‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 59 sur 146 · L. Veuillot · texte numérisé non relu

L. Veuillot

A considérer les choses dans leur marche et dans leur ensemble, la situation de l'Europe et du monde paraît assez sombre.

La Révolution opérée en Russie, au moment où toutes les nations étaient en armes et en lutte les unes contre les autres, a mis cet immense pays aux mains des soviets, qui ont levé des armées. Toutes les ressources des diverses provinces ont été accaparées par eux. Leurs troupes ont eu des succès qui leur permettaient de menacer l'Europe et l'Asie. Du côté européen, la Pologne se trouva dans une situation critique, tandis que, de l'autre côté, l'Arménie et la Perse subissaient de plus en plus l'influence des révolutionnaires qui veulent bouleverser le monde.

De Moscou Lénine et Trotzki organisaient une sorte de mouvement tournant, d'une vaste amplitude. Si leur plan gigantesque avait pu réussir, le péril eût été vraiment grand, car le soviétisme est la négation de tout ordre social et moral. Malheureusement ils ont eu des intelligences chez nous et ils y étaient secondés.

LA PAIX WILSONIENNE. 205

L'Angleterre a engagé des négociations avec Krassine, en vue d'entretenir avec la Russie soviétiste des relations commerciales qu'elle estime devoir être avantageuses à elle, sans considérer la puissance d'extension qu'en retirerait l'ennemi commun.

L'Allemagne fait plus. C'est d'elle que les armées rouges tirent tant d'armes des derniers modèles et tant d'outillage perfectionné, que la Russie ne saurait se donner, n'ayant point les moyens d'en fabriquer, ni de techniciens pour les utiliser si elle les possédait. Berlin donne à ces armées des officiers, des instructeurs et des spécialistes en tous genres. Toutes les factions de l'Europe et de l'Asie le savent et elles se disent qu'un jour ou l'autre Berlin viendra aussi à leur aide pour mener le grand train qui doit aboutir au Grand soir dans lequel elles veulent plonger la civilisation.

Déjà ces factieux sont à l'œuvre dans tous les pays.

Tandis que les nations délibéraient sur les conditions de la Paix, Longuet écrivit dans son journal Le Populaire :

Il ne s'agit pas seulement de problèmes territoriaux à résoudre, de poteaux-frontières à déplacer, d'indemnités à déterminer, de traités de commerce à fixer. . . deux forces sont en présence : force de conservation et force de révolution. Le moment est donc venu pour nous de nous livrer à un considérable effort de propagande... enfin de procéder à un recrutement intense qui nous donnera les cadres indispensables à l'accomplissement du rôle historique imminent que les événements vont nous tracer.

Au même moment Cachin insistait dans l' Humanité sur l'urgence d'une action vigoureuse et décidée du prolétariat pendant que se réglaient les plus graves problèmes

ce Ouvriers, paysans, travailleurs de tout ordre, écrivait-il, vont-ils laisser diplomates et gouvernants seuls maîtres de décider l'avenir du monde! »

Répondant à cet appel, les chefs du mouvement ne tardèrent pas à fomenter les troubles politiques, particulièrement en France, dans l'armée et dans la marine, à Toulouse, à Brest, à Châlons, etc. L'agitation ouvrière fut préparée dans les journaux révolutionnaires, et organisée dans les diverses Ligues, principalement à la Confédération générale du travail, en vue de troubler le travail, de détourner les corporations de leurs fonctions naturelles.

Le branle-bas fut annoncé pour le mois de mai 1919 dans tous

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