‹ Les poussières de l'air (volume 2)Chapitre 6 sur 9 · EXPLICATION DE LA PLANCHE II · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE II

N^ i. Cristallisation obtenue par l'évaporation d'une goutte d'eau de pluie. Premières gouttes tombées à Paris le i®' juillet 1870 et recueillies à 4** 35'" du soir, a, cubes pyramides.

Pouasiérea de l'air.

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N° 2. Eau de pluie du 8 juillet 1870. Cristallisations observées sur les bords d'une goutte évaporée à sec.

N° 3. Cristaux obtenus par l'évaporation à sec de Teau de neige tombée à Paris le 12. janvier 1876. a, b, cristaux assez rares.

N*^ 5. Formes diverses observées dans plusieurs préparations : a, cubes; b, octaèdres (?); c et r/, prismes droits à base hexagonale vus dans deux positions différentes; e, f, prismes obliques.

N^4 . J'ai tenté de reproduire artificiellement ces cristallisations des eaux météoriques. J'ai recueilli des poussières atmosphériques, et, les lavant à l'eau distillée, j'ai examiné au microscope une goutte de l'eau de lavage évaporée à sec ; les formes que j'ai observées et que j'ai dessinées dans cette figure diffèrent sensiblement des précédentes.

N° 6. J'ai mieux réussi par l'évaporation d'une dissolution très-étendue de nitrate d'ammoniaque. Les formes a,' i, c, d, d! rappellent sensiblement celles qui se produisent par l'évaporation des eaux météoriques. Les cristaux en croix n'ont pu être formés que très-imparfaitement (e, f), même en additionnant au préalable la solution d'une petite quantité de gomme ou de dextrine.

Corpuscules contenus dans la grêle, — Les chutes de grêle nç sont pas fréquentes dans les régions où j'ai fait mes expériences ; elles sont en

outre si soudaines et si promptes qu'il n'est pas toujours facile de recueillir les premiers grêlons. Voici les curieux résultats d'une observation faite au commencement de 1876.

PL /, n** 6. — Grêle du jeudi 9 mars 1876.

a, algues diverses; i, infusoires divers; quand je les ai vus, ils étaient sans mouvement; c, corpuscules organisés sphériques; e, corpuscules trèsabondants, animés d'un fort mouvement de trépidation. J'appelle surtout l'attention sur de curieux globules sphériques d, d'une transparence complète, et qui étaient constitués d'une substance ayant l'apparence gélatineuse. Le liquide s'étant évaporé, pendant l'évaporation je vis un de ces globules g se contracter (g^') sous le contact d'un petit corpuscule pierreux. Je rapprocherai cette observation de ce fait singulier que mentionne Ehrenberg :

Un administrateur de la pharmacie Heepen, près de Bielefeld, m'a appris que, le i4 janvier 1860, M. le Dr Stohimann avait recueilli une poussière brune dont la neige était chargée. L'ayant examinée au microscope, il y trouva, à côté de petits cristaux en quartz, des animalcules vivants de forme sphérique, dont les plus grands avaient la grosseur d'une lentille. Ce n'étaient pas des infusoires; je n'en fus pas moins saisi d'étonnement, à l'idée d'êtres organiques, vivant dans la neige fondue (*).

Corpuscules contenus dans l'eau de rosée. — J'ai examiné au microscope des gouttes de rosée

( * ) Bericht liber die zur Bekauntmachung geeigneten Ferhandluugen der Kônigl Preuss. JAademia der Wissemchaften zu Ber^ lin, 18G0.

recueillies sur un brin d'herbe, ou formées artificiellement au moyen d'un mélange réfrigérant placé dans un tube de verre ; j'ai encore employé l'éther à travers lequel je faisais passer un courant d'air.

Les gouttelettes de rosée qui se condensent à la surface du tube, dont la surface a été préalablement nettoyée avec soin, sont placées sur une lame de verre et soumises à l'inspection microscopique. Les expériences ont été faites le matin à Sainte- Marie-du-Mont, dans le courant de juillet 1876.

Voici les substances que j'y ai rencontrées sous un grossissement de 5oo diamètres, et que j'ai classées méthodiquement dans la PL III,

EXPLICATION DE LA PLANCHE llï.

N*^ 1. a. Corpuscules sphériques transparents, observés dans une goutte de rosée condensée artificiellement par l'éther (28 juillet 1876, 8** du matin).

i. Corpuscules analogues, observés le lendemain 24, à 6*" du matin, dans une goutte de rosée recueillie à la surface du collecteur de porcelaine.

c. Grains de pollen (?) observés dans une goutte de rosée, prélevée sur un brin d'herbe (21 juillet 1876, 5*" du matin).

d, Infusoires (?), goutte condensée par l'éther (îi3 juillet 1876).

e^f. Non définis (21 et 28 juillet 1876).

N" 2. Les microzoaires, bactéries, monades, etc..

sont abondants dans Teau de rosée. Les corpuscules organisés représentés dans notre gravure étaient animés d'un double mouvement de trépidation et de progression très-intense.

a, bj Cy ây e, /"représentent les différentes formes observées dans six préparations d ifféren tes , obtenues par l'eau de rosée condensée artificiellement ou dans celle recueillie sur le collecteur de porcelaine, quand elle s'y était formée naturellement. Ces corpuscules sont quelquefois d'un aspect foncé (b, c) et dans ce cas leur faible dimension rend leur nature douteuse.

N° 3. Les produits végétaux sont très-alx)ndants dans l'eau de rosée. On en voit groupés un certain nombre dans cette figure : a , grains de pollen (?); b, grains de fécule; c, rf, e,y, g", sporules, mousses, corpuscules non définis.

N° 4. J'ai réuni dans cette figure des produits que j'ai observés fréquemment et qui offrent l'aspect de mousses ou de moisissures : a présentait une couleur d'un beau jaune clair; J, c, d, d'un vert trçs-tendre.

N°o. a, e, différentes espèces de grains de pollen ; by c, (ly non définis.

N° 6. Corpuscules divers : «,y, algues ; i, c, corpuscules minéraux à surface angulaire, trèsnoirs ; dj e, corps amorphes très-transparents, silice; g-, non défini.

Poussières de l'air

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Corpuscules oV)»crvés dans l'eau de rosée nalurelle oa condensée artiricicllenient. {-—-)

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Sur rezistence de corpuscules ferragineux et magnétiques dans Tatmosphère.

Si les poussières aériennes recueillies par Tune ou l'autre des méthodes que j'ai décrites sont placées sur une feuille de papier glacé ; si Ton y promène un aimant dans tous les sens et à plusieurs reprises, un grand nombre de corpuscules adhèrent à l'aimant. A Taide d'un pinceau, je les fais tomber sur une autre feuille de papier; puis, en m'aidant d'une loupe, j'approche de ces poussières un second aimant, et j'en vois un certain nombre qui s'y précipitent violemment, tandis que celles qui n'avaient été retenues que par l'adhérence due à leur ténuité restent sur le papier. Je réunis les premières sur le porte-objet du microscope, pour les examiner sous un grossissement de 5oo diamètres.

Les parcelles aériennes attirables à l'aimant sont de nature très -différente et peuvent se diviser ainsi : fragments grisâtres, amorphes, de 75- à ~ de millimètre ; particules noires et opaques ma-

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melonnées beaucoup plus petites, de —• ^ iTï ^^ millimètre ; particules fibreuses de même grandeur ; corpuscules noirs et opaques parfaitement sphériques, de -—j à —^ de millimètre de diamètre environ ; corpuscules sphériques semblables, munis d'un petit goulot.

Ces corpuscules attirablcs à l'aimant sont essentiellement formés de fer. Je les ai rencontrés dans presque toutes les poussières atmosphériques que j'ai examinées : dans le sédiment de la neige des Alpes prélevée par mon frère , M. Albert Tissandier, lors de son ascension du mont Blanc en 18747 au col des Fours, à 2710"* d'altitude; dans les sédiments provenant de pluies recueillies pendant plusieurs mois à l'observatoire météorologique de Sainte-Marie-du-Mont (Manche), au milieu de vastes herbages et non loin du voisinage de la mer;* dans plus de quarante échantillons de poussières aériennes recueillis, depuis 1871 jusqu'à ce jour, dans des localités différentes et sur des monuments élevés. Les figures suivantes {Jig» iS, i4?

Fig. i3.

("orpuscules attirés par Taimant, recueillis dans le sédiment de la neige du mont Blanc, à 2710"^ d'altitude (juillet 187/1).

i5 et 16) reproduisent l'aspect le plus caractéristique de quelques-uns de ces corpuscules, dont

j'ai fait un grand nombre de préparations microscopiques. (Foir aussi p. 5i.)

Pour donner une idée de Tabondance de ces

Fig. 14.

Corpuscules attirés par Taimant, recueillis dans le sédiment de la pluie tombée à Sainte -Marie -du -Mont (Manche) le II juin 1875. 4^.

Fig. i5.

Corpuscules attirés par raimant, recueillis dans la poussière déposée sur une surface de i™ carré, àSt-Mandé {i" mai 1871).

Fig. 16.

Corpu&eulss attirés par l'aimant, recueillis dans la poussière apportée par le vent dans une des tours de Notre-Dame fermée aux visiteurs. ^.

corpuscules dans les poussières aériennes, je reproduis les observations que j'ai notées depuis plusieurs années.

Paris, juillet 1870. — Poussières des tours de Notre-Dame. Sphérules attirables à Faimant en nombre considérable.

Saint'Mandéj août 1870. — Poussières tombées en vingt-quatre heures sur une surface de i™*ï : deux corpuscules attirables à Taimant, amorphes.

Sainte-Marie-du-Monl. — Corpuscules magnétiques recueillis sur la table à poussières en nombre plus ou moins considérable, souvent 2 à 3 parcelles seulement; les 26, 28, 3o, 3i mai 1873 ; les i3, 19, 21, 24, 27 juillet 1876, etc. Dans les sédiments des eaux de pluie, les 2, 5, 10, ii, 17 juin 1875; le 8 août 1875; les 22, 28, juillet 1876.

L'examen des poussières recueillies à Calais, en Bretagne, en Suisse, m'a toujours donné les mêmes résultats. J'ai donc été conduit à reconnaître la présence, sinon constante, au moins trèsfréquente, de corpuscules ferrugineux en suspension dans l'atmosphère.

M. Schœnauer, dans un remarquable travail entrepris sous la direction de M. Marié-Davy à l'Observatoire de Montsouris, sur les Poussières de l'atmosphère, travail dont nous rendons compte dans un autre opuscule ( * ) i a confirmé mes observations, en ce qui concerne la présence dans l'air de granules ferrugineux (*).

(*) Les Germes de Vair, -:-

(*) Bulletin mensuel de V Observatoire de Montsouris , t. V, année 1876, p. 11.

M. Young, préparateur de microscopie à l'Université de Genève, a récemment présenté à l'Académie des Sciences là Note suivante, que je reproduis in extenso :

Nous avons entrepris pendant les hivers 1874- 187 5 et 1876- 1876 des analyses de résidus de neige, afin d'y déceler la présence de deux corps simples : le fer et Tiode. Ces recherches, au moins en ce qui concerne le fer, ont pris de l'importance depuis les intéressants travaux de MM. Nordenskiôld et Tissandier.

Nous avons recueilli la neige à plusieurs reprises, en diverses altitudes qui sont : Montreux, au bord du lac Léman (375*°), la station des Avants, au-dessus de Montreux (979"^), et l'hospice du Saint-Bernard (249-1™)» ^t toujours dans les mêmes conditions, n'y intéressant qu'une couche moyenne distante du sol et de la surface. Nous avons examiné les résidus de ces neiges au microscope et nous les avons comparés aux poussières recueillies dans les clochers de plusieurs cathédrales (Paris, Varsovie, Samara sur le Volga, Genève, Lausanne, etc.). De plus, nous sommes parvenu à estimer d'une manière relative la quantité de fer contenue dans ces neiges, en nous basant sur l'intensité de la coloration produite par le sulfocyanure de potassium dans une quantité donnée de résidu.

Ce travail nous à conduit aux conclusions suivantes :

1^ Le fer existe dans toutes les poussières accumulées depuis des 'siècles dans les clochers d'églises. Il y possède une forme globulaire caractéristique, fort bien représentée par M. Tissandier (^), indiquant qu'il a été porté à une haute température.

2® Ce fer flottant dans l'atmosphère est entraîné par la neige dans sa chute; nous l'y avons retrouvé dans tous les cas, parles procédés chimiques .

3<* Malgré nos soins et notre désir, nous n'avons pas renconfrc dans les résidus de neige le fer avec la forme globulaire, mais toujours en fragments irréguliers.

4° Le fer est toujours en'plus forte proportion dans les neiges

(*) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences y t. LXXXI, p. 576.

des régions inférieures que dans les neiges recueillies à de plus grandes altitudes.

5® Quoique ayant scrupuleusement suivi les indications données par M. Chatin dans son Mémoire du lo janvier dernier ( * ), relativement à la recherche de minimes quantités d'iode, nous n'avons pas réussi à constater la présence de ce métalloïde dans les neiges que nous avons examinées.

INous nous proposons de poursuivre ces recherches sur des masses de neige plus considérables, afin d'y constater, s'il y a lieu, la présence du nickel, du cobalt et du phosphore, comme M. Nordenskiôld l'a fait pour les glaces polaires. Nous aurions là une excellente preuve de l'origine cosmique de ce fer. Nous pensons aussi qu'il serait bon de laver et doser les poussières d'une quantité donnée d'air à différentes époques de l'année, afin de saisir le phénomène dans ses variations. Il est à présumer que cette poussière métallique doit se rencontrer en plus grande abondance dans notre atmosphère, à la suite des pluies d'étoiles filantes des mois d'août et novembre (*).

Avant d'aborder la question de Torigine de ces corpuscules ferrugineux atmosphériques , je crois devoir résumer des observations antérieures qui se rattachent à cette étude.

(*) Comptes rendus des séances de l'académie des Sciences, t. LXXXII, p. 1 28.

(•) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences^ 17 juillet i8;6, t. LXXXIH, p. 2^2.

Les poussières cosmiques ou les météorites

microscopiques.

On sait que, en outre des corpuscules ténus que Tair tient toujours en suspension à la surface de la terre, on a souvent constaté des pluies de poussières, d'une intensité extraordinaire. Parmi ces chutes de poussières, il en est, et c'est ce qui a lieu le plus fréquemment , qui sont constituées par le sable fin des plages ten^estres, mais il en existe d'autres qui proviennent incontestablement des débris pulvérisés de météorites.

Pendant une traversée du navire Josiah-Bates, dans les eaux de la mer des Indes, au sud de Java,dans la nuit du 24 au aS janvier iSSg, les marins formant l'équipage de ce vaisseau virent tomber sur le pont une fine poussière qui y forma bientôt un dépôt d'une assez grande abondance. Le capitaine du J osiàh-Bates recueillit cette poussière, et, à son retour à Washington, il la soumit à l'exâipen de Maury. Celui-ci crut devoir l'envoyer à Ehrenberg.

40 - Le savant micrographe examina au microscope cette curieuse poussière aérienne, qui, à l'œil nu, offrait l'aspect de petits grains agglomérés [fig- 17};

Fit.

il reconnut qu'elle était due à des gouttelettes solidifiées et creuses, analogues aux larmes balaviques [fig- 18). L'analyse de cette substance démontra qu'elle était formée de fer métallique uni à de l'oxydulc de fer métallique. Ces petites ampoules de fer avaient certainement subi une fusion, comme leur forme l'indiquait i Ehrenberg et le baron Rcichenbach n'hésitèrent pas à les considérer comme des parcelles provenant d'une niasse de fer météorique, rendue incandescente par son frottement dans les couches aériennes (').

De semblables parcelles semblent provenir de la fusion superficielle de météorites. Dans d'autres cas, les poussières cosmiques peuvent être laconsé-

(') AimaUs de Poggendorff.

quence de la simple désagrégation de ceux-ci, comme l'a très-bien indiqué M. Daubrée dans son

beau Mémoire sur les météorites (')) à propos de la météorite d'Orgueil,

e charbonneuse d'Or|>uei], dit !H. Daubrée. si inlércBsanle o plusieurs points <le vue, a été Irés-instruclive en ce qui regarde l'cii.slence des poussières météoriques ; elle est friable an point que certains échnotiltoni se réduisant en poudre par la simple pression outre les duigls. On peut donc b'ëtonner qu'ils soient arrivés entiers ï la surface du glube. Peut-être s'eiplique-t-on ce fait en remarquant les deux cîrconstnncei suivantes. D'abord cbaque fragment était enTeloppé, au moment de I* chute, d'une croûte vitrilîée, plus solide que [g reste do la masse. En outre, les direrscs parties de la météorite sont cîmeutëes par dos sels alcalins; l'eau, en dissolvant ce ciment, amène la déBa[;ré|;ation complète de la météorite, qui se réduit

( ' ) Journal dei Sam

en une poussière de la plus grande ténuité ( * ) ; de sorte que si, le i/| mai i86/|, le ciel, au lieu d'avoir été parfaitement pur, se fût trouvé pluvieux ou simplement couvert de couches de nuages, à travers lesquelles ces pierres auraient dû passer, on n'aurait pu recueillir qu'une boue visqueuse, comparable à celles dont on a observé la chute dans plusieurs circonstances.

L'abbé Richard rapporte plusieurs exemples de pluies de feu, qui nous paraissent devoir être attribuées à des débris incandescents de météorites. Au mois de novembre 1741? un nuage chassé par un vent d'est très-violent, après s'être heurté plusieurs fois contre les montagnes qui sont au-dessus de la ville d'Almérie , au royaume de Grenade en Espagne, se brisa et il en sortit une pluie d'étincelles ardentes, qui non-seulement mirent le feu à toute la campagne des environs, mais encore à une partie de Fescadre commandée par M. de Court, et qui était alors au port d'Almérie (').

Voici un autre fait du même ordre, extrait des Mémoires de V Académie des Sciences (1695).

Le 10 mars 1696, sur les 7^ du soir, il s'éleva à ChâtilIon-sur-Seine un grand orage : la tète de la nuée qui paraissait l'exciter étant enflammée, l'air parut tout en feu; ceux qui le virent en furent fort effrayés et crurent que les villages voisins étaient entièrement consumés par le feu qui tombait de tous côtés en étincelles semblables à celles qui sortent du fer rouge quand on le bat. Après être tombées, elles roulaient quelque temps à terre et devenaient bleues; elles s'éteignaient ensuite.

(*) La poudre dont il s'agit traverse même les filtres les plus serrés.

(") Histoire naturelle des météores, t. V, p. 870, et Météorologie religieuse et mystique, par E. Grellois, p. 319; Metz, 1870.

Cette pluie de fea dura un quart d'heure, occupa un grand terrain où elle ne causa pas d'incendie; à la queue de l'orage, la neige tombait à grands flocons.

Arago, dans son astronomie populaire (^), s'exprime ainsi au sujet des chutes de poussières :

L'observation attentive des chutes de poussières fait présumer qu'elles ne diffèrent pas essentiellement des chutes d'acrolithes ordinaires {*). Quelquefois elles ont été accompagnées de chutes de pierres, comme aussi d'un météore de feu. Les poussières paraissent contenir à peu près les mêmes substances que les pierres météoriques. Il semble qu'il n'y ait d'autre différence que dans la rapidité avec laquelle ces amas de matière chaotique, dispersés dans l'univers, arrivent dans notre atmosphère.

Arago a dressé un catalogue des principales chutes de poussières cosmiques que Thistoire a enregistrées. Nous en extrayons quelques-uns des faits les mieux caractérisés.

L'an 472 de notre ère (suivant la chronologie de Calvisius, Playfair, etc.), le 5 ou le 6 novembre, grande chute de poussière noire (probablement aux environs de Constantinoplc); le ciel semblait brûler.

i586, 3 décembre, à Verde, en Hanovre, chute de beaucoup de matière rouge et noirâtre, avec éclairs et tonnerre (météore de feu et détonation). Cette matière brûlait les planches sur lesquelles elle tombait. (Manuscrit de Salomon, sénateur à Brème).

16 18, août : Chute de pierres, météore de feu et pluie d'une matière semblable à du sang, en Styrie (de Hammer).

1704» 4 J®'*^*®^- Globe de feu sur la tour de l'église du Quesnoy, qui rejaillit sur la place environnante en pluie de feu.

17 19. Chute de sable dans la mer Atlantique (latitude septentrionale 45®» longitude 822045')» accompagnée d'un mé-

(*) Arago, Astronomie populaire, t. IV, p. 208. (•) Arago est ici beaucoup trop absolu. 11 revient du reste sur cette opinion exclusive, comme nous le verrons dans la suite.

téore lumineux (^Mémoires de V Académie des Sciences ^ ï7'9» partie historique, p. 23).

1737, 31 mai, chute de ferre attirable à l'aimant sur la mer Adriatique, entre Monopoli et Liosa (Zakicbelu, Opuscoli di Calogera^ t. XVI).

181 3, i3 et \î\ mars en Calabre, Toscane et Frioul, grande chute de poussière rouge et de neige rouge, avec beaucoup de bruit. II tomba en même temps des pierres à Cutro, Calabre (Bibl. Brie., octobre 181 3 et avril 1814 )• Sementini a trouvé dans la poussière: silice, 33; alumine, i5 1/2; chaux, 11 i/4; fer, i4 1/2; chrome, 1 ; carbone, 9. La perte de l'analyse a été de i5 pour 100.

1814, 3 et 4 juillet, grande chute de poussière noire au Canada, avec une apparition de feu qui rend cet événement semblable à- celui de ^"ji, cité plus haut, p. 209 {Philos. Magaz.^ vol. XLIV).

181 5, vers la fin de septembre, la mer, au sud des Indes, fut couverte de poussière sur une très-grande étendue, probablement à la suite d'une chute cosmique. {Philos. Hfagaz., juil> let 1816).

18-1.9, en novembre, à Montréal et dans la partie septentrionale des États-Unis. PJuie et neige noire accom'pagnées d'un obscurcissement du ciel extraordinaire, de secousses analogues à celles ressenties pendant les tremblements de terre, de détonations semblables à des explosions d'artillerie et d'apparitions qu'on a prises pour des éclairs très-forts {Ânn. de Chimie, t. XV). Quelques personnes ont attribué le ph nomène à l'incendie d'une iorèt ; mais le bruit, les secousses et toutes les circonstances de cette apparition montrent que c'était un véritable météore.

1824, i3 août, à Mendoza, dans la République de Buenos-Ayres. Poussière qui tombait d'un nuage noir; à une distance de 40 lieues, le même nuage se déchargea encore une fois {Gazette de Buenos- Ayrvsy i®"* novembre i82'|).

M. E.-H. von Baumhauer, dans un curieux Mémoire intitulé : Sur l'origine des aurores polaires, et publié dans les Comptes rendus de l'académie des ScienceSy tome LXXIV, page 678, cite le fait suivant :

Plus d'une fois on a observé des chutes de (jrèle dans lesquelles les gréions avaient un noyau métallique, et je présume que le fait se présenterait fréquemment, si l'on se donnait plus souvent la peine d'examiner les grêlons. C'est ainsi, par exemple, que Eversman a trouvé dans des grêlons, tombés à Sterlitamack, dans la province d'Orembourg, en I^ussie, des octaèdres obtusangles de sulfure de fer, dans lesquels Hcrman a dosé 90 pour loo de fer. De même, il est tombé, le 21 juin 1821, dans la province de Majo, en Espagne, des grêlons avec noyaux méttiUiques où Pictet a constaté la présence du fer au moyen du ferrocyanurc de potassium. Mais ce qui mérite surtout notr^ attention, c'est la chute à Padoue, le 26 août i834> de grêlons avec des noyaux de couleur gris cendré. Ces noyaux, examinés par Cozari, consistaient en grains de diverses grosseurs, dont les plus gros étaient attirables à l'aimant et furent trouvés composés de fer et de nickel. L'identité de cette matière avec celle des aérolithes ne peut guère faire l'objet d'un doute.

Le Cosmos, dans son numéro du 29 décembre 1864 7 publie, sous le titre : Sur les étoiles filantes en rapport ai^ec la surface terrestre, les lignes suivantes :

M. de Reichenbach a publié sur ce sujet, dans les Annales de Poggendorffj un travail curieux dont nous allons faire connaître les points les plus saillants. L'auteur insiste beaucoup sur la formation granuleuse des météorites, qui peuvent exister aussi bien à l'état de poussière impalpable, répandue dans les espaces, que sous forme de conglomérats, du poids de plusieurs centaines de kilogrammes. Ce sont, dit-il, ces grains impalpables, qui, en pénétrant dans notre atmosphère, s'échauffent, se fondent et nous apparaissent sous forme d'étoiles filantes. A. l'aide du télescope, on peut en distinguer des amas considérables pareils à des étoiles de* 8^ et de 10® grandeur. Quelque ténue que soit cette poussière météorique, elle doit, en pénétrant dans notre atmosphère, communiquer quelque chose de matériel à la surface de la terre. Mais comment parvenir à le démontrer. Voici le procédé suivi à cet égard par M. de. Reichenbach.

L'auteur avisa une montagne couverte de hêtres , le Labisberg,

de 4 00 mètres de haut, et se mit à analyser quelques poignées de terre, choisie le plus près possible du sommet de cette montagne, dans les endroits où jamais Thomme n'avait porté ni pioche, ni hache. A sa grande surprise, il constata des traces sensibles de nickel et de cobalt. Il répéta le même essai sur des terres prises dans d'autres localités et il obtint toujours à peu près les mêmes résultats.

Dans son livre Meteors, aerolites and falling stars (London, 1867), M. T.-L. Phipson s'exprime ainsi :

Depuis que le baron Reinchenbach a essaye de recueillir la poussière des étoiles filantes sur les hauteurs dénudées de l'Allemagne centrale, j'ai moi-même, par hasard, et tout en faisant des études bien différentes, découvert un moyen de recueillir une partie de cette poussière météorique à certaines époques de l'année, après les grandes pluies d'étoiles filantes d'août et de novembre. J'ai fréquemment exposé à l'air une plaque de verre recouverte d'une substance transparente mucilagineuse pour recueillir les diverses particules organiques qui flottent dans l'air, et qui peuvent être ainsi étudiées au microscope. Ce genre d'expérimentation m'a fourni de curieux résultats à Bruxelles, à Paris et à Londres. A Bruxelles et à Paris, j'ai trouvé de cette manière, quand le vent était dans une direction favorable, des poils de diverses plantes alpines, en outre de nombreux animalcules, grains de quartz, etc. Pour cette expérience, j'ai employé une petite plaque de verre recouverte de glycérine, exposée à des vents du sud qui soufflaient à une vitesse de 40 milles à l'heure. En examinant les corpuscules en contact avec la plaque du microscope, nous trouvons que l'atmosphère apporte de cette manière un grand nombre d'objets curieux qui, nécessairement, échappent aux méthodes habituelles d'analyse chimique.

J'ai trouvé, quand le verre, recouvert de glycérine pure, est expose à un fort vent vers la fin de novembre, qu'il est recouvert d'un certain nombre àe particules noires angulaires {blach angular particles) et qu'on peut en recueillir trois ou quatre dans l'espace de deux heures.

Si l'on fait l'expérience un plus peu loin dans la campagne, en

dehors des fumées de la ville, les particales noires se montrent exactement de même. Toutefois» elles ne sont ni charbonneuses, ni recouvertes de suie; elles peuvent se dissoudre dans une forte solution d'acide chlorhydrique, et produisent du chlorure de fer jaune sur la plaque de verre.

C'est tout ce que j'en sais actuellement; il est possible que ces particules foncées soient formées des éléments de la poussière météorique laissée dans l'air par les milliers d'étoiles filantes qui sont incomplètement brûlées dans leur passage rapide à travers l'atmosphère.

Quoique j'aie fait ces expériences à diverses époques de l'année et dans différents pays, c'est seulement dans les mois d'hiver que j'ai trouvé ces particules noires, qui donnaient du chlorure de fer par le contact de l'acide chlorhydrique.

Dans la séance de TAcadémie des Sciences du i8 août 1873, M. Daubrée présenta les premières observations de l'illustre savant norwégien, M. Nordenskiôld, Sur les poussières charbonneuses as^ec fer métallique qu'il a obsen^ées dans la neige, pendant le cours de ses voyages arctiques.

A notre premier essai pour pénétrer dans notre station d'hiver, à travers les champs de glace, dit M. NordenskiOld, j'eus une excellente occasion de renouveler cette observation (l'auleur dit précédemment qu'il a trouvé des parcelles métalliques dans la neige) sur une glace flottante; j'observai k sa surface et à quelques centimètres plus bas une poussière grise mêlée de petits grains magnétiques. La neige recueillie dans ces conditions me fournit, après fusion, un résidu peu abondant. La poussière grise consistait, pour la plus grande partie^ en diatomées entières ou brisées, et les points noirs, d'une grandeur atteigna/it | de centimètre, contenaient du fer métallique entouré d'oxyde de fer et contenant probablement aussi du charbon. A plusieurs reprises, j'ai constaté la présence du fer métallique, qui se décèle aussi en précipitant le cuivre d'une dissolution de sulfate de ce même métal. Cette dernière observation me paraît prouver que la neige

et la pluie amènent des poussières cosmiques en petite quantité (»).

Le 26 janvier 1874, M. Daubrée a communiqué à TAcadémie une nouvelle Lettre de M. Nordenskiold; nous en extrayons le curieux passage suivant :

J'ai enfin analysé la substance métallique que j'ai trouvée dans la poussière charbonneuse recueillie sur la glace et la neige pendant la dernière expédition, par 80^ de latitude, et, en 1870, sur rinlandis (mer de glace intérieure du Groenland). La quantité de substance dont j'ai pu disposer était trop minime pour qu'il pût être question d'une analyse quantitative; mais, en dissolvant cette poussière dans l'eau régale, séparant le fer par l'ammoniaque en excès, précipitant les autres métaux par le sulfhydratc d'ammoniaque, puis traitant le précipité au chalumeau avec du borax, j'ai pu constater la présence du nickel et du cobalt. Quant au fer hydraté précipité avec l'ammoniaque, après avoir été de nouveau dissous par l'acide nitrique et précipité avec du molybdate d'ammoniaque, il donne la réaction du phosphore.

J'ai encore examiné de la grêle, tombée à Stockholm l'automne dernier, et j'y ai trouvé de petits grains noirs qui, triturés entre deux mortiers d'agate, donnaient des lames de fer métallique. Malheureusement, cette grêle était tombée dans une ville où toutes les maisons sont recouvertes de toits en fer, et je ne mentionne ce fait que pour engager d'autres observateurs à renouveler ces observations dans des conditions plus favorables. Je suis personnellement convaincu que la grêle s'était condensée autour de grains minimes d'une origine cosmique Qottant dans l'air, et que ce fer était de la même origine que le fer trouvé dans la neige par moi, à Stockholm, et par mon frère en Finlande; mais il y a toujours une grande différence entre une conviction personnelle et une conviction scientiûque ; je regarde cependant comme prouvée par toutes ces observations l'existence d'une poussière cos-

(') Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences ^

t. Lxxvn,p. 404.

mique tombant imperceptiblement et continuellement, fait d'une importance immense, non-seulement pour la Physique du globe, mais encore pour la Géologie et les questions pratiques, par exemple pour rAgricuItnre, en raison du phosphore.

On trouve quelquefois cette poussière accumulée en assez grande quantité par les torrents glaciaires. Une odeur très-désagréable qui caractérisait cette poussière annonçait qu'elle contenait une substance organique sujette à la fermentation et, chose très-curieuse, cette substance organique donne, avec l'ammoniaque, la même solution brun foncé que la ma'tière charbonneuse que laisse le fer d'Ovifak après sa solution dans l'acide nitrique; elle prête aussi la même résistance aux liquides oxydants les plus énergiques ( ' ).

^naljse chimique des corpuscules ferrugineux atmosphériques, — Pour arriver à pouvoir faire l'analyse des corpuscules ferrugineux aériens, j'ai recueilli pendant une année, depuis le i" mai iSyS jusqu'au milieu de 1876, les eaux pluviales tombées à Sainte-Marie-du-Mont (Manche) sur le collecteur de porcelaine ; j'ai recueilli en outre, dans un espace de temps plus considérable encore, les poussières tombées directement de l'air sur une surface déterminée : j'ai pu extraire du sédiment des pluies et des poussières ainsi amassées 124 milligrammes de corpuscules attirables à l'aimant. Après avoir fait l'analyse micrographique de ces corpuscules, j'ai procédé à leur analyse chimique qualitative.

Traitée à chaud par l'acide chlorhydrique additionné d'une petite quantité d'acide nitrique, la •substance examinée n'a laissé qu'un très-léger ré-

(*) Comptes rendus des séances de Vjécadémic^des Sciences ^ t. LXXVin, p. 23G.

sidu insoluble. Le liquide filtré a donné par l'ammoniaque un abondant précipité de sesquioxyde de fer. Après avoir mis de côté la liqueur ammoniacale filtrée, le précipité a été dissous dans l'acide chlorhydrique, puis reformé par Tammoniaque, et ainsi de suite alternativement à plusieurs reprises. Les eaux ammoniacales, réunies à celles provenant du premier traitement, ont été concentrées au bainmarie. Le liquide obtenu a donné avec le sulfocarbonate de potassium la coloration rose caractéristique du nickel. Le sulfliydrate d'ammoniaque , d'autre part, a déterminé la formation d'un léger précipité noir; celui-ci, après calcination, a donné dans la perle de borax, traitée au chalumeau, la réaction caractéristique du nickel : coloration violette virant au gris brunâtre par le refroidissement. La présence du nickel dans les corpuscules ferrugineux aériens que j'ai recueillis en 1 875-1876 indique nettement qu'il en existe dans la masse examinée, dont l'origine est cosmique.

Analyse micro graphique comparatisme des corpuscules ferrugineux atmosphériques, et de fragments détachés de la surface des météorites, — Les corpuscules aériens attirables à l'aimant ne se présentent pas toujours en sphérules à surface lisse, semblables à celles que j'ai décrites lors de mes premières études. Ils affectent souvent d'autres formes, dont j'ai dessiné les aspects caractéristiques À la chaml^re claire : tantôt ils sont amorphes; ils

apparaissent alors en fragments très-noirs {fig- ly, n** 1) ; tantôt ils sont constitués par une réunion de petits grains, extrêmement petits, groupés en amas compactes (n° 2) : cette dernière forme est trèsrare. Quelquefois ils atteignent des dimensions

Fig. 19.

plus considérables, et dans ce cas leur surface est rugueuse (n*^ 3) ou mamelonnée (n° 4). Pendant les mois d'août et de septembre iS^S, j'ai recueilli, parmi les poussières tombées directement de l'air, quelques fragments ferrugineux magnétiques semblables à celui du n° 4, et qui atteignaient une longueur de -p^ à ~ de millimètre.

Il m'a paru intéressant de comparer ces corpus-

- Sa —

cules atmosphériques aux fragments que l'on obtiendrait en grattant la surface de météorites authentiques. M. Daubrée a bien voulu m'autoriser à examiner quelques échantillons de la belle collection du Muséum d'Histoire naturelle, avec le concours de M. Stanislas Meunier.

A Taide d'une lame d'acier, j'ai gratté la surface d'une masse de fer météorique tombée le i4 juillet 1847 ^ Braunaji Hauptmannsdorf (Bohême).

Cette surface, formée d'une croûte noire adhérente au métal, se divisait aisément, et, parmi les fragments pulvérulents détachés, j'ai trouvé quelques parcelles globulaires et mamelonnées (n"3,yîg-. 19).

Plusieurs fragments semblables ont été rencontrés, en grattant la surface d'autres échantillons, parmi lesquels je citerai la météorite tombée, le 1 1 juillet 1868, à Ornans (Doubs). La surface métallique de cet échantillon, très-peu cohérente, est mamelonnée et formée par place de sphérules qu'on y dirait incrustées. Les parcelles cosmiques recueillies par M. Nordenskiôld sur les champs de glace des régions polaires, et envoyées au Muséum, ont été examinées directement. Elles sont constituées de grains noirs très-petits (n° 6), offrant une ressemblance frappante avec ceux que j'ai extraits d'un sédiment d'eau de pluie tombée en France (n"2).

Un sable ferrugineux tombé à Lœbau (Saxe), le i3 janvier i835, renferme des grains très- nettement sphériques (n** 7), et d'autres fragments

dont la surface est formée de mamelons arrondis (no8)C).

Ces faits démontrent encore que , parmi les poussières ferrugineuses, il en est un grand nombre qui proviennent des météorites et des étoiles filantes; on peut supposer que ces masses métalliques, dans leur passage au sein des espaces, se brisent en nombreux fragments, font jaillir autour d'elles des parcelles incandescentes de fer métallique, dont les plus petits débris, entraînés dans toutes les régions de Tair par les courants atmosphériques, tombent à la surface entière du globe, sous forme d'oxyde de fer magnétique plus ou moins complètement fondu. La traînée lumineuse des étoiles (liantes serait due à la combustion de ces innombrables particules, offrant Taspect des étincelles de feu, qui jaillissent d'un ruban de fer quand on le brûle dans l'oxygène.

Les météorites laissent en effet souvent derrière elles des traînées lumineuses, que l'on peut attribuer aux débris incandescents détachés de leur masse. La gravure ci-après représente l'aspect offert par le bolide qui précéda la chute des météorites de Queengouck (Indes), le 27 décembre 1857, et permet d'apprécier, par comparaison avec le village de Bassein figuré au-dessous, le volume du météore. Ce dessin, exécuté par le lieutenant Aylesbury, té-

(*) Comptes rendus des séances de l* Académie des Sciences, t. LXXXIII, p. 76.

moin du phénomène, a été reproduit par l'illustre de Haidinger, dans son Etude sur la chute de Queengouck. Nous en devons la communication à M. Stanislas Meunier.

Voici en quels termes M. Gouëzel donne, dans le Bulletin de l'Observatoire, la description d'un bolide qui à éclaté comme une pièce d'artifice et qui, par conséquent, a dû abandonner dans Tair de nombreux fragments très-divisés :

Hier, 7 novembre 1876, à 7^ 10™ du soir, un bolide a été observé à Belle-Ile. Son mouvement s'opérait du nord-est au sud-ouest, laissant le zénith à environ 5° dans le sud. Il se présenta sous la forme d'une énorme et éblouissante étoile , animée d'une vitesse vertigineuse, traçant un sillon lumineux de plus en plus accentué qui a persisté pendant plus d'une minute. La trajectoire a commencé à environ 65 degrés au-dessus de l'horizon et s'-est arrêtée au même niveau. Arrivé au terme de sa course, l'aérolithe était un peu moins gros que la Lune. Il a éclaté comme une pièce d'artifice, en formant un soleil incandescent qui fatiguait l'œil autant que la lumière électrique." Le centre contenait du bleu et un peu d'orangé, les nombreuses aiguilles de la frange étaient du blanc le plus vif. Aucune détonation n'a été entendue.

Il est facile de démontrer que des parcelles de fer, en brûlant, prennent la forme sphérique, et qu'une masse de fer volumineuse, en se combinant au rouge avec l'oxygène, peut se diviser en fragments globulaires microscopiques. J'ai fait tomber, à travers une flamme d'hydrogène, delà limaille de fer extrêmement fine ; dans ces circonstances, elle brûle avec éclat; j'ai reçu sur une plaque de porcelaine la limaille ainsi brûlée, et, l'examinant au microscope, je l'ai trouvée formée de globules par-

faitement sphériques, de sphères munies d'un petit goulot, de globules allongés à la façon de larmes bataviques ou de masses mamelonnées et fibreuses incomplètement fondues {fig» 21). J'ai recueilli sur

Fi(j. 21.

Globules d'oxyde de fer magnétique, obtenus en faisant brûler de la fine limaille de fer dans une flamme d'hydrogène. ^^.

un porte-objet la poussière tombant d'un briquet à pierre, où je faisais étinceler le fer, et j'y ai retrouvé au microscope des globules de même nature {fig> 22). Enfin, en brûlant un gros fil de

Fig. 23.

Globules sphériques d'oxyde de fer magnétique, oblenus en recueillant les parcelles de fer incandescentes d'un briquet à pierre. ^,

fer dans l'oxygène, j'ai constaté que les globules d'oxyde de fer magnétique formés étaient bien plus nombreux et bien plus petits qu'on ne le croit communément. En outre de ceux que l'on voit à l'œil nu, il en existe d'autres, tombés au sein de

l'eau placée au fond du vase, et qui ne peuvent être reconnus qu'à l'aide d'un fort grossissement. Ils sont sphériques pour la plupart, et dans le nombre il en existe dont le diamètre n'excède pas ' de millimètre.

En présence des faits que je viens d'énumérer, on sera peut-être conduit à objecter que, si la chute de parcelles cosmiques ferrugineuses est constante à la surface de la terre, ce phénomène doit y apporter dans la suite des temps des modifications importantes. Je ferai observer que les corpuscules sphériques dont j'ai reconnu la présence dans l'air sont d'un très-faible volume ; leur diamètre excède rarement —-j- de millimètre. En admettant, ce qui est au-dessus de la vérité, qu'ils aient tous cette dimension, il en faudrait sSoo pour couvrir la surface de 1 millimètre carré, laSooo pour former un volume de i millimètre cube. On conçoit donc qu'il puisse se rencontrer, d'une façon générale, quelques semblables corpuscules dans tout sédiment atmosphérique provenant d'une grande masse d'air, sans qu'il en résulte, dans des espaces de temps même considérables, un apport très-appréciable de fer à la surface de notre globe.

On doit reconnaître d'ailleurs que, si, parmi les poussières ferrugineuses, il en est dont l'origine est incontestablement extra - terrestre, il en existe d'autres qui sont soulevées par le vent à la surface de la terre, ou emportées par la fumée de nos usines.

Poussières ferrugineuses d'origine terrestre. — J'ai indiqué précédemment que le fer, quand il jaillit en étincelles, affecte la forme globulaire : Toxyde de battitures, quand il se forme au rouge, produit un grand nombre de sphérules magnétiques : lors des dernières inondations de la Seine, un sable apporté à Choisy, par des eaux qui avaient sans doute balayé le voisinage de quelque usine, contenait une grande quantité de globules sphériques d'oxyde de fer magnétique. Cet échantillon curieux, qui m'a été communiqué par M. Stanislas Meunier, ne contenait pas de nickel.

M. Daubrée a reconnu qu'aux environs des usines métallurgiques on recueillait parfois des globules fondus d'oxyde de fer magnétiques^ provenant assurément du travail du fer.

Il est possible que la combustion de la houille dans les cheminées, dans les foyers des usines, etc., fournisse encore à l'air d'abondantes poussières d'oxyde de fer, par la combustion des pyrites de fer qu'elle peut contenir; mais, dans tous ces cas, les corpuscules ne renferment pas de nickel.

J'ai reconnu que la terre arable, le sable de la

Fig. 23.

•¥#ik-<dÛJ

Corpuscules attirables à Taimant, extraits de la terre arable

de l'île de la Réunion. ^,

mer, etc., renferment fréquemment des parcelles

magnétiques plus ou moins abondantes. L'aimant promené dans la terre de Tîle de la Réunion, dans le limon du Nil, se hérisse de petits grains d'oxyde de fer magnétiques {fig* ^3 et 24).

Fig. 24.

Corpuscules attirables à Taimant, extraits du limon du Nil. ^.

Dans le sable des côtes de la Manche, j'ai trouvé, par la même méthode, des parcelles magnétiques d'un aspect particulier, semi-transparentes, de couleur verte, jaune ou rose ; elles renferment dans leur masse des particules opaques très-noîres [Jig- aS).

Fig. 25.

Corpuscules attirables à l'aimant, extraits du sable de la mer

(Manche). «-^.

M. Stanislas Meunier, sur ma demande, a examiné les préparations que j'avais faites de ces curieux produits, et il m'a donné sur l'origine de ces parcelles magnétiques l'excellente explication suivante :

Je regarde ces parcelles comme étant formées de petits débris de roches serpentineuses renfermant des granules de magnétite.

Il cxisle au Muséum des préparations de serpentines et de roches analogues, présentant les mêmes granules dans leur situation normale. Il est yraisemblable que ces débris ont été fournis au sable de la Manche par les pointements de roches magnésiennes (serpentine, diorite, amphibolite), toujours riches en fer oxydulé, qui se montrent dans diverses localités des côtes.

On voit que ces différents corpuscules terrestres se distinguent tout à fait par leur aspect de ceux que Ton trouve habituellement dans l'atmosphère .

Il y a toutefois des réserves à faire au sujet des sphérules de fer que Ton peut rencontrer dans le voisinage des grandes villes. Mais, d'autre part, cette source terrestre de poussières ferrugineuses n'explique pas l'abondance extraordinaire des parcelles microscopiques de fer qui flottent partout dans l'atmosphère, qui se retrouvent dans la neige des régions polaires, dans celle des Alpes, dans les eaux météoriques recueillies au milieu des cam- . pagnes; elle est étrangère à l'existence dans l'air des corpuscules de fer nickelifère, dont il faut chercher l'origine dans la poussière qui jaillit de la surface des météorites incandescentes ou qui provient de la division de celles-ci au sein de la pluie, quand elles sont friables (*).

(') Au moment de mettre sous presse, nous ajouterons que M. Daubrée, dans une remarquable Communication faite à l'Académie des Sciences (5 et 12 mars 1877), a montré, par Texpérience, comment les météorites abandonnaient à l'atmosphère, sous forme de grains impalpables entraînés par pulvérisation, une partie notable de leur masse.

Les pluies de poussière et les sédiments des fleuves

aériens.

Ce phénomène curieux a souvent été signalé par des observateurs anciens et modernes. Tite-Live, notamment, parle à plusielirs reprises, dans ses écrits, de poussières fines tombant de Tair à la surface de la terre, avec une abondance considérable. Depuis Homère jusqu'aux paysans ignorants de notre époque, on a également mentionné des pluies de sang, qui laissaient un dépôt rougeâtre sur le linge ou sur les corps de couleur blanche à la surface desquels on les recevait. Ces prétendues pluies de sang, ainsi nommées par la superstition populaire, consistent simplement en pluies d'ea\i ordinaires, dans les gouttes desquelles est incorporé un sable fin et pulvérulent. Elles se rattachent donc au phénomène des pluies de poussières. On les a désignées beaucoup mieux sous le nom de pluies terreuses. Le même fait a encore été observé pour la neig^ qui tombe parfois en flocons colorés par

des corps pulvérulents étrangers emprisonnés dans leur masse.

Les pluies terreuses en Europe et en Chine. — Nous venons de voir que ces pluies de poussières ont quelquefois une origine extra-terrestre. Mais ce phénomène de la chute de parcelles cosmiques, assez rare quand il devient appréciable sans le secours d'examens minutieux, doit se distinguer nettement des pluies de sables, secs ou mouillés, qui ont une origine terrestre, et qui consistent en agglomération de fines parcelles soulevées des déserts par des tourbillons de vent, et emportées au loin par des courants aériens. Arago, et surtout Ehrenberg, ont étudié ces phénomènes; mais il reste à leur égard quelque obscurité : nous avons essayé de coordonner les faits, et de les soumettre à une nouvelle analyse, pour en tirer une lumière plus complète qu'on ne l'avait fait jusqu'ici.

Le nombre des pluies terreuses, désignées sous le nom de pluies de sang, et signalées par les annalistes anciens, est considérable. Homère fait tomber une pluie de sang sur les héros grecs (*). Plutarque parle *de pluies de sang qui se seraient produites après de grands combats (*). Obsequens décrit à plusieurs reprises le même phénomène. Lycosthènes, dans son Liv^re des prodiges, va même

(*) Iliade ^ XI, v, lu.

(*) Vie de Marius.

jusqu'à figurer naïvement les gouUes de sang qui tombent du ciel {Jig- 26).

Ehrenberg parait être le premier qui ait rassemblé les faits de cet ordre, et le célèbre micro-

FiB- îfi.

Pluie de HDg, d'après le Livre des prodiges de Ljcosthcnes.

graphe a dressé une curieuse carte des pluies terreuses ou des pluies de poussière sèche {jig. 27)- II a examiné au microscope les échantillons qu'il a pu se procurer et il a retrouvé souvent, parmi les grains de matière minérale qui les constituaient, des formes organiques, algues, diatomées, etc., qui

étaient originaires des sables de l'Afrique ou de TAmérique du Sud. Les travaux d'Ehrenberg offrent une haute importance ; ils sont à peine connus en France : nous avons cru devoir en publier ici de nombreux extraits, traduits des Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Berlin*

Des pluies de poussière, dit Ehrenberg, ont été signalées entre l'Afrique et rAmérique, dans les parages des îles Canaries, des Açores et des lies du cap Vert, pendant les années 1160, i555, i558, 1579, 1606, 1627, 1668, I719, 1810 (deux fois), i8i5, 1816, 1817, i8'ii, 1822 (quatre fois), 1825, 1S26, i83o, 1 833 (deux fois), 1834 (deux fois), i835, 1837, i838 (trois fois), 1839 et i84o(deux fois). On comptait, en 18.^9, trois cent quarante faits bien constatés de chute de poussière.

En i8o3, il tomba une poussière rouge à Udine; en 181 3, en Calabre; en i83o, à Malte; en 184G, à Gènes et à Lyon; en i847i dans le Pusterthal et à Gastein. La couleur, la forme, la composition organique étaient les mêmes que celles des poussières provenant de la mer Ténébreuse.

Parmi les formes organiques trouvées dans ces poussières, toutes ne provenaient pas de l'Afrique : il y en avait qui étaient originaires de l'Amérique méridionale, notamment de la Guyane, où les frères Schamburgk trouvèrent les similaires à l'état de vie. J'ai vérifié moi-même ces observations.

Darwin évalua, en 1847, ^ ^^^^ milles du sud au nord et à 800 milles de Test à l'ouest, les régions de l'air où souillent habituellement les vents chargés de ces poussières entre rAfri<)ue et l'Amérique. Tuckey éleva les 1600 milles à 1800 milles.

La masse de poussière tombée à Lyon en 1B46, sur une étendue de 400 milles carrés, fut jugée, par les savants français, égale, en poids^ à 7200 quintaux.

On calcula que les 600 quintaux d'aérolithes tombés de 1790 à 18 r 9, et énumérés par Chladni, étaient peu de chose en comparaison des millions de quintaux de poussière tombant journellement {tàgUch ) dans les parages de la mer Ténébreuse et ailleurs. On se demanda d'où provenaient ces'-nuages rouges, si riches en fer, qui, dans le cours de milliers d'années, épuisent des contrées

pour en saturer d'autres, et quel rapport ils pouvaient avoir avec les aérolithes.

. En i8.{9, j'eus à m'occuper d'une pluie couleur d'encre, tombée -en Irlande et remplie d'animaux vivants; d'une pluie de sang, tombée près de Sens, en France.

En i85oj j'analysai des échantillons d'une pluie de poussière 4ombée, en 18^9, près de Charkow et Pultawa en Russie; d'une pluie fuligineuse, tombée près de Detmold, en février i85o; ■d'une pluie rouge, tombée le 17 février i85o sur le mont Saint- Gotfaard, en Suisse, dans un moment où il ne soufflait aucun vent.

Je trouvai dans les chroniques la mention de pluies de sang tombées, l'an 33o, en Angleterre; 45 1 et. 5 17, en Italie; 1642, à Constantinople ; 1667, en Brabant (cette dernière était, en apparence, du sang noir), et à Leipzig; 1670, à Donauwôrth, en Bavière; 1596, à Drossin, dans la Nouvelle-Marche ; 1618, en France; iGiOf en Pologne; 1623, dans le canton des Grisons (Suisse), en Wurtemberg, et près de Halberstadt; i64o, près de Saalfeld ; 164^» |)rès de Stuttgart, ainsi que prés d'Altzheim (Palatinat) ; i643, près •de Stade et Hambourg; i645, près de Dublin; 1648, près de Roitfaenbouri; (Bade); i653, près de Paole, en Angleterre ; 1G64, près <de Klagenfurth, en Carintfaie; 1696, près de Tucherband ; 1698, j>rès de Stennewiiz; 1849, en Angleterre.

Ajoutez-y les dates suivantes : 786, en Silésîe, une pluie brûlante, rouge et noire; ioo5, gouttes de sang (en apparence) sur les vêtements, en Allemagne; 1226, neige rouge en Syrie; i653, grêle rou^e près de Berlin; 16G1, neige rouge près de Gûstrow, dans le Mecklcmbourg; 1849, ^ Ludhiana (Indoustan), poussière Jaune tombée durant un ouragan.

En i85i, j'analysai des échantillons d'une pluie de poussière tombée le 26 m-arB i85o à Ningpo en Chine. Il est d'ailleurs avéré qu'il tombe fréquemment en Chine des pluies de poussière jaune.

Dans des échantillons de neige rouge tombée dans le canton des Grisons, près du passage Bernardin, le 4 février i85i, je trouvai des formes américaines, le Desmogonium guyaneme? et VHimcuitidium papilio^

Dans une pluie de poussière, tombée en i834 sur les confins 4le la Russie et de la Chine, M. le conseiller d'État Weissen, de Saint-Pétersbourg, ne trouva pas dq formes sibériennes, mais rien que des formes exotiques.

Carte des pluie» de pon

d'jprè» EbrcQborQ.

En 1 853, j'analysai des échanUllons de deux poussières grises tombées à Ningpo, en Chine (mars i853).

Le D*" Macgowan, établi à Ningpo, m'écrivit à ce propos que, d'après les auteurs chinois, il était tombé, l'an ii54 avant J.-C, pendant dix jours consécutifs, une pluie de terre dans la province de Honan. Il me donna dans une seconde lettre de curieux documents à ce sujet.

Voici cette lettre, fort intéressante :

« Ningpo, 26 août i85o.

tt Le phénomène de la chute des sables a souvent été observé sur une grande étendue de terrain dans les plaines de la Chine. 11 est même tellement fréquent qu'il n'étonne pas plus les Chinois *que les autres phénomènes atmosphériques ordinaires. Il est vraisemblable qu'il ne se passe pas d'année sans qu'on n'observe ces sortes de pluies, quoique la plupart du temps elles soient si peu considérables qu'elles échappent généralement au vulgaire. Une fois sur trois années, elles sont très-fortes; mais rarement il tombe du sable en aussi grande abondance que dans la dernière pluie. Ce phénomène a été observé trois fois cette année dans l'intervalle de cinq semaines. La dernière et la plus forte chute a eu lieu le a6 mars et a duré quatre jours sans interruption, mais avec des intensités diflférentcs. Le vent a soufflé du nordnord-ouest et nord-est, en variant suivant ces trois directions, et a passé d'un calme presque complet à une brise assez fraîche. La hauteur du baromètre s'est maintenue entre 29, /|0 et 3o pouces (un peu plus bas qu'avant et qu'après la pluie). Le thermomètre est monté de 36^ à 81^ F. Il y avait six semaines qu'il n'était tombé une goutte de pluie, et l'état hygrométrique de l'atmosphère était extrêmement sec. Aucun nuage, aucune nébulosité ou brouillard ne troublait la transparence du ciel; cependant on apercevait faiblement le Soleil ou la Lune. L'astre du jour apparaissait comme à travers un verre enfumé, et le ciel entier avait un aspect poudreux; parfois son uniformité disparaissait, comme s'il y eût eu entre le spectateur et le Soleil un jet d'eau provenant des mouvements en tourbillons d'un minéral impalpable. Le sable a pénétré jusque dans les appartements et les meubles fermés, et les objets mobiliers qu'on avait essuyés le

malin en étaient recouverts à midi d'une couche assez épaisse pour qu'on pût écrire dessus.

» Dans les rues, le sable était fort incommode : il s'introduisait dans les yeux, le nez, la bouche, entre les dents. Les personnes malades des yeux ont eu un redoublement de leur mal , et un nombre considérable de nouveaux cas se sont déclarés à la suite ; si ces tempêtes de sable étaient plus fréquentes, les maladies ' des yeux deviendraient générales et endémiques. Le phénomène régnait de même à la hauteur de la tour de Ningpo et sur les montagnes peu élevées dans le voisinage de la ville.

» D'où provient cette poussière? L'opinion des Chinois à ce sujet nous parait correcte. Ils prétendent qu'elle vient de Péking, du désert de Gobi, etc. Si l'on suppose que les steppes de la Mongolie sont les sources de ces sables, il faut qu'ils soient enlevés en quantités incalculables pour couvrir tous les ans de si vastes surfaces de terrain....

» Les Chinois, observateurs* exacts depuis la plus haute antiquité pour tout ce qui concerne l'Agriculture, sont tous d^accord que les pluies de sable annoncent une année d'une fertilité singulière. II est vrai qu'ils considèrent la poussière comme la seule cause de la bonne récolte; mais ils entendent aussi que celle-ci est chaque fois la conséquence de sa chute.... Ces chutes remarquables de poussière remplacent les parties entrainées et ameublissent le terrain que les pluies et les inondations appauvrissent.... Il n'y a pas de doute qu'une grande portion des vases de la mer Jaune provient de celte source, et il est possible que le sable ait une influence favorable sur le sol.

» D*^ Macgowan. »

L'an 83 avant J.-C, il tomba en Chine une pluie de terre jaune qui, pendant vingt-quatre heures, obscurcit le ciel. L'an 5o2 après J.-C, il tomba, sous forme de neige, yne poussière jaune. L'an 63o, une pluie de sable jaune, idem en 900, en 1000 et en 15/2. La chute fréquente de poussière jaune est même considérée en Chine comme un symptôme de fertilité et d'abondance. M. Macgowan croit d'ailleurs qu'il doit tomber habituellement en Chine une masse énorme de poussière.

Les 14 et 3* novembre i8j5, il tomba dans le canton de Zurich, en Suisse, une pluie qui ressemblait à du vin rouge.

Le i^r mai i856, à Shanghai, en Chine, il tomba une pluie qui

assombrit le jour et qui se trouva être composée du duvet de la

semence du peuplier.

En i858 tomba sur un navire américain^ dans le Grand Océan ^

une pluie composée de parcelles de fer (*).

Les 28 et 3i décembre 1860 et i*' janvier 1861, tomba à Sienne, en Italie, une pluie rouge.

En 1862, j'ana]ys9|î une poussière rouge qui était tombée sur un navire allemand, capitaine Gutkesc, d'Oldenbourg, par 24° ou 25<* de latitude nord et 35® ou 36** de longitude à Touest du méridien de Greenwich. Cette poussière renfermait cinquante formes organiques et quatre formes inorganiques. De ces cinquante-quatre formes, il n'y en avait qu'une d'inconnue : le Lithostylldium diotiSf parcelle d'herbe siliceuse; toutes ces formes organiques sont d'origine terrestre; aucune ne provient de la mer. Vingt et une formes à écaille siliceuse peuvent, à la rigueur, vivre et se reproduire dans l'air; quant aux vingt-sept formes siliceuses, ce ne sont que des débris d'organismes morts.

Le 27 mars 1862, un ouragan fondit sur Lyon et les alentours. Il tomba, avec une averse, une poussière rouge-cannelle^ mélangée de formes organiques microscopiques, dont quarante-trois ont été reconnues.

Le 24 mai 1862, M. Haidinger, conseiller aulique à Vienne et membre étranger de l'Académie des Sciences de Berlin, m'envoya des échantillons d'une neige rouge tombée en février 1862, à Bœckstein et sur les montagnes voisines de Salzbourg. Ces échantillons avaient été ramassés par M. Reissachen, administrateur des mines, le 6 février. On en trouva à Gastein, à Rauris, à Mitter^ berg, etc. M. le professeur Wedl y découvrit du mica, du quartz, de l'argile, de la chaux carbonatée, de l'oxyde de fer, des corpuscules jaune brun collés ensemble, des fragments de diatomacées et des aiguilles minces cunéiformes. M. Wattmann y découvrit en outre du feldspath, des silicates insolubles, etc. J'ai calculé que, sur une étendue de 100 milles carrés, il a dû tomber, dans cette occasion, 2/|3 quintaux de poussière rouge mêlée à de la neige.

(*) Je ferai remarquer que, parmi les faits mentionnés par Ehrenberg, il en est qui semblent se rattacher aft phénomène des pluies de débris de météorites; mais le célèbre micrographe prussien n'est pas explicite à cet égard. * G. T.

Les endroits où Ton recueillît les échantillons sont élevés de 7600 pieds viennois au-dessus du niveau de la mer.

J'ai trouvé, dans les échantillons qui m'ont été envoyés de Bœck8tein,dispolygastres, cinq phytolithaires, cinq plantes molles et quatre formes inorganiques. Il y avait une Diseoplea atmosphœrica, que Ton n'a encore jamais vue vivante en Europe.

La poussière observée dans les échantillons envoyés de Rathhausberg ressemble complètement à celle qui tomba sur des navires près des lies du cap Vert.

En résumant toutes mes analyses, j'ai trouvé dans les échantillons de ces poussières : Cryptomonas ^ Diseoplea atlantica, Eunotia amphioxys, GalUonella procera^ Gallionella tenerrima^ Sphœreïla nivalis y Gallionella granulata, Lithostylidium lave^ lÀchostylidium rude, Gallionella crenata^ Gallionella tœniatat Diseoplea atmosphœrieay Pinnularia borealis, Amphidiscus tritncatus, Lithostjrlidium crenulatum, Gallionella distans, Lithostylidium bieoncavumt Clepsammidium conicum, L'él«ment colorant de la neige en question est un corps renfermant du fer et ne pouvant être réduit en charbon; les acides le décolorent, mais ne peuvent le détruire. Il est à désirer qu'à Tavenir les savants puissent se procurer cet élément sous forme de masses du poids de 5oo grammes et le comparer dans cet état avec des fragments d'aérolithes. Il faut aussi observer au microscope des globules plus petits.

M. Lortet m'ayant envoyé de Lyon des échantillons en quantité suffisante de la pluie rouge tombée le 27 mars 1862, j'y ai découvert onze polygastres, seize phytolithaires, une parcelle de plante molle et quatre formes inorganiques.

Le sloop de guerre américain Jamestown. se trouvant dans l'océan Atlantique, à la hauteur de Sierra-Leone, au mois de février i856, eut à traverser un nuage de poussière rouge, en se rendant de Saint-Paul-de-Loenda à Porto-Praya. Lorsque, au bout de six jours, le navire fut arrivé sous un ciel plus serein, les voiles, les.càbles, les planchers, etc., étaient recouverts d'une poussière rouge, que l'on put enlever sans peine. Elle avait la couleur de la cannelle. 11 serait bien à désirer que les navigateurs qui traversent la zone torride, entre l'Afrique et l'Amérique^ recueillissent une grande quantité de cette poussière, pour qu'on pût la soumettre à l'analyse chimique.

Le 3i mars 18^7, le vent du midi fit tomber à Saint- Jacob, dans le val Deffereggen (Tyrol), une neige rouge-tuile; c'était entre 10^' et iil^ du matin. Une grande partie du pays fut couverte de cette masse colorante. M. OEIlacher, pharmacien à Inspruck^ s*en procura une certaine quantité et y trouva du silicium, de l'acide carbonique, de la chaux, de l'ox]fde de fer, de l'alun, du natron et des débris de laine végétale.

Ayant analysé à mon tour des échantillons de cette neige, que m'avait adressés M. OEllacher, j'y ai trouvé les traces de soixantesix formes organiques, savoir des polygastrcs, des phytolithaircs, des polythalamces, etc.

Le 26 mars 1869, M.Jules Schmidt, directeur de l'Observatoire d'Athènes, m'écrivit : « Avant-hier, d'après M. F. Calverty, Anglais, une pluie de poussière est tombée à Tchanak-Kalessi, sur les bords de l'HelIespont. Je vous en envoie deux échantillons, dont l'analyse microscopique offrira sans doute quelque intérêt.

)» Le 10 mars 1860, le siroco avait fait tomber sur toute la Grèce une poussière très-fine, couleur jaune et en partie cannelle ; elle n'avait certainement pas une origine végétale.

s Ce qu'on prit, le i3 avril 1868, pour une pluie de soufre, tombée à Athènes, n'était que de la poussière ilorale du pin.

Le 5 avril (869, M. le professeur Jelinek m'écrivit de Vienne : « Le 34 mars, il est tombé une pluie de poussière, en Carniole, près de Weixelstein et Steinbrûck, ainsi qu'à Lésina en Dalmatie.. J'ai l'honneur de vous transmettre les échantillons qu'on m'en a envoyés. » Cette dernière pluie était la même que celle de Tchanak- Kalessi. Selon M. Calvert, on eût dit que c'était une pluie de boue. Il en tomba, ajoute-t-il, i5 tonnes par mille carré. Le 25 mars 1869, il tomba encore un peu de la même poussière à Tchanak-Kalessi : « Pendant un long séjour que j'ai fait dans l'île de Malte, continue M. Calvert, j'ai remarqué que le siroco apportait d'Afrique une poussière rouge ; celle de Malte est blanche. » Je ferai observer à ce propos que la pluie de Tchanak-Kalessi fut apportée par des vents du nord chauds (*). »

(*) Quand le vent du nord chaud succède immédiatement au vent du midi, il est probable qu'il est formé par ce même vent du midi refoulé vers son lieu d'origine.

J'ai examiné les échantillons de la pluie du 26 mars 1869 et j^y ai trouvé trente-huit formes d'organismes viTants. 11 y avait en outi:e du sable ferrugineux. Quant aux formes organiques vivantes , on y voyait prédominer la Gàllionella granulata et la decussata^ la Fragillaria striolata et les Discopleœ, mêlées de phytolilhaires. La Rotalia et la Spongia uncinata sont des formes marines; les autres formes étaient d'eau douce.

« J'ai habité l'Italie et je n'y ai jamais vu le siroco apporter de la poussière rouge. »

Voici, d'autre part, ce qu'on écrit d'Âschersleben sur ce dernier phénomène : « Notre ville et une partie de notre contrée ont eu leur part de la poussière atmosphérique. Les personnes sur qui tomba ce que d'abord elles prenaient pour de la neige éprou* vèrent une sensation pareille à celle que causeraient des grains de sable entrant dans les yeux et dans les narines. Il fallut employer des efforts plus qu'ordinaires pour nettoyer les vitres chargées de cette neige brune. »

On écrivait de Remagen, sous la date du i^^ janvier 1860 : « Nous aussi nous avons reçu notre part de la neige brune tom> bée le 31 décembre, dans toute la plaine, depuis le château de Reineck jusqu'au delà de l'Unkelsteîn. »

A Ahaus, la neige tombée le 21 décembre n'était pas brune comme à Gûterslok, Peckeloh, Soest et Aschersleben, mais noirâtre. Le reporter croit que cette poussière était identique avec la poussière soulevée par le vent de la surface des champs voisins d' Ahaus.

V Elberfelder Kreisblatt (feuille du cercle d'Elberfeld), n» 2, 1860, publie une correspondance de Soest, dans laquelle il était dit que la ville avait été couverte d'une neige couleur de cannelle pilée. Cette neige était si fine, qu'elle pénétrait dans l'in* térieur des maisons.

Arago a signalé un grand nombre d'exemples de pluies de poussières (*).

Dans la nuit du 27 au 28 octobre i8i/|, à Curreto, dans la vallée d'Onglia, le D' Lavajna a constaté une chute de terre

(') Arago, t. XII, p. 463.

dont la couleur ressemblait & de la brique en poudre, et qui recduTrait les arbres, les gazons, les toits des maisons. Cette poussière a été apportée par des vents du sud.

Le 2 novembre 1819, la ville de Montréal se trouva tout à coup enveloppée dans la plus profonde obscurité, et il tomba en abondance une pluie noire comme de l'encre; l'analyse chimique, faite à New- York, montra que la matière étrangère était essentiellement formée de charbon.

Le 16 mai i83o, k 7^ du soir, il tomba, à Sienne (Toscane) et dans la campagne environnante, une pluie qui tachait en rouge tous les objets qu'elle touchait. Le inème phénomène se renouvela vers minuit. Depuis le 14» le temps était calme, mais il y avait dans l'atmosphère un brouillard dense et rougeÀtre. La matière terreuse colorée, recueillie au Jardin de Botanique, sur les feuilles d'un grand nombre de plantes, a été soumise à ''analyse chimique par M. Giuli, professeur d'Histoire naturelle. Ce savant y a constaté la présence d'une matière organique végétale, du carbonate de fer, du manganèse, du carbonate de chaux, de l'alumine et de la silice.

Les 17, 18 et 19 février 184 1, par un temps calme et de brouillard, à Gènes et dans les environs jusqu'à ZornOsco, près du lac Majeur, on a vu tomber une pluie boueuse rouge. Cette eau laissait déposer, au bout de quelques heures, une poussière rouge que MM. Cannobio et Colla trouvèrent composée d'un mélange de talc, de quartz, de carbonate de chaux, de détritus de serpentine, de matières bitumineuses et de matières organiques contenant quelques débris de semences de différentes plantes.

Le 27 du même mois, il est tombé k Yernet (Pyrénées-Orientales), pendant une pluie d'orage, une substance pulvérulente d'un jaune rougeàtre clair. Un échantillon de cette substance, que recueillit M. le commandant Coudert, ayant été analysé par M. Dufrénoy, cet éminent minéralogiste y constata un mélange de quartz hyalin, de peroxyde de fer, de calcaire et de feldspath.

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1842, il est tombé sur presque tout le Péloponèse, surlaLaconie, sur l'Argolide, une pluie lente et douce, tenant en suspension une matière terreuse rougeàtre très-fine. Les toits des maisons et les feuilles des arbres étaient recouverts d'une couche mince d'un limon terreux. M. leD'Bouros a envoyé à l'Académie des Sciences de Paris un échantillon de cette substance, recueilli aul environs d'Amphissa. M. Dufrénoy

soumit la matière à l'analyse chimique et constata qu'elle contenait approximativement :

Carbonate de chaux 34 parties.

Hydrate de peroxyde de fer 3i »

Sables granitiques ^5 »

Elle était donc exactement composée comme le serait une poussière formée par le mélange des détritus de roches anciennes et de roches calcaires analogues à celles qui composent le sol de la Grèce.

Le 16 et le 17 octobre 1846, une pluie mélangée de matières terreuses, laissant sur les objets qui les recevaient des taches rougeâtres, est tombée dans un grand nombre de lieux. D'après les observations recueillies par MM. Bravais, Ehrenberg, Decaisne, Fournet, Dupasquier, Lewy, Gallois, Seignobos, etc., le phénomène a commencé à la Guyane, s'est étendu sur l'État de New- York, s'est retrouvé aux Açores, est arrivé dans la France centrale et orientale, a traversé les Alpes du côté du mont Cenia pour aller s'e£facer graduellement en Italie. Le résidu laissé par la pluie présentait l'aspect d'une terre jaunâtre et donnait une teinte rouge à l'eau dans laquelle on le délayait. Cette substance, re< cueillie en divers endroits, s'est partout trouvée avoir la mèm« composition : elle renfermait de la silice, de l'alumine, du per oxyde de fer, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie^ des corpuscules organisés d'origine végétale et quelques infusoirea.

Le i4 mars 181 3, dans les deux Calabreset à l'extrémité opposée des Abruzzes, il tomba en abondance, par un vent d'est, une abondante pluie toute rougie par le sédiment qu'elle contenait. La poussière recueillie avait une couleur d'un jaune de cannelle ; elle présentait une saveur peu marquée, était onctueuse au toucher, d'une grande ténuité. M. Luigi Sementini lui a trouvé la composition suivante :

Silice 33,0

Alumine i5,5

Chaux 11,5

Oxyde de chrome i ,o

Oxyde de fër i4»5

Acide carbonique 9,0

Substance résineuse jaune soluble

dans l'alcool 1 5, 5

Les pluies de poussières sont particulièrement fréquentes dans les îles du cap Vert , où on les a désignées souvent sous le nom de brume rousse. Voici ce que Darwin a publié à ce sujet , lors de son passage dans ces régions, en i83i, pendant son beau voyage autour du monde :

L'atmosphère est ordinairement brumeuse; cette brume pro- Tient de la chute d'une poussière impalpable qui endommage quelque peu nos instruments astronomiques.

La veille de notre arriTée à Porto-Praya, j'avais recueilli un petit paquet de cette fine poussière brune, que la toile métallique de la girouette placée au sommet du grand màt semblait avoir tamisée au passage. M. Lyell m'a aussi donné quatre paquets de poussière tombée sur un navire à quelques centaines de milles au nord de ces lies. Le professeur Ehrenberg trouve que cette poussière est constituée en grande partie par des infusoires revêtus de carapaces siliceuses et des tissus siliceux des plantes. Dans cinq petits paquets que je lui ai envoyés, il a reconnu la présence de soixante-sept formes organiques différentes. Les infusoires, à l'exception de deux espèces marines, habitent tous l'eau douce. A ma connaissance, on a constaté la chute de poussières identiques dans quinze vaisseaux différents voguant sur l'Atlantique à des distances considérables de toute côte. La direction du vent

(*) Œuvres complètes de François Jrago^ t. Xll, p. agS. Voir aussi Pluies mêlées de corps étrangers ^ p. 463.

au moment de la chute de cette poussière, le fait qu'elle tombe toujours pendant le mois où le harmatan élève^ à des hauteurs considérables dans Tatmosphère, d'épais nuages de poussière, nous autorisent à affirmer qu'elle vient d'Afrique. Et cependant, fait fort singulier, bien que le professeur Ehrenberg connaisse plusieurs espèces d'infusoires particulières à l'Afrique, il ne retrouve pas une seule de ces espèces dans la poussière que je lui ai envoyée; tout au contraire, il y trouve deux espèces que jusqu'à présent on n'a découvertes que dans l'Amérique du Sud. Cette poussière tombe en quantité telle, qu'elle salit tout à bord et qu'elle blesse les yeux; quelquefois même elle obscurcit l'atmosphère à un tel point que des b&timents se sont perdus et jetés à la côte. Elle est souvent tombée sur des vaisseaux éloignés de la côte d'Afrique de plusieurs centaines de milles et même de plus de 1000 milles (iGoo*^"*) et à des points distants de plus de 1600 milles dans la direction du nord au sud. J'ai été fort surpris de trouver dans la poussière recueillie à bord d'un bâtiment, à 3oo milles (480*^™) de la terre, des particules de pierre ayant entiron le millième d'un pouce carré, mélangées à des matières plus fines (*).

Les neiges terreuses, — Les cas de neîge terreuse sont également assez nombreux dans les annales de la météorologie. Pour ne pas multiplier les citations, je signalerai seulement un exemple bien caractérisé de ce phénomène.

Le 21 décembre iSSg, un violent tourbillon de vent fît tomber abondamment de la neige, pendant près de 45" en Westphalie et dans la province rhénane. Il était 10** du matin. Le vent tourna du sud-est au sud-sud-est et au sud.

Cette neige, dit Ehrenberg, était recouverte d'une couche de 3 lignes d'épaisseur, d'une couleur brun-cannelle. Examinée de

(*) Voyage d*un naturaliste autour du monde, pAr Cn, Darwin, p. 5. I vol. in-8, traduit de l'anglais. Paris, 1875.

plus près, cette couche offrait une quantité de points à peine visibles à côté de parcelles ayant la grosseur d'une tète d'épingle. Cette poussière était entassée dans quelques endroits et plus clair-semée ailleurs. La quantité de neipe tombée le 21 décembre peut être évaluée à i8,56 pouces cubiques par pied carré. Un observateur digne de foi, M. le propriétaire S..., demeurant à j de mille à l'est de Gûtersloh, m'a raconté que^ vers 10^ du matin^ tout le ciel étant couvert, il vit du sud-est au nordouest une éclaircie de plusieurs degrés à l'horizon et, dans cette éclaircie, une nuée sale, brune et assez épaisse. Un quart d'heure ou une demi-heure après, il tomba de la neige, dans laquelle il remarqua aussitôt cette poussière. En pressant et faisant fondre une poignée de neige dans sa main, il la vit convertie en une eau colorée de brun clair. Le même moment de la chute de la poussière est donné par un paysan de notre localité, qui fut surpris par le tourbillon de neige, en allant de Brackwede à Bielefeld. Le a3 décembre et jours suivants, la neige colorée devint plus foncée; le 28, on trouvait encore quelques grumeaux de cette substance brune.

. Dans 10 pieds carrés de cette neige que je fis fondre, je trouvai I once, poids médical, de cette poussière. D'après les renseignements qui me sont parvenus, la poussière est tombée sur une surface de 675 milles d'Allemagne carrés, savoir, en longueur, depuis Remagen jusqu'à Aschersieben, ^6 milles, et en largeur, depuis Werbourg jusqu'à Peckel oh, i5 milles (le mille d'Allemagne vaut de 7 àS*^™). D'après le calcul précité (i once par 10 pieds carrés), le vent a dû transporter par les airs des centaines de. milliers de quintaux (Hundert tausende von centnern) de cette poussière atmosphérique.

La Kolnische Zeitung (Gazette de Cologne) publie une correspondance de Hanovre, en date du 29 décembre i85g. Il y était dit que la ville de Hanovre, avec tous ses alentours, avait été recouverte d'une neige brune, le 21 décembre.

Les neiges rouges semblables à celles que nous venons de décrire ne doivent pas être confondues avec celles qui, une fois tombées, prennent çà et là une coloration rouge, sous l'influence d'algues ou d'infusoires qui se développent à leur surface. Il y

a ici un phénomène particulier, que je mentionne sans le décrire, car il ne se rattache nullement aux pluies terreuses.

Observations modernes sur les pluies de poussières. — Les pluies de poussières ont été dans notre siècle l'objet de quelques observations beaucoup plus précises que celles des époques antérieures, et qui permettent de caractériser très-nettement le phénomène.

Voici quelques détails intéressants communiqués à Arago(*) par M. Schabelski, voyageur russe trèsdistingué, sur une pluie terreuse tombée en pleine mer:

Lorsque le bâtiment se trouvait par iZ^ de latitude nord à 21^20' de longitude ouest de Greenwich, nous fûmes témoins d'un phénomène très-remarquable : le matin 23 janvier 1822 (nous étions alors à 276 milles nautiques des côtes d'Afrique), nous aperçûmes que tous les cordages du navire étaient couverts d'une matière pulvérulente dont la couleur rougeàtre approchait do celle de l'ocre. Ces cordages, vus au microscope, offraient une longue file de globules qui semblaient se toucher. Les seules parties qui avaient été exposées à l'action du vent du nord-est présentaient ce phénomène; il n'y avait aucune trace dépoussière sur les faces opposées.

La poussière en question était très-douce au toucher et colorait la peau en rouge.

M. Leps, lieutenant de vaisseau , commandant à bord le Vautour, a rapporté que dans la nuit du i5 au 16 mai 1846 son bâtiment, qui se rendait de

(*) Œuvres complètes de François Arago, t. XII, p. 293.

Bone à Alger, s'est trouvé au milieu d'un air chargé de poussière. Le matin, le pont du bâtiment, la mâture, les voiles, le gréement étaient couverts de poussière. Le vent, pendant le passage de ce nuage de poussière, a été constamment de Fouest ou du nord-ouest (*).

Nous arrivons enfin à l'une des descriptions les plus complètes qui aient été données d'une pluie de poussière; le i6 et le 17 octobre 1846, elle recouvrit une partie de la France méridionale. Nous trouvons dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences [t. XXIV, 1847, P-^aS), une première Note de M. A. Dupasquier à ce sujet.

La pluie était mélangée^ d'une terre • glaise jaunâtre. Elle tenait en dissolution une forte proportion de matières organiques.

La matière terreuse,!séparée par le filtre et recueillie à Yerpillière (Isère), offrait Ja composition suivante :

Silice 0,520

Alumine 0,075

Peroxyde de fer hydraté o,o85

Carbonate de chaux o, 260

Carbonate de magnésie 0,020

Débris organiques . . . o,o4o

Il est permis de conjecturer, et cela d'après le mélange de débris organiques avec la matière j terreuse, que celle-ci n'avait

(*) Comptes rendus des séances de VActidémie des Sciences ^ t. XXIV, p. 566.

d'autre origine que la poussière enlevée par une trombe à la surface du sol.

M. Dumas, ayant reçu d'une autre localité un échantillon de cette pluie terreuse , a chargé M. Lewy de Texaminer.

Cet échantillon provenait de la ville de Valence (Drôme), où la pluie fine et serrée était tombée entre ii** et midi.

M. Lewy a trouvé à la terre la composition suivante :

Silice 58,8

Alumine 1 3 , 3

Peroxyde de fer o6,6

Carbonate de chaux 21 , i

Oxyde de manganèse traces

Composition qui offre certaine analogie avec celle que M. Dupasquier a donnée de la terre de Meximieux.

M. Foumet, de Lyon, a recueilli sur ce phénomène des documents très-intéressants.

Le phénomène, dit M. Foumet, a commencé à la Guyane; il s'est étendu à New-York ; de là on le retrouve aux Açores, puis sur la France centrale et orientale, et il s'efface graduellement en Italie. Dans ce phénomène total, la pluie de terre est un accident partiel; les documents qui m'ont été fournis par divers observateurs établissent qu'elle s'est étendue jusqu'au pied du mont Cenis, à Lans-le-Bourg. Elle a couvert une superficie de 210"^" de longueur de l'ouest à l'est, et de 160*^?* du nord au sud. Cette terre vient si bien de la Guyane et autres côtés de l'Amérique, que M. Ehrenberg, de Berlin, a pu reconnaître des formes d'infusoires propres à la partie du continent ci-dessus indiquée (Guyane); il y a donc concordance entre nos deux systèmes d'observation.

La pluie terreuse du 1 6 au 17 octobre 1846 a été enfin examinée par M. Decaisne (*).

J'y ai observé, dit M. Decaisne, une assez grande quantité de corpuscules organisés que je considère comme végétaux : ce sont des ruastrunSf quelques clostéricés, des granules de matière verte, etc. ; puis, enfin, quelques débris d'infusoires qui disparaissent en les soumettant à l'action de Tammoniaque.

Dix-sept ans après, en i863, un phénomène analogue se produisit dans le midi de la France, et il fut l'objet d'une étude intéressante de la part de M. Bonis.

Une pluie et une neige rouges sont tombées le \*^ mai i863, le matin et à 4^» dans TAriége, les Pyrénées -Orientales et en Espagne dans la basse Catalogne, l'Aragon, etc. ; les flocons de neige étaient parfois si rouges, qu'on les croyait teints de sang. Le vent soufflait du sud.

La terre desséchée à l'air est jaunâtre, humectée, elle devient rouge-brique. L'examen microscopique n'a montré que quelques rares débris microscopiques. L'analyse m'a fourni les résultats suivants :

Pluies de terre tombées le i*' mai i863 à Perpignan

et à Olette,

Perpignan. Olette.

Sable et argile 60,95 64 ,90

Oxyde de fer et alumine ... 7,5o 5, 00

Carbonate de chaux ai, 55 3i,5o

Carbonate de magnésie .. . Jk,i5 •3,16

Matière organique azotée.. 2,00 2^13

Eau 5,85 4)09

Acide phosphorique traces sensibles traces sensibles

(^) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences^ t. XXIV, 1847, p. 810.

M. Bouis ( * ) suppose que cette terre, en traversant Tair, Va. dépouillé de toutes les matières organiques qu'il tenait en suspension, de ses immondices ; elle se serait ainsi transformée en une matière utile pour l'agriculture et l'on pourrait appeler, sans trop d'exagération, ces chutes de terre, des p fuies d'engrais.

La question a été soumise à une nouvelle étude de la part de M. Tarry en 1870.

Les pluies de poussière et de sang, dît M. Tarry, les chutes de neige rouge qui ont été observées dans le sud de l'Europe (et celles dont parle Tite-Lîve sont dans ce cas) sont toutes dues au sable du Sahara^ qu'un vent impétueux amène jusque sur nos contrées.

Pour démontrer cette assertion, je prendrai comme exemples les trois dernières chutes de poussières qui ont été bien observées, Tannée dernière et cette année, dans le voisinage de l'équinoxe du printemps, et je ferai voir que, dans ces trois cas, le phénomène s'est présenté dans des circonstances identiques, qui se reproduiront lors des chutes analogues que l'on observera à Tavenir, ce qui permettra de les signaler à Vavance à l'attention des météorologistes.

Ces circonstances sont les suivantes : à certaines époques de Tannée, plus particulièrement en février et mars, des cyclones ou tourbillons atmosphériques, accompagnés de violentes tempêtes sur tout leur parcours et d'une dépression barométrique énorme à leur centre, se forment tout d'un coup au nord de l'Europe et descendent assez rapidement vers l'Afrique, où ils forment de véritables tempêtes de sable dans le Sahara et soulèvent, jusqu'aux régions les plus élevées de l'atmosphère, des quantités énormes de sable du désert, identique à celui dont

(*) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences y t. LVI, i863, p. 97a. Relation d'une pluie de terre tombée dans le midi de la France et en Espagne, par M. J. Bouis.

j'enToie un échantillon à l*AGadémie et que j'ai pris Tan dernier dans les dunes mobiles du Souf, aux environs d'El-Oued, à la latitude de Tougourt.

A l'inverse des cyclones formés dans le voisinage de l'équateur en Amérique et qui abordent l'Europe par le nord-ouest en se succédant généralement à plusieurs jours d'intervalle, ceux-ci ont un mouvement d'oscillation bien marqué, et après avoir mis cinq ou six jours à descendre du nord de l'Europe au centre de l'Afrique, trouvant près des tropiques des conditions atmosphériques toutes différentes, ils y éprouvent invariablement un mouvement de recul qui les fait revenir du sud au nord vers leur point de départ; ils retraversent ainsi le Sahara, y soulevant de nouvelles masses de ce sable mobile qui forme dans le désert de véritables montagnes et ramènent ce sable sur l'Europe, où l'on peut le recueillir sur tout leur parcours. Quelquefois même, la force de ce tourbillon, dont le passage est marqué par de terribles désastres tant sur terre que sur mer, n'est pas épuisée par ce double mouvement de va-et-vient, et, après être revenu au nord de l'Europe, il redescend une seconde fois sur l'Afrique pour revenir de nouveau en Europe, portant dans ses flancs une nouvelle provision de sable du désert qui donnera de nouveau naissance à des chutes de poussière ou à des pluies de sang.

Telle est la marche du phénomène. Il peut se faire assurément que des pluies de poussières se produisent dans d'autres conditions ; mais, toutes les fois que celles-ci se produiront, il y aura en Europe des pluies de sable du Sahara. J'ai examiné attentivement toutes les feuilles du Bulletin international publiées par l'Observatoire de Paris pendant les six dernières années, et j'ai constaté que pas une fois une forte dépression barométrique annonçant la présence d'un cyclone ne s'est dirigée de l'Afrique vers l'Europe avant d'avoir été précédée, quelques jours auparavant, d'un mouvement inverse de l'Europe vers l'Afrique, de telle sorte que le mouvement d'oscillation peut être regardé comme un caractère distinctif et particulier de ces terribles tempêtes qui rendent la Méditerranée si dangereuse pour les marins 'à l'équinoxe du printemps (^).

( ^) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences j du 9 mai 1870.

Après cette intéressante Communication à l'Académie des Sciences, M. Tariy a exposé ultérieurement comment se sont produites les trois pluies terrestres des lomars 1869, 24 mars 1869 et 1 4 février 1870, qui ont recouvert une partie de la Sicile et de l'Italie ; il a trouvé dans ces faits le moyen de prédire dans certains cas les pluies terrestres, par l'étude préliminaire des tourbillons atmosphériques.

Mode de formation des pluies de poussières.

— Dans ces derniers temps, j'ai été conduit, par l'examen d'un phénomène récent, à étudier aussi cette intéressante question des pluies de poussières.

M. Vaillant-Lefranc, correspondant de la Société météorologique de France, a bien voulu m'envoyer un échantillon d'une pluie de poussière, tombée à Boulogne-sur-Mer, le lundi 2 octobre 1876, principalement vers 3** du soir.

Le matin même, nous écrit M. Vaillant, étant à Tenterrement de M"*^ C..., je faisais remarquer a M. D... que nous étions tous couverts d'une poussière grise. En descendant la grande rue et me voyant aveuglé, je m'aperçus que cette poussière se formait non pas en tourbillons sur le sol, mais bien dans Tair.

J'ai pu recueillir de cette poussière dans la haute ville et chez moi, presque dans mon appartement où elle couvrait tous les meubles. J'en ai trouvé aussi, un jour après, dans les appartements d'un de mes parents, dont la propriété (l'enclos de l'Amiral) est située à l'extrémité nord de Boulogne. J'en ai même recueilli dans mon salon, fenêtres fermées.

Ce jour-là, 9 octobre 1876, la moyenne de la température de mes trois observations quotidiennes a été de 17^,96. Le baromètre était descendu à ^Sô"*™. Le matin, le vent était sud-ouest

et le ciel très-nuageux ; après-midi, il remonta avec violence à l'ouest pour redescendre au sud-ouest avec le ciel beau et nuageux.

Cette poussière est grisâtre comme de la cendre de bois ; elle est douce au toucher comme de la farine, et tellement fine qu'elle a pu pénétrer abondamment, comme on vient de le voir, dans plusieurs appartements par les joints des fenêtres. Je * Tai soumise à l'analyse. Elle offre à l'état sec la composition suivante :

Matières organiques 9,75

Silice 55,21

Alumine avec traces de sesquioxyde

de fer 1,81

Carbonate de chaux 80,57

Carbonate de magnésie 2,21

Non dosé et pertes o,45

L'examen de cette poussière, sous un grossissement de 80 diamètres, m'a fait voir que la matière organique qu'elle contenait était essentiellement formée de débris de différentes espèces d'algues microscopiques ; ils se trouvaient mélangés avec des grains de silice et de calcaire de -^ k-^ de millimètre de diamètre environ. Ayant examiné de la même façon du sable de la plage, j'ai vu qu'il était constitué par des grains minéraux 8 ou 10 fois plus volumineux, mais entre lesquels il en existait d'autres, très-petits, entremêlés de fragments d'algues semblables à ceux de la pluie de poussière ( fig. 29 et 3o, n" 3). Je suppose que les tourbillons

de vent, en soufflant sur la plage ont enlevé dans leurs mouvements de rotation les corpuscules les plus fins du sable, et ont ainsi opéré une véritable extraction dès parcelles les plus ténues et les plus légères qu'il contenait.

J'ai voulu examiner si le phénomène se produirait d'une façon analogue, dans le cas des grandes pluies de poussière, dont j'ai précédemment donné plusieurs exemples. L'analyse microscopique de pluies de poussières de la galerie minéralogique du Muséum, celle des échantillons recueillis par M. Tarry, en 1872, m'ont permis de trouver l'origine des matières organiques contenues en abondance dans ces curieux échantillons, et de compléter l'hypothèse insuffisante qu'on en avait faite précédemment.

Ces pluies terreuses, tombées sur la Méditerranée (i5 mai 1846), sur les îles Canaries (7 février i863), sur l'Italie (19 mars 1872), etc., etc., sont farineuses au toucher et de couleur jaune clair. L'inspection microscopique m'a fait voir que la matière organique qui enlre dans leur composition est presque essentiellement formée de débris d'algues qui ne peuvent provenir exclusivement de l'air. Les parcelles dont ces poussières sont formées offrent une ressemblance complète avec les débris d'algues et les corpuscules minéraux que l'on observe entre les grains beaucoup plus gros du sable du Sahara [voir les Jig, 28 et 3o, n®* i et 2). Il y aurait donc là une véritable élection des sub-

stances les plus fines et les plus légères du sable du désert, opérée par le vent. En ne soulevant que

Sables et pluies de poussières vus au microscope, V^ (*).

Fig. 28.

« lilif ^fc »r lA

Sable du Sahara. ^.

les corpuscules les plus petits, et parmi ceux-ci les débris végétaux, les tourbillons aériens pourraient

Sable de la Manche. ^.

former une poussière riche en matière organique, tout en l'extrayant d'un sable qui en est pauvre,

(') Les pluies de poussières renferment souvent 3 à 3 pour 100 de matière organique. La poussière tombée à Boulogne est plus riche en matière organique, parce que le sable de la mer, d'où elle me semble provenir, contient beaucoup plus d'algues que le sable du désert.

par le seul fait qu'il opérerait cette extraction sur des masses considérables (^).

Je trouve une confirmation à cette expérience dans les expériences suivantes. J'agite du sable du Sahara dans une petite quantité d'eau distillée ; après quelques secondes de repos, le sable tombe au fond du vase où l'on opère ; mais l'eau reste trouble sous l'influence d'un fin limon qu'elle tient

Fig. 3o..

^ ^-L f II

jr

1. Poussière tombée sur Tarchipel canarien, le 7 février i863.— 2. Poussière tombée à Syracuse et sur l'Italie, le 10 mai 1872.

— 3. Poussière tombée à Boulogne-sur-Mer, le 9 octobre 1876.

— 4. Poussière extraite artificiellement des grains de sable du Sahara. ^.

en suspension et qui, examiné au microscope, ofire identiquement l'aspect des pluies terreuses tombées autour du continent africain [Jig. 3o, n**4).

(*) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences ^ Il décembre 1876.

Je suis arrivé encore à reproduire la matière de ces pluies de poussières en entraînant, à Taide d'un fort courant d'air, les substances les plus fines du sable du désert, qui traversait un tube en tombant d'un sablier. L'examen du sable du désert de Gobi, qui fournit sans doute la matière des fréquentes pluies de poussière de la Chine, m'a donné les mêmes résultats.

Les pluies de poussières ont Heu bien plus fréquemment qu'on ne lô croit communément ; mais, quand le phénomène est local, il passe souvent inaperçu. Voici deux faits de ce genre que j'ai recueillis dans ces derniers temps :

Un phénomène étrange, dit un journal de Dinan, a en lieu, à la fin de la semaine dernière, à Saint- Jean-de-I a-Mer.

Durant la nuit du vendredi 29 au samedi 3o décembre 1876, la pluie tomba pendant quelque temps.

Le lendemain matin, on s'aperçut que cette ondée était rouge; elle avait absolument la couleur de Teau mêlée à une grande quantité de vin.

La première personne qui fit cette remarque pensa' que cela pouvait venir du vase lui servant de réservoir, dans lequel aurait pu tomber quelque substance de même couleur.

Mais, s'étant rendue chez ses voisins, elle put bientôt constater que Teau ruisselant des gouttières était rouge.

D'après les renseignements que j'ai pu me procurer, l'eau était chargée d'un sédiment pulvérulent; mais, à mon regret, il m'a été impossible de me procurer un échantillon de cette substance.

Enfin M. le professeur Ragona, directeur de l'Observatoire de Modène, m'a informé que, le i5 décembre 1876, il était tombé à Termini, en

Sicile, vers 3 heures de l'après-midi, une pluie terreuse offrant les caractères ordinaires de ce genre der phénomène.

Le limon des flemmes aériens. — On voit, par ces faits, que les courants aériens intenses entraînent dans leurs cours un véritable limon atmosphérique , et le déposent à des distances plus ou moins considérables, à peu près comme le font des masses d'eau en mouvement. Dans quelques cas, ces poussières sont déposées régulièrement dans certaines localités, et y déterminent de véritables formations géologiques, des espèces de deltas atmosphériques , comme cela a lieu pour les trombes de poussière, que M. Virlet d'Aoust a eu l'occasion d'observer sur le grand plateau mexicain (la Mesa d'Anahualc).

Ce phénomène est désigné au Mexique sous le nom de ramolinos de polvo; de petites trombes se forment à la fois sur plusieurs points des plaines et enlèvent les poussières du sol sous forme de colonnes minces qui ne paraissent pas avoir plus de i°* à 2" de diamètre. Ces poussières sont élevées avec une grande rapidité à .des hauteurs considérables que M. Virlet d'Aoust estime être de 5oo" à 600™ en moyenne, mais qui s'élèvent souvent beaucoup plus haut. Elles restent très-longtemps en suspension dans l'air.

Rien n'est plus capable d'impressionner Thomme un peu obserrateur que le spectacle dont j'ai été témoin, lorsque, après

avoir traversé la sierra Nevada, je me trouvai, en quittant la région froide, humide et sombre des nuages, plongé tout à coup dans une atmosphère chaude, et que je vis s'étaler devant moi, toute rayonnante de lumière, l'immense plaine de Mexico avec ses lacs, ses villes, ses villages, ses églises, ses montagnes que je dominais d'une grande hauteur, et que je voyais, comme pour compléter ce tableau admirable, s'élever de distance en distance de ces ramoUnos de poîvo semblables à des minarets mobiles, disparaissant et se renouvelant sans cesse (').

Si Ton veut savoir comment sont soulevés les nuages de poussières, on peut lire de nombreuses descriptions de ces phénomènes, données par les voyageurs. En voici une des plus intéressantes que publie Thoburn, dans son travail sur le Bannu^ district de Penjab dans l'indoustan (*) :

Le Marwat, lac desséché est aujourd'hui une vaste plaine, dénuée d'arbres et couverte de sable onduteux ; côtoyée par des cou ches d'une argile molle et visqueuse, sillonnée par des cours d'eau profondément encaissés, ayant à sa surface du gravier alternant avec des prairies, elle offre çà et là des pierres arrondies, que le peuple appelle pierres â^ enfer ^ à cause de leur teinte noire et fuligineuse, due probablement au contact du sable et de la boue. Vue en automne ou par un temps de sécheresse, la plaine du Marwat ressemble à un désert, triste et lugubre patrie des vents mugissants ; dans les mois brûlants de l'été, sa surface est balayée par des vents furieux qui soulèvent des nuages de poussière. Mais, à la fin du printemps, quand le sol a été humecté par les pluies, on dirait une mer «de céréales verdoyante et tachetée, par intervalles, de lignes et d'ilôts d'une teinte plus foncée.

C'est un spectacle grand et solennel que le commencement d'un

(*) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences ^ t. LXXXIII, p. ii85, séance du ii décembre 1S76.

(') Bulletin de la Société géologique de France^ t. XV, a* série. — Observations sur un terrain et origine météorique ou de transport aérien.

orage de poussière, dans une journée d'été, pour l'obsenrateur placé sur une des collines qui s'élèvent en amphithéâtre autour de la plaine du Marwat. D'abord apparait un point noir au bout de l'horizon ; il s'allonge rapidement et ne tarde pas à s'étendre de l'est à l'ouest ; c'est alors une puissante et terrible muraille, épaisse de looo pieds et longue de 3o mlTles (48''™). Elle s'approche de plus en plus avec un bruit étourdissant. Tantôt une aile est poussée en avant, tant<5t une autre, mais la masse s'avance de plus en plus. Elle est précédée par une nuée d'oiseaux de proie, milans, aigles et vautours. Les villages, situés au bas de la colline d'où l'on observe ce phénomène, disparaissentles uns après les autres sous les nuages de poussière. Encore quelques minutes et le sommet du Shekhbudin, qui se baignait, un instant auparavant^ dans les rayons du soleil ou dormait sous la chaleur accablante d'une journée de juin, est enveloppé de nuages jaunes, qui fuient et s'éloignent rapidement. Un moment suffit pour faire disparaître ce spectacle grandiose ; il n'en reste qu'une poussière étouffante, désordonnée, affluant et refluant dans toutes les directions, pénétrant dans toutes les fissures. Hors des demeures, on ne peut voir que des ténèbres palpables; on n'entend que le sifflement du vent; mais, dans l'intérieur des maisons, on allume les lampes et, au bout d'un quart d'heure, l'orage qui a exercé ses ravages sur les flancs des coteaux s'apaise et se calme peu à peu.

Pluies de cendres volcaniques, — Les éruptions volcaniques projettent parfois dans l'atmosphère des masses énormes de cendres qui s'en élèvent en nuages épais ; la matière pulvérulente qui les constitue est souvent entraînée au loin et retombe sur des régions entières. Je citerai quelques-uns des phénomènes les plus remarquables de ce genre.

Une des éruptions volcaniques qui ont causé le plus de terreur dans les temps modernes est celle du volcan Goseguina, situé au sud de la baie de Fonseca dans l'Amérique centrale. La quantité de

cendres vomies par le volcan atteignit des proportions formidables. Une immense nappe de poussière s'étendit dans le ciel ; elle fut portée par le vent jusqu'à plus de 20° de longueur vers l'ouest.

Fie, 3..

eu SUD

Carte des régi 01

e de cendres du volcan

Coseguina.

La âurperficie de terre et d'eau sur laquelle s'a- • battit la poussière a été évaluée à 4 raillions de kilomètres carrés ; quant à la masse vomie , elle n'a pas été inférieure à 5o millions de mètres cubes.

En i8i5, un volcan de l'île Sumbava, leTimboro, recouvrît de cendres une surface de terre et de mer

supérieure à celle de l'Allemagne {fig- Sa). L'imagination populaire fut tellement frappée de ce cataclysme, qu'à Bruni, dans l'île de Bornéo, où des amas de la poussière vomie par le Timboro, à

Fig. 3ï.

par la pluie de cendres du toIcbd

1400*"" au sud, avaient été portés par le ^ent, on compte les années à dater de la « grande chute de cendres ('). n

Dans la nuit du 29 au 3o mars iS^S, une pous-

sière grise tomba en abondance avec de la neige sur une partie de la Suède et de la Norwége. M. Nordenskiold en informa immédiatement M. Daubrée par un télégramme. D'autre part, M. Kjérulf, professeur à rUniversité de Christiania, en adressa un échantillon au savant académicien, en même temps que M. le D*^ Kars, ajoutait que cette poussière était tombée en Norwége depuis Sôndmôre et la vallée de Romsdal, à l'ouest, jusqu'à Tryssill* (direction de Stockholm) vers l'est. M. Daubrée reconnut, par des analyses chimiques et micrographiques, que cette poussière offrait la plus grande ressemblance avec certaines pierres ponceuses d'Islande, notamment la ponce de Hrafftinurhur, et il en conclut qu'elle devait provenir d'une éruption de cette île (*).

Les nouvelles reçues postérieurement d'Islande ne tardèrent pas à montrer qu'il en était bien ainsi.

On apprit qu'il y avait eu toute une série de phénomènes volcaniques : d'abord des secousses de tremblement de terre, puis une éruption accompagnée d'une pluie de poussières et de cendres. Le 29 mars 1875, la chute de cendres fut si intense qu'elle couvrit la région orientale de l'île, particulièrement le Jokuldal, d'une couche de i5*^ d'épaisseur et, pendant toute cette journée, bien que

(i) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences^ l. LXXX, p. 994 et 1069.

la région occidentale fut baignée par les rayons du soleil, la région orientale resta plongée dans d'épaisses ténèbres. Les sources et les ruisseaux furent endigués par les cendres ; les torrents des montagnes roulaient des flots noirs, et les rochers qui les bordaient étaient couverts de monceaux de cendres. Les paysans se sauvèrent hors du pays jonché de cendres, avec leur bétail, pour trouver des pâturages qui ne fussent pas enterrés sous les scories ; on ignore jusqu'à quel point ils réussirent dans leur tentative.

De nombreux exemples, dit M. Daubrée, témoignent du transport dans l'atmosphère, jusqu'à de grandes distances, de cendres volcaniques, de sables et de poussières diverses, telles que les cendres provenant d'incendies. Je me bornerai à rappeler le sable qui s'est abattu, le 7 février i863, sur la partie occidentale des îles Canaries, et qui avait été, selon toute probabilité, transporté du Sahara sur plus de 32 myriamètres (*). Plus récemment, la cendre de l'incendie de la ville de Chicago est arrivée aux Açores, le quatrième jour après le commencement de la catastrophe ('); en même temps, on avait senti une odeur empyreumatique qui avait fait dire aux Açoriens que quelque grande forêt brûlait probablement sur le continent africain...

On sait que le célèbre brouillard sec qui, en 1788, couvrit pendant trois mois presque toute l'Europe, après avoir d'abord paru à Copenhague, où il persista 126 jours, avait pour cause une' éruption de l'Islande, ainsi qu'on l'apprit plus tard ('). En septem-

(*) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences ^ t. LVIi, p. 363.

(') M. Fouqué, à qui je dois cette communication, a vu cette cendre, qui avait été recueillie à Payai par le consul américain, M. Dabney.

(•) Ch. Martins, Nature et origine des différentes espèces de brouillards secs, (Journal V Institut, 19 février i85i.)

bre 1845, un transport de même origine, mais moins considérable, fatobserré aux îles Shetland et aux Orcades (*).

On peut tirer de ces observations les conclusions suivantes :

Les pluies terreuses tirent leur origine : 1*^ des parcelles les plus fines des sables des déserts, soulevées par les vents et entraînées par les courants aériens ; 2° des cendres provenant des éruptions volcaniques ; 3® elles se distinguent des pluies de poussières qui proviennent des météorites extraterrestres.

Voici la nature des poussières représentées sur la PL IV, qui forme en quelque sorte le complément du Chapitre précédent :

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