Actes et paroles. Avant l'exil, II, pp
15. Actes et paroles. Depuis l'exil, 1870-71, p. 90. La formule « Etats-Unis d'Europe » apparut en même temps en Italie et en Belgique. Au congrès de Lausanne, en 1869, Victor Hugo, qui présidait encore, employa une autre formule : « Nous voulons la grande République continentale. »
La France, étant la nation catholique la plus consistante et la plus forte, forme l'obstacle le plus considérable au but qu'ils poursuivent; Juifs et Maçons savent que, laissée à elle-même et à ses tendances d'origine et de tradition, la France s'opposerait toujours à l'établissement d'une république antichrétienne régie par eux. Et c'est pourquoi, depuis le XVIIIe siècle, ils seront tant employés à la décatholiciser, à la déchristianiser, afin qu'elle ne puisse^ devenir un centre de ralliement et d'alliance pour les autres peuples catholiques. Il faut qu'elle soit épuisée, annihilée par la ruine de toutes ses forces vitales ; il faut qu'elle soit complètement écrasée par ses divisions intes-
312 l'émancipation des juifs
En 1859, lors du départ de Napoléon III pour la guerre d'Italie, observe M. Goyau, à qui nous avons emprunté la plupart de ces citations, tirées de son livre : Lfidée de la Patrie et l'Humanitarisme, les ouvriers parisiens acclamaient l'Empereur, parce qu'ils voyaient dans cette guerre la réalisation de l'idée de l'émancipation des peuples et de la fraternité entre les peuples émancipés.
En 1864, M. Boutteville, professeur à Sainte-Barbe, proclama que la Maçonnerie devait construire ce le Temple symbolique de la République universelle ». La Ruche maçonnique expliqua comment cela pouvait se faire. Elle souhaitait que l'unité maçonnique, prélude de l'unité universelle, émanât d'un centre unique, lequel donnerait l'impulsion intellectuelle et administrative aux centres secondaires, un pour chaque Etat. Rebold énonçait le projet d'une confédération maçonnique universelle conduisant dans un temps donné à la confédération de l'humanité 16.
Deux ans plus tard, en juin 1866, Varlin, qui devait devenir le communard de 1871, adressait un manifeste aux travailleurs parisiens où on lisait :
La démocratie monte... monte et grandit sans cesse... La démocratie n'est ni française, ni anglaise; elle n'est pas plus autrichienne qu'allemande; les Russes et les Suédois en font partie comme les Américains et les Espagnols ; en un mot, la démocratie est universelle !
Aux congrès de Genève, de Lausanne, de Berne, du Havre, qui eurent lieu à cette époque, le cri le plus fréquemment répété, fut, avec celui de haine à l'Eglise catholique : « Plus de frontières ! »
Nous voici en 1870, le Siècle du 10 juillet appelle Garibaldi en France. « Il viendra, dit Henri Martin, au nom de tous les peuples, il appellera avec lui le droit universel, l'idéal de l'uni-
tines et par les guerres, et que ces guerres aboutissent au démembrement et au partage de ses provinces. La République et l'Empire prussien, tels sont les deux instruments avec lesquels le Juif travaille savamment à cette grande destruction. L'Etat prussien a été façonné en puissance militaire et préparé de longue main pour broyer après la France les autres peuples de l'Europe et constituer un empire qui comprendra tout l'Occident, première des grandes agglomérations qui doivent entrer dans la composition de la République universelle, dont le Juif se réserve le gouvernement, et la République favorise l'exécution dont la Prusse est chargée en énervant la France, en paralysant toutes ses forces, les forces naturelles aussi bien que les forces morales. 16. Histoire des trois grandes loges, pp. 552-662.
verselle humanité. » Trois mois plus tard, le futur député de Tours, Armand Rivière, vint présenter à Garibaldi les hommages de la démocratie et lui dit : « Lorsque, républicains français, italiens, espagnols, nous aurons vaincu l'ennemi commun (non la Prusse, mais le sacerdoce catholique) , nous aurons jeté les fondements de cette grande fédération, à laquelle viendront s'associer nos frères, les démocrates allemands, et qui formera bientôt les Etats-Unis d'Europe. »
La Commune manifesta les mêmes idées et les mêmes sentiments dans sa proclamation du 28 mars 1871. Elle disait aux Prussiens : « Vous arriverez au but prochain : la République universelle17. »
Plus près de nous, en 1904, un congrès international se réunit à Amsterdam. La vice-présidence fut donnée à un Japonais, en sa qualité de représentant d'une nation païenne. Le Prussien Bebel fut aussi élu vice-président, comme représentant un pays destiné à dominer l'Europe en la protestantisant. L'établissement de la République universelle fut acclamé comme le but suprême à atteindre.
M. Perrot fut chargé, en 1872, par l'Assemblée nationale de lui faire un rapport au nom de la Commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la défense nationale. Nous y lisons :
Il était de notoriété publique, que dans les pays occupés ou parcourus par les bandes garibaldiennes, ces bandes vivaient à nos dépens et déclaraient, d'accord avec leur chef, qu'elles étaient venues en France moins pour combattre les Prussiens que pour assurer le triomphe de la République universelle.
M. Perrot cite une lettre d'un des officiers de l 'Etat-major de Garibaldi, datée d'Autun, le citoyen Ordinaire, qui n'était certainement que l'écho fidèle de ce qu'il entendait autour de lui:
Oui, écrivait-il, nous le disons hautement, nous sommes les soldats de la révolution, et j'ajouterai non seulement de la révolution française, mais encore de la révolution cosmopolite. Italiens, Espagnols, Polonais, Hongrois, en venant se ranger sous la bannière de la France, ont compris qu'ils défendaient la République universelle : la patrie disparaît devant la République.
Nous sommes les citoyens du monde, et, quoi qu'on fasse, nous nous battrons jusqu'à la mort pour arriver à réaliser le sublime idéal des Etats- Unis d'Europe, c'est-à-dire de la fraternité des peuples libres...
Il ne faut pas s'étonner de cette conformité de sentiments
17. Réimpression du Journal officiel de la Commune, 30 mars, p. 106.
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manifestés si hautement depuis 1789 jusqu'à nos jours. Dès leur entrée dans l'Ordre, la secte présente à ses recrues cette idée d'une République universelle comprenant tout le genre humain. Elle l'éclaircira au cours des initiations successives.L 'article 2 de la Constitution du Grand-Orient dit : « La Franc-Maçonnerie a pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe. » Dès le grade d'apprenti, elle fait dire au récipiendaire par le Vénérable : ce Puissiez-vous, fidèle à jamais aux engagements que vous venez de contracter, nous aider à achever l'œuvre sublime à laquelle travaillent les Maçons depuis tant de siècles, celle de la réunion des hommes de tous les pays, de toutes les opinions civiles et religieuses en une seule famille d'amis et de frères 18. »
Lorsque l'apprenti demande à être reçu compagnon, on lui pose entre autres ces questions : « Quelles sont la longueur et la largeur de la Loge ?
R. — Sa longueur est de l'Orient à l'Occident ; sa largeur du Midi au Nord.
— Que signifient ces dimensions?
R. — Que la Franc-Maçonnerie est universelle, et qu'elle s'étendra un jour sur toute l'humanité. »
L'Empire britannique, le pangermanisme, le panslavisme sont des acheminements vers cette République israélite, acheminement dans les esprits qui aspirent à l'unification du monde au profit de leur nation, et acheminement par les guerres qui brisent les barrières qui séparent les peuples, effacent les frontières qui les divisent en nations distinctes.
L'Amérique s'est mise en compétition avec l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie.
En décembre 1917, le feld-maréchal von Hindenburg accorda une interview à un Viennois, M. Goldman. Après lui avoir exposé la situation des belligérants au front Ouest, il lui dit : « La réclame avec laquelle l'Amérique fait connaître ses préparatifs de guerre est imposante et digne du pays qui a produit Barnum. Les Etats-Unis sont à même de créer une armée formidable... La question est maintenant de savoir si les Améri-