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LE CHAMBARDEMENT UNIVERSEL

Etait-il besoin de pousser plus loin les préludes du chambardement universel qui mettra tout en ruines et permettra de construire sur ces ruines l'ordre nouveau que M. Wilson est venu annoncer, inaugurer même, à Versailles ?

Israël est prudent, d'une prudence que les déceptions éprouvées au cours des siècles ont profondément gravée en son âme. Tout paraît prêt, mais le chambardement peut rencontrer, rencontrera probablement, des oppositions, qui réuniront tous les chrétiens, tous les adversaires d'Israël, tous les conservateurs de l'ordre. Ils seront une armée d'autant plus formidable qu'elle aura ses points d'appui dans toutes les contrées du monde.

Il ne suffit point de prévoir cette opposition, il faut se mettre en mesure de la faire échouer. Les événements dont souffrent toutes les nations depuis la conclusion de la paix, permettent d'émettre cette conjecture qu'Israël a commencé à mobiliser ses troupes. C'est l'œuvre confiée à l'Internationale3 et dont elle s'occupe.

D'abord, le Conseil exécutif de l'Internationale se rendit à Amsterdam pour préparer la journée du 1er mai 1920 et déterminer la besogne. Jadis les manifestations du 1er mai avaient pour but d'obtenir la journée de huit heures, les fameux trois

3. Quand on parle de l'Internationale tout simplement et tout court, c'est de V Internationale des Partis socialistes politiques unis dans le monde entier qu'il est question. Son premier essai d'organisation remonte à l'Exposition universelle de 1864 à Londres. C'est Karl Marx qui lui donna ses statuts et la dirigea. Des divisions intestines causèrent, en Europe du moins, sa disparition en 1872. Elle fut relevée en 1889 par le Congrès socialiste qui lança les manifestations du ier mai. La guerre la mit en sommeil. Elle se réveilla à Moscou, faite bolchéviste par Lénine et Trotzky et tendant à l'établissement d'un communisme égalitaire.

Sous sa seconde forme, celle de 1889, l'Internationale comprendrait encore 47 organisations représentant 53 nations. Dans sa constitution bolchéviste elle comprend 39 organisations représentant 27 nations.

Au congres de Strasbourg la fusion des 2e et 3e Internationale fut votée par 4.031 voix contre 408 et 15 abstentions.

Il y a plusieurs Internationales. La Ire, c'est la Fédération Internationale des socialistes organisée en chaque nation en parti politique. Quoique comprenant des bourgeois, elle s'intitule « Internationale ouvrière » parce qu'elle prétend représenter et défendre les intérêts ouvriers.

La IIe est I'Internationale syndicaliste, fédération des Centrales syndicales nationales des divers pays. La plupart de ces centrales syndicales s'orientent vers le socialisme. Le Bureau de cette organisation est à Amsterdam depuis 1918. Il était auparavant à Berlin.

III. Il y a des Internationales non-professionnelles, fédérations internationales des syndicats d'un même métier: mineurs, ouvriers de la pierre, ouvriers du bois, etc., à tendances socialistes.

IV. A côté de l'Internationale syndicale socialiste, il existe une Internationale DES SYNDICATS CHRÉTIENS.

huit. Cette conquête ouvrière étant un fait accompli, le Bureau international syndical d'Amsterdam étudia quelle nouvelle revendication pourrait être proposée aux travailleurs en quelque pays qu'ils fussent et qui puisse trouver partout adhésion et unanimité d'efforts. Le Bureau s'arrêta à celle-ci : « La nationalisation des grands services publics », l'Etat maître de tout. Le congrès de la Confédération Générale du Travail 4 adopta cette proposition et publia aussitôt un projet concernant les chemins de fer, qui fut suivi d'un projet sur les mines, etc. Il s'agissait, par le premier, d'obtenir la suspension de tous les moyens de transport par voie ferrée, par le second, absence de charbons, et par l'un et l'autre arrêt de l'industrie presque partout et le manque de denrées alimentaires en des régions entières ; la misère généralisée s'en suivrait et l'anarchie se lèverait partout. M. Millerand ne se trompa point lorsqu'il dit : ce La grève des cheminots est d'essence révolutionnaire. » ce Aux actes ! »

4. La Confédération Générale du Travail, qui dirige le mouvement syndicaliste révolutionnaire, date de 1895. Elle fut constituée au congrès de Limoges de l'Union des Bourses du Travail et la Fédération des métiers. Elle n'a commencé qu'en 1903 à fonctionner d'une façon efficace. Son programme est: i° d'unir sur le terrain économique et dans les liens d'étroite solidarité les travailleurs en lutte pour leur émancipation intégrale ; 20 de se tenir en dehors de toutes les écoles politiques. Le congrès de Montpellier (septembre 1902) donna à la C. G. T. l'élan et la vitalité qui lui faisaient défaut. Au conrès de Lyon (septembre 1919) étaient représentées quarante-et-une Fédérations, soixante-sept Unions départementales et mille huit cent sept syndicats. Elle publie un Bulletin mensuel, La Voix du Peuple. Elle a en vue de prendre en main la direction de la production. Durant des années, elle a entretenu des relations avec le gouvernement et les dirigeants des principales industries, conclu des accords et signé des contrats. M. Clemenceau en 1907, M. Viviani en 1908, M. Briand en 191 1 ont déclaré qu'ils ne pouvaient se proposer de porter atteinte à cette organisation. Comment le feraient-ils? Il leur faudrait pour lutter avec énergie contre les dirigeants du mouvement syndicaliste actuel, se déprendre d'un lourd passé et rompre avec des traditions de bons rapports suivis d'entente. Aussi la C. G. T. n'a point manqué d'évoquer les complaisances dont elle fut autrefois l'objet de tous les gouvernements de ce pays, surtout depuis la fête du Triomphe de la République, jour où, sur la Place de la Nation, le Président de la République fut obligé de saluer les drapeaux rouges. Il y a vingt ans que M. Millerand, ministre de Waldeck-Rousseau, inaugura la politique du a Pas d'ennemis à gauche ».

Il est évident que la C. G. T. est aujourd'hui sortie de son rôle corporatif; qu'elle entend être un Etat dans l'Etat, et même plus puissante que l'Etat lui-même. Lorsque les dockers se mirent en grève dans nos ports, les autorités locales s'efforcèrent d'obtenir qu'ils déchargeassent au moins les navires de vivres. La C. G. T. envoya aux organisations ouvrières une circulaire leur disant d'inviter les autorités à s'adresser (non à elles ni au gouvernement, mais) « à la C. G. T. qui, seule, donnera les autorisations nécessaires ». Ce serait donc à elle que les pouvoirs publics doivent solliciter les moyens d'accomplir leur mission. Elle aurait le droit d'accorder ou de refuser au pays même le droit de vivre.

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