L. Veuillot
Transportons-nous au mois d'août 1888. L'Osservatore Cattolico de Milan publia une série de lettres reçues de Berlin au sujet des dispositions de l'empereur d'Allemagne à l'égard de la Franc-Maçonnerie et de la Juiverie. Entre beaucoup de faits intéressants qui y sont rapportés se trouve celui-ci. L'auteur de ces lettres dit que, revenant de Rio-de- Janeiro en 1858, il se trouva sur le même vapeur avec un diplomate européen et le Ministre des Affaires étrangères du Brésil, lequel était Grand- Maître des Loges de son pays. Un jour, le ministre brésilien dit à l'auteur de ces lettres : « Le temps viendra, et vous le verrez de vos propres yeux, Monsieur le Baron, où il n'y aura en Europe que trois monarchies : une romaine, sous la maison de Savoie ; une allemande, sous la maison de Hohenzollern ; une slave sous la maison de Romanof . Mais ne croyez pas que nous, Maçons, nous ayons aucun intérêt au maintien de ces dynasties. Quand le nègre aura fait sa besogne, il pourra s'en aller 1.
i. Cette même parole : « Quand le nègre aura fini sa besogne il pourra s'en aller », dite ici contre les monarques instruments de la secte, le cardinal Pitra l'entendit à Vienne, l'année suivante, sortir de la bouche d'un haut
Ces trois monarchies ne peuvent être que le pont qui nous conduira aux grandes républiques européennes, desquelles naîtra enfin la grande république de Vhumanitê, qui est l'objectif des initiés 2 . »
La monarchie savoyarde est toujours à Rome. On peut se demander pour combien de temps encore. La monarchie prussienne a été balayée. I,es soviets sont assis sur le trône des Czars. Et M. Wilson, du haut du trépied sur lequel les Loges l'ont hissé, a prêché et annoncé le règne de la démocratie dans les cinq continents.
C'est le jeu ordinaire du diable avec ceux qui pactisent avec lui pour opérer les œuvres mauvaises qu'ils lui demandent. Après l'avoir servi croyant qu'il les sert, il les met à la porte.
L'alliance de la Franc-Maçonnerie et de la Prusse remonte sans doute à l'apostasie de celle-ci, à sa « conversion » au protestantisme.
Ce qui est curieux, c'est que Frédéric le Grand fut l'organisateur du Rite écossais qui est encore l'une des formes principales de la Maçonnerie en France. Son Suprême Conseil y règne de ooncert avec le Grand-Orient. C'est en 1740 que Frédéric le Grand monta sur le trône, et aussitôt il montra son attachement à la secte. Cinq ans auparavant l'Electeur palatin de Bavière avait promulgué un édit contre la Franc-Maçonnerie. Il fut suivi.
La même année 1735, les Etats généraux de Hollande avaient interdit pour toujours les réunions maçonniques. En 1738, l'empereur Charles VI, Frédéric Ier, roi de Suède, et Auguste II, roi de Pologne, avaient pris les mêmes mesures. Agissaient de même le magistrat de Hambourg, le conseil de Bavière, le consistoire de Hanovre, le magistrat de Dantzig. Jamais aucune prohibition de ce genre n'a été portée en Prusse. Il ne peut y
personnage qu'il ne nomme point. Cette fois, cette sentence était portée contre le protestantisme : « Les nations catholiques doivent être poursuivies et vaincues par les nations protestantes. Une fois ce résultat obtenu, on n'aura plus qu'à souffler sur le protestantisme pour le faire disparaître. Et nous arriverons à l'athéisme légal. »