Convent de 1903, compte-rendu, p
chiffre des signatures apposées sur ces pétitions s'éleva au total
de un million huit cent neuf mille quarante-cinq.
C'est là, dit rhonorable rapporteur, M. Payot, un résultat matériel considérable et qui n'eût jamais été obtenu s'il ne fût sorti des entrailles du pays, et s'il n'eût été comme le soulèvement de l'opinion publique. L'autorité, ajoute-t-iJ, pour entraver le pétitionnement, n'a pas toujours reculé devant les moyens d'intimidation en son pouvoir ; des maires ont été suspendus ou destitués pour avoir apposé leurs signatures sur les pétitions, ou même, cela s'est vu, parce que quelqu'un de leurs proches avait usé d'un droit que la Constitution consacre. Des instituteurs, des institutrice», des gardes champêtres, des débitants de tabac ont été menacés dans leur avenir, des cafés ont été fermés... mais rien n'a pu arrêter l'élan ; on remplissait un devoir.
Députés et sénateurs étaient donc bien informés des sentiments du pays. Ces pétitions disaient : ce Voilà ce que nous voulons ! » Que répondit M. Ferry ? Contesta-t-il l'importance et la signification de ce magnifique mouvement populaire ? Non ; il prétendit que les signatures n'avaient été obtenues que par tromperie, en prêtant au gouvernement des intentions qu'il n'avait pas : l'intention de chasser les Frères et les Sœurs.
ce Savez-vous, d'it-ïl, à quel prix, en tout lieu, on a arraché ces signatures ? On a dit partout : Il n'agit de chasser les Frères et les Sœurs, et, comme dans un grand nombre de nos villages les populations sont attachées aux Frères et aux Sœurs des écoles, ON x signé pour conserver les FRÈRES ET LES SŒURS. » (Assentiment à gauche et au centre). (Séance du 27 juin 1879). »
M. Gauthier de Clagny posa cette question au ministre de l'Intérieur : Quelles instructions seront données aux préfets relativement aux discussions qui ne manqueront pas de s'engager devant plusieurs conseils généraux? Le Ministre n'hésita pas à déclarer que des ordres formels étaient donnés aux préfets pour que cette discussion fût interdite aux consultés. On redoutait leur réponse, quoique les conseils généraux fussent formés par les mêmes électeurs que la Chambre des députés.
Les Loges et les Comités, en préparant les lois impies, en les imposant au vote des Sénateurs et des Députés, à la signature du Président, à la promulgation du ministre, à leur exécution surveillée par les administrations et les tribunaux, savaient donc bien qu'en agissant ainsi, ils ne répondaient en aucune façon aux vœux de la population.
M. Combes, alors président du Conseil, pour arracher à la Chambre des Députés le vote de proscription contre les congrégations enseignantes, a payé d'audace en affirmant :
ce Le pays est manifestement avec nous. Vous ne pouvez pas vous séparer de lui sans vous perdre... Des Alpes-Maritimes aux Côtes-du-Nord, dans toutes les cîrconscriptions électorales récemment consultées, le paijs s'est prononcé, pour les candidats résolus a soutenir le gouvernement dans sa lutte contre les congrégations religieuses. » (Journal officiel, séance du 19 mars 1903, page 1236).
L'affirmation de M. Combes ne «upporte pas l'examen. Nous venons de le voir, il n'y a qu'un peu plus du quart du pays qui soit admis à se pr^ononcer.
Au moment oii M. Combes prononçait les paroles que nous venons de rapporter, venait d'être fait un relevé statistique très curieux, d'où il résultait que les 300 députés du Bloc qui ont voté le 18 mars contre les congrégations d'hommes, ne représentent que ^.693.812 électeurs, sur le nombre total des électeurs français inscrits, qui est de 11.219.99'2, Le hloc représente donc UN CINQUIÈME environ de ce total.
Dans douze départements pas un seul député se prononça contre les religieux ; et il n'y eut que deux départements, VAin et Seine-et-Marne, où les députés du hloc radical-socialiste représentaient la majorité des électeurs,
Barruel, dans ses Mémoires sur le jacobinisme , rapporte cette parole de Marmontel :
ce On lui fera vouloir (à la nation) ce qu'elle ne veut point et on lui fera dire ce qu'elle n'a jamais pensé. Si elle en doute, on lui répondra ■comme Crespin au légataire : C'est votre léthargie. La nation est un grand troupeau qui ne songe qu'à paître, et qu'avec de bons chiens, les bergers mènent à leur gré ».
J. de Maistre a fait la même observation. Tl met sur les lèvres des Jacobins ces paroles comme dites au peuple de France : c( Vous croyez ne pas vouloir cette loi, mais soyez sûr que vous la voulez. Si vous osez la refuser, nous tirerons sur vous à mitraille, pour vous punir de ne vouloir pas ce que vous voulez ». J. de Maistre ajoute : et Et ils l'ont fait. »
T.es Jacobins d'aujourd'hui ont pieusement recueilli la tactique des Jacobins d'autrefois. Ils ont armé la troupe et l'ont fait marcher contre les Français, qui croyaient ne pas vouloir les lois de laïcisation pour leur persuader qu'ils la voulaient.
Ce n'est pas seulement sur la question de l'enseignement que cette tactique était employée.
En mars 1882, le sieur Cadet proposa au Conseil municipal de Paris de demander au Parlement de faire une loi supprimant le système de l'inhumation et de lui substituer celui de la crémation en déclarant celui-ci obligatoire. M. Emile Level demanda que l'on retranchât ce mot « obligatoire ». « Il faut, dit-il, laisser aux familles la liberté de choisir le mode d'inhumation qui leur convient. » M. Cadet, qui savait fort bien que sa proposition allait à l 'encontre des sentiments des Parisiens, répliqua :
« Si nous laissons la crémation facultative, jamais nous ne l'obtiendrons. Est-ce que vous auriez maintenant la laïcité si vous aviez attendu que les habitants des vingt arrondissements se soient prononcés pour cette réforme ? Est-ce qu'en 1848 nous aurions eu la République si nous avions perdu notre temps à consulter le peuple ? »
En 1903, le rapport du F.*. Rabier constata que sur 1.690 conseils municipaux appelés à se prononcer sur le maintien des congrégations enseignantes, 1.075 s'étaient montrés favorables, 157 douteux et 458 seulement hostiles ! Ainsi, au témoignage même du rapporteur, ayant mission de conclure à la suppression en bloc de toutes les congrégations religieuses, la majorité des conseils municipaux, plus des deux tiers, voulaient le maintien des congrégations enseignantes, et à plus forte raison des congrégations c< charitables »!
C'est toute la population qu'on entendait avec les conseils municipaux, c'est elle qui voulait, en grande majorité du moins, le maintien des congréganistes, le maintien des écoles chrétiennes, le maintien de renseignement de l'Eglise dans le pays. On passa outre.
Plus que les pétitions du peuple et les protestations des corps élus, nos gouvernants craignaient un appel direct au peuple.
Quand la Maçonnerie crut le moment venu de la séparation
de l'Eglise et de l'Etat en France et partout, elle voulut tâter
le terrain en Suisse. Mais là, il y a le Référendum, c'est-à-dire
qu'avant que le Parlement impose une loi, il y a p>ossibilité de
faire appel au peuple et de demander son sentiment. La question
de la séparation fut posée aux électeurs dan^ le canton de Neu-
châtel, le 20 janvier. En voici le résultat : 2^.501 votants ;