‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 36 sur 98 · QUELLE EXPLICATION DONNER · texte numérisé non relu

QUELLE EXPLICATION DONNER

tant à la pesanteur des phénomènes qu'on ne s'était jamais avisé de lui attribuer ; mais le laquais du grand homme en savait, sur la cause de la pesanteur, autant que son maître. Le principe du mouvement ne peut se trouver dans la matière, et nous portons en nous-mêmes la preuve que le mouvement commence par une volonté; C'est ce que dit Platon : ce Le mouvement peut-il avoir un autre principe que cette force qui se meut elle-même ? » (Platon, De Lege) .

Newton d'ailleurs ne pensait pas autrement. Dans ses lettres théologiques au D"" Bentlig, il dit plus explicitement ce qu'il a dit dans sa philosophie naturelle (Principes mathématiques) : « Lorsque je me sers du" mot d'attraction, je n'envisage point cette force physiquement, mais seulement mathématiquement. Que le lecteur se garde donc bien d'imaginer que par ce mot j'entends désigner une cause ou une raison physique, ni que je veuille attribuer aux centres d'attraction des forces réelles et physiques, car je n'envisage dans ce traité que des proportions mathématiques sans m 'occuper de la nature des forces et des qualités physiques ».

Clarke, de qui Newton a dit : ce Ciarke seul me comprend », a fait cette déclaration : « L'attraction peut être l'effet d'une impulsion, mais non certainement matérielle, impulsu non utiqiie corporeo. Et dans une note il ajoute : L'attraction n'est certainement pas une action matérielle à distance, mais l'action de quelque cause immatérielle. »

Le monde matériel est donc régi par les anges, à ce point que saint Thomas (q. LU) se demande s'il y a un ange dont la vertu pourrait atteindre par un même acte et comme objet proportionné à sa puissance tout l'univers matériel ? Et il répond : La chose n'est pas impossible en soi. Mais les anges destinés à l'administration du monde matériel étant multiples, chacun d'eux n'a qu'une vertu limitée à certains effets déterminés.

Les anges déchus ont-ils conservé la part qui leur était échue dans le gouvernement du monde ? Saint Paul a décidé la question. Il les appelle encore après leur chute cries vertus des cieux.»

Ils continuent, observe Bossuet, a être appelés « Vertus des Cieux » pour nous montrer qu'ils conservent encore dans leur supplice la puissance comme le nom qu'ils avaient par leur nature. Dieu pouvait justement les priver de tous les avantages naturels, c'est toujours Bossuet qui parle, il a mieux aimé faire voir, en les leur conservant, que tout le bien de la

nature tournait en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l'intollij^ence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais ; et la force de leur volonté à mouvoir les corps, par cette même raison, leur est restée comme des débris de leur effroyable naufrage. Ils ont été coiidamnés pour leur crime, mais la condamnation divine n'a pas détruit leur nature. Vous croirez ]>eut-être, dit encore Bossuet, que leur ruine les a désarmés, et qu'étant tombés de si haut, ils n'ont pu conserver leurs forces entières. Désabusez- vous, chrétiens, tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté i^. »

En parlant ainsi, Bossuet ne fait que répéter saint Jean Chrysostome. 11 ajoute : Leur puissance sur le monde matériel est telle que ce si Dieu ne retenait leur fureur, nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité que nous tournons une petite boule ».

Dieu laissa aux mauvais anges l'exercice de la nature forte et intelligente qu'il leur a donnée; mais comme l'histoire de Job et celle de David nous en fournissent des exemples, il prend soin de ne pas les laisser user de tout leur pouvoir dans le combat inégal avec la nature inférieure de l'homme mais seulement autant qu'il le leur permet en chaque cas particulier.

Chacun des exécuteurs des justices divines voit sa puissance limitée à certains effets déterminés, et ce n'est que dans les limites de ce pouvoir que les agents spirituels peuvent agir sur îa matière. Ces limites peuvent être étendues ou restreintes au gré de la volonté divine, et aussi selon nos mérites ou nos démérites. De même que Satan a demandé à Dieu de pouvoir cribler les Apôtres, il peut lui demander aussi, en punition de nos péchés et de notre ingratitude, de pouvoir troubler les saisons, activer les feux des volcans, etc. ; et Dieu peut trouver dans notre conduite à son égard des motifs de lâcher la bride à sa puissance maligne et malfaisante.

L'Evangile nous rapporte sur la présence dans notre monde des esprits déchus et de l'action qu'ils peuvent y exercer un

lo. Elévations sur les mystères, xxxiii^ semaine, 5® élévation.

Au psaume LXXVIT sont rappelés les miracles opérés par Dieu en faveur de son peuple et ringrathude de celui-ci.

Puis le psalmiste dit comment les mauvais anges le punirent de ses infidélités :

<( Il dévasta leurs vignes par la grêle,

et leurs sycomores par la gelée ;

La grêle tua leur bétail

et la foudre leurs troupeaux.

Tl déchaîna contre eux... toute une armée de mauvais anges.

Misit in eos.... immissiones... per angclos malos.

fait bien digne d'attention". Comme Jésus quittait la barque de laquelle il avait apaisé la tempête, un possédé sortit furieux d'un tombeau où il avait établi sa demeure. Jésus commanda à la « légion » qui était dans le corps de ce malheureux d'en sortir. Ces démons prièrent Jésus de ne pas les envoyer dans l'abîme avant le temps, mais de leur permettre d'entrer dans, les corps des pourceaux qui étaient là en troupeau, ce Allez », leur dit Jésus. Coleridge, dans son commentaire de l'Evangile, dit : Les Saints Pères, dont la doctrine est basée sur l'Ecriture, nous enseignent qu'un grand nombre de ces mauvais esprits, probablement le plus grand nombre, n'ont pas encore été renfermés dans la prison de l'enfer où sera leur demeure pendant l'éternité; non pas du moins par cet emprisonnement complet et définitif qui doit être leur sort après le jugement dernier, et que dès lors c'est pour eux un contentement relatif d'avoir la permission de hanter l'air et la terre sur laquelle nous vivons. C'est à ce bannissement final dans leur prison éternelle que les démons font allusion dans ce passage de l'Evangile.

On peut dire que cette doctrine a été confirmée au temps où nous sommes, par les Papes et qu'ils s'en sont inspirés pour s'opposer aux fléaux que nos péchés ont attirés sur nous. Par le décret Urhis et Orhîs du 6 janvier 1884, Léon XIII a ordonné qu'après chaque messe basse le prêtre réciterait à genoux des prières adressées à la très Sainte Vierge, à saint Joseph, aux Saints Apôtres Pierre et Paul et à saint Michel. A la mort de ce pontife, quelques canonistes ayant exprimé la pensée que ce décret tombait avec celui qui l'avait prescrit, le nouveau Pape Pie X en renouvela l'obligation. Or que dit cette prière ? « Saint Michel Archange, soyez notre secours contre la malice et les embûches du diable. Par la vertu divine, repoussez en enfer Satan et les autre? esprits mauvais qui sont répandus dans le monde. »

Saint Bernard, parlant de son temps, disait : « Nous avons vu, nous aussi des jours où Dieu n'a épargné ni son peuple ni l'honneur de son nom; il était provoqué par nos crimes. » Et tandis que ces crimes se multipliaient, nous entendons, rtous

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