AVERTISSEMENT
Les Précieuses ridicules figurent, depuis le 21 juillet 188 \ sur le programme delà licence es lettres. C'est ce qui nous a décidé à entreprendre le présent travail. Certes, les éditions de Molière ne manquent pas, et, pour ne parler que des deux plus récentes, les candidats à la licence trouveront dans celles de M. Louis Moland et de MM. Eugène Despois et Paul Mesnard des renseignements aussi abondants que sûrs. Il nous a paru, cependant, qu'il n'était pas inutile de réunir à leur usage les résultats les plus nets des travaux accumulés en si grand nombre par la critique historique et littéraire au sujet de Molière ; d'autant plus que ces travaux s'augmentent chaque année d'études nouvelles, qui justifieront longtemps encore de nouvelles éditions, même après celles qui peuvent sembler définitives *.
Nous avons suivi le même plan que dans nos éditions du Cid et (ï Andromaque ^ publiées par
\. Tous ces travaux sont relevés et classés dans la Bibliographie molièresque de M. P. Lacroix, publiée en 1875, et que nous citons souvent. Ils sont appréciés et contrôlés les uns par les autres dans une étude d'ensemble de M. F. Brunetière, les Dernières recherches Rur la vie de Molière, insérée dans ses Etudes critiques sur l'histoire de la littérature française (1880), et qui est elle-même un travail original. Enfin, pour les travaux publiés postérieurement au mo-
Il LES PRÉCIEUSES RIDICULES
la même librairie : reproduction de l'orthographe usitée au temps du poète, commentaire surtout historique et philologique, abstention de notes admiratives. Ici encore nous donnons beaucoup de place aux renseignements d'histoire théâtrale et aux souvenirs de la tradition scénique. S'ils sont nécessaires à la pleine intelligence de Corneille et de Racine, qui, de même que tous les auteurs dramatiques, écrivaient plus encore pour être joués que pour être lus, ces renseignements sont indispensables avec Molière, comédien et directeur de troupe, celui de tous les maîtres du théâtre qui a le mieux connu la scène, qui la perdait le moins de vue, et qui, on le sait, joignait au soin le plus attentif dans l'interprétation de ses pièces l'indifférence la plus insouciante pour leur publication.
Le texte suivi pour la préface et la pièce est celui de l'édition originale. C'est, en effet, à ce qu'il semble, la seule dont Molière se soit occupé. Les recueils de 1666, 1673 et 1674-1676 sont de simples réimpressions dirigées par les seuls libraires. Après la mort de Molière, La Grange et Vinot publient, en 1682, la première édition complète des œuvres du poète, d'après ses manuscrits, autant qu'on en puisse juger, mais avec dès changements assez arbitraires. En
ment présent (décembre 1883), on les trouvera signalés dans la revue spéciale, le Moliériste, que publie, depuis le mois d'avril 1879, M. Q. MoNVAL, archiviste delà Comédie-Française.
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1734, Marc-Antoine Joly entreprend, sur nouveaux frais, le même travail ; s'il se permet, lui aussi, trop de libertés avec le texte, il emprunte à la tradition de la Comédie-Française un certain nombre d'indications utiles. Il convient donc de reproduire, comme l'ont fait M. Moland et MM. Despois et Mesnard, le texte original et de donner en variantes les différences qu'offrent les trois classes de textes postérieurs au premier*. Pour ces variantes, sans aller aussi loin que E. Despois, qui a comparé avec tant de soin les différents textes de Molière et qui relève jusqu'aux moindres particularités qu'ils présentent, nous indiquons toutes celles qui ont un intérêt quelconque et ne paraissent pas être de simples fautes d'impression.
Nous reproduisons la ponctuation avec la même exactitude que l'orthographe. On a remarqué déjà^ que dans Molière, comme dans Corneille et Racine, elle est dramatique^ c'est-à-dire destinée à régler la déclamation ou inspirée par celle-ci. On sera parfois un peu surpris de la multiplicité des virgules dans les Précieuses ; mais, si l'on y regarde avec attention, on verra que, le plus souvent, leur emploi n'est nullement arbitraire et sert à rendre plus sensible quelque nuance de la pensée. On remarquera aussi qu'au dix-septième
1. Voy. la classification qu'E. Despois fait de ces diverses éditions dans l'Avertissement de son Molière^ t. I, p. vii-ix.
2. M. E. Legouvé, la. Lecture en action, chap. V, p. 53. Voy. Y Avertissement, p. vi-vii, de notre édition d'Andromaqwe.
siècle on usait beaucoup moins qu'aujourd'hui du point et virgule ; celui-ci est presque toujours remplacé par le deux points, qui ne sert pas comme aujourd'hui à annoncer une proposition expliquant, développant ou résumant ce qui précède, mais qui remplit un rôle tout à fait semblable à celui du point en haut des Grecs.
Gomme dans tous les textes de la même époque, un très grand nombre de noms communs commencent par une majuscule dans l'édition originale des Précieuses ; nous n'avons pas jugé à propos de conserver cette habitude très arbitraire et purement typographique. Nous avons aussi ramené à l'usage moderne les ic et les ^, les i et les J, si souvent employés les uns pour les autres dans l'orthographe du dixseptième siècle.
Les Précieuses ridicules n'ont pas seulement leur valeur propre comme pièce, c'est-à-dire le mérite de l'invention et du style ; par le sujet qu'elles traitent, les mœurs qu'elles peignent, le moment où elles parurent, leur retentissement, leurs effets, elles tiennent étroitement à un vaste et important chapitre d'histoire littéraire, celui de l'esprit précieux au dix-septième siècle ; elles en font partie intégrante, et, de même qu'elles servent à TexpHquer, elles ne se comprennent bien que par lui. Nous ne pouvions songer à écrire ici, avec le développement qu'elle mérite,