Osée, III
10. Un savant bénédictin, Dom E. H. Micheau, a publié dans VUnivers, fin 191 1 et commencement 1912, une étude sur les prophéties relatives à la dispersion d'Israël et à son retour dans la Palestine. Il y dit: « l'ai là, réunies devant moi, dix-neuf prophéties qui annoncent la dispersion totale des douze tribus dans le monde entier; toutes sont suivies d'une autre prophétie annonçant de même le rassemblement de tout Israël de tous les points du globe et son retour dans la terre de ses pères. Les dix-neuf premières prophéties sont depuis plus de dix-huit cents ans de l'histoire. Plusieurs sont prises comme preuves que le rassemblement et le retour s'accompliront de même. » Puis il demande : « Y a-t-il vraiment quelque sagesse à rejeter les dix-neuf autres prophéties et à les considérer ou comme nulles ou comme purement mystiques et spirituelles? »
11. François-Marie-Paul (de son nom de naissance lacob) naquit le 24 mars 1803 en Alsace, fils du rabbin de Saverne. Après sa conversion, il fonda la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie qui, en 1848, s'unit à celle du Saint-Esprit dont le principal but était l'évangélisation des noirs. Depuis
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — III 57
à un signal de Marie, a commencé dans le monde, d'une manière lente, mais certaine, la conversion des Juifs. Depuis lors, le judaïsme moderne s'est partagé en deux courants : l'un, faux judaïsme, qui court se perdre dans le rationalisme et l'indifférence; mais l'autre, vrai judaïsme, qui veut silencieusement se compléter, s'achever et se couronner dans le catholicisme. Car le judaïsme, c'est le Messie promis ; le christianisme, c'est le Messie venu.
La question juive occupe de plus en plus tous les esprits. Les livres qui en traitent se multiplient et les journaux ont à en parler presque tous les jours. De leur côté, les Juifs se préparent. Depuis 1880 ont lieu des congrès sémitiques, où se réunissent les Juifs de toutes les parties du monde pour étudier les moyens de rentrer en possession de la Terre Sainte et d'y ramener leur nation. Disons enfin que cinq cent seize évêques prièrent les Pères du Concile du Vatican de « daigner prévenir par une invitation toute paternelle la très infortunée nation d'Israël. » « Fasse le Ciel, disaient-ils, qu'ils accourent se jeter entre les bras de l'Immaculée Vierge Marie, qui, déjà leur sœur selon la chair, peut être encore leur mère selon la grâce comme elle est la nôtre ! »
Puisse ce vœu se réaliser bientôt pour la paix du monde et l'établissement du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur toutes les nations !
Une association de prières pour la conversion des Juifs a été fondée en 1903. Le mouvement, parti de la France, s'est étendu avec une rapidité vraiment prodigieuse, et bientôt il n'est terre si lointaine où quelques âmes d'élite n'implorent pour obtenir la conversion d'Israël. Aux adhésions, tout individuelles d'abord, succèdent les longues listes de centaines, de milliers de nouveaux Associés. Dans certains pays, où la foi chrétienne est restée vivante, les cœurs sont tellement conquis à cet apostolat, que des paroisses entières se font inscrire.
l'union, cette Congrégation dirige des collèges, des séminaires et le séminaire français à Rome. Le 19 juin 1910 le Souverain Pontife déclara l'héroïcité de ses vertus, décret qui le place au rang des Bienheureux.
Le XIXe siècle a été témoin d'autres conversions de Juifs, non moins pleines de promesses, celle de Hermann Cohen, qui entra dans l'Ordre des Carmes déchaussés, celle d'Alphonse de Ratisbonne que la sainte Vierge appela à elle dans l'église Saint-André délie Fratte, « au milieu d'un rayonnement, pleine de majesté et de douceur. Une force irrésistible m'a poussé vers elle. Elle m'a fait signe de m 'agenouiller. Elle ne m'a point parlé. Mais j'ai tout compris. » C'est ce qu'il dit en sortant de l'église à M. du Bussières qui l'y avait introduit.
Les adhérents viennent de toutes les classes de la société comme vinrent à l'Evangile les premiers chrétiens.
Ces prières commencent à porter leurs fruits.
Ce n'est pas encore le réveil d'un peuple à la vraie foi, mais pour beaucoup d'âmes droites les voiles se déchirent ; elles reconnaissent Celui que leurs pères avaient méconnu, et parmi elles plusieurs dans la joie de la vérité acquise, aspirent à l'honneur de l'apostolat. Les Annales de la Mission de Notre-Dame de Sion signalent ces conversions en France, en Prusse, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Amérique. Partout elles relèvent des faits aussi éclatants que consolants 12.
12. Le numéro de mars-juin 1910 de ces Annales donna entre autres renseignements, ceux-ci qui semblent plus remarquables : <c C'est aux Etats-Unis que les conquêtes de la Foi semblent plus particulièrement éclatantes.
» A New- York, c'est un professeur de physique dans un important collège de la ville qui affirme ses convictions catholiques et demande le baptême ; c'est une dame très en vue dans la meilleure société, membre d'une famille opulente, qui entre dans l'Eglise avec éclat, afin que son exemple encourage les timides et les hésitants.
» A Washington (Ohio), c'est un rabbin qui se convertit, et qui, devenu chrétien, s'empresse d'ouvrir une école et un foyer pour y recueillir et v affermir dans leur foi ceux de sa religion qui viendraient à l'imiter.
» De Boston, on nous annonce la conversion du directeur du grand hôpital de cette ville. Ses convictions nouvelles sont déjà si profondes, qu'il édifie tous ceux qui le connaissent par son zèle ardent pour la diffusion de la vérité catholique.
. » Ailleurs, c'est une Israélite admirablement douée, à qui nulle joie terrestre n'a été refusée, qui fait son abjuration et presque aussitôt abandonne tout ce que le monde lui envie pour aller s'enfermer dans la solitude d'un cloître en Italie.
» Ce besoin de couronner leur conversion par un don absolu d'eux-mêmes, d'autres âmes l'éprouvent et se préoccupent de le satisfaire par l'apostolat. Au Collège américain de Rome, viennent d'entrer, pour y poursuivre les hautes études ecclésiastiques, deux Israélites récemment convertis, dont l'un s'était fait protestant épiscopalien avant d'entrer dans la pleine lumière du catholicisme. »
Comme conclusion aux faits semblables recueillis dans les diverses parties du monde, les Annales concluent : « Lorsque tant d'âmes et des âmes généreuses s'ébranlent pour marcher par-dessus tous les obstacles vers la pleine lumière qui les attire, quels espoirs ne devons-nous pas concevoir? »
Le 9 mars de l'année suivante, les Archives Israélites faisaient entendre ces plaintes : « L'apostasie fait de tels progrès en Israël d'Allemagne et d'Autriche que les chefs de la Synagogue dans ces deux pays, où elle exerce des ravages, ont fini par s'en émouvoir et par prendre des mesures pour arrêter le mal. Les statistiques à ce sujet, surtout en ces dernières années, sont désolantes. S'il en faut croire une statistique que nous donnons sous toutes réserves, vingt-deux mille Israélites en Allemagne, quarante-quatre mille en Autriche- Hongrie, plus de quatre-vingt mille en Russie auraient abjuré au cours du XIX« siècle. »
Les Archives Israélites faisaient ainsi le procès à ces « apostats » : « Trop de nos coreligionnaires, pressés d-'arriver, de faire leur chemin, de se hisser au sommet, de satisfaire leur ambition, n'hésitent pas, pour arriver à leurs fins, à jeter par dessus bord la religion de leurs pères et à embrasser le
420 LE DEVOIR DE i/HEURE PRESENTE.
« Convertir le Juif, dit M. Pierre Lasserre, c'est résoudre la question juive. Incorporés à l'Eglise catholique romaine, les Juifs seront catholiques romains avant d'être Juifs ; ou plutôt ils reconnaîtront dans l'Eglise l'Israël véritable. Alors ils soutiendront et consolideront les patries chrétiennes, au lieu de les saper et de les détruire. Nous n'aurons plus des Crémieux, des Karl Marx, des Lassalle, mais seulement des Ratisbonne, des Hermann, des Libérai ann. Et la Franc-Maçonnerie et la Révolution se heurteront contre la milice d'Israël, cette réserve de Dieu dont parle Isaïe. »
Fiat! Fiat!
christianisme qui tend les bras particulièrement aux transfuges. » Cette accusation n'est point sans fondement. Beaucoup de ces Juifs vont au protestantisme qui ne leur demande pas de profession de foi et non au catholicisme qui a d'autres exigences.
Mais il en est d'autres, et ils sont nombreux, qui demandent à l'Eglise catholique la voie du salut et qui y entrent généreusement.
Pendant la guerre un important mouvement de conversion s'est manifesté en Hongrie. La ville de Budapest compte près de deux cent mille Juifs. Or, aux mois de mai et de juin 1919, c'est par centaines que des Juifs se sont fait rayer des registres de la communauté israélite et sont entrés dans l'Eglise catholique, dans laquelle, après s'être fait instruire des vérités religieuses, ils se font baptiser. Ces nouveaux catholiques se recrutent dans toutes les classes de la société, mais surtout dans la classe bourgeoise, parmi les avocats, les négociants, les fonctionnaires.
Vers la fin de la guerre, un « appel » a été adressé parmi les Alliés et les neutres aux Israélites devenus catholiques, par d'autres Israélites devenus catholiques aussi, pour faire collectivement après la paix un acte d'amour et de réparation envers le Dieu Messie enfin reconnu, afin qu'ensemble ils puissent s'écrier : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » et, par ce geste, puissent attirer des grâces de lumière sur tous leurs coreligionnaires. Cet appel indique comme lieux de correspondance Notre-Dame de Sion, la Visitation de Fourvières à Lyon et la Visitation de Paray-le-Monial.
Je déclare avoir lu, en épreuves, le livre de Mgr Delassus intitulé « les Pourquoi de la guerre mondiale », et j'estime que rien ne s'oppose à l'impression de cet ouvrage.
En foi de quoi j'ai signé le « nil obstat > ci-dessous.