‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 43 sur 103 · ORIGINES ET APPARITION DE « FRAY GERUNDIO · texte numérisé non relu

ORIGINES ET APPARITION DE « FRAY GERUNDIO

quer en bataille rangée et avec toutes les forces possibles. C'est ce que pensait le grand homme que nous avons perdu il y a deux ans. Pour moi, je ne répugnerais pas à entrer en ligne avec toutes mes ressources, en suivant le plan de campagne qu'avait dressé dans son esprit cet insigne général (1). »

Isla veut parler du P. Luis de Lossada, le maître et l'ami de sa jeunesse. Quelle fut l'influence de cet éminent esprit dans l'inspiration de Fray Gerundio? Les adversaires d'Isla lentorent plus tard d'exagérer cette influence. Ils traitent notre auteur de corneille parée de plumes étrangères: ils crient que tout le monde sait de qui fut l'idée du livre et de quelle main sont les meilleurs morceaux. Ils pourraient citer rum die et consule l'endroit où étaient déposés les matériaux mis en œuvre (2).

Isla se contenta d'abord de repondre qu'on faisait à son livre beaucoup d'honneur de le supposer digne d'une plume comme celle de Lossada.

Mais le mensonge s'accréditait, grâce surtout aux atllrmalious audacieuses du capucin Marquina : « Cette chanson a été tellement répétée, dit Isla U. son adversaire, qu'aujourd'hui à peine trouverait-on en Espagne un sot qui ne la croie; jugez si le parti que vous commandez est nombreux et formidable (3). »

L'écrivain prit donc la peine d'établir sa paternité

(1) C«rUi faïuiliarct a rario/. K. A. K..t. IV, p. sni.

(i) farta de don Juan de Araraca i limi \g. Jr Uotiluiiu (coulrf Fmy tirrund^") H. A. K.,t. XV, p. 36S. — Itrparoi dél fttnUtfite de Vrmy Mai. " l'>id., p. 105.

M) '■<!- carU IV. U. A. E., l. iv, p, i?«2.

longuement et d'une façon péremptoire. Il en était à peine besoin, tant le style marquait chaque page de son livre d'un cachet authentique. Mais cette discussion éclaire à merveille les origines cachées du roman.

« C'est un fait constant, dit avec sincérité le P. de Isla, et de notoriété publique dans notre proVince de Castille, que le P. Luis de Lossada a eu la même idée que l'auteur du Gerundio, et un grand désir de s'appliquer aune pareille œuvre, quoique par une méthode très différente. Souvent ses amis l'ont entendu parler de cette idée et de beaucoup d'autres, non moins piquantes qu'utiles, qui naissaient dans son esprit, et qu'il esquissait à grands traits, mais c'était tout. Il n'est pas moins constant que ce désir n'est jamais sorti de l'ordre idéal, et que ni pendant sa vie ni après sa mort on n'a trouvé de lui la moindre note sur ce sujet. » Les matériaux mêmes mis en œuvre dans le Gerundio sont presque tous postérieurs non seulement à l'époque où le capucin prétendait les avoir vus dans la cellule du P. de Lossada, mais à la mort même de ce Père, arrivée en 1748 (1).

« Lossada, écrivain érudit et de bon goût, dit avec beaucoup d'exactitude D. Vicente la Fuente dans son Histoire des universités d'Espagne, aimait à collectionner tous les sermons ridicules, les thèses en style fulminant, les dédicaces emphatiques, les harangues plaisantes, et autres produits littéraires plus ou moins

(1) Cartas familiares, d su hennana, cartas 128 et 143. Cartas apologfticas en defensa de Fray Gerundio (Ces lettres sont d'isla). Carta IV. B. A, E., t. XV, p. 345 et suiv.

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