‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 95 sur 146 · LES FILS D 'ABRAHAM · texte numérisé non relu

LES FILS D 'ABRAHAM

même, par le ministère des Anges, une loi sans tache, qui contenait en germe la perfection qui devait se développer par l'Evangile; ses Patriarches, ses Prophètes, ses grands Rois étaient des messagers fidèles du ciel à la terre ; par la parole et l'exemple, ils maintenaient un niveau et un courant de vertu et de religion sans lequel la corruption et l'impiété auraient jeté tout le genre humain en proie à la malédiction et à la mort. Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Juda^ Moïse, David, Salomon, et tant d'autres, figuraient le Messie promis, le Verbe éternel de Dieu qui devait s'incarner et devenir réellement le descendant, le fils de cette race, de cette famille, élue pour la plus grande gloire dont Dieu pouvait honorer l'humanité.

La Vierge Marie, la plus parfaite de toutes les créatures, plus pure, plus sainte, à un degré que nous ne pouvons imaginer, que tous les chœurs des Anges, l'Immaculée Mère de Dieu allait sortir de la tige de Jessé, et, en se retournant vers Abraham et sa race, pour bénir Dieu d'avoir accompli en elle les grandes choses qu'il leur avait promises, elle saluerait, dans les héroïnes qui avaient été, dans l'ancien monde, le privilège unique et merveilleux de son peuple, Débora, Judith, Esther, sans oublier Sara, Rebecca, Rachel ni Anne, mère de Samuel, des ébauches déjà radieuses, formées, modelées, louées, chantées et bénies par l'Esprit-Saint lui-même, du type sublime et ineffable de sainteté qui devait se réaliser en elle et attirer du Ciel le Verbe de Dieu dans son sein virginal.

Aussi quand des écrivains, auxquels nous voudrions pouvoir applaudir sans réserve, se laissent emporter, par la passion du but qu'ils poursuivent, jusqu'à jeter l'outrage à ces noms que l'Eglise et l'Esprit-Saint lui-même offrent et imposent à notre vénération, nous ne pouvons que réprouver ces blasphèmes insensés contre la Parole même et l'Inspiration de Dieu.

Jusqu'à Jésus-Christ, les Juifs ont été, en toute vérité, ce le Peuple de Dieu » ; en naissant de la race d'Abraham, Jésus- Christ l'a couronnée et consacrée de sa propre sainteté, et proposée, en vertu du lien indissoluble par lequel il lui est uni, au respect, aux bénédictions et à la reconnaissance de toutes les tribus de la terre et de toutes les générations humaines.

2. — Mais voici le déicide, et la postérité d'Abraham se scinde. Le plus grand nombre parmi les Juifs cessent de répondre aux miséricordieuses avances que Dieu leur avait faites. Entre l'ancien temps et les temps nouveaux, le déicide a creusé un abîme que la bonté divine comblera un jour, quand la justice aura fait son œuvre.

D'un côté, les fils d'Abraham qui, dociles et fidèles à l'esprit de la loi, en ont reconnu l'accomplissement, en recueillent pieusement le fruit divin. En vrais et bons Israélites, dont la fraude n'avait pas vicié le cœur, ils sont venus à Celui que leurs pères attendaient et appelaient de leurs vœux. Ils sont sortis du Temple quand le voile s'en est déchiré ; ils sont sortis de la Synagogue, quand la chaire qu'elle contenait, cessant d'être celle de Moïse, est devenue une chaire de pestilence, de mensonge et de haine. Les Apôtres, les disciples, les convertis de la Pentecôte et ceux qui, après eux, sont entrés dans le bercail du Bon Pasteur, ceux-là ont été la vraie postérité d'Abraham, le père, non des blasphémateurs et des maudits, mais des croyants.

Pierre et Paul, ceux-ci en tête, ont été les fondements de l'Eglise, les assises de la chrétienté, les pierres angulaires de la maison de Dieu qui s'élargirait pour contenir le monde entier. Par eux, c'est nous qui sommes les vrais fils d'Abraham, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, par la sève de foi et de charité qui d'eux a passé en nous, quand nous avons été greffés sur cette tige dont la racine plonge dans le cœur même de Jésus. Abraham, Moïse, David, ne sont plus aux Juifs rebelles, mais bien à Pierre, Paul, André, Jacques, Jean et autres apôtres; ils sont à nous comme Marie et Joseph.

Le Calvaire a donc séparé en deux la race juive : d'une part, les disciples qui ont appelé à eux et se sont incorporé tous les chrétiens ; de l'autre, les bourreaux, sur la tête desquels, selon leur vœu, est retombé le sang du Juste, les vouant à une malédiction qui durera autant que leur rébellion 1.

i. Rappelons cette sentence de Pascal: « Les Juifs, en tuant Jésus-Christ pour ne pas le recevoir pour Messie, lui ont donné la meilleure marque de Messie. En continuant à le méconnaître, ils se sont rendus témoins irrépro-

Cette scène commence au jour de la Pentecôte et à la prédication de saint Pierre qui amène au Christ ceux des Juifs qui sont les fils d'Abraham selon la chair et qui veulent rester siens selon l'esprit, tandis que ceux qui ferment l'oreille à cette prédication se rangent sous l'étendard de Judas.

En même temps se lève une nouvelle génération. Voici le concile de Jérusalem qui affranchit les Gentils des cérémonies de la Loi et voici saint Paul qui les convertit en foule, leur découvre le mystère de leur vocation et de la réprobation des Juifs ingrats et rebelles. La jalousie de ceux-ci et la fureur des Pharisiens ne connaît bientôt plus de bornes. Ils font des complots contre l'Apôtre des nations et ils le livrent aux Romains comme ils avaient livré Jésus-Christ. La clameur qu'ils avaient fait parvenir par le peuple au prétoire de Pilate : Toile eum, ils la font entendre partout où ils trouvent des chrétiens.

Ils commencent par faire mourir les premiers disciples de Jésus, Etienne, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur, Mathias, coupables uniquement de prêcher la doctrine du Sauveur et de la confirmer par des miracles. Ils s'opposent avec rage à la propagation de l'Evangile, tantôt fouettant les Apôtres (Act. V, 40), tantôt excitant Saul contre les disciples (Act. VIII, 3) ; puis, après la conversion de celui-ci, ils le persécutent par leurs calomnies et leurs blasphèmes (Act. XIII, 45), par des séditions soulevées contre lui (Act. XIII, 50 et XVII, 5) à ce point que les païens eux-mêmes, tel Gallion, proconsul d'Achaïe, doivent, soit l'arracher à leurs barbares violences (Act. XVIII, 12 et XX, 31), soit mettre à néant leurs accusations mensongères et criminelles (Act. XXIV, 9, 10). L'an 65, à Jérusalem, ils le traînèrent hors de la ville pour le tuer. Lysias le délivra, il dut cependant leur accorder cette satisfaction de l'enchaîner, et même s'il en avait eu le pouvoir de le battre de verges (Act. XXIV, 7).

Bientôt ils suscitent les premières persécutions des païens contre les chrétiens. « Les synagogues sont les sources d'où découle la persécution », a écrit Tertullien. Et de nos jours, un protestant, M. Jean Réville, affirme la même chose en ces

chables, et en le tuant et en continuant à le renier, ils ont accompli lesprophéties. )>

termes : « Les (premiers) chrétiens, issus du Judaïsme, n'avaient pas de pires ennemis que les Juifs » 2.

Comment purent-ils susciter ces persécutions ? Cicéron nous le fait entendre : « Tu sais, dit-il, quelle est la multitude de ces Juifs, quelle est leur union, leur entente, leur savoir-faire et leur empire sur la foule des assemblées » (Pro Flacco, XVIII).

Dès l'an 44, Agrippa mit sa puissance à leur service. Néron était entouré d'esclaves juifs, Poppée était à demi-juive. L'historien des Persécutions, M. Paul Allard, se range au sentiment de saint Clément qui attribue à leur jalousie la première persécution.

Lorsque l'empereur Sévère publia l'édit par lequel il interdisait la propagande juive et chrétienne, cet édit fut si peu observé à l'égard des Juifs et si cruellement obéi contre les disciples du Christ que l'on vit des chrétiens, trop lâches pour braver les supplices et trop attachés cependant au culte du Dieu unique pour brûler de l'encens devant les idoles, se réfugier au sein du judaïsme.

Sous la persécution de Dèce, les Juifs, dit M. Paul Allard 3, assistent avec une curiosité ardente, avec une joie haineuse, à l'épreuve imposée aux chrétiens. On entendait partout leurs voix, s 'élevant avec l'accent du triomphe. Ils se plaisaient, comme le leur reprocha un martyr 4, à piétiner lâchement sur des ennemis tombés. Comme au temps de Polyearpe, ce fut alors la colonie juive qui se montra l'ennemie la plus acharnée des chrétiens. Le peuple païen regardait curieusement, mais les Juifs prenaient part, jouaient un rôle actif.

Julien l'apostat reconnut vite, chez les Juifs, ses meilleurs alliés dans la guerre sourde, incessante, qu'il fit aux chrétiens : « Leurs inimitiés séculaires, dit saint Grégoire de Nazianze, les désignaient pour auxiliaires à celui-ci 5 » ; et ceux-ci se hâtèrent de mettre à profit les dispositions de l'Empereur pour assouvir de nouveau leurs haines traditionnelles. On les vit en Egypte, en Asie, incendier impunément les basiliques chrétiennes.

Il en fut toujours ainsi et partout il en est encore de même

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