‹ Les poussières de l'airChapitre 2 sur 26 · LES · texte numérisé non relu

LES

Poassières minérales, organiques et organisées.

f^ariations de poids des poussières en suspension dans l'atmosphère, — Pour déterminer la proportion des corpuscules solides contenus dans un volume d'air connu, je me suis servi d'un appareil

Fig. 2.

Appareil pour retenir les poussières de l'air.

composé d'un aspirateur à eau qui fait passer l'air extérieur, bulle à bulle, à travers un tiibe de verre à boules B, contenant de l'eau chimiquement pure, et à travers un tube T renfermant un tampon de coton-poudre {fig* 2). L'aspirateur, exactement

jaugé, est mis en communication avec le tube A; il donne exactement le volume de Fair aspiré. Les poussières sont retenues dans l'eau distillée.

Une première expérience a été exécutée le 28 juillet 1870, à une fenêtre du laboratoire de Y Union nationale, rue Michel-le-Comte, à 5™ audessus du sol. Le temps était pur, Tair limpide ; il avait légèrement plu la veille; les corpuscules aériens étaient peu abondants. En trois jours, j'ai fait passer dans l'appareil i"^*^ d'air atmosphérique ► Après l'expérience, l'eau contenant les poussières a été évaporée à siccité à la température de loo^^ dans une capsule de platine tarée à o™s,5 près. Le résidu sec pesait 0^*^,0060. Le coton -poudre servant de témoin a été dissous dans l'éther, sans laisser de traces appréciables de substances solides.

Le même dosage a été exécuté à plusieurs reprises dans des conditions atmosphériques différentes. Voici quelques-uns des résultats obtenus :

Poids de corpuscules contenus dans i™*^ d'air a Paris,

Après une Dans des conditions

plaie abondante Après huit jours atmosphériqaes normales.

de la veille. de sécheresse en été. (Juin i juillet 1870,

(Juillet 1870.) (Juillet 1872.) avril à novembre 1873.)

o5»',oo6o os^jOiSo 0,0080

La quantité de matières solides contenues dans 1"'*^ d'air à Paris peut varier, d'après ces dosages,

de o8'',oo6 à 06*^,023. Pour apprécier la valeur de «ces chiffres, nous prendrons le chiffre minimum oS'^jOoô, et nous considérerons une masse d'air de 5™ d'épaisseur, sur l'étendue du Champ -de -Mars, qui a 5ooooo™*ï de surface. Cette masse d'air ne renferme pas moins de iS^^ de corpuscules. Si l'on faisait un calcul analogue pour l'atmosphère de Paris tout entier, c'est par centaines de kilogrammes qu'il faudrait parfois compter.

Dans les campagnes, la quantité de poussières contenues dans l'air est moins considérable. Un appareil, analogue à celui que j'ai décrit précédemment, a été installé à Sainte-Marie-du-Mont (Manche), au milieu de vastes prairies, et dans un air généralement humide. L'aspiration était faite régulièrement et automatiquement au moyen d'un mécanisme que je dois décrire.

Il est formé d'un compteur à gaz, actionné par un mouvement d'horlogerie {fig* 3). On monte l'appareil au moyen d'une manivelle. On enroule ainsi autour d'un treuil une corde qui passe entre les gorges de deux poulies et qui se termine par un poids P. La roue d'engrenage E met en mouvement l'auget intérieur du compteur ; l'air est aspiré par le tube t, à l'extrémité duquel on peut adapter les tubes en U contenant le coton-poudre, ou, comme je l'ai fait plus souvent, le tube à boules contenant de l'eau distillée. R est un robinet destiné à régler l'écoulement du gaz; /', r\ r^* sont trois petits robinets à chacun desquels on peut

adapter un système de tubes en U, dans le cas ou Ton veut opérer plusieurs analyses à la fois ; m, ni' sont les manomètres qui donnent la pression de l'air à Tentrée et à la sortie de Tappareil. Sur le devant du compteur, on voit les petits cadrans qui donnent la mesure de Tair aspiré, en litres, en décalitres, en mètres cubes et en dizaines de mètres cubes.

Je me suis très- avantageusement servi de cet appareil pendant le cours de mes recherches. En plaçant les poulies à une assez grande hauteur audessus du compteur, 2 à 3" par exemple, le poids descendait lentement, en faisant agir constamment le système, pendant plus de douze heures consécutives. Plusieurs mètres cubes d'air avaient pu passer bulle à bulle à travers les tubes adaptés à l'orifice f, et cela sans aucune surveillance. Pour faire fonctionner l'appareil à nouveau pendant douze heures, il suffisait de remonter le poids au moyen de la manivelle.

L'usage de cet aspirateur, introduit dans les laboratoires par M. Hervé Mangon, est appelé à se répandre dans les laboratoires de Chimie comme dans les établissements météorologiques; il a été adopté déjà à l'Observatoire de Montsouris , où plusieurs de ces instruments sont installés.

Du 26 au 3 1 juillet 1875, 12"**^ d'air aspirés par l'appareil précédent ont passé, bulle à bulle, dans le système de tubes de retenue. L'eau qu'ils contenaient, évaporée à sec, n'a laissé que o^^ooS

de résidu, soit o^**, 00023 de résidu par mètre cube d'air. Après une période de sécheresse, ce chiffre s'élevait très-sensiblement, pour atteindre o^*", oo3 et o«*", 0045 par mètre cube.

Sédiment atmosphérique, — Les poussières en suspension dans Tair n'y séjournent que sous l'influence de l'agitation de l'air : les plus ténues peuvent sans doute y être maintenues pendant un temps d'une assez longue durée ; mais il tombe constamment de l'atmosphère un véritable sédiment.

Les expériences que j'ai imaginées pour étudier ce phénomène ont d'abord été exécutées à Paris et aux environs. Dans les deux localités que j'ai choisies, une grande feuille de papier collé, parfaitement lisse, de i™^ de superficie, maintenue sur un châssis, les bords légèrement relevés, était exposée à l'air, dans une position horizontale ; cette surface de papier, placée sur un toit bien isolé, de I o à 1 5"^ de hauteur, y séjournait pendant la durée d'une nuit calme. Le matin, les corpuscules déposés pendant la nuit, et en partie visibles à l'œil nu, étaient réunis à l'aide d'un pinceau fin. Il m'a toujours été possible , malgré des pertes inévitables, d'en recueillir dans la proportion de o^"^, ooi5 à 06*^,0035.

En prenant comme moyenne un poids de sédiment de 0^*^,002 tombant en douze heures sur i"^, on voit que, sur une surface Jcomme celle du Champ-de-Mars, c'est un poids de 2*s de corpus-

cules aériens qui se déposent en vingt -quatre heures (*).

J'ai installé plus tard, à l'Observatoire de Sainte- Marie-du-Mont, un appareil beaucoup mieux disposé pour cette étude ; je l'ai désigné sous le nom de table à poussières {fig- 4)* C'est, une table plus

Fig. 4.

Table à poussières.

longue que large, de i^^ de surface, munie d'un rebord de o™, i5 de hauteur. Sa surface intérieure est couverte de papier d'étain qu'on y a collé. Cette table est mobile autour d'un axe central et peut être orientée dans le sens de la direction du vent. Elle est située à o",6o au-dessus du sol gazonné

(' ) Le sédiment aérien ainsi déposé peut être soulevé à nouveau par le vent, et ne doit pas séjourner longtemps à la place où il est tombé; mais les chiffres que j'indique n'en montrent pas moins l'importance de ce phénomène de transport aérien.

où elle est installée, légèrement inclinée, afin que les eaux pluviales, s'il en tombe pendant la nuit, puissent s'écouler par un orifice O. Quand il pleut, cet appareil n'est d'aucun usage ; mais, quand l'air est sec, le vent qui passe au-dessus de sa surface y laisse constamment tomber une partie des poussières qu'il transporte, exactement comme un fleuve dépose une certaine quantité du limon qu'il charrie. Dans un espace de vingt-quatre heures, j'ai toujours trouvé sur cette table une masse plus on moins considérable de poussières ; je les recueillais en les balayant à l'aide d'un pinceau plat en blaireau. Les p>oussières rassemblées vers l'orifice O y sont jetées et tombent sur une feuille de papier que l'on a placée au-dessous ; elles y sont conservées pour les peser, et pour les examiner au microscope.

Voici quelques-uns des résultats que j'ai obtenus et que je choisis à dessein parmi les chiffres extrêmes :

Poids de poussières lombées

en vingt-qoatre heares sur une surface de i'"*!.

18 juillet 1876 0>002I

19 juillet » 0,00.^0

3o juillet w 0,0121

22 août » O; 009a

3i août » 0,0081

Je dois faire remarquer que la saison a été particulièrement sèche pendant l'été de 1876 et que, parmi les poussières recueillies, il y en avait, comme

nous le verrons postérieurement, un grand nombre formées de grains de pollen de différentes espèces végétales; cela explique comment ces chiffres se trouvent être plus élevés que ceux précédemment obtenus à Paris.

L'emploi de la table à poussières nécessite certaines précautions ; il arrive fréquemment qu'il y tombe des feuilles, qu'il s'y trouve des insectes, etc. ; il va sans dire que ces corps, étrangers aux poussières aériennes proprement dites , doivent être séparés. Je n'ai pas d'ailleurs la prétention de donner ici des résultats complets sur cette importante question des sédiments atmosphériques ; mais de fournir quelques déterminations précises dans un domaine où les faits, jusqu'ici, manquent absolument.

La quantité de sédiments charriés par les courants atmosphériques est sans doute variable avec la vitesse de ces courants, avec leur état hygrométrique ; elle doit changer encore suivant les saisons, suivant la nature du sol, etc. Il y a là une longue étude à entreprendre ; je crois que l'emploi permanent d'une table à poussières, dans les observatoires météorologiques, conduirait à des résultats intéressants, qu'un seul observateur ne saurait exécuter.

Dimension des poussières, — Les poussières aériennes ont été mesurées à l'aide d'un micromètre de verre, divisé en centièmes de millimètre ;

quand elles sont formées de débris d'étoffe, de bois^ de charbon , elles atteignent parfois une longueur de j^ de millimètre et plus ; quand elles sont constituées par des matières minérales, silice, calcaire, argile, etc., leur diamètre varie de ~j à -—pj- de millimètre, et au>dessous.

Suspension des poussières au sein de l'air, — On est conduit à se demander comment des corpuscules de cette dimension, formés de matières bien plus denses que Tair, peuvent y rester en suspension. Le calcul démontre que des grains minéraux de très-petite dimension, -j— de millimètre de diamètre par exemple, tombent encore avec une vitesse assez considérable ( o°*, 66 par seconde pour la silice, en supposant une forme sphérique) ( *).

On peut admettre l'explication que donne Nyslen de ce phénomène.

La densité des poussières, bien qu'elle soit réellement plus grande que celle de l'air, est diminuée par la couche gazeuse, adhérente par capillarité à la surface des objets de très-petite dimension, laquelle fait corps avec eux et les suit dans leurs mouvements ; de là résulte que l'impulsion de Tair en mouvement les entraîne et les soulève facile-

(') Une sphère de i™ de diamètre d'une substance ayant, une densité 2,5 tombe avec une vitesse de 220™ à la seconde, le mouvement étant supposé uniforme dans l'air à la densité ordinaire. En appelant d le diamètre du corpuscule, sa vitesse de chute sera

ment, puis ils vont se déposer dans les lieux où l'air est calme (').

Composition chimique des poussières atmosphé- Iniques. — J'ai soumis à l'analyse les poussières extraites de l'air par l'aspirateur, ainsi que celles déposées spontanément. J'ai trouvé qu'elles offrent la composition suivante :

Matières organiques brûlant avec éclat 2J à 34

Matières minérales (cendres) -jS à G6

Les réactions, d'abord opérées s\ir quelques milligrammes de substances , ne pouvaient permettre des dosages.

J'ai reconnu dans les cendres des sels solubles dans l'eau, contenant du chlore, de l'acide sulfurique, des traces d'acide nitrique. J'ai presque toujours décelé, dans les matières solubles dans l'acide chlorhydrique, la présence du fer, au moyen de la coloration rose donnée par le sulfocyanure de potassium, et quelquefois même par la formation de bleu de Prusse sous l'action du cyanoferrure de potassium. La chaux et la silice ont toujours été reconnues.

Pour confirmer ces résultats, j'ai analysé de la poussière recueillie à une certaine hauteur sur des monuments, et notamment à 6o™ de haut, dans

(*) Dictionnaire de Nysten, par E. Littré et Ch. Robin : Poussières.

une des tours de Notre-Dame, où personne n'avait pénétré depuis plusieurs années. Les marches sont couvertes d'une couche de poussière grisâtre très-ténue, de i"" au moins d'épaisseur. Cette poussière ne pouvait avoir été apportée là que par l'air s'engouffrant à travers les étroites ouvertures des fenêtres. Sa composition représente bien celle des corpuscules aériens. L'analyse faite sur 5^' m'a donné les résultats suivants :

Matières organiques très-combustibles, riches en carbone, brûlant avec éclat 32 , 2Ô5

solubles dans l'eau (chlorures et sulfates alcalins et alcalino-terreux, nitrate d'ammoniaque) 9}230

(sesquioxy de de fer . . . 6 , 1 20 carbonate de chaux. . i5,94o minérales \ cide chlorhy- < carbonate de magné-

drique f sie, traces de phos-

l phatcs, alumine, etc. 2,121 insolubles dans l'acide chlorhydrique ( essentiellement formées de silice) 3/| , 334

Un grand nombre d'échantillons recueillis dans diverses localités m'ont permis de constater la présence de la plupart des substances ci-dessus, et notamment celle du fer, qui a toujours été manifeste dans une proportion importante (*).

Poussières obtenues par l'é^aporation ou la fdtration des eaux météoriques, — On a vu que

(*) Comptes rendus des séances de l' Académie des Sciences, a3 mars 1874.

les corpuscules aériens peuvent être recueillis par le passage de Tair à travers des tubes contenant des substances liquides ou des bourres de coton; par l'emploi de la table à poussières, à la surface de laquelle ils tombent, ou bien en prélevant la poussière accumulée par le vent dans certaines parties inhabitées des monuments élevés.

Mais il existe une méthode beaucoup plus efficace encore : elle consiste à séparer des eaux météoriques, pluie, neige ou grêle, les sédiments dont elles sont chargées et qu'elles ont empruntés à l'air; on y arrive en filtrant ou en évaporant un volume de plusieurs litres de ces eaux.

M. Hervé Mangon a construit dans ce but, à l'observatoire météorologique de Sainte-Mari e-du-

Fig. 5.

Plateau

T w eu -

de porcelaine

du colle

cteur

Mont, un collecteur qui m'a donné d'excellents résultats. Il se compose d'une série de plateaux de porcelaine {Jig»5), munis de rebords sur trois côtés

seulement, et disposés comme les briques d'un toit sur un châssis, comme le montrent les Jig, 6 et 7 (plan et coupe). Cet appareil, auquel on peut donner de grandes dimensions, permet de recueillir

Fi{j. 6.

Plan d'un collecteur installé à Sainte-Marie-du-Mont (Manche)» pour recueillir les eaux météoriques.

des volumes de pluie considérables; les eaux météoriques glissent à la surface des plaques de porcelaine, ruissellent dans le conduit médian , et se réunissent dans un grand flacon, où elles arrivent par l'intermédiaire d'un entonnoir.

- iS —

L'emploi de la porcelaine est très-avantageux ; on n'a pas cru devoir employer le verre, sur lequel peuvent agir à la longue les eaux pluviales contenant de Facide carbonique, de l'ammoniaque, etc.

Les eaux de pluie, recueillies à l'aide de cet appareil, ont été pesées, évaporées à sec (à loo^) dans une capsule de platine ; on a déterminé le poids

Fig. 7.

Coupe de l'appareil ci-contre.

des résidus obtenus, avant d'en faire l'analyse chimique et l'examen micrographique.

Voici quelques-uns des dosages que j'ai exécutés à Sainte-Marie-du-Mont sur les poids de ces sédiments :

er

I"' juin 1875 : Pluie abondante vers la fin de la journée. Le récipient du collecteur après la pluie contenait i^^ySii de liquide; le résidu sec pesait o^**, 261.

2 juin 1875 : 7^10™ du soir, pluie d'orage. —

Poids de l'eau recueillie, 4''^>3o4. — Poids du résidu sec, o^^aSa.

Des opérations semblables ont été faites pour les pluies des 5, lo, 1 1 et 12 juin. Je les résume dans le tableau suivant :

Poids d'eau Poids du résidu sec Poids

de séché du résid»

plaie à calculé

Dates. recueillie. loo degrés. par lilre.

kg gr jîr

i'"f juin 1875 i,5ii 0,261 0,1720

2 juin 1875 4>3o4 0,282 o,oG54

5 juin 1875 1,663 o,i25 o,Oy5i

10 au II juin 1875. . . 2,190 o,o5i 0,0281

12 juin 1875 . 3,070 0,102 o,o332

17 juin 1875 , /|,ooo 0,100 o,025o

Celte série est intéressante, en ce sens que la première pluie du i®' juin est tombée après une longue sécheresse ; elle représente en quelque sorte une des plus fortes quantités de sédiments que Ton puisse obtenir pour les eaux pluviales. L'air balayé par cette pluie du i^^ juin fournit encore des poussières abondantes, puisque la pluie du lendemain donne o^^,o654 de sédiment par litre. Les II et 12 juin, cette quantité s'abaisse notablement et tombe à o^*',023.

L'analyse de ces sédiments a confirmé mes expériences précédentes ; ils avaient la composition suivante :

Matières organiques 3o,oo

Matières minérales (cendres) 70,00

Les cendres contenaient 4^ ^^ sels solubles dans l'eau, chlorures, sulfates alcalins, nitrates, etc. Les produits insolubles dans Teau renfermaient des quantités considérables de carbonate de chaux, de silice, d'oxyde de fer, des traces de magnésie.

Les eaux de pluie à Paris donnent des sédiments plus abondants, qui atteignent parfois o^"*, 421 par litre, comme je l'ai constaté après la sécheresse de juin 1870. Le 8 juillet 1870, après des pluies antérieures, une eau de pluie recueillie sur les toits de la rue Michel-le-Comte de 2** à 4** ^^^ pl"^ donné que oS*", o658 de sédiments par litre.

Les sédiments recueillis à Paris sont gris noirs, quand ils sont secs ; ceux obtenus à Sainte-Mariedu-Mont sont, au contraire, presque tout à fait blancs.

Examen microscopique des eaux de pluie. — Quand on place une goutte d'eau de pluie sur le porte -objet du microscope, et qu'on l'examine sous un fort grossissement de 5oo diamètres, on y aperçoit une infinité de corpuscules divers, appartenant au règne minéral, végétal et même animal : des grains de sable, de calcaire, de charbon, des débris d'étoffe, de bois, des parcelles animées du mouvement brownien, des grains de fécule, des grains de pollen, etc., et quelquefois des bactéries.

J'ai représenté [PL I) les corpuscules les plus remarquables que j'ai observés à différentes épo-

ques et dans des localités diverses. En voici l'énumération :

EXPLICATION DE LA PLANCHE ï.

N® 1. Pluie du I®** juin 1870, recueillie à Sainte- Marie-du-Mont (Manche) après une longue sécheresse. Cette pluie était très-chargée de corps étrangers : a, rf, corpuscules noirs, opaques (charbon) ; b, c, substances minérales amorphes (silice, calcaire) ; e, J] g-, i, y, A". Fécules diverses, graines, grains de pollen ; h, débris d'algue (?).

N° 2. La forme que je représente ici appartient assurément au règne animal. Quand je Tai observée, les douze branches qui rayonnent autour d'un centre, à la façon d'une étoile de mer microscopique, étaient immobiles. L'animalcule, qui provenait probablement de la mer, était mort. Je l'ai trouvé dans le sédiment de l'eau de pluie tombée à Sainte-Mari e-du-Mont, du 22 au 24 septembre 1870.

N® 3. Pluie neigeuse, recueillie à Paris le i3 mars 1876. J'y ai particulièrement remarqué une agglomération remarquable de sporules autour d'une tige d'algue (a), un groupement de corpuscules amorphes (è), des débris d'algues (c), et des corps d'une structure régulière, ressemblant pour quelques-uns à des diatomées [d).

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fil :■•= -

N® 4. Quand on laisse s'évaporer spontanément sur la lame de verre du microscope une goutte d'eau de pluie, on y trouve des cristallisations diverses, formées principalement sur les bords de la goutte d'eau. Les formes a, b sont très-fréquentes. La forme c, croix à six branches, se produit bien quand la cristallisation s'est faite très-lentement. La cristallisation en plumules d est assez rare. La figure que nous en donnons a été faite d'après une photographie microscopique que je dois au précieux concours de mes savants amis, MM. Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris.

N® 5. Corpuscules observés dans les premières gouttes d'eau de pluie tombée à Paris le i®"" juillet 1 870 ; a, corps noirs opaques, analogues à de la suie ; h, algues ; c, débris d'étoffe ; d, grains de fécule ; e, grains minéraux amorphes; y, fragment de bois; gj débris divers; A, mousse (?) ; «, inconnu.

N° 6. Voir p. 3o.

Poussière et sédiments contenus dans les eaux de neige, — Le volume considérable des flocons de neige, l'enchevêtrement des cristaux dont ils sont formés, la manière dont ils voltigent dans l'atmosphère pendant leur chute toujours lente, les rend particulièrement propres, plus encore que les gouttes de pluie, à saisir au passage toutes les poussières et les corpuscules aériens.

C'est ce que M. F. Pouchet avait déjà indi-

que en 1860, lors de ses recherches sur les poussières (*) ;

II m'a semblé, dit le savant micrographe, que si quelque corps est propre à recueillir spontanément les divers corpuscules qui flottent dans l'atmosphère, c'est assurément la neige : la disposition physique de ses spongieux flocons et la conflguration des petits cristaux étoiles, plumeux ou dentelés qui les forment, se trouvent parfaitement adaptées à cette mission.

M. Pouchet a observé Teau de neige tombée à Rouen le 24 février 1860. Il a trouvé en abondance des parcelles de fumée, de la fécule de blé, une matière verte organisée ( attribuée par l'auteur à celle qui recouvre les sculptures du monument où la neige a été recueillie) ; des grains de silice, de calcaire, deux infusoires enhjsXés ou œufs de o"*",o325 de diamètre, trois na^icules, trois bacillaires et deux bactériums , quelques grains de pollen, des filaments de laine, et un brin de duvet d'oiseau.

J'ai pu reconnaître, dans la neige tombée en France, du 16 décembre 1874 au aS du même mois, la présence de substances étrangères très - abondantes, et mettre en évidence l'existence de matières salines étrangères. J'ai recueilli, au sommet des tours de Notre-Dame, les preniières neiges du 16 décembre 1874, en ayant soin de ne prélever que les couches sqperficielles n'offrant aucun con-

(*) Corps organisés recueillis dans l'air' par la neige, par M. F. PovcHET, 1860 {Comptes rendus, t. L, p. 532).

tacl avec les objets lerreslres. Une goulle de l'eau obtenue par la fusion de cette neige, examinée au microscope avec un grossissement de 5oo diamètres, renfermait un nombre considérable de corpuscules, dont la fig. 8 représente exactement l'aspect. Il en

fut à peu près de même pour une goutte d'eau de neige provenant de la campagne. Ces observations me déterminèrent à doser la quantité de ces substances étrangères; voici les chiffres qui résultent de quelques analyses ; .

en haut des loors

de Notre-Dame.

la campagne.

Résidu sec obtenu par l'évaporation à 100° de i*'*

d'eau de neige,

A Paris,

dans une cour.

Premières neiges du

16 décembre 1874. 0,212 Neiges du 21 décembre 0,108 *. o,o56 0,048

Les dernières neiges du aS décembre donnaient encore un résidu très-appréciable, tant à Paris qu'à la campagne (o^'^jOiG à 08*^,024). Les corpuscules vus au microscope n'avaient plus qu'une dimension de T— à t-tVt: de millimètre.

Le résidu fourni par l'évaporation de la neige est une poudre impalpable, grisâtre, dont la matière organique, riche en carbone, brûle avec éclat. Les cendres s'élèvent à la proportion de 5y pour 100 à Paris, et à celle de 61 pour 100 à la canipagne. L'analyse de ces cendres a encore confirmé mes premiers résultats sur la constitution des poussières aériennes : elles renferment de la silice, du carbonate de chaux, de l'alumine, des chlorures, des sulfates, du nitrate d'ammoniaque et des quantités de fer très-appréciables. Des résidus de neige, de provenances diverses , dissous dans l'acide chlorhydrique pur, m'ont toujours donné, en effet, une coloration rose avec le sulfocyanure de potassium.

M. Boussingault, dans ses analyses de l'eau de neige, y a reconnu, et dosé le nitrate d'ammo-

niaque ; j'ai mis en évidence la présence de ce sel dans la neige par un procédé qui me paraît digne d'être signalé. Si Ton verse une goutte d'eau de neige sur une lamelle de verre et qu'on la laisse s'évaporer spontanément dans un air desséché, on aperçoit au microscope, dans le résidu obtenu, des cristallisations très-remarquables : tantôt ce sont de longues aiguilles, extrêmement minces, entremêlées de prismes droits à base hexagonale qui prennent naissance ; tantôt on aperçoit des étoiles à six branches et des cristallisations aux contours indécis, où les prismes se détachent d'une lige centrale pour servir de base à d'autres dentelures. Lêesjig, 9 et 10 donnent l'aspect de ces cristallisations, que j'ai dessinées à la chambre claire, sous un grossissement de 5oo diamètres.

J'ajouterai que les cristaux formés par l'évaporation d'une goutte d'eau de neige sont toujours réunis vers les bords extérieurs de la goutte et que les corpuscules se rassemblent au centre.

Ces cristaux, que j'ai pu accumuler par l'évaporation d'un litre d'eau de neige, sont formés de nitrate d'ammoniaque. Ils se dissolvent, en effet, dans l'alcool, se décomposent par la chaleur sans laisser de résidu, et renferment de l'acide nitrique et de l'ammoniaque ; mais, parmi les nombreuses cristallisations de résidus d'eau de neige que j'ai étudiées au microscope, j'en ai trouvé quelques-unes qui n'appartenaient pas au système rhomboïdal, et qui, par conséquent, n'étaient pas formées de ni-

trate d'ammoniaque. Dans le nombre, j'ai vu quelquefois des cubes nettement définis, qui appartenaient probablement au chlorure de sodium; J'ai aperçu, d'autres fois, des prismes à quatre pans, dont je ne saurais dire la nature. Je ferai remarquer. Fie- 9'

CrisUlliuitians bblenues par l'évaporation d'une goutte J'eou

toutefois, qu'en jetant des flocons de neige dans dcs dissolutions sursaturées de sulfate de soude, la cristallisation a eu lieu instantanément, et que ce dernier sel cristallise bien en prismes à quatre pans ( ' )■

(') Comptes rendit! dtl'JcadémUdel Sciences, séance du !\ jan-

Les crislaUisalions ne se forment bien que dans l'eau des premières pluies el des premières neiges.

Dans \sijîg. ïi, j'ai dessiné des cristaux formés dans plusieurs expériences faites à l'observaloire de Sainle-Marie-du-Monl en juin 1875. On aper-

CriiUlUralion» obteouea par l'éTaporiilioi de neige. '^.

çoil de fines dentelures, imitant l'aspect de fougères ou de plumules d'une grande délicatesse, de petits cristaux légèrement arrondis sur leurs angles et gracieusement ramifiés, des croix hexagonales à six branches, etc. Ces cristaux déli-

quescents ne tardent pas k perdre leur forme sous rinfluence de l'humidilé de l'air. On a pu toutefois en lîxer (quelques groupements par ]a photo micrographie.

ne. ir.

CrUlnlIiuiIion» oblcnucs par l'évapamtioa ii boc d'une goutte d'ciii

ha fig. 12 reproduit la plus belle cristallisation que j'aie obtenue par l'évaporation d'une goutte d'eau de neige. Je l'ai dessinée à la chambre claire, sous un grossissement de 5oo diamètres; elle représente rigoureusement des cristaux formés sur le bord d'une goutte d'eau de neige évaporée,

recueillie à Paris le ii janvier 1876. Celle forme singulière de glaives ou de croix est souvenlaffeclée par le nitrate d'ammoniaque dans les eaux météO' riques ; et, si l'on ne rencontre pas dans toutes les

préparations un si remarquable groupement de cristaux en croix, on en trouve presque toujours, avec quelque attention, un certain nombre, isolés çà et là dans le dépôt.

J'ai cherché à reproduire artificiellement de scm-

blables crislallisatk>ns, au moyen d'une solution très-étendue de nitrate d'ammoniaque, mais c'est en vain que j'ai varié les modes d'évaporation : je n'ai toujours produit dans ce cas que des cristaux uniformes, ramifiés de la même façon autour d'une tige médiane, ou quelques prismes isolés. J'attribue le mode de cristallisation particulier du nitrate d'ammoniaque dans les eaux météoriques à la matière organique que ces eaux contiennent, et qui me paraît digne d'être étudiée d'une façon spéciale.

Dans les évaporations nombreuses que j'ai faites d'eaux de pluie ou neige, dans le but d'en séparer le sédiment, j'ai remarqué que le fond du vase où s'exécutait l'opération se tapissait d'une substance très-cassante et dure, tout à fait analogue d'aspect à de l'albumine coagulée. La présence de celte matière organique* particulière dans une solution me semble devoir exercer une influence sur les cristallisations qui s'y forment.

La PL 11 donne le tableau de quelques-unes des observations complémentaires que j'ai faites depuis plusieurs années.

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