II. Matt. VIII, 28-37. — Marc, v, 2-21, — Luc. vin
aussi, (le faux prophètes nous annoncer paix et prospérité, bien mieux le ])aradis en ce monde. Ce qui est venu, c'est ce que nous avions mérité, (c Les jugements de Dieu sont équitables. Ils se justifient par eux-mêmes ».
g JII. — LES BONS ATTEINTS AU MILIEU DES MÉCHANTS.
Les fléaux qui ont précédé la guerre et la guerre elle-même ont soulevé d'autres questions au sujet desquelles le public fut aussi mal endoctriné : Pourquoi l'irmocent est-il enveloppé dans la peine portée contre les coupables ? Pourquoi dans les représailles du ciel contre les crimes de la société, ceux qui n'y ont point participé sont-ils frappés aussi bien que les autres ? A cela J. de Maistre a répondu : « Le monde étant gouverné par des lois générales, vous n'avez pas, je crois, la prétention que, si les fondements de la terrasse où nous parlons étaienf mis subitement en l'air par quelque ébranlement souterrain, Dieu fût obligé de suspendre en notre faveur les lois de la gravité, parce que cette terrasse porte en ce moment trois hommes qui n'ont jamais ni tué ni volé. Voudriez-vous lorsqu'il grêle que le champ du juste fût épargné ? Voilà un miracle. Mais si par hasard ce juste venait à commettre un crime après la récolte, il faudrait encore qu'elle pourrît dans ses greniers ; voilà un autre miracle. De sorte que chaque instant exigeant un miracle, le miracle deviendrait l'état ordinaire du monde ; c'est-à-dire qu'il ne pourrait plus y avoir de miracle ; que l'exception serait la règle, et le désordre, l'ordre. Exposer dé pareilles idées c'est les réfuter suffisamment. . . Observez cependant que malgré ces lois générales et nécessaires, il s'en faut de beaucoup que la prétendue égalité ait lieu réellement. La loi visible et visiblement juste est que la plus grande musse de bonheur, même temporel; appartient, non pas à Vliomme vertueux^ mais à la vertu ^^'''' ».
Ajoutons que les calamités publiques servent aux personnes vertueuses qu'elles atteignent à se sanctifier personnellement et
iibis. J. de Maistre. Soirées de Saint-Pétershourg. Voir tout le P entretien dont nous ne donnons que quelques lignes.
rcniicr
à obtenir pour leurs frères miséricorde. Tel fut l'holocauste que
les religieuses de Marseille firent, lors du choléra qui y sévissait,
de leurs personnes sanctifiées par la divine charité, pour le salut
de tous.
« Le Seigneur, a dit magistralement Bossuet, sait ceux qui sont à lui, -et son œil veille toujours sur les justes. Quoiqu'ils soient mêlés parmi les impies, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes, battus enfin des mêmes tempêtes. Dieu sait bien démêler les siens de cette confusion générale. Le même feu fait reluire l'or et fumer la paille, et le vin ne se confond pas avec le marc, quoiqu'ils portent tous les deux le poids du même pressoir. Ainsi les mêmes afflictions qui consument les méchants purifient les justes. Quelquefois, cependant, les méchants prospèrent et tâchent de faire rougir l'espérance de l'homme de bien, par l'obtention d'un éclat présent. Disons-leur alors avec le grand Augustin : ce O herbe rampante, oserais-tu te comparer à l'arbre fruitier, pendant les rigueurs de l'hiver, sous prétexte qu'il perd sa verdure et que tu conserves la tienne ? Viendra l'ardeur du grand jugement qui te desséchera jusqu'à la racine et fera germer les fruits immortels des arbres que la patience aura cultivés. »
Le propre du châtiment social est de viser directement les
sociétés et indirectement les individus. Ceux-ci peuvent donc
en être victimes sans aucune faute personnelle. J. de Maistre a
fort bien dit dans ses Soirées :
(c Lorsque Dieu punit une société pour les crimes qu'elle a commis, il fait justice comme nous le faisons nous-mêmes dans ces sortes de cas, sans que personne s'avise de s'en plaindre. Une ville se révolte, elle massacre les représentants du souverain ; elle se défend contre lui, elle est prise. Le prince la fait démanteler et la dépouille de ses privilèges ; personne ne blâmera ce jugement sous le prétexte d'innocents renfermés dans la ville. »
De Maistre se fait ici interrompre par le Chevalier qui objecte :
ce Permettez-moi de vous le demander : qui empêcherait le bon roi de prendre sous sa protection les habitants de cette ville demeurée fidèle, -de les transporter dans quelque province plus heureuse, pour les y faire jouir, je ne dis pas des mêmes privilèges, mais de privilèges encore plus grands et plus dignes de leur fidélité ?
Et le Comte réplique :
ce C'est précisément ce que Dieu fait, lorsque des innocents périssent dans une catastrophe générale. »
Le ciel est cette province plus heureuse, conférant des privilèges plus grands, plus dignes de la fidélité des justes.
Nous avons entendu des personnes demander pourquoi le Nord de la France était •si cruellement ravagé, dévasté, affamé, alors qu'il ne semblait point plus coupable que les autres provinces, et que même il avait montré plus de zèle et de générosité qu'au-
cune autre, peut-être, pour la défense du Souverain-Pontife aux jours de l'invasion de ses Etats et pour son entretien par le Denier de Saint-Pierre; plus de générosité aussi pour la conservation de la foi chez lui, dans l'éducation chrétienne de ses enfants, et dans toutes les œuvres d'intérêt général pour la catholicité. Voltaire avait déjà posé cette question au sujet du tremblement de terre de Lisbonne en 1755.
« Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices, que Paris, plongée dans les délices ? Lisbonne çst abîmée, et l'on danse à Pans. »
J. de Maistre répondit :
« Grand Dieu, cet homme voulait-il que le Tout-Puissant convertisse le sol de toutes les grandes villes en places d'exécution ? Ou bien voulait-il que Dieu ne punisse jamais, parce qu'il ne punit pas toujours, et partout, et dans le même moment ? Voltaire avait-il donc reçu la balance divine pour peser les crimes des rois et des individus, et pour assigner ponctuellement répoque des supplices ? Et qu'aurait-il dit, ce téméraire si, dans le moment où il écrivait ces lignes insensées, au milieu de la ville ylongée dans les délices, il eût pu voir tout à coup, dans un avenir si peu reculé, le Comité du Salut public, le tribunal révolutionnaire et les longues pages du Moniteur toutes rouges du sang humain ^- ? >>
La réponse à ces questions et à d'autres semblables est inscrite sur le Calvaire, qui présente à nos méditations dans les plus horribles supplices une victime d'infinie sainteté. Aujourd'hui comme alors il faut que le juste expie pour le pécheur. Celui-là obtient pour celui-ci, des grâces de conversion, et il s'acquiert à lui-même les mérites qui lui vaudront la gloire et la béatitude éternelle.
« Que sont, demande l'Apôtre, les souffrances du temps présent auprès de la gloire à venir qui sera manifestée en nous ? Il n'y a aucune proportion... Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. Il les a connus d'avance, et il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils. Il les a appelés, il les a justifiés, et ceux qu'il a justifiés il les n glorifiés 13. »
Notre génération s'est mise en dehors de ces grandes vérités. Aucun des fléaux relatés ci-dessus, bien qu'ils aient été échelonnés sur quarante années et qu'ils fussent venus avertir et exhorter chacune de nos provinces, l'une après l'autre, n'a pu nous retirer du tourbillon des plaisirs. Chose non moins digne d'observation et qui a été faite par d'autres (|ue nous et avant