfants par l'établissement de « Foyers » pourvus d'attractions les plus diverses; elle médite enfin de se livrer à une propagande intensive jusque dans les plus petits villages.
La Société des Sunday Schools ou Ecoles au Dimanche s'esl
fait octroyer vingt mille dollars. Elle a promis de publier un livre de cantiques, un épitomé et un dictionnaire de la Bible, un ouvrage de propagande sur les coutumes bibliques, etc. ; elle se propose enfin d'adapter et traduire en français plusieurs œuvres américaines,
La Société biblique de France, qui nous a inondés de ses productions pendant la guerre, a réclamé une allocation de vingt à trente mille dollars pour deux nouvelles éditions de la Bible, grand et petit format, et pour la publication de certains livres du Nouveau Testament.
La Société des Missions étrangères protestantes, s'est vu décerner plusieurs « satisfecit » très élogieux par le Concile fédéral des Eglises américaines, en témoignage de ses brillants travaux en pays infidèle, notamment dans les colonies françaises.
L'assemblée de Lyon décida la création d'une revue francoaméricaine pour la propagande des doctrines protestantes en France.
Telles sont les résolutions principales prises à l'assemblée générale du protestantisme français à Lyon, au mois de novembre 1919. Cette simple énumération, cependant incomplète, est assez éloquente pour que je me dispense d'insister.
Plus que jamais, pendant la guerre et après la guerre, le protestantisme travaille la France. Pourquoi est-elle ainsi le champ clos de son activité ?
Un livre de propagande protestante abondamment répandu ici va nous en donnr la raison. Je traduis :
« Plus que nulle autre nation au monde, la France a montré au cours de son histoire qu'elle sait voir par delà les frontières et sympathiser avec tous les grands mouvements libérateurs.
Cette connaissance profonde des besoins de l'humanité et ce génie universel si apparents en France ont trouvé leur plus haute expression dans le zèle de ses missionnaires. Dans le vaste champ des missions catholiques, la France est de toutes les nations liées au Saint-Siège celle qui a toujours tenu le premier rang. Aujourd'hui encore où la France est considérée comme une nation en grande partie libre penseuse, la proportion des missionnaires catholiques et l'aide fournie par les catholiques français à la cause des missions sont incomparablement plus fortes que chez n'importe quel autre peuple franchement catholique
L'esprit de propagande est profondément enraciné dans l'âme française. Quand une vérité scientifique ou politique, économique ou religieuse s'est une fois logée dans l'esprit des Français, ils la prêchent partout où ils vont ; la France fut toujours un colporteur d'idées. »
Le Dr John R. Mott parlait de même en 1913, dans un Congrès protestant tenu à Buffalo :
« J'ai souvent parcouru l'Europe latine et j'ai été abasourdi de voir que les intellectuels de ces pays et la masse du peuple elle-même sont plus profondément influencés par ce qui se passe en France que par ce qui se dit ou se t'ait dans n'importe quel autre pays au monde. »
L'orateur concluait que la meilleure manière de porter la foi protestante en Russie, en Afrique, en Asie, c'est de prendre la France comme intermédiaire.