SCÈNE IX
Cathos. — Tout à fait.
Mascariile. — Le ruban est bien choisi.
Magdelon. — Furieusement bien.^ C'est Perdrigeou^ tout liur.
Mascariile. — Que dites-vous de mes canons ? S
Magdeion. — Ils ont tout à fait bon air.
Mascariile. — Je puis me vanter au moins qu'ils ont un grand quartier ^ plus que tous ceux qu'on fait.
Magdeion. — Il faut avouer que je n'ai jamais vu lo porter si haut l'élégance de l'ajustement. ■ ^-y-^'^-^^Xu-o-x/m l MascariUe. — Attachez un peu sur ces gants la re-"^"*^' '^u-: . ' flexion de votre odorat.
Magdeion. — Ils sentent terriblement bon.*
Mon foudre et mon oiseau de proie, 15
Avec toute ma petite-oie.
Chez Lycaon, diable enragé.
J'ai bien failli d'être mangé, Et d'êtrelmis à l'étuvée?
—Ovide en belle humeur, livre i. fable 6.
—Toutes les éditions anciennes donnent aii mot coiiffruantc, qui suit, l'a du participe présent. M. Littré, qui l'écrit par e, n'en cite pas d'autre exemple que celui-ci.
1 Voj'ez ci-après la note 4.
2 Perdrigeon, que l'on trouve ailleurs nommé Perdigeon, était un marchand mercier des plus renommés.
3 Quartier ' se prend aussi pour la quatrième partie d'une aune ; ainsi on dit un quartier d'étoffe, un quartier de ruban {Académie, 1694.)
^ Terriblement, et autres adverbes superlatifs chéris des précieuses, n'étaient point tous pourtant d'un emploi récent. Dès le temps de Charles viii., on disait terriblement xilaisant, terriblement heureux. Dans l'édition de 1658 des Lois de la galanterie, on lit, après diverses recommandations relatives au beau langage: 'L'on dira: Il a de Vesjirit furieusement, car il faut savoir que ce mot de furieusevient s'emploie aujourd'hui à tout, jusque-là même que dans l'un de nos romans les plus estimés, il y a qu'une dame étoit furieusement belle.' Et Scarron, cité par M. Littré, a écrit dans une lettre: 'Une telle bonté me donne à, vous terriblement, x>o\n- imrïcr à la mode.'
Cathos. — Je n'ai jamais respiré une odeur mieux conditionnée.
Mascarille. — Et celle-là ? ^
Magdelon.— Elle est tout à fait de qualité ; le sub- 5 lime - en est touché délicieusement.
Mascarille. — Vous ne me dites rien de mes i:»lumes : comment les trouvez-vous ?
Cathos. — Effroyablement belles.
MascariUe. — Savez- vous que le brin ^ me coûte un lo louis d'or? Pour moi, j'ai cette manie de vouloir donner généralement sur tout ce qu'il y a de j^lus beau.^
Magdeion. — Je vous assure que nous sympathisons
voiis et moi : j'ai une délicatess^e furieuse pour
15 tout ce que je porte; et jusqu'à mes chaussettes,
je ne puis rien souffrir qui ne soit de la bonne
ouvrière.
1 Les éditions de 1G8'2 et de 1734 ajoutent ici ce jeu de scène: Il donne à sentir les cheveux x>oiidrés de sn pen'iiqiie. — ' Pouch'c se dit . . .d'une certaine composition dont on se sert pour dessécher ou ponr parfumer les cheveux. Poudre d'iVts. Poudre de fèves. Poudre de senteur. Poudre de Chypre. Poudre d'ambrette . . . (Dictionnctire de V Académie, 1691). On voit qu'on en usait comme d'un parfum, qui ne déguisait pas la couleur des cheveux, à la différence de la farine, qui avait été de mode auparavant, ou de la poudre en usage an dix-huitième .siècle.
2 Le sublime, en style précieux le cerveau, où montent les odeurs.
3 ^ Brin SG dit . . . figurément des cheveux et des plumes. Il n'a que deux ou. trois brins de cheveux de chaque côté. Voilà un beau brin déplume' {Dictionnaire de l'Académie, 1694).
■» La complaisance avec laquelle Mascarille fait remarquer tous les détails de sa toilette rappelle le passage suivant de Régnier (Satire viii., vers 68-71), où un fat dit à une dame, après lui avoir demandé son avis sur sa rotonde (son collet empesé) :
Madame, à votre avis, ce jourd'hui suis-je bien?
Suis-je pas bien chaussé ? ma jambe est-elle belle ?
Voyez ce tafltetas : la mode en est nouvelle ;
C'est œuvre de la Chine.