‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 8 sur 146 · Nous parlerons bientôt de la plus célèbre · texte numérisé non relu

Nous parlerons bientôt de la plus célèbre

Mais le coup d'Iéna, mortel semblait-il, n'était point celui qui devait donner la mort à la Prusse. L'heure du bourreau n'était point encore arrivée pour elle. Elle n'avait point achevé son rôle d'exécuteur de la Justice divine, parce que nous n'avions pas cessé de nous élever contre l'infinie Majesté. La France allait se rendre plus coupable que jamais et avec elle l'Europe ; d'autres châtiments devaient être infligés à l'une et à l'autre : la nation chargée du rôle de tortionnaire devait pouvoir se relever et même voir sa puissance augmenter, pour que le châtiment pût répondre à la grandeur des offenses plus irritantes que jamais qui allaient se produire.

Après l'effondrement d'Iéna, la Prusse n'avait conservé que quatre provinces et pas entièrement : la Marche de Brandebourg, la Prusse propre, la Silésie et le duché de Poméranie. Dès lors, il se trouva des hommes qui s'appliquèrent avant tout à présenter aux enfants des écoles primaires aussi bien qu'aux étudiants des Universités une Allemagne unie par la langue, et par les intérêts pour faire face à l'ennemi commun. Toute la jeunesse valide fut exercée au métier militaire, et on ne cessa de montrer à l'armée la Prusse comme ayant la mission historique de défendre et d'élever parmi les nations la communauté germanique.

Pas plus de sept ans après Iéna, la Prusse était remise sur pied. Stein et Hardenberg avaient été rappelés au pouvoir après le traité de Til'sit et avaient opéré des réformes sociales et militaires ; les écrivains Fichte3, Schleiermacher et même

3. Nous avons mis Fichte en tête de ceux qui ont le plus contribué à relever la Prusse. A l'heure même où il entendait les tambours français résonner sous les fenêtres de l'Université, il prononça ses Quatorze Discours à la nation allemande. Ils n'ont cessé d'être réimprimés en toutes sortes de collections populaires. Leur influence fut et est encore incomparable comme apologie du germanisme et du pangermanisme, « Je parle, dit-il, pour les Allemands en général, pour tous les Allemands sans exception... Pas de fusion, avec personne ; mais, par contre, prendre la tête de l'humanité : pourquoi? Parce que l'Allemagne est la Nation par excellence, la Nation élue; elle est le peuple, comme la Bible est le Livre ; elle est la Race type, la personnification même de l'Humanité ; elle est ail — Mann (= tout homme : il joue ici d'une étymologie qui est fausse), et c'est pourquoi elle a la puissance de s'étendre à tout, de tout absorber... L'esprit allemand n'est pas de frappe terrestre, il est la source de tous les soleils, il plonge dans l'avenir et crée sans arrêt des mondes nouveaux. — « 11 faut amener la nation allemande à prendre conscience d'elle-même, rYst-à-dire de sa pure essence germanique (Deutschheit), et rendre ce sentiment assez fort pour qu'il puisse s'imposer au reste du monde et le régénérer »

Schiller qui, dans ses premiers écrits, s'était montré ennemi juré de la société et de la civilisation, imprimèrent à la Prusse, avec le concours des Arndt, des d'Arnim, des Kœrner et des Schleger un puissant élan de patriotisme. Les sociétés secrètes, qui n'avaient pas perdu de vue le rôle qu'elles destinaient à la Prusse, n'y furent pas étrangères, et l'aide donnée au premier moment fut continuée avec une infatigable persévérance. En 1861, une union de tous les rites de la Franc-Maçonnerie allemande fut opérée sous forme de fédération intitulée Verein deutscher Freimaurer, présidée par le F.*. Seydel. Il y eut congrès. Les écrivains et les professeurs en renom enrégimentés dans le Verein s'y trouvèrent et à partir de là donnèrent à l'opinion une impulsion de plus en plus irrésistible. C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie seconda les hommes d'Etat et les instituteurs et prépara les victoires de la Prusse en Allemagne et en France 4.

Le relèvement de la puissance prussienne ne tarda pas à se rendre manifeste aux yeux de tous. En 1812, à la suite des revers de Napoléon en Russie, la Prusse se trouva en mesure non seulement de lui faire défection, mais de prendre la tête de la coalition contre la France ; son armée parut à Leipzig, et Blùcher fut le vainqueur de Waterloo. Au congrès de Vienne, le royaume, perdant du côté de l'Est quelques terres slaves, acquit une partie de la Saxe, une partie de la Westphalie et le solide noyau de la province du Rhin. Il y a en tout cela une leçon qui malheureusement a été perdue de vue en 1918-1919. Aux congrès qui suivirent, les Prussiens, non contents des mutilations imposées à la France, réclamèrent déjà l'Alsace et la Lorraine, et de plus la Flandre française. Ils voulurent la création sur toute notre frontière, depuis Dunkerque jusqu'au Mont- Blanc, d'une zone de six lieues de large, qui eût été détachée du territoire français pour être occupée par des postes fédéraux aux mains de nos ennemis. Le tzar Alexandre remit en 1818 au duc de Richelieu la carte dressée en Prusse pour étayer ces prétentions. •

4. Tous les hommes marquants de l'Empire allemand actuel sont des Francs-Maçons avancés ; on peut s'en convaincre en comparant les annuaires maçonniques avec le Reichsanzeiger.

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