BOSSUET
La volonté de dominer le monde ne peut avoir d'effet si elle n'est armée. — C'est à l'Angleterre que la secte demanda d'abord le concours de la force. — Celle-ci consentit et bénéficia de cet accord. — L'Allemagne s'est ensuite présentée dans des conditions paraissant plus avantageuses. — D'autres Puissances se montrent prêtes à entrer en concurrence.
Le but de la Maçonnerie cosmopolite est d'établir la République universelle ou « l'Etat unique » qu'elle gouvernerait. Pour que ce but puisse être atteint, il faut que soient sacrifiées l'une après l'autre toutes les nationalités. Combien déjà d'Etats indépendants, d'autonomies séculaires ont disparu, grâce à l'influence que la secte exerce dans la politique générale du monde. Pour se débarrasser des petits Etats en les agglomérant en républiques ou monarchies de plus grande étendue, elle a proclamé le principe des nationalités. A l'aide de ce principe, elle soulève partout les questions d'origine et de race, elle corrompt les mouvements nationaux, elle les envenime pour les
exploiter à son profit. Ainsi tombent les unes après les autres les barrières qui, depuis Babel, servent à séparer les peuples, les divisent en nations ayant chacune son homogénéité et aimant à la conserver. Briser ces barrières pour arriver à unifier le genre humain, en faire une République unique, un seul troupeau gouverné par le Sanhédrin, c'est le but poursuivi depuis la Révolution, d'abord en Europe, et aujourd'hui partout.
C'était bien la voie suivie pour arriver au but. Mais comment l'atteindre sans guerres, sans guerres broyant d'abord les petits Etats, puis mettant aux prises les plus grands ? Aussi avons-nous vu, depuis 1789, la première République, puis le Premier Empire et le Second, puis la monarchie prussienne enlever aux peuples leur nationalité propre pour fondre les petits Etats dans les grands, puis choisir parmi ceux-ci les peuples jugés avoir un « tempérament féminin » pour les mettre en conflit avec ceux jugés avoir un tempérament plus viril et les faire absorber par ceux-ci, en attendant que ces derniers soient, eux aussi, mis sous le joug du juif. Ce programme a été nettement formulé par M. Bluntschli, professeur à l'Université de Heidelberg, dont les ouvrages ont été traduits à peu près dans toutes les langues.
Dans celui intitulé Théorie générale de l'Etat, La politique, le droit des gens, il enseigne que le progrès consiste à supprimer tous les petits Etats, et qu'au-dessus des grandes Puissances, telles que la France et l'Autriche, il y a des Puissances mondiales. Celles-ci ont conscience de leur force, et partant de leurs droits et de leurs devoirs à l'égard de l'humanité entière. « Pour que l'humanité accomplisse ses destinées, dit-il, il faut que les peuples qui la composent accomplissent chacun les leurs ». Pour les peuples qui ont conscience d'eux-mêmes, qui se sentent une vocation politique et des qualités viriles, leur destination est de se développer au détriment des autres, de ceux qui n'ont que des qualités féminines ». « C'est là leur droit saint entre tous les autres ». îl ajoute : « L'humanité progressive ne trouve pas pleine satisfaction dans les Etats particuliers, elle les consume. Si VEtat universel se fonde un jour sur les bases de l'humanité entière, on peut espérer qu'il durera aussi longtemps que l'humanité elle-même » (p. 86-87).
En 1873, le même M. Bluntschli, alors Grand-Maître du
Grand-Orient de Beyreuth, prononça à Zurich, à la loge Modestia, un discours où il dit que c'est des efforts réunis des loges du monde entier que l'on doit attendre la formation de cet Etat qui embrassera l'humanité entière. » On sait comment y travailla, tandis qu'il occupait le trône de France, ce nourrisson des sociétés secrètes, Napoléon III. L 'Italie fut unifiée par lui et ses complices sur les ruines de la monarchie pontificale et des autres souverainetés légitimes ; encouragée par lui, la Prusse est devenue l'Allemagne impériale; et l'on verra plus loin ce que l'Allemagne se proposait en faisant la guerre à la France, à l'Angleterre et à la Russie.
L'abaissement des barrières et la conquête des peuples ne peuvent se faire sans recourir aux armes. Or les Juifs n'ont point d'armées ; ils n'en peuvent avoir, ils n'en veulent avoir. Aussi depuis dix-neuf siècles écoulés qu'ils poursuivent leur ambition, jamais on ne les a vus se constituer en corps d'armée et attaquer par le glaive les autres peuples. Bernard Lazare fait cette observation que ses compatriotes ne se sont jamais « appliqués à cultiver les armes ». Comment donc feront-ils pour renverser les barrières et arriver à conquérir le monde? Ils firent appel à une puissance militaire, puis à une autre selon les circonstances et les besoins. Ce fut le rôle attribué d'abord à l'Angleterre, peut-être demain à l'Allemagne ou à une autre.
Jusque vers la fin du XVIIIe siècle, l'Angleterre fut un pays surtout agricole. A cette époque, l'industrie commença à s'y développer, grâce aux ressources du sol en houille et en fer. Un grand accroissement fut alors donné à la marine et l'empire colonial commença à se former. Vint le traité de Paris (1763) qui mutila la France et l'Espagne, seules rivales coloniales de l'Angleterre. Dès lors la suprématie de ce peuple comme Puissance maritime et commerciale ne cessa de se consolider et de se développer. Aujourd'hui l'empire britannique qui comprend deux cent soixante-quinze millions d'habitants offre un débouché immense pour les produits industriels de la mère-patrie et toutes les nations de la terre sont devenues ses tributaires.
Ce phénoménal agrandissement, si prodigieux et si rapide, n'a-t-il point, outre la houille mise au service du génie anglais, une autre cause plus cachée? Cette cause existe, nous la trouvons dans l'alliance de l'Angleterre et de la Franc-Maçonnerie. C'est chose universellement connue que tous les navigateurs anglais, tous ses commerçants, et il faut ajouter ses prédicants, missionnaires de l'anglicanisme, sont Maçons et que les signes et les mots de passe leur facilitent partout l'entrée, l'attaque et la conquête des pays qu'ils veulent coloniser et adjoindre à l'empire britannique.
L'Angleterre, au XVIIIe siècle, semait les Loges dans toutes les contrées de l'Europe et sur tous les points du monde. En elles, elle a toujours trouvé des points d'appui pour se porter et se fixer dans le pays qu'elle convoitait, et courir de là en avant.
Y a-t-il eu entre ces deux Puissances, l'Etat britannique, ou du moins l'un ou l'autre de ses fondés de pouvoir, et le Sanhédrin, un traité formel, un pacte délibéré et consenti de part et d'autre? Qui peut le savoir? Pour obtenir que l'Angleterre se mît à son service, « la Synagogue de Satan » a-t-elle eu recours à la séduction que le Tentateur essaya sur le divin Maître, lorsqu'il Le vit sortir du désert, préparé à entrer sur la scène du monde et à inaugurer sa vie publique, son évangélisation, son règne? Le diable, dit l'Evangile, Le transporta sur une haute montagne — l'une de celles que l'on voit émerger de la région qui s'étend au Sud-Ouest de Jéricho. — De là, il Lui fit voir dans un mirage tous les royaumes du monde ; et il Lui dit : « Je vous donnerai la puissance et la gloire de ces royaumes ; car ces choses m'ont été données et je les donne à qui il me plaît, si donc vous voulez m 'adorer, ces choses seront à vous 1. y>
Qu'une proposition semblable ait été faite en termes plus ou moins couverts à ceux qui, au XVIIIe siècle, avaient en mains les destinées du peuple anglais, on peut dire avec toute vraisemblance que les choses ne se passèrent point ainsi. Mais en dehors des conventions explicites, il y a des accords tacites, qui aussi bien que la volonté exprimée, procurent aux contractants les avantages réciproques qu'ils recherchent. L'Angleterre savait
i. Luc, IV, 5-8. Mat., III, 9-
que les Loges, fondées par elle sur tous les points du globe, étaient disposées à l'accueillir et à lui prêter les mains; et de son côté le pouvoir occulte n'ignorait pas que tout Etat continental a des bornes au delà desquelles il ne peut guère s'étendre, tandis qu'une nation maritime peut n'en avoir point : ses flottes la rendent présente et peuvent la rendre conquérante sur tous les points de l'univers.
Quoi qu'il en soit, les faits sont là pour démontrer que dans ces derniers siècles l'Angleterre a rendu service à la Franc- Maçonnerie et que la Franc-Maçonnerie a rendu service à l'Angleterre.
Cette entente est-elle de celles qui doivent durer toujours2?
Un temps pouvait venir où le Sanhédrin jugerait que l'état du monde lui conseillerait de se tourner vers une autre Puissance, plus à même, à cette heure, de mener son entreprise à bonne fin. Toutes les grandes puissances qui ont successivement régné par la mer : Carthage dans l'antiquité, Venise, le Portugal dans les temps modernes, ont eu un rapide et profond déclin. Beaucoup de bons esprits entrevoient le même sort pour l'Angleterre. Plus clairvoyant que qui que ce soit, à raison de l'étendue des renseignements que lui envoient ses affiliés, répandus sur tous les points de la terre, le Pouvoir Occulte a pu être amené à se demander s'il lui était bon à cette heure de chercher
2. Donoso-Cortès a fait ce portrait de l'Anglais. Ce portrait n'est exact que depuis que l'Angleterre s'est faite protestante, depuis surtout qu'elle a accepté les services de la Franc-Maçonnerie en lui offrant les siens :
« Pour le peuple anglais, il n'existe que deux races dans le monde : la race humaine et la race anglaise, la première abjecte, la seconde très noble.
» Dieu mit la race humaine en possession de tous les continents et de toutes les mers, puis il créa la race anglaise pour la mettre en possession de la race humaine.
» Quand le peuple anglais ouvre la main et prend un empire, comme l'aigle ouvre sa serre et prend une colombe, vous avez beau chercher, vous ne trouverez pas sur sa physionomie la trace que laisse le remords sur la face de l'usurpateur, mais, au contraire, vous y remarquerez le signe de satis faction d'un homme qui recouvre son bien.
» En entrant dans une ville qu'il met à feu et à sang, le peuple anglais est plus sûr de son droit que la cité même qui se défend contre lui.
» Ce peuple est le symbole de l'égoïsme humain en adoration devant luimême et élevé par l'extase à sa dernière puissance. »
Ce portrait est, trait pour trait, celui du peuple allemand depuis qu'il a écouté Luther, et surtout depuis qu'il est entré en concurrence avec le peuple anglais pour l'empire universel.
un autre collaborateur mieux situé et d'un avenir plus assuré que l'Angleterre. L'Allemagne a pu être jugée pouvoir répondre à ce postulat. Une chose pourtant, chose d'importance, manquait à l'Allemagne : il y a quelques années, elle n'avait point de marine. Or, une puissance qui aspire à être mondiale doit avoir des flottes nombreuses et puissantes qui puissent promener sa force dans tout l'univers pour l'attaque comme pour la défense. L'Allemagne s'est donné une marine. On sait avec quelle ardeur et avec quelles largesses Guillaume II, son gouvernement et son peuple, se sont prêtés aux dépenses que cette entreprise exigeait. D'année en année, le nombre et la puissance de ses vaisseaux de guerre se sont accrus ; et par ses sous-marins elle s'est montrée assez maîtresse sur l'Océan, pour que l'Angleterre fût obligée de se défendre non sans craintes et sans grandes pertes.
L'Angleterre n'était pas sans voir et ne constatait pas sans appréhension et sans alarmes les développements que prenait de jour en jour la force maritime allemande. Elle avait vu l'ambition du Germain s'enfler à la suite de ses guerres avec l'Autriche puis avec la France, et elle pouvait se demander si le développement de la force maritime ne révélait point un concurrent destiné à la supplanter. Elle n'ignorait point la parole de son ministre, lord Beaconsfîeld : « Le Juif arrive de nos jours à exercer sur les affaires de l'Europe une influence dont le prodige est saisissant. » Cette influence, elle avait pu en user à son profit durant deux à trois siècles ; ne devait-elle point craindre de la voir passer de son service au service de l'Allemagne? Elle pouvait compter et peser les titres actuels de celle-ci aux préférences de la secte cosmopolite. A cela s'ajoutait que l'Allemagne est la terre natale du protestantisme, que la Prusse, qui en est le berceau, se montre de plus en plus désireuse d'en être qonsidérée comme la métropole par tous ceux qui, dans le monde, haïssent Rome. Ajoutons enfin que l'Allemagne est bien située pour devenir le centre, le chef-lieu du gouvernement des Etats-Unis d'Europe et que, dès maintenant, elle se montre présente partout. Ces pensées, ces vues sur un avenir peut-être proche, ne pouvaient manquer de se présenter à l'esprit d'Albion.
De son côté la cabale juive ne pouvait que tenir grand compte de cet état de choses >si favorable à ses desseins.
Tandis qu'elle voyait en Allemagne tant de motifs de mettre en elle ses espérances, du côté de l'Angleterre elle voyait la confiance en elle s'amoindrir. L'esprit maçonnique n'est plus dans la Grande-Bretagne ce qu'il fut et ce qu'il continue d'être dans les autres pays. Sous la violence de la persécution, le catholicisme avait disparu presque complètement de l'Angleterre et de ses colonies. N'ayant plus à le combattre, la Maçonnerie s'est endormie. La grande majorité de ses membres ne voient plus en elle qu'une occasion de réunions amicales et une institution d'appui matériel3. D'autre part, la secte voit avec colère et inquiétude le mouvement de conversion au catholicisme des classes supérieures, et celui qui détourne la race anglaise des odieux conflits anti-religieux qui épuisent les races latines. Les grandes Loges du Royaume-Uni ont rompu, le 6 mars 1878, toutes relations avec le Grand-Orient de France, à la suite de la modification que celui-ci a apportée à sa constitution en supprimant la croyance à l'immortalité de l'âme et à l'existence de Dieu.
On comprend que dans ces conditions nouvelles la secte judéomaçonnique ait pu se dire qu'il était de son intérêt et qu'il était temps de chercher ailleurs qu'en Angleterre l'instrument de ses desseins et se tourner vers le pays germain. Barruel disait, il y a un siècle, qu'à cette époque déjà « les Illuminés d'Allemagne témoignent le plus grand mépris pour les maçons anglais4 ». Observons cependant que si la Maçonnerie en Angleterre n'est plus aussi irréligieuse, elle n'a point cessé d'être ardemment politique et dévouée à tout ce qui peut contribuer à la puissance de la race anglo-saxonne.
Nous ne devons point taire que ces deux Puissances, l'Allemagne et l'Angleterre, ne sont point les seules qui se promettent
3. Les Loges anglaises délivrent à ceux de leurs membres qui voyagent des lettres de recommandation qui leur assurent partout Vaide et le secours promis par les serments.
4. Mémoires sur le Jacobinisme. Edition d'Augsbourg, t. II, p. 154.
d'arriver à établir leur empire sur toute la terre et à assujettir à leur service tout le genre humain. La Russie, les Etats-Unis, le Japon lui-même se sont mis sur les rangs et ne cachent point leurs prétentions. De sorte que selon la tournure que prendront les événements, la Synagogue pourra se porter non seulement de l'Occident à l'Orient, mais de l'ancien monde au nouveau. Peutêtre que là se trouve l'explication de ce fait, que toutes les nations ci-dessus nommées sont entrées l'une après l'autre dans le conflit pour lequel la France a été choisie comme champ clos.
La Russie, depuis Pierre le Grand, n'a cessé de manifester les mêmes visées que l'Angleterre et l'Allemagne. L'idéal de domination universelle hante l'imagination russe depuis la fin du XVIIe siècle. Il a pour origine et pour principe le testament politique de ce souverain 5.
La révolution, suscitée en ce pays par l'Allemagne pendant la guerre, avait paru mettre à néant ces espérances. Mais les soviets ne les ont-ils point reprises pour leur compte ? La propagande du bolchévisme en Asie comme en Europe le donnerait à craindre.
Les Etats-Unis, eux aussi, ont la Grande Ambition. « Le centre de gravité de l'activité humaine se déplace rapidement, et dans un avenir qui n'est pas éloigné, l'Amérique conduira le monde. » Ainsi parle Mgr Ireland, l'un des interprètes les plus fidèles de l'âme américaine. L'Amérique du Nord rêve de suprématie sur la vieille Europe. Son territoire, ses richesses, sa mer ne lui suffisent plus. Elle veut des victoires et des conquêtes au dehors. Elle se croit la race prépondérante de l'avenir, la grande dominatrice du monde futur, du progrès et de la civilisation. Le rôle que son Président, M. Wilson, est venu jouer en Europe, à l'occasion du traité de paix est, à ce point de vue, un fait bien digne d'attention.
Déjà M. Bargy, sagace observateur, dans son livre : La religion dans la société aux Etats-Unis, avait signalé ce fait : « La République des Etats-Unis est, dans la pensée des Juifs d'Amérique, la Jérusalem future. » Il n'est pas hors de propos d'ob-
5. Il existe une copie de ce document historique, faite par M. Guillardet en 1836 ; elle est dans les Archives du ministère des Affaires étrangères de Paris. C'est une pièce assez longue.