LA MAÇONNERIE PENDANT LA GUERRE
mandes pendant que celles-ci poursuivaient le but assigné à leurs efforts par Guillaume II et les Pangermanistes 1 .
Dans une étude sur La Franc-Maçonnerie allemande pendant la guerre, cette revue a montré que des loges militaires étaient établies dans les camps et qu'elles fonctionnaient d'un bout à l'autre du front dans son immense étendue.
Ces loges de campagne étaient placées sous l'obédience d'une Grande-Loge et leurs ce tenues » étaient aussi régulières que le permettaient les événements. La Revue internationale des sociétés secrètes, pour renseigner son public à ce sujet, compulsait très soigneusement les diverses revues maçonniques allemandes, y recueillant ses renseignements et indiquant toujours très exactement les sources où elle les puisait.
La première loge de guerre qu'elle a ainsi connue s'est révélée à elle par une réunion maçonnique qui se tint le 16 août 1914 dans la ville universitaire de Halle-sur-la-Saale en Prusse saxonne. Le 26 novembre, un discours dont elle a publié le texte complet traduit en langue française, y a été prononcé par le F.*. Ernst Regel. On y voit quelles idées la Franc- Maçonnerie s'attachait à répandre au début de la guerre et à quelle propagande elle allait se livrer. La première et la principale de ces idées était l'hégémonie mondiale que la race teutonne est appelée à exercer et que la guerre entreprise devait lui procurer. Les arguments développés par cet orateur à Hallesur-la-Saale ont été reproduits au Reichstag (devant la commission chargée d'étudier les questions relatives à l'Alsace-Lorraine) par le chancelier de l'Empire allemand, comte Herling, dans le discours qu'il prononça le 24 janvier 1918.
Les loges de guerre stylées par des discours semblables à celui prononcé par le F.*. Ernst Regel ont grandement contribué à développer dans les armées de la Germanie la crise de folie mégalonienne qui y a régné aux premières années de la guerre, et qui est retombée sur elle-même comme une soupe au lait en 1918.
Des loges furent établies partout sur le front des armées en
i. Une dépêche envoyée d'Amsterdam à la presse le 31 mars 191 9 a avoué indirectement les services que Guillaume II avait attendus de la Franc-Maçonnerie pendant la guerre, en l'accusant de l'avoir causée. Cette dépêche se référait aux lettres écrites par Guillaume II au Dr Schelmann de l'Université de Berlin.
Belgique, en France, en Alsace, en Pologne et en Russie. Un article publié par la Latomia, n° du 5 juin 1915, montre que ce ne fut point sur une initiative privée, mais bien l'exécution d'un plan concerté d'avance. Là où une loge ne put être instituée on eut recours à des fêtes maçonniques sur lesquelles les revues allemandes ont aussi donné de curieux renseignements.
La Revue internationale des sociétés secrètes nous fait assister à quelques tenues des loges militaires établies à Liège, à Bruxelles, à Saint-Quentin, à Chauny, à Metz, dans la France et la Belgique, et en d'autres pays. On y trouve des indices sur le fonctionnement de l'espionnage, sur la présence dans les loges militaires de campagne de F.-. M.\ pouvant appartenir et appartenant en fait à des obédiences ou Grandes-Loges des pays alliés. C'est ainsi que la Bauhûtte de Francfort-sur-le- Main, n° du 17 avril 1915, p. 127, rendant compte de l'installation de la loge de campagne A la lumière qui se lève sur la Somme, a donné des précisions sur les rapports qui ont eu lieu à cette occasion entre les Francs-Maçons français de deux loges de Saint-Quentin et les F.-, allemands de l'armée envahissante. Cette même Revue, n° du 17 juillet 1915, a exposé les vues du Kaiser qui se préparait de faire appel après la guerre à la solidarité maçonnique pour obtenir ce qu'il s'était proposé en la déclarant. Nous verrons que cette solidarité ne fut point inopérante dans les délibérations des délégués des nations sur les conditions de la paix et ce qui s'en suivit.
La dite, solidarité n'a pas daigné tenir compte des sacrifices exceptionnels de nos troupes. Elle a empêché de mettre la France dans des conditions de vitalité et de défense suffisantes chez elle, et au dehors nous avons appris coup sur coup : 1° que Lloyd George avait déclaré accepter que la Syrie et la Palestine soient placées sous le contrôle de la Société des Nations, et 2° qu'un grand comité, représentant les Juifs du monde entier, était en projet, ayant mission de préparer l'établissement dans la Palestine d'un Etat Juif, dont le gouvernement anglais serait le mandataire. Depuis longtemps déjà les Anglais ont le regard sur ce pays. Ils ont été admis à porter leurs armes de ce côté où tout nous appelait, et cela au moment où nous combattions en France pour les délivrer du cauchemar de l'Allemagne qui pesait sur eux. C'est ainsi qu'ils ont eu l'honneur
de s'emparer de Jérusalem, où ils agissent en maîtres. L'évêque anglican de Jérusalem a recueilli en 1914 plus de trois millions pour les œuvres qu'il veut y créer ou maintenir. Le général anglais Allenby, sous les ordres de qui se trouvent les troupes des Alliés en ce pays, a tracé et publié une carte de la Jérusalem future. Elle y est divisée en trois zones : l'enceinte des murailles actuelle, une nouvelle enceinte plus étendue, une troisième encore plus large, une quatrième zone enfin trace les limites de Jérusalem telle qu'il propose de la faire, avec un plan cadastral marquant les rues, ronds-points, jardins publics, etc. Cette zone s'étend au Nord jusqu'aux tombeaux des Juges, à l'Orient jusqu'à la route de Saint-Jean et le rebord occidental de la vallée de Sainte-Croix, au Midi jusqu'à la gare sur une largeur de douze mille mètres. C'est montrer bien vite que l'on veut se prévaloir du fait accompli.
Lors de l'arrivée en France des troupes américaines, les Grandes-Loges des Etats-Unis donnèrent les dispenses les plus étendues pour les initiatives des soldats. On fit des réceptions en masse. Le nombre des soldats Francs-Maçons comprenait d'ailleurs l'immense majorité de ceux qui étaient protestants, ce qui permit au Grand-Orient de la rue Cadet et à la Grande- Loge de la rue de Puteaux de profiter de la guerre pour reprendre les relations avec les Grandes-Loges des Etats-Unis et du Canada qui avaient été rompues lors des discussions soulevées au XVIIIe et reprises au XXe siècles, sur l'interprétation à donner aux constitutions maçonniques, si bien qu'au banquet maçonnique militaire donné à Paris, sept Grandes-Loges des Etats-Unis furent représentées 2.
Est-ce aussi à la confraternité internationale qu'il faut attribuer le fait qu'a révélé en mars 1919 la Gazette de Francfort, d'après une information donnée par le professeur Theodor Schiemann dans la Tœgliche Rundschau? Depuis 1919, un fonctionnaire de l'ambassade russe à Londres transmettait régulièrement au gouvernement allemand la correspondance échangée entre l'ambassadeur russe à Londres, comte Benkendorff, et le