‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 42 sur 103 · ORIGINES ET APPARITION DE « FRAY GBRUNDIO · texte numérisé non relu

ORIGINES ET APPARITION DE « FRAY GBRUNDIO

giles? L'uu se chante, l'autre se lit et se commente, l'un est le texte, l'autre, l'explication de ce texte : voilà toute la ditl'érence. Or, je suppose qu'au moment où le diacre a reçu la bénédiction pour chanter le saint Évangile, quand tout le peuple est debout pour marquer son pieux respect et sa sainte avidité, on entende le ministre sacré entonner, au lieu de la parole de Jésus- Christ, des morceaux d'Ovide, des fragments de Claudien, des tartines de Saavedra, des romances et chansons populaires, lui ferail-on injure en le traitant de sacrilège ou tout au moins de fou? Plus fou encore, et plus sacrilt'geestle prédicateur qui, au lieu d'expliquer les vérités éternelles, ne songe qu a peigner sa rhétorique, à se mirer dans ses phrases, et à bàlir un jeu d'échecs avec ses mots (\). »

Je ne puis citer toute cette vigoureuse sortie, ni les pages magistrales où le jeune orateur demande au ministre de Dieu « une mission légitime et régulière, une science vaste et solide, une vie exemplaire sans laquelle il détruira, au lieu d'édifier. »

Le 3 février 1751, préchant devant une ceicbre confrérie de Valladolid, Isla consacra son exordo à attaquer de front une des plus détestables manies des prédicateurs à la mode : l'abus des cxordos interminables et remplis seulement de burlesques personnalités, <[u'un appelait les circwistancias d\i sermon.

(y'c morceau véhément et spirituel, qui lit graml bruit, et qui a mérité d'être inséré tout au long dans

(I) timiiunn panfyiricut del I'. J.'V. d« hla, loin. IV, p. tl.

Fray Gerundio (1), était une sorte de ballon d'essai. Nous l'apprenons par les lettres qu'adresse l'auteur à son confident, D. José de Rada, prédicateur et curé du Palais Royal : « Qui vous a donné connaissance de mon sermon sur les circonstances? Les gens sensés, et qui n'ont rien à redouter de la dénonciation de ces folies sacrilèges, nous font, au sermon et à moi, plus d'honneur que nous ne méritons; mais les capuchons qui recouvrent des têtes peu solides, c'est plaisir de les voir se remuer. — Cela me surprend-il? Pas le moins du monde ; je m'y attendais bien, quand je me suis décidé à tirer contre la multitude le canon chargé à mitraille (2). »

» Je reconnais que la bonne critique gagne peu à peu quelque terrain sur la barbarie, et que Texorde en question pouvait contribuer à ce progrès ; mais tout cela n'est rien en regard du champ qu'occupe encore l'ennemi, et d'où l'on ne peut le déloger sans l'atta-

(1) Fray Gerundio, lib. III, cap. in, n" 10 et suiv. — Semiones panegiricos, tomo VI, Sermou de San Blas.

(2) Cartas familiares à varias, Valladolid, 27 fév. 1751. — Il est frappant de trouver dans cette lettre la double et constante préoccupation d'Isla, la haine simultanée an gérondianisme et du gallicisme, a Ya que tratamos de sermones, côoio predico el P... la primera domiuica de Quaresma? Hasta quatre dios hâ no habia visto su sermou al apostol Santiago. Séria sin duda de lo grande que he leido en la linea, si no huberia afeclado enfraucesarle hasta el aima. Esto me abochornô infinito. Tomemos de los Franceses lo tomabic ; pero que, hemos menester sus idiotismos ?... Francosear adredemente en castellano, es una cosa intolérable; es llenarlos à ellos de vanidad, y à nosotros de confusion. No se puede negar que nos han enseùado muchas cosas buenas, pero no se debe permitir que nos ensenen à echar à perder nuestra lengua. » On remarquera dans ce fragment de lettre les mots enfrancesar, f'rancesear, tout neufs alors, et destinés à une longue fortune. Je ne sais s'ils avaient été employés avant Isla.

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