‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 14 sur 146 · L. Veuillot, Mélanges, t. V, p. 103 et suiv · texte numérisé non relu

L. Veuillot, Mélanges, t. V, p. 103 et suiv

et qui fait notre espoir dans les ténèbres où la paix nous a laissés: c'est le soin que Dieu prend de former et de maintenir les peuples auxquels il confie le dépôt de la vérité et le devoir de la porter dans le monde. Il les punit, il ne les détruit pas. Rien ne put détruire Israël toujours puni de ses fautes. « Si loin que puisse aller notre humiliation, qui croira que la miséricorde divine abolissant le dernier peuple catholique à cause des renégats qui l'auraient poussé à l'apostasie, élise pour le remplacer ce peuple qui prétend être civilisateur, dont l'apostolat n'a que des maîtres d'école et des mitrailleuses? Quelle que soit l'issue des guerres qui suivront, la Prusse y périra par la défaite, « comme une citrouille qu'on écrase », suivant la parole de J. de Maistre ; ou par la victoire, comme une grenouille trop gonflée4. »

Ce qui permettait à Joseph de Maistre, à Donoso-Cortès et à L. Veuillot de parler avec cette assurance, c'est que leur esprit aussi chrétien que philosophique, leur laissait voir les choses de haut et à fond.

C'est donc contre la France que Berlin s'est, de nos jours, armée de force. C'est sur elle qu'elle a voulu porter ses premiers coups afin de se rendre libre de les porter de plus en plus loin. C'est nous qu'il fallait abattre d'abord. La France est le foyer de la civilisation venue de Rome, de la civilisation latine. Cette civilisation d'esprit catholique a été apportée à l'Allemagne comme à nous par ses premiers missionnaires, mais elle n'a pas étouffé, sous sa propre végétation, le génie celtique qui vit toujours en elle, et qu'elle veut répandre dans le monde pour y régner elle-même. La lutte entre ces deux génies resta latente

4. C'est à Frédéric II de Prusse que la Maçonnerie écossaise doit son existence. Il l'organisa pour mettre en rapports plus directs l'ordre maçonnique de St-Jean, qui ne comptait que quatre grades, avec les systèmes templiers, qui reparaissaient alors. Il donna au rite créé par lui et auquel il attribua vingt-cinq degrés, le nom de Rite des princes du royal secret. C'est, avec quelquesremaniements datant de la fin du XVIIIe siècle, ce qui est connu aujourd'hui sous le nom d'écossais ancien accepté. Il gouverne de nos jours le suprême conseil en France et il est pratiqué dans la plupart des Grands-Orients*.

Frédéric II fut pendant le XVIIIe siècle le grand réalisateur de l'idée maçonnique. Aussi le F.:. Bluntschli a revendiqué pour lui l'honneur de dater l'hégire révolutionnaire que les Français voulaient à tort, dit-il, dans leur vanité fixer à l'an 1789**.

(Voir Le Momie maçonnique j878, série d'articles fur l'histoire des Rites). ** {Théorie générmle de l'Etat).

aussi longtemps que la hiérarchie romaine y subsista. Lorsque la Réforme l'eut renversée, l'esprit celtique, ne se heurtant plus à cet obstacle, reprit son empire, même chez les catholiques, témoin le Centre si différent aujourd'hui de ce que ses fondateurs l'avaient fait. Les ecclésiastiques, même les plus éclairés, ne s'en défendent point. C'est ainsi que Mgr Jansen, dans sa savante et belle histoire de la Réforme, laisse percer une aversion presque naïve vis-à-vis de ce qui est d'essence latine et la persuasion que la domination germanique doit être universelle.

S'il en est ainsi dans les milieux les moins favorables, faut-il s'étonner de ce qui se voit ailleurs?

Une conversation entre un Français et un Allemand, rapportée par M. Blanc de Saint-Bonnet dans son livre la Légitimité, conversation qui avait lieu le 1er juin 1870, c'est-à-dire six semaines avant la déclaration de guerre, fait voir que cet esprit ne fut point étranger à la double invasion et à ce que l'on attendait. « Dans quinze jours vous aurez, par notre concours, une révolution sociale. » Cette révolution qui, pour des raisons que nous ne connaissons point, ne s'était point produite avant la guerre, éclata pendant le siège de Paris : la Commune. « Nous avons besoin de voir anéantir vos prêtres, vos capitalistes et toute la partie riche de la population, parce que tout cela entrave nos projets. La République (suite attendue de la Révolution sociale espérée et provoquée) opérera la dissolution de vos forces. C'est ce qu'a fait de 1873 à 1914 la république imposée à la France par la complicité de Gambetta avec Bismarck et hélas ! l'aveuglement des catholiques libéraux.

» Il est temps (c'est l'Allemand qui continue d'exposer la pensée de la Germanie) de réduire la prétention de la France à gouverner V Europe. Il est juste que la seule nation intelligente (V Allemagne) qui porte en elle le flambeau de la raison gouverne désormais le monde. Il est temps que cette race latine et cette religion catholique qui infestent le monde soient anéanties pour faire place à la raison.

» Pour atteindre ce but, il nous faut de l'argent. Vous avez à la banque un milliard et demi qui nous attend, et l'on vous en imposera sept autres ; puis, en nous retirant, nous retiendrons la Lorraine et l'Alsace. Enfin nous prendrons la Méditerranée par l'Italie, qui n'est qu'une esclave ; c'est là que règne le Pape,

vieille idole qui se met en obstacle au règne de

Donc, six semaines avant l'invasion de 1870, un Allemand savait et annonçait avec jactance à un Français que huit cent mille Allemands entreraient bientôt à Paris, qu'ils y prendraient le milliard et demi qui se trouvait à la Banque, qu'ils en exigeraient sept autres; qu'ils retiendraient l'Alsace et la Lorraine. Il savait, en outre, et il disait que, par le concours des Allemands, une révolution sociale « anéantirait » les prêtres, les capitalistes et les riches ; puis que la République viendrait dissoudre nos forces, afin que soient anéanties la race latine et la civilisation catholique faisant ainsi place à la race qui porte le flambeau de la Kultur et de la raison. Ces prévisions ne se sont point entièrement réalisées alors, mais qui peut douter que les Allemands ne les aient mises dans leur giberne au départ de chez eux pour la nouvelle invasion? De nouveau ils ont dû les faire rentrer dans leur sac et les reporter dans leur pays. Dieu est Romain : Quis ut Deus !

On peut se demander : comment cet Allemand pouvait-il formuler avec tant de précision des événements qui se sont en effet accomplis? Cela ne peut s'expliquer que par la communauté de vues, que par l'entente des Hohenzollern avec la Franc-Maçonnerie. Leur force et l'emploi de la force était le premier moyen sur lequel ils comptaient pour arriver à l'hégémonie mondiale; mais ils savaient avoir aussi à leur disposition le puissant concours de la secte judéo-maçonnique qui, elle aussi, ne respire que haine à la France et haine au génie latin, à l'esprit catholique.

Page 1