‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 67 sur 146 · M. Tournoi avait dit : m La marque du puritain · texte numérisé non relu

M. Tournoi avait dit : m La marque du puritain

de Kant, de plus Franc-Maçon et messager des loges, M. Wilson, président de la République des Etats-Unis. L'accueil que lui avaient préparé les protestants et les Francs-Maçons de tous pays lui permit de poser en Pape dictant des oracles, bien plus, instituant une Eglise, la Société des Nations, qui fera, disait-il, jouir l'humanité d'une paix universelle et indéfectible.

Qu'a fait l'Assemblée de Versailles ainsi disposée, ainsi présidée et organisée de telle sorte que dans tous les scrutins la France n'avait à déposer dans l'urne qu'une seule voix, alors que l'Angleterre disposait de dix? Son premier acte fut de reconnaître l'œuvre de Bismarck et de la consolider. Au moment où elle se vit obligée de solliciter l'armistice, l'Allemagne se trouvait désemparée. Le sentiment de révolte contre la Prusse qui avait conduit l'Empire à la défaite était si puissant et si vif que les Alliés auraient pu facilement démembrer le pays, et constituer sur une nouvelle base les anciens Etats qui, peu à peu, avaient été absorbés par Berlin. Rien n'eût été plus facile de détacher par exemple la Bavière du Reich. C'est ce que le gouvernement constitué à Munich paraissait vouloir. Son chef, M. Kurt-Eisner, fut assassiné. Les autres Etats auraient également repris volontiers leur indépendance, ce La première chose que feront nos ennemis s'ils pénètrent en Allemagne, a dit Bismarck au Reichstag, sera de ressusciter le Hanovre. » Mais l'Assemblée fit la sourde oreille à ce que demandait tout ami d'une paix durable, et l'unité allemande sortit fortifiée de la défaite. Toujours unie sous la domination de Berlin, que ce soit sous la forme républicaine ou monarchique, l'Allemagne reste une menace toujours présente pour tous les Etats, car l'esprit prussien et la force de l'esprit prussien maintiennent l'esprit militariste dans tout le centralisme impérial ou républicain qui a son centre et son foyer à Berlin.

Qu'est-il résulté de cette première défaillance? Ce fut d'abord de donner à l'Allemagne les moyens de remettre de jour en jour l'exécution des obligations contractées par elle dans le traité de paix et d'en obtenir des atténuations successives; ce fut ensuite de lui permettre de s'allier plus ou moins ouvertement aux bolchévistes pour écraser la Pologne.

M. Winston Churchill, ministre de la guerre en Angleterre, a écrit dans VEvening News un article qui a bien étonné :

« L'effondrement de la Pologne et son englobement dans le système bolchéviste russe détruiraient la barrière dont tant de choses dépendent, et mettraient la Russie et l' Allemagne en contact immédiat et direct. »

Une fois en conjonction avec l'armée russe, « l'armée rouge », où abondent déjà les hommes de l'Allemagne, ses officiers et ses sous-officiers, ses canons et ses munitions qu'elle fait passer par Kœnigsberg en trains entiers, tout en se déclarant neutre, sa1 pensée est de prendre une revanche terrible contre ses anciens ennemis. Dans toutes ses phases, la révolution russe a été machinée par des Allemands dans ce but, par l'Allemagne impériale qui a obtenu que la Russie tournât le dos aux Alliés, aussi bien que par l'Allemagne républicaine qui prêta la main au triomphe du bolchévisme.

Sur les liens de l'Allemagne avec les Soviets, le Petit Parisien a reçu de son correspondant à Berlin et publié un document significatif. C'est l'essentiel des accords économiques et politiques conclus entre l'ambassadeur des soviets, M. Kopp, et le directeur du ministère des Affaires étrangères chargé des questions russes, von Mahlzahn.

L'agence Wolff a aussi publié un traité secret passé entre l'Allemagne et la Russie bolchéviste. L'existence de ce traité fut niée par les Allemands ; mais dans cette même correspondance publiée par le Petit Parisien, qui l'a reçu de Berlin, se lit ce « confirmatur » :

Je suis à même de vous communiquer l'essentiel des accords économiques et politiques conclus, à Berlin, entre l'ambassadeur des soviets, M. Kopp, et le directeur du ministère des Affaires étrangères, chargé des questions russes, von Mahlzahn.

On sait que l'ambassadeur Kopp a quitté tout récemment Berlin pour Moscou, où il est allé soumettre le projet de traité et demander les pouvoirs nécessaires pour engager la signature de la république des soviets vis-à-vis de l'Allemagne.

Viennent les clauses du traité au point de vue économique. Elles sont suivies de ces lignes :

Moyennant cette assistance économique de l'Allemagne — sans parler du concours militaire, qui est loin d'être négligeable — le gouvernement bolchéviste devra chasser les Polonais du corridor de Dantzig, sans occuper, toutefois, cette région, autrefois allemande. Il devra, dans ses négociations de p'tix avec l'Entente, exiger l'admission de l'Aile magne aux con fé\ renées et défendre, outre les intérêts russes, toutes les causes intéressant l'Allemagne, le rétablissement de In frontière oom

mune russe-allemande et la suppression, plus ou moins dissimulée, des Etats périphériques et même demander la restitution à l'Allemagne de ses colonies.

Ce qui permit au Gaulois du 2 août 1920 de dire, par la plume de M. Alfred Capus :

Les hordes russes n'ont tant d'audace et d'élan que par l'espoir de la complicité allemande dans le crime polonais.

M. Jean Herbette avait dit la veille dans le Temps :

Ce n'est pas à Prague que la pression des Alliés peut produire un effet décisif. C'est à Berlin. Le jour où Berlin sentira une sérieuse menace, il est probable que Moscou s'adoucira. Mais tant que Berlin pourra impunément afficher l'arrogance, Moscou sera intraitable, et Prague même, orientée vers la Russie et voisine de la frontière allemande, se dérobera.

Les Alliés n'avaient nullement envie d'adresser à Berlin de sérieuses menaces. Des menaces étaient bien faites, mais on les savait purement verbales. On sentait à Moscou que ce n'étaient que vaines paroles et que les baïonnettes n'étaient nullement disposées à les sanctionner. Les diplomates voilaient leur manque de volonté ou leur impuissance d'arguments subtils, mais, entre autres choses, ils ne laissaient pas ignorer aux Polonais qu'il était inutile de compter sur les Puissances alliées pour venir soutenir leur résistance vraiment héroïque et admirablement tenace, luttant un contre cinq, sans munitions, sans vivres, sans artillerie lourde contre un ennemi pourvu de tout. Heureusement que la France et le génie de ses hommes de guerre étaient là.

La résurrection de la Pologne avait été proclamée un des buts principaux des Alliés. On voit comment cette promesse a été tenue.. Et cependant il est évident aux yeux de tous que, si longtemps qu'on ne permettra à la Pologne de se donner des conditions de vie sérieuse et même de se rendre forte entre la Prusse et la Russie, elle ne pourra reprendre le rôle qu'elle remplit autrefois pour la sécurité de l'Europe, rôle d'une nécessité bien plus grande qu'aux jours passés. Devant le péril d'une grande Russie et d'une grande Allemagne, unie dans l'organisation prussienne, se dresse un autre péril : c'est l'agitation grandissante de l'Islam, de la Thrace et du Caucase jusqu'à la Syrie. L'Asie se révolte contre l'Europe et l'Asie commence aujourd'hui à Moscou. La jonction du bolchévisme et du nationalisme

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