‹ Les poussières de l'air (volume 2)Chapitre 7 sur 9 · EXPLICATION DE LA PLANCHE IV · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE IV

N^ \ . Poussière ramassée à bord du Vautour le

( * ) D'après une obligeante Communication de M. Des Cloizeaux, qui a lui-même yu cette poussière aux Orcades, en revenant d'Islande, on avait remarqué, dès le 2 septembre, à bord des bâtiments arrivant d'Islande et sur la mer, une poussière rouge qu'on avait déjà prise pour de la cendre de tourbe. Dans la nuit du 2 au 3 septembre, il en était tombé une grande quantité aux environs de Kirkvrall (Orcades). Un article du Journal de KaithnesSy du 12 septembre, la regardait comme de la cendre volcanique provenant d'Islande. Ce n'est toutefois que par les premières nouvelles de mai 1846 qu'on sut que les habitants de Reikiavik avaient constaté l'éruption et la coulée de la lave de l'Hécla du 2 septembre i845. Il est probable que la pluie de cendres avait dû commencer au moins le i*'' septembre, puisqu'elle avait pu parcourir la distance de plus de 800 kilomètres, qui sépare la côte du sud d'Islande des Orcades.

Poussières de l'air.

PIInT

Pbaies ie pousisières et sables des déaerls . (-^^j

^ a , »» Mo p.» . ip

<So

* '^ Je? S^ ^ o

^^. '((^M «*Sb.

(i.Tù»miUcr. JcL

^.gfc'aSc.

i5 niai 1846, ce bâtiment naviguant à i4^"* des côtes nord de l'Algérie ; grand nombre de grains transparents de silice (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

N^ 2. Sable tombé dans la partie occidentale de l'archipel Canarien, le 7 février i863. Algues nombreuses, grains transparents; grains noirs et opaques ; quelques diatomées (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

N** 3. Cendres du Vésuve, tombées à Naples, le 22 ocl«obre 1822 (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

N^ 4. Cendre volcanique tombée à Quito, les 7 et 8 octobre i843 (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

N** 5. Pluie de sable tombée à Syracuse le 10 mars 1872. Quelques grains noirs très-opaques, d'autres transparents, incolores ou jaunâtres ; quelques-uns (très-rares) bleus ou roses (échantillon donné par M. Tarry).

N** 6. Pluie de poussière tombée à Boulogne-sur- Mer, le 9 octobre 1876. Grains de silice blancs, opalins, très-nombreux, quelques-uns noirs et opaques. Algues diverses, très-abondantes et de couleurs variées, roses et bleues (échantillon recueilli et donné par M. Vaillant-Lefranc),

N*^ 7. Sable du désert de Gobi (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

N** 8. Sable du grand désert du Sahara, pris à a5 lieues de Biskra (Algérie, 1866) (échantillon du Muséum d'Histoire naturelle).

Pluies de lait, pluies de pollen, pluies d'insectes, pluies de croix, etc, — Dans les descriptions qui précèdent, je crois avoir, pour la première fois, nettement élucidé le phénomène des pluies de poussières, en faisant cesser les divergences d'opinions de la part de quelques météorologistes éminents. Pour les uns, les pluies terreuses devaient être considérées comme ayant une origine cosmique (M. Quetelet notamment, dans sa Physique du Globe (*), dît, en parlant des substances qui colorent en rouge la pluie ou la neige : <c II est bien difficile de soutenir que ces corps appartiennent à notre globe » ; pour les autres , les pluies de poussières ont une origine terrestre. Les deux hypothèses sont exactes : le fait des chutes de météorites pulvérulentes a été nettement constaté, tout aussi bien que celui des pluies de poussières provenant des sédiments terrestres.

On conçoit que ce dernier phénomène peut, varier à Tinfini. Si les annalistes parlent.de pluies de lait, c'est que Teau pluviale était colorée par une poussière blanche, due à l'enlèvement de terres blanches sans doute crayeuses. Toute matière pulvérulente est susceptible d'être enlevée par les

C*) Chap. IV, p. 322.

tourbillons et incorporée aux eaux pluviales ; mais, dans ce cas, le phénomène est généralement local et ne prend pas un développement considérable.

Les pluies dites pluies de soufre, par exemple, sont celles qui contiennent des grains de pollen de différentes espèces végétales. MM. Bureau et Poisson ont reconnu récemment qu'un échantillon

Fig. 33.

spores de la grotte de la Réunion. ^■

de terre combustible, très-légère, jaune, trouvé par M. de l'isle dans une grotte de l'île de la Réunion, était formé de grains de pollen {Jîg- 33) ('). Qu'une semblable terre soit soulevée par les vents, puis rejetée sur le sol par la pluie, voilà une pluie

( ') Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences du 17 juillet 1876.

de pollen qui se manifeste. Ses gouttes d'eau seront colorées en jaune, comme si elles étaient mélangées de fleur de soufre.

Des insectes, de. la manne et bien d'autres sub-

Fig. 34.

Fac-similé d'une gravure du Lit^re des Prodiges de Lycosthènes, représentant une pluie de croix en 1660.

stances ont pu produire de la même façon les pluies extraordinaires dont parlent les auteurs anciens.

J'ajouterai enfin, pour terminer, que, pendant les éruptions volcaniques, on a quelquefois cité des pluies de croix, formées probablement de sels su-

blimés ou efflôrescents tombant à Tétat cristallin. Lors de l'éruption du Vésuve en 1660, le P. Kircher a observé, à Naples, une de ces pluies de croix; mais la description qu'il en donne est confuse et peu explicite. Lycosthènes a figuré ce phénomène dans une planche naïve de son Lwre des Prodiges {.fis- 34) ; nous la rep^-oduisons ci-contre, à titre de document historique.

Page 1