SCÈNE XI
Cathos {après avoir touché Vendroit). — Il est vi^ai que la cicatrice est grande.
Mascariiie. — Donnez-moi un peu votre main, et tâtez celui-ci, là, justement au derrière de la tête ; y êtes-vous ? 5
Magdelon.— Oui ; je sens quelque chose.
Ma?carille.^C'est un coup de mousquet que je reçus la dernière campagne que j'ai faite.
Jodelet (découvrant sa poitrine). — Voici un autre coup qui me perça de part en part à l'attaque de m Gravelines.
Mascariiie. — Ce sont des marqiies honorables, qui font voir ce qu'on est.
Cathos. — Nous ne doutons point de ce que vous êtes. 15
Mascariiie. — ^^Vicomte, as-tu là ton carrosse ?
Jodelet. — Pourquoi ?
Mascariiie. — Nous mènerions promener ces Dames hors des portes, et leiu* donnerions un cadeau.^
Magdeion.^Nous ne saurions sortir aujourd'hui. 20
MascariUe. — Ayons donc les violons pour danser.
Jodelet. — Ma foi, c'est bien avisé.
Magdelon. — Pour cela, nous y consentons ; mais il faut donc quelque surcroît de compagnie.
Mascariiie. — Holà ! Champagne, Picard, Bourgui- 25 gnou, Casquaret, Basque, la Verdure, Lorrain,
1 Cadeau, collation. ' Cadeau, repas, fête que l'on donne principalement à des dames. Donner un grand cadeau ' (Dictionnaire de l'Académie, 1691.)
L'autre jour . . .
En une maison d'importance Se fit un excellent cadeau.
Auquel on ne but guères d'eau.
— (Loret, la Muse historique, lettre du i. octobre, 1659.)
Provençal, la Violette ! An diable soient tous les laquais ! Je ne pense pas cxu'il y ait gentilhomme en France plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul.
S Magdeion. — Almanzor, dites aux gens de Monsieur qu'ils aillent quérir des violons, et nous faites venir ces Messieurs et ces Dames d'ici près, pour peupler la solitude de notre bal.
Mascariile. — Vicomte, que dis-tu de ces yeiix ? lo Jodelet. — Mais toi-mêine, Marquis, que t'en semble ?
Mascariile. — Moi, je dis que nos libertés aui'ont peine à sortir d'ici saines et sauves. Au moins, pour moi, je reçois d'étranges secousses, et mon cœur ne tient plus qu'à un filet.
15 Magdeion. — Que tout ce qu'il dit est naturel ! Il tourne les choses le plus agréablement du monde.
Cathos. — Il est vrai qu'il fait une furieuse déi^ense en espi'it.
Mascariile. — Pour vous montrer que je suis véri- 20 table, je veux faire un impromptu là-dessus.
Cathos. — Eh ! je vous en conjure de toute la dévotion fie mon cœur : que nous ayons quelque chose qu'on ait fait pour nous.
Jodelet. — J'aurois envie d'en faire autant ; mais 25 je me trouve un peu incommodé de la veine poétique, pour la quantité de saignées que j'y ai faites ces jours passés.
Mascariile.— Que diable est cela? Je fais toujours
bien lo premier vers ; mais j'ai peine à faire les
autres. Ma foi, ceci est un peu trop pressé: je
30 vous ferai un impromptu à loisir, que vous
trouverez le plus beau du monde.