‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 33 sur 98 · L. Veuillot · texte numérisé non relu

L. Veuillot

Nous et Dieu. — § I. Les faits. — Avertissements en 1875, 1876, 1880, 1884. — La science ne sait expliquer. — En 1887. — Le cri de la conscience naturellement chrétienne.

— En 1897, en 1902. — Le doigt de Dieu. — L'âme populaire le voit et l'adore, l'orgueil se cabre. — En 1907 et 1908. — Les inventions du progrès se tournent contre nous. — En 1909 et 1910. — « Vous êtes châtiés et vous refusez de vous humilier. » — En 1911. — § IL Quelle explication donner ?

— L'univers matériel serviteur de la bonté divine est aussi le serviteur de la justice. — Pour exécuter ses sentences Dieu se sert des anges déchus. — § III. POURQUOI les bons sont-ils frappés aussi bien que les méchants ?

— Le silence du ciel aux approches du grand châtiment.

M. Maurice Talmeyr a ainsi réduit en miniature le triste tableau qui vient de passer sous les yeux de nos lecteurs :

« Le bien-être, aujourd'hui, dans les classes qui jouissent, c'est-à-dire dans celles qui décident du sort des pays, en est arrivé au degré où il devient nécessairement une ivresse. Ce que les inventions industrielles, les perfectionnements de la vie, les ingéniosités du luxe, les facilités d'en-

17r» CULPABILITÉ DU PUBLIC.

richissemont, la disparition de la conscience et de l'idéal, ont fini par produire partout, comme besoin de béatitude matérielle et d'abdication morale, est inouï. Dans tous les partis et dans tous les mondes, on ne recherche plus que ce qui vous caresse, comme on ne fuit plus que ce qui vous trouble. Dans les salons, les théâtres, les rues, les journaux, les affiches, les mœurs, les conversations, et tout ce qu'on voit, tout ce qu'on lit, tout ce qu'on entend, tout ce qu'on rencontre, c'est le triomphe d'une espèce de sybaritisme à la fois jaloux et confit qui, non seulement ne souffre pas de partage, mais ne veut même pas de dérangement ! »

M. Talraeyr, après avoir dit qu'un tel état amènerait nécessairement la ruine de la société, ajoutait que cette corruption des mœurs était encore aggravée par un orgueil surhumain.

a Avec quoi coïncide la perspective de la plus abominable et de la plus vaste subversion dont on ait encore entendu parler ? Avec les plus grandes prétentions philosophiques, philanthropiques, civilisatrices, pacifiques, et même pacifistes, c'est-à-dire avec la plus délirante poussée d'orgueil qui se soit jamais déclarée ! L'orgueil collectif, comme l'orgueil individuel, ne connaissent plus, à présent, aucune limite. La croyance dans im pouvoir et un génie humain sans bornes, la confiance dans un progrès qui nous donnera, tôt ou tard, la possibilité d'aller dans la lune en omnibus, en même temps que la richesse et la volupté pour tous, l'infatuation personnelle et la conviction de chacun d'être un dieu en chambre, sont aujourd'hui des idées courantes. C'est ce qu'on appelle, je crois, le surhomme et la sur-femme, à moins que ce ne soit, plutôt, le sur-niais et la sur-dinde ! Sous une forme actuelle et tangible, nous en sommes exactement, dans tous les cas, au point de ces premiers hommes qui s'étaient mis en tête de construire la Tour de Babel. »

M. l'alm.eyr terminait par cette question :

ce Comment donc et pourquoi avec une telle horreur de tout ce qui pourrait seulement gêner nos joies, y mettre un retard ou une ombre, étions-nous entraînés vers la guerre, y marchions-nous à grand train, tout en ayant l'épouvante d'y marcher } Nos ingénieurs faisaient leurs calculs aussi méthodiques que scientifiques de carnages inouïs, et leurs usines fabriquèrent des machines d'extermination et de manœuvre sans précédent.

» Etait-ce bien une main humaine qui nous poussait à cette guerre sans précédent et ne faut-il i^as en reconnaître une autre ? »

Joseph de Maistre avait répondu à cette cjuestion :

« Au moment précis amené par les hommes (par leurs désot-dres) , et au moment prescrit par la justice (vengeresse des crimes que ce désordre amène), Dieu s'avance, armé de ses « Verges » et de ses « Flèches », comme dit la Sainte Ecriture. »

Cependant Dieu toujours bon ne voulut point frapper à l'improviste. Nous l'avons vu donner au sujet de chacun des désordres ci-dessus signalés des avertissements retentissants. L'abandon de l'Office divin et la course au plaisir virent plusieurs catastrophes causées par des rencontres de trains chargés des

MISÉRICORDIEUSES PRÉMONITIONS. 177

profanateurs du dimanche. La poursuite effrénée de la richesse en vue de la rivalité dans le luxe jeta dans la ruine la multitude des familles qu'atteignit le Krach de l'Union générale. La sécularisation de la charité trouva son expiation dans l'incendie du bazar. Les suites de la profanation de la vie furent hautement dénoncées par les cris de douleur et de désespoir des plus en vue parmi les hommes qui s'y étaient livrés, etc.

Alexandre Dumas attira un jour l'attention de son public sur un fait qu'il exposa ainsi :

c< Pour les observateurs, ce qu'on appelle la Providence a des procédés qui devraient commencer à être connus. Quand une société ne voit pas ou ne veut pas voir ce qu'elle doit faire, cette Providence le lui indique d'abord par de petits accidents symptomatiques et facilement remédiables ; puis l'indifférence ou l'aveuglement persistant, elle renouvelle ses indications par des châtiments périodiques, se rapprochant de plus en plus les uns des autres, les accentuant de plus eu plus jusqu'à quelque catastrophe d'une démonstration tellement claire, qu'elle ne laisse aucun doute sur la volonté de ladite Providence ».

Les Sodomistes reçurent de ces avertissements, et ils persévérèrent dans leurs désordres. Neuf siècles plus tard les Ninivites devaient se montrer plus sages. Ils n'attendirent même point que les coups préventifs de la justice vinssent les avertir de se mettre à l'abri du châtiment. Ils se convertirent à la voix de Jonas qui vint de la part du Seigneur leur prêcher la pénitence.

Contre les Sodomistes sourds et rebelles. Dieu en fut réduit à employer l'extermination. Il fit tomber sur eux une pluie de soufre et de feu qui embrasa toute la Pentapole et en fit périr tous les habitants sans autre exception que la famille de Loth qui s'était tenue à l'abri du scandale.

La conduite de Dieu, ses ménagements, ses monitions avant de frapper, se montrent ici de façon éclatante. Peu de jours avant de communiquer à Abraham sa pensée sur Sodome, Gomorrhe et les trois villes voisines, et de lui dire que le péché énorme doni elles se souillaient appelait un châtiment exemplaire, une guerre qui eût dû faire réfléchir et amener la conversion fut déclarée aux rois des cités corrompues par la coalition de cinq autres rois. Chodorlahomor et ses alliés battirent les rois de Sodome, Gomorrhe, Adona et Seboïm. Dans leur retraite ceux-ci furent poursuivis de telle sorte c^u'ils s'enlisèrent dans les terres que devait couvrir la Mer Morte de ses eaux fétides et ils se

iiovèrt'iit dans les i)iiits de bitume qu'ils y rencontrèrent. I>es. vaiiKjueurs entrèrent dans leurs cités, enlevèrent les vivres qui s'y trouvaient et s'emparèrent de toutes les richesses du pays. Cela ne convertit point les Sodomites. Et c'est pourquoi le feu du ciel vint alors qui les anéantit.

I^a guej-re de 1870, qui ne peut être comparée à celle que nous subissons actuellement et où l'existence même de la France est en jeu, en lut peut-être la prémonition. Nous disons «: peutêtre », car évidemment on ne peut rien affirmer en ces sortes de choses, qui sont du domaine de la science divine et de la Providence, Quoi qu'il en soit, c'est un fait que nous n'avons point tenu compte de ce qui aurait dû être considéré comme un avertissement et que Dieu ne cesse point de nous prodiguer des leçons qui auraient dû nous rendre attentifs et nous porter à la conversion.

L'histoire compte peu d'époques où les avertissements providentiels ont été aussi frappants et aussi fréquemment renouvelés qu'ils ne le furent avant la guerre qui nous broie depuis 1914. Déjà en 1875, voyant qu'on avait perdu de vue l'invasion et la Commune, la voix- de Dieu commença de se faire entendre. La récolte était prête à tomber sous la faux, la saison était douce et souriante ; une pluie de deux jours et un vent du sud soufflant sur la neige des nîontagnes suffirent pour déchaîner de toutes les hauteurs des torrents d'eau qui firent déborder sur les champs les rivières et les fleuves. Digues, levées, ponts de pierres, rien ne put résister. Les obstacles ne faisaient qu'accroître la violence de l'élément destructeur, entraînant les récoltes, les troupeaux de boeufs et de moutons, les objets mobiliers et nombre de cadavres humains. Après avoir ravagé les campagnes, les eaux entrèrent dans les villes et y causèrent les mêmes désastres. Les vallées de l'Ariège, du Tarn, de la Garonne et de l'Adour, tout le sud-ouest de la France fut ainsi" désolé au moment où il y pensait le moins. Deux mille morts, trois mille maisons détruites, deux cent millions de francs de dégâts, tel fut approximativement le bilan de ce fléau.

Monseigneur l'évêque de Toulouse invita ses diocésains à voir en cela un avertissement divin :

a Aux jours des grandes expiations, quand Dieu voulut faire rendre à la France un compte sévère de son orgueil et de ses iniquités, nous fûmes épargnés. Sa bénédiction est descendue abondante sur vos usines, sur vos entreprises, sur vos campagnes... Le peuple à qui de tels biens sont tombés en partage n'a pas voulu être reconnaissant. Aussi la main qui laissait paternellement descendre sur nous ces richesses, s'est un instant fermée, et des hauteurs de la prospérité, nous sommes tombés dans l'abîme de la misère. »

M. Laguet, du Conservatoire de Toulouse, exprima la même pensée dans le Messager.

« Quand on considère l'étendue de nos désastres, l'on ne peut s'empêcher de plaindre ceux qui ne virent dans le cataclysme qu'un effet du hasard et ne veulent pas admettre l'intervention de la Providence dans les événements d'ici-bas. La France sceptique avait besoin d'une leçon. Elle est complète : au Nord, la guerre ; dans le Midi l'inondation. »

L'année suivante nouvel avertissement.

Le dimanche 12 mai 1876, se faisaient dans toutes les églises de France les prières demandées par le ministre des cultes à l'occasion de la rentrée du Sénat et de la Chambre des députés. Une tempête brisa en quelques heures des millions d'arbres, ébranla et même arracha de leurs fondements des milliers de maisons ; bien des églises furent découronnées, leurs toitures enlevées, leurs flèches renversées, et bien des personnes emportées par le tourbillon dévastateur parurent inopinément devant leur juge. Cette coïncidence inspira à la Semaine religieuse de Cambrai ces réflexions :

(c C'est au jour et à l'heure où nous étions prosternés devant les saints autels pour invoquer la miséricorde de Dieu sur la France qui se laisse actuellement emporter à tout vent de doctrine. Dieu n'a-t-il point voulu nous donner un avertissement ? N'a-t-il point voulu susciter devant nos yeux une vision sensible des ravages que les mauvaises doctrines, si elles ne sont point réprimées, produiront infailliblement dans la société : les églises saccagées, les familles dépouillées de leurs biens et peut-être de la vie ? »

En 1880, l'hiver fut extrêmement rigoureux, la Saône, en certains endroits, fut gelée jusqu'au fond, de sorte que l'embouchure produisit l'efî^et d'une digue s 'opposant à l'écoulement des eaux et les accumulait en amont.

LTn phénomène plus inquiétant se présenta sur la Loire;

iSd CULPABILITE DU PUBLIC.

à li kilomètres en amont de Saumur, des glaces épaisses fornièrenl une sorte de barrage sur lequel vinrent se heurter et s'accumuler tous les blocs de glace que, pendant quarante-huit heures, le fleuve et la rivière ne cessèrent d'amener. Ils formèrent une mer de glace de onze kilomètres de longueur, depuis Varennes jusqu'à Villébernier et, à certains endroits, sur le lit du fleuve, de sept à huit mètres de hauteur. Les eaux de la Loire et de la Vienne ne trouvant plus moyen, de s'écouler se creusèrent un nouveau lit dans les parties situées sur la rive gauche de la Loire. L'heure de la débâcle causait les plus vives inquiétudes : on craignait surtout qu'elle ne fût amenée par une hausse des eaux du fleuve ; c'est par centaines que les bourgs, les villages, les hameaux se trouvent dans cette vallée de l'Audun, et c'est par milliers que se cliiff reraient les paysans sans asile, ruinés et dépourvus de tout. Pendant un mois et plus, la banquise fut attaquée par le canon, mais inutilement, on dut avoir recours à la dynamite. Grâce à Dieu, les crues furent modérées, le courant médiocre, le désagrégrement successif, et le débit de la banquise put être plus inoffensif qu'il n'avait été prévu et craint ^ .

En 1881,. dans la nuit du 21 au 22 juillet, une partie de la France subit un tremblement de terre.

A Grenoble, il y a eu six oscillations ; toute la population a été réveillée. — A Mâcon, il y a eu deux secousses très violentes. — A Chalons, cinq secousses. — A Bourg, tous les habitants ont été réveillés en sursaut, les meubles ont été renversés dans diverses maisons. — A Annecy, une double oscillation a mis tous les habitants en émoi. — A Gap, de fortes secousses horizontales, allant du sud au nord, ébranlèrent toutes les maisons ; plusieurs lits, divers meubles d'un certain poids ont été déplacés de 25 centimètres et dans la direction du sud au nord. —

I. A cette occasion, le journal officiel du i6 janvier i88o fit cette sage observation : (( Tl est certain que ce phénomène se produisant à une époque où les fleuves étaient abandonnés à eux-mêmes et où la digue de glace pouvait être consolidée par des débris de toute nature, a pu produire des désordres analogues à ceux de Loire et Vienne et pouvant être confondus avec eux. Les géologues qui parlent beaucoup de l'époque glacière et qui la reportent sans sourciller à des centaines de mille ans dans ie passé, auraient pu aller méditer sur ce qui se passait sur la Saône et la Loire et se demander si une suite d'hivers semblables à celui de i88o ne nous ramènerait point à l'époque glacière. »

A Lyon, un grand nombre de personnes effrayées ont sauté à bas de leur lit pour se rendre compte de ce qui arrivait. Les secousses paraissaient aller du nord au sud. Elles ont été particulièrement sensibles à la Croix-Rousse et sur le plateau. Il y a eu un second tremblement de terre dans la nuit du 4 au 5 août, dans la même région, plus violent que le précédent. A Uriage on a ressenti de formidables secousses. La population et les baigneurs étaient terrifiés. — ' A Saint-Etienne, les secousses étaient accompagnées d'un bruit souterrain qui donnait l'épouvante.

Neuf jours plus tard, la veille de l'Assomption, vers les trois heures du soir, un épouvantable accident est survenu pendant les courses de taureau, dans les nouvelles arènes marseillaises, situées promenades du Prado. Les gradins construits en bois se sont effondrés sous le jDoids des spectateurs évalués à 2.000 environ. Il y eut 15 morts et 225 blessés, ce qui donne un total de 240 victimes. On signala plus tard des personnes disparues qui ne figurent ni dans la liste des morts ni dans celle des blessés admis aux hôpitaux.

En 1884, l'avertissement fut plus général. Vers la fin de juin, le choléra se déclara à Toulon, Marseille, Nice, Aix. Dix-sept départements furent successivement envahis : les Basses- Alpes, les Hautes- Alpes, PArdèche, l'Aude, les Bouches du Rhône, la Corse, la Drôme, le Gard, la Haute-Garonne,. l'Hérault, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, le Rhône, la Seine, le Var, Vaucluse et l'Yonne.

L'Académie de Médecine fit observer aux gouvernants que les agglomérations produites dans les villes par a le 14 juillet » et les excès de tout genre dont il est l'occasion pouvaient, en quelques jours, répandre l'épidémie dans la France entière. En conséquence, elle demandait que cette fête fût supprimée cette année. Le gouvernement ne voulut rien entendre.

Cependant tous les Etats de l'Europe prenaient des mesures pour se préserver du fléau, particulièrement l'Italie et l'Espagne. Les frontières furent gardées par des cordons sanitaires et pourvus de lazarets. En France, le gouvernement fit aussi prendre partout des mesures préventives ; mais par une incroyable

tioiilradiction, malgré Tavis répété de l'Académie de Médecine et du Conseil central d'hygiène publique, il ne voulut point n'iioncer à la fête, dite nationale, qui ne rappelle que des actes de révolte, de trahison, de massacres et de cannibalisme. Le journal o [fi ciel annonça même les trains de plaisir qui appelaient la l'ouïe à Paris. Mais laissons cela, pour porter nos yeux vers un plus beau côté de l'humanité. Aucune maison ne fut plus éprouvée à Marseille que la communauté des Dames de la Retraite. Dieu trouvait là des victimes de choix pour donner cours à sa miséricorde. La Semaine religieuse de Marseille leur rendit ce témoignage :

(c II nous est doux de savoir et de dire que ces excellentes religieuses s'étaient offertes en victimes pour obtenir la cessation du choléra, et qu'elles sont mortes en témoignant la plus grande joie d'avoir été exaucées et acceptées par Dieu -.y)

L'Académie de Médecine qui se réunit tous les mardis, ne s'occupa pour ainsi dire que du fléau, dans la séance du 8 juillet, elle entendit M. le D'' Rochart lui faire cet aveu :

•ce Ainsi que vous l'ont dit nos collègues, il nous a été impossible de découvrir les fissures par lesquelles le choléra s'est introduit à Toulon. Ils vous ont fait part de nos recherches ; ils vous ont dit qu'il était impossible d'incriminer les transports venus de la Cochinchine, et notamment la Sartke, à moins de renier tout ce qui a été enseigné jusqu'ici en matière d'épidémies. Nous ne saurons probablement jamais comment le choléra

s'est introduit dans la cale du Montehello. »

Dans la séance du 15, on discuta les précautions à prendre en cas de choléra. Il fut recommandé de se servir de mesures de préservation pour soi et pour sa maison, mais quelles mesures? On ne le dit point; et cela évidemment parce que l'Académie n'en connaissait point d'efficaces.

Dans la séance du 22 juillet a été discutée la grande question de savoir si le choléra est ou non contasrieux. M. le D' Guérin

2. A Naples, où le choléra sévissait avec une g^rande violence, le roi Humbert, qui s'était rendu dans cette ville, fut accueilli dans la rue de Tolède par le cri : « Grâce, Sire ! » poussé par un peuple immense. Le roi ayant demandé ce qu'ils voulaient, ils répondirent : « Rendez-nous nos madones et nos saints » que les sectaires avaient fait enlever en 1862. La permission fut accordée ; et aussitôt dans toutes les rues de la ville on vit une multitude d'hommes et de femmes appliquant des échelles partout où il restait une trace des niches des saintes ianages et brisant les cloisons qui les fermaient. D'autres apportant les vierges et images des saints protecteurs pour leur faire reprendre possession de leur domicile après vingt-deux ans d'exil.

plaida la non-contagion. M. le D'' Proust prit la contre-partie ; l'Académie n'osa pas conclure.

Dans ia séance du 29, M. Besnier lut une étude sur cette épidémie, sur celles qui s'étaient produites précédemment, et sur les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles.

ce En ce qui coacerne le choléra, a dit M. Besnier, il semble que les découvertes modernes soient restées lettre morte. Nous en sommes encore, et pendant la vie et après la mort des individus' frappés, à ne pas savoir discerner les cas, à ne connaître ni la cause première de la maladie ni le« moyens de la traiter. »

Dans la séance du 5 août, MjVE. les D'" Straus et Roux, qui avaient fait une étude spéciale du choléra en Egypte, lurent un mémoire où ils combattirent pied à pied et avec grand talent toute la théorie du D"" Koch sur les microbes du choléra qui avait fait tant de bruit.

(c Nos procédés, ont-ils dit, sont identiques à ceux de M. le D^ Koch ; or pour bon nombre des cas les plus caractérisés nous n'avons pas trouvé les micro-organismes indiqués. »

Après tant de points d'interrogation demeurés sans réponse, il n'y avait, semble-t-il, qu'à reconnaître et à déclarer que le choléra est un fléau de Dieu. On voyait les effets de la maladie dont le principal est la mort, mais la maladie en elle-même restait un mystère.

L'apparition du phylloxéra a été pour les savants un mystère tout semblable. I/un de ceux C[ui ont le mieux fouillé le domaine de la science et de l'observation en vue de lutter contre cet insecte, cause de ruine pour toutes nos vignes, a fini par poser ces questions auxquelles personne n'a pu répondre :

ce Pourquoi le phylloxéra, après être resté sédentaire dans sa région ordinaire pendant vingt, trente, cinquante siècles, s'est-il tout d'un coup avisé, vers 1867, de franchir l'Atlantique et de venir envahir les vignes de l'Europe, et cela avec une activité tellement dévorante que, aujourd'hui, elles sont toutes en danger ? Comment expliquer cette effroyable expansion, après quarante siècles de far-niente absolu ? Je sais qu'on répondra, parce que l'orgueil humain a réponse à tout ; mais je soutiens qu'on ne répondra que par des hypothèses en l'air ; et pour tout esprit réfléchi, le contraste de ces cinquante siècles de repos avec cette invasion de tout un continent en quelcjues années, sera toujours un mystère poignant. »

Un rédacteur de la Revue hebdomadaire de Lyon dit avoir eu

cette conversation avec le grand physiologiste Claude Bernard :

« Nous nous promenions dans le clos, tout au bord d'une vieille vigne

qu'il affectionnait tout particulièrement, lorsque j'aperçus quelques ceps aniai^Aris, sans feuilles et presque desséchés.

— Ils sont malades, ces ceps ?

— Oui, le phylloxéra les ronge.

— Mais comment, le phylloxéra se permet de venir jusque chez vous ? II n'a donc pas peur de votre science } Si vous vouliez, comme vous auriez vite arrêté les ravages de ce sinistre rongeur !

— Vous croyez ? Et quand bien même je pourrais, avec des moyens scientifiques, tuer le phylloxéra, vous croyez que la vigne s'en porterait mieux ? Les savants n'ont pas les remèdes suffisants pour rendre à la terre .va fécondité : ils sont là-haut, et le Maître seul les tient à sa disposition.

Et comme je paraissais tout surpris de voir une pareille doctrine sur les lèvres de mon illustre interlocuteur :

— Je vous étonne, reprit-il ; mais vous ne savez donc pas que la campagne avec son ciel, son air et sa solitude est une chaire où le professeur voit plus juste et raisonne mieux }

— Vous êtes donc spiritualiste ?

— Je n'ai jamais été autre chose. On peut, en prenant dans mes thèses des phrases éparses, on peut me faire dire ce que l'on veut, mais on ne m'empêchera pas de croire que la nature a des secrets qu'elle garde soigneusement pour elle, en se moquant de ceux qui veulent les scruter ».

L'année 18S7 fut marquée par un tremblement de terre qui causa de grands désastres en France comme en Italie. Il commença à se produire à six heures du matin, le mercredi des Cendres^ alors que finissait l'orgie du carnaval.

A Menton, .sur huit cents habitations atteintes, quatre-cent cinquante n'étaient plus bonnes qu'à démolir ; la voûte de l'église paroissiale s'était en partie effondrée au moment où les fidèles venaient d'en sortir. Même accident à l'église de la Conception. Le nombre des balcons et des corniches emportées était incalculable. Une des deux tours du château du Louvre, î-ue Partourneaux, était emportée. I-e pain ayant manqué dans la journée, on fut obligé d'en réquisitionner à Nice. A Cannes et à Monte-Carlo, la panique fut considérable. L'impression fut aussi très vive à Marseille. Dans la nuit de mercredi à jeudi, beaucoup de personnes sont allées coucher à la campagne. Des familles entières ont campé sur les quais, malgré le froid. Douze

3. Ce fut le mercredi des Cendres que les maisons s'ébranlèrent et s'écroulèrent, com.me ce fut le mercredi des Cendres que le théâtre de Nice, regorï^eant de spectateurs, fut incendié (300 personnes brûlées vives en 1884), comme ce fut le mercredi des Cendres qui vit l'incendie du Casino de Nice en 1885. Ce fut encore le mercredi des Cendres qu'arriva la catastrophe du chemin de fer de Monte-Carlo : mercredi des Cendres, premier jour du Carême, qui n'est plus observé.

mille voyageurs ont quitté ^Marseille pour se rendre à Paris, à Biarritz ou en Angleterre.

Un très grand nombre de localités du département des Bouches-du-Rhône, furent atteintes. Beaucoup de maisons furent renversées. A Castillon, la majeure partie des maisons se sont écroulées ou menacèrent ruine. Sur 500 habitants, près de 300 se trouvèrent sans asile et sans ressources. On voyait des malheureux pénétrer dans des décombres, sous des murs sur le point de s 'effondrer pour retirer quelques aliments enfouis sous des ruines et le plus souvent sans résultat.

D'autres départements du Midi ont encore été frappés. A Briançon, à Sisteron, à Saint-Bonnet, etc., on a également constaté des dégâts.

A Gap, des dommages très sérieux ont été occasionnés, surtout à la maison centrale et à la cathédrale.

Dans les Basses- Alpes, deux maisons se sont écroulées à Entrévaux, dont une de six étages, ensevelissant une femme qu'on a retirée écrasée.

Les églises de Jeaussier et de I.arche ont été très endommagées.

. La tour du château du Chaffaut s'est effondrée. La voûte de l'église de Moutsier, vieux monument historique des plus remarquables du Midi, a été lézardée.

Nulle part, la panique ne fut plus grande qu'à Nice. On sait que nulle part le carnaval n'est aussi scandaleux. Les masques furent surpris dans la rue. En plusieurs villas on en trouva écrasés sous les ruines du bâtiment où ils avaient dansé ; quelques-uns ont été pris d'une telle épouvante qu'ils sont revenus de Nice à Paris (plus de mille kilomètres) leur habit de pierrot ou de colombine sur le dos. D'autres pierrots, c'est la Gazette du Midi qui en fit l'observation, se réfugièrent dans les églises. « Ce que les athées et les débauchés ont prié, dit-elle, c'est indicible. « A genoux ! à genoux, criait-on dans les rues. » Si orgueilleux qu'il soit, l'homme se sent bien petit, en face des grandes forces naturelles qui sont les agents de Dieu. »

A cette occasion, M. Rochefort dit dans son journal :

« Nous ne serions pas fâchés de reprendre l'Alsace et la Lorraine, et Bismarck médite peut-être de nous prendre la Champagne. Qui oserait nous affirmer que dans liuits jours, l'Alsace, la Lorraine, la Champagne, Bismarck et nous ne serons pas tous ensemble dans les entrailles de ce globe

j.Si; CLLPABILITK DU PUBLIC.

.terrestre pour I.i conquête duquel on fabrique tant de canons et on fond tant d'obus, soit à la dynamite, soit à la mélinice, soit à la roburite ? »

(oinbleii peu d'hommes en France tirèrent la conclusion qui sort naturellement de cette observation ? La mort peut être î>i soudaine et est toujours si menaçante qu'il faut se tenir constamment en mesure de n'avoir point à craindre ses coups.

Quelques semaines plus tard, un affreux sinistre anéantissait à Paris le théâtre de l'Opéra-Comique. Un journal mondain en enregistrant comme tous les autres journaux le chiffre officiel des morts et des blessés eut soin d'ajouter : ce Je ne crois pas qu'on ose imprimer jamais le vrai chiffre des victimes de l'Opéra-Comique. » En cette année, il y eut rien qu'à Paris treize incendies de théâtres. Ces lieux de perdition n'en furent pas moins fréquentés.

Une épouvantable catastrophe se produisit en 1897 dans le département des Vosges. Un réservoir d'eau, d'une capacité de sept millions de mètres cubes, a crevé à cinq heures du matin, projetait cette énorme avalanche dans la vallée, où elle a raviné les terres, emporté les ponts, enlevé les maisons comme des fétus, et, ce qui est plus déplorable encore, noyé les personnes qu'elle y surprenait dans leur sommeil et roulant leurs cadavres.

On a accusé la science qui a construit ce réservoir peu d'années auparavant, et l'on a dit que les ignorants du moyen âge qui ont élevé des cathédrales, savaient, eux, construire des ponts et des digues qui, après cinq, six et sept siècles, résistent toujours; on a mis en cause l'administration. Il paraît bien, en effet, que, dès le mois de juin 1889, la digue avait fléchi et s'était, crevassée. On avait bouché les trous avec des pièces de bois et l'on s'était endormi, laissant toute une population sous une menace continuelle de ruine et de mort.

On a accusé le gouvei-nement. On a dit qu'il avait lésiné, disputé aux constructeurs un million que ceux-ci déclaraient nécessaire à assurer la solidité de leur œuvre. Mais ce gouvernement qui a besoin de tant de millions pour ses écoles sans Dieu, devrait-il se montrer avare quand il s'agit de sauvegarder des vies humaines et l'avoir de toute une contrée ? M. Ribot a motivé sa loi de spoliation des congrégations reli-

gieuses en disant qu'il lui fallait bien trouver quelque part les cinquante millions nécessaires à l'équilibre du budget. Et voilà qu'avant que sa recette ne soit faite, les cinquante millions lui sont enlevés, en un clin d'œil, dans un désastre épouvantable.

Passons à l'année 1902, car il n'est pas nécessaire de tout dire sur ce sujet pour la conclusion que nous voulons en tirer. En la fête de l'Ascension, la France se trouvait frappée dans la plus ancienne de ses colonies, l'une de ses plus chères possessions ; elle a voulu la reconquérir chaque fois que les révolutions l'ont arrachée de ses mains, la Martinique. Le volcan a rouvert son cratère, a vomi le feu de ses entrailles et en quelques heures la ville a été réduite en cendres. Quarante mille âmes ont paru devant le tribunal de Dieu. On était là comme chez nous en pleine agitation électorale. En France, la secte faisait un nouvel et puissant effort pour se donner les moyens d'arracher du cœur des Français jusqu'à la dernière racine d'attachement à l'Eglise, et près de la moitié des électeurs se faisaient les complices de ce forfait. A Saint -Pierre de la Martinique, 400 nègres s'étaient déclarés décidés à se livrer à des voies de fait sur les prêtres et les religieuses. Celles-ci, effrayées par les placards menaçants apposés sur les murs de leur couvent, s'étaient mises en prières dans leur chapelle. C'est là que la catastrophe les surprit. Elles y restèrent quarante-huit heures, et en sortirent vivantes, tandis que les personnes habitant les alentours périrent. L'année précédente, à la procession du Saint-Sacrement, le divin Sauveur avait été accueilli par des insultes ordurières, et l'évêque, Mgr de Courmont, s'était hâté de rentrer dans la cathédrale et avait dit que, pour venger l'honneur de son Fils, Dieu rallumerait peut-être les feux qui couvaient aux flancs de la montagne.

M. le Comte de Marolles, rédacteur en chef de la Corporation, a joint son témoignage à celui de la Délivrance pour affirmer que le Vendredi-Saint, les francs-maçons, après avoir banqueté gras, s'étaient rendus sur le mont Pelé pour y jeter un crucifix, avec toutes sortes d'outrages, à l'endroit où le cratère s'ouvrit quarante-deux jours plus tard *.

4. Au lendemain d'un autre cataclysme du genre de celui de Saint-Pierre, celui qui détruisit la ville de Messine, en 1908, Edouard Drumont écrivit :

Km présence de ces coïncidences si frappantes, le chrétien éclairé par la foi se rappelle que les Saintes-Ecritures s'attaclient, de leur première à leur dernière page, de la Genèse à l'Apocalypse, à élever les pensées des témoins de tels désastres au-dessus de l'action des forces naturelles, jusqu'à Dieu qui a oj-donné le monde matériel en vue du monde moral et surnaturel, et qui, par sa Providence, appelle les œuvres de l'un à servir à la manifestation et au progrès de l'autre. Le grand docteur de la démocratie chrétienne, l'abbé Naudet, dans la Justice sociale du 3 mai, protesta à l'occasion de ce sinistre contre cette manière de voir. Pie X, dans l'allocution prononcée à l'occasion du décret de tiito pour la béatification de Jeanne d'Arc, parla autrement :

« Nous avons vraijnent besoin de la puissante intercession des Saints, afin que la présente société, lépreuse et paralytique, reconnaisse le mal qu'elle fait et recoure à Dieu pour qu'il la sauve de la ruine. Ingrate aux bienfaits largement répandus sur elle, sourde aux invitations amoureuses de Celui qui la voudrait voir sur !a voie du bien, elle en est arrivée au point de méconnaître Dieu, non seulement dans les grâces dont II la comble, mais aussi dans les châtiments dont II la flagelle : châtiments regardés comme des phénomènes inexorables de la nature. »

Pie X rangeait donc ouvertement ces sortes de catastrophes parmi les fléaux de Dieu, destinés à punir les péchés du monde^.

(( La catastrophe de Messine est sans précédent dans l'histoire de l'humanité. C'est comme une répétition préliminaire de la fin du monde, la mise en scène du dernier chapitre du Maître de la Terre. Les prédictions des Evangiles sont accomplies, les vertus du ciel sont ébranlées. »

Un autre écrivain, M. Oscar Havard, avait déjà, quelques jours auparavant, exprimé la même pensée :

^ « Ce qui nous frappe dans les dernières catastrophes, faisait-il observer, c'est non seulement leur fréquence, mais leur aggravation. Les fléaux semblent obéir à la même loi de progression que nos scandales et nos crimes.

» Le comte de Montessus de Balore, l'homme de France, et peut-être du monde entier, qui connaît le mieux les phénomènes sismiques, s'est livré à une enquête qui a porté sur 75.737 tremblements de terre. Or, sur ce chiffre, combien ont eu un aboutissement tragique? Une centaine, et c'est sur la période actuelle que se répartissent les soulèvements les plus meurtriers...

» Il semble que sous le choc de ces explosions tragiques, nous devrions mieux comprendre les avertissements qui s'en dégagent. 11 n'en est rien... On se contente de balbutier quelques phrases de commisération banale, sans évoquer le souvenir des paroles évangéliques qui nous annoncent en termes lapidaires ces jours de désolation et de terreyr. »

5. En présence des fléaux jetés sur l'Egypte par la verge de Moïse, les magiciens de Pharaon vo3^ant leur impuissance à les conjurer, dirent : Dis^itus Deî est hic. Plus aveugles que ces ministres de Satan sont les chrétiens oui '^'obstinent à ne voir dans les avertissements de la Provid<=^ncp que des effets des forces naturelles.

Joseph de Maistre était l'écho de la conscience du genre humain, lorsqu'il écrivait dans les Soirées de Saint-Pétershourg :

« C'est, à mor\ avis, très bien, très justement, et même, si vous voulez, très philosophiquement fait d'établir comme un dogme national que tout fléau du ciel est un châtiment ; et quelle société humaine n'a pas cru cela ? Quelle nation antique ou moderne, civilisée ou barbare, n'a pas regardé ces calamités comme l'ouvrage d'une puissance supérieure qu'il était possible d'apaiser ?... On peut et l'on doit assurer, en général, que tout mal physique est un châtiment : et qu'ainsi, ceux que nous appelons les fléaux du ciel, sont nécessairement la suite d'un grand crime national ou de l'accumulation des crimes individuels ; de manière que chacun de ces fléaux pouvait être prévenu, d'abord par une vie meilleure, et ensuite par la prière. »

En 1906, la catastrophe de Courrières, eut un profond retentissement danfe tous les cœurs, non seulement dans le Nord mais dans toute la France. De tous les mineurs qui s'y trouvaient au moment où le grisou fit explosion, treize seulement sont sortis vivants de la mine, après un enterrement, peut-on dire, de vingt jours. Méni, qui soutenait leur courage, dit au préfet du Pas-de-Calais : ce C'est Dieu, vous pouvez m^en croire. Monsieur le préfet, qui nous a sauvés » ; et ses camarades ont déclaré que durant ces terribles jours, les prières,qu'ils croyaient avoir oubliées, leur revenaient au cœur et sur les lèvres. Ils ajoutèrent : « Ces prières ont été exaucées » ; et ils manifestèrent spontanément le désir de se rendre à Lourdes remercier la Très Sainte Vierge de leur salut, pèlerinage qu'ils accomplirent. '

C'était peu de temps après que Jaurès eut annoncé à la tribu)ie que bientôt l'on n'entendrait plus en France ce la vieille chanson » de l'espérance chrétienne*^. Nous n'en aurons bientôt plus besoin, disait-on, car le progrès veut que nous arrivions sous peu à être délivrés de la misère. Or la misère n'est-elle pas irréductible? Empêcherez-vous jamais les morts et les deuils, les maladies et les souffrances morales, et tous ces mille tourments qui naissent du conflit des passions et qui rongent aussi bien et même mieux, ceux qui ont toutes choses à profusion que ceux qui sont dénués de tout ?

6. M. Viviani prononça à la tribune de la Chambre des paroles non moins impies et inhumaines.

1110 CULPAHILÏTÉ DU PUBLIC.

Kii 1!KI7 arrivèrent coup sur coup les nouvelles les plus navrantes : les incendies et les inondations se multipliaient. Dansle Languedoc, déjà si éprouvé par la crise vinicole, les plaines de rilérault furent inondées et les vendanges détruites. Puis ce furent les départements voisins. Depuis cinquante ans, nul sinistre analogue n'avait affligé ces populations naguère si prospères.

En septembre 4908, à Paris, le central téléphonique fut détruit par l'incendie. Un cri de détresse, qui n'aurait pas eu. de raison, il y a cinquante ans, puisque le téléphone n'était pas inventé, retentit dans Paris et se répercuta en province : plus de communications à la bourse, aux journaux, dans les théâtres, \e^ hôtels, les nnaisons de commerce, etc. Affaires publiques et privées, plaisirs, commodités, tout est en souffrance ; et l'on se demande ce qui arriverait si... et si... et isi...

« Là, dit M. Cil. ]Maiira.s, est le défaut de la carapace brillante que s'est donnée l'homme. Certes, elle est brillante. Il a multiplié les inventions,. les artifices, tantôt contre la peine du froid ou de la faim, tantôt en raison de la lenteur de ses pieds, des lacunes de sa mémoire, de la faiblesse de son bras. La foudre est son dernier esclave. Qu'inventera-t-il pour se libérer de ce nouveau serviteur et pour se passer de lui le cas échéant ? »

Quand est venu par la guerre le règlement de comptes, que tous ces avertissements ne nous ont point fait éviter, toutes les inventions du progrès nous ont manqué à la fois, toutes se sont même tournées contre nous et nous firent souffrir mille fois plus que nous n'en avions jamais joui.

Les débuts de l'année 1909 furent marqués par le tremblement de terre de la Sicile et la destruction de Messine, de Reggio, etc. C'était hors de France, mais au mois de juin, ce fut notre pays, le Midi, qui fut ravagé par le même fléau. Les tremblements de terre signalés depuis deux siècles avaient toujours atteint des pays étrangers : la Sicile, la Calabre, les îles de la Méditerranée, l'-Espagne, le Portugal, le Chili, la Colombie, les i^ntilles, «te. Nous habitions une terre de sécurité, d'où nous compatissions au malheur d 'autrui, sans le redouter pour nous-mêmes. « Pourquoi, disait avec des ironies blasphématoires, M. Pelletan, après la catastrophe de Messine, pourquoi la Providence permet-elle ce sinistre là-bas, plutôt que chez nous, les séparés, les révoltés, les mécréants »? Dieu n'avait

voulu jusque là nous donner que des avertissements, le châtiment ne devait venir que lorsque sa patience serait épuisée, en 1914. M. Pelletan put cependant faire d'autres réflexions lorsqu'il vit le tremblement de terre secouer sa propre circonscription électorale.

En 1910, ce fut Paris qui fut averti, au lendemain des débats où les élus du suffrage universel venaient d'affirmer leur volonté de prendre de nouvelles mesures, de faire de nouvelles lois pour assurer l'empire de Satan sur les jeunes âmes marquées du caractère des enfants de Dieu. Une inondation vint miner la capitale au point de faire craindre un écroulement dans les égouts et le métropolitain.

La Semaine religieuse de Cambrai appela l'attention de ceux qui manifestaient ces craintes sur ce que Brentano avait écrit en 1820 sous la dictée de la vénérable Catherine Emmerich :

« Je vois dans cette grande ville de grandes misères, une affreuse corruption et des abominations horribles. Il me semble que Ton mine en dessous, cette grande ville, qu'elle est près de s'engloutir et qu'il n'y restera pas pierre sur pierre. »

Ni en 1820,. année où ces pa?;oles furent écrites, ni en 1865- 1870 où la vie de la Vénérable, écrite par le R. P. Schmœger, rédemptoriste, fut traduite et publiée en français, les égouts qui sillonnent actuellement le sous-sol de Paris n'étaient creusés et la construction du métropolitain n'était pas encore à l'étude. Grâces à Dieu, la catastrophe ainsi annoncée ne s'est point produite. Une fois encore c'est la miséricorde qui a triomphé ^^.

On estima à cinq milliards le chiffre des pertes occasionnées par ces inondations et les travaux de réfection qu'elles nécessitaient ^. M. Delahaye eut le courage de dire à la séance dur

6^. A cette occasion il est bon de rappeler i*' que les prédictions, même celles des Saints et des Saintes que l'Eglise a canonisés, ne sont pas nécessairement exemptes d'erreur ; 2° que selon l'observation de saint Thomas d'Aquin (II^- II*, q. CLXXIV, a. i), les prédictions de menace ne se réalisent point toujours. Elles annoncent l'effet qui sortira de telles causes si rien ne survient pour l'empêcher.

7. On a constaté que la seule organisation qui n'ait ni secouru, ni aidé les sinistrés, c'est la Franc-Maçonnerie.

Elle a mieux fait : elle manifesta bien haut son étonnement de ce que les fonds recueillis par la presse n'avaient pas été versés entre ses mains. Elle a même poussé le cynisme et l'odieux jusqu'à baver, par ses jourjournaux, la Lanterne entre autres, sur la charité personnifiée par la Croix-

2') jnu\\vr .lu Sénat : « \'ous êtes châtié de votre impiété ; et vous craii^Jiez de vous humilier devant Dieu. »

L'jie nouvelle catastrophe nationale nous frappa en septembre JOli, par l'explosion du cuirassé Liberté, occasionnant de séï-ieuses avaries à La République, à La Vérité, et à La Démocrniie ; et cela au lendemain d'une parade où notre marine, dont tout le monde s'accordait à déplorer la décadence, était présentée au public pleine de force et de splendeur.

Au cours même des manœuvres C[ui suivirent la revue de Toulon, Le Saint-Louis éventra un de ses frères d'escadre, puis ce fut La Gloire; le dimanche suivant un accident se produisait sur La Vérité, blessant grièvement un maître mécanicien, et le lundi matin, La Liberté sautait avec une partie de son équipage '^ .

ce Est-ce un symbole, demandaient MM. de Cassagnac, que ces catastrophes atteignant des navires dont l'état-civil a été pour ainsi dire laïcisé et dont les noms, au lieu de commémorer des gloires et des hauts faits d'armes, suggèrent l'idée des plus bas mensonges de la politique ? »

Chez les autres nations, il y a des accidents, même des malheurs. On peut affirmer que, dans aucune autre marine, on ne rencontre cette succession effroyable de catastrophes.

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